Jessica Vetter : « Le CrossFit, c’est le girl power absolu ! »Coach sportive, Crossfiteuse, 41 ans

Jessica Vetter : « Le CrossFit, c’est le girl power absolu ! »
Aussi solaire que son Sud natal et dopée à l’énergie du sport-passion, elle envoie du lourd. Mais désormais, c'est tout en douceur. Ou presque. La coach Jessica Vetter, ex-gymnaste et championne de CrossFit, désire aujourd'hui aider les autres à se sentir bien dans leur corps, sans jamais se départir de son humour communicatif. Les muscles n'ont qu'à bien se tenir !

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 21 novembre 2023 à 19h53, mis à jour le 04 décembre 2025 à 17h25

« J’ai débarqué dans la gym parce que ma mère en avait fait petite. Elle a essayé de me mettre à la danse classique mais ça ne me convenait pas du tout, moi je sautais partout, je faisais beaucoup de roulades… J’ai pratiqué la gym pendant plus de dix-sept ans avec beaucoup de compétitions, mais pas de haut niveau. C’était du plaisir avant tout, même si j’étais déjà dans le dépassement de soi dès le plus jeune âge. Pour ma première compétition, j’avais 5 ans !

La gym, ça a été mon éducation, une très bonne école de vie.  Je m’épanouissais tellement plus dans ce sport qu’à l’école ! Ça m’a apporté la discipline et le goût du challenge. J’ai arrêté à 21 ans.

À l’époque, le sport ne pouvait pas être un « métier ». En tout cas, c’est ce qu’on m’avait mis dans la tête. Et puis, même si j’avais envie de bosser dans ce domaine, les études en général, même la fac de sport, n’étaient pas faites pour moi. Je suis donc partie à l’aventure à l’étranger pendant quatre ans. Quand je suis revenue, à 25 ans, je ne savais pas quoi faire de ma vie.

À ce moment-là, je travaillais au Club Med et c’est comme ça que tout est arrivé. C’est là-bas qu’on m’a conseillé de passer les formations Fitness du Club Med. Mon chef de village me voyait bien dans ce domaine ! Et j’ai adoré ça. Le souci, c’est que je n’avais pas le droit d’enseigner dans les salles de sport – hors Club Med –avec ce diplôme. Je suis alors rentrée chez moi dans le Sud et j’ai passé mon BP, le Brevet Professionnel. La suite ? J’ai travaillé six ans à Paris, puis trois ans à Marseille et trois ans chez moi, à Avignon.  

Sur cette lancée, j’ai découvert le CrossFit à ses débuts en France, en 2012-2013, et ça a été un gros coup de cœur en tant qu’athlète et ancienne gymnaste. Là, je découvre l’entraînement, la méthode, la discipline. Je redécouvre la possibilité de performer, de me challenger.

Ce qui me booste aussi, c’est le coaching. J’aime le fait de devoir prendre en charge les adhérents, c’est différent du Fitness où on est plus dans l’animation. Dans une box de CrossFit, on est face à un groupe plus petit, entre huit et dix personnes, et on a davantage de temps pour apprendre aux pratiquants à développer leurs compétences physiques. Résultat : j’abandonne le Fitness et je m’abandonne au CrossFit !  

Il y a eu un gros buzz autour de ce sport parce qu’avec cet entraînement, les gens sentent qu’ils sont des vrais sportifs ! Il y a des résultats physiques, une grande variété dans les disciplines : gymnastique, haltérophilie, cardio, strongman… Et, malgré ce qu’on peut imaginer, c’est un sport accessible.

Le CrossFit est en haut de l’affiche depuis ses débuts en France grâce aux compétitions et aux anciens athlètes qui se tournent vers cette discipline. Elle est idéale pour les grands sportifs « à la retraite » en recherche de sensations et de sport challenge. 

Quand je débute dans le CrossFit, je fais encore du Fitness. Mon corps se met à changer, je passe de la fitgirl à un corps plus musclé. Les remarques négatives viennent de mon entourage ou de mes réseaux sociaux, surtout. Florilège : « Elle ressemble à un homme », « Elle se dope », C’est pas du tout féminin », « J’ose même pas imaginer quand elle met une robe ». J’ai toujours été sportive et athlétique, avec un haut du corps très développé. Mais je suis grande, je me dis que j’ai un corps harmonieux. En fait, je m’en fous de ce que les autres disent ou pensent et puis je me défends bien.

Après, je me rappelle qu’en commençant à travailler à la Box du Louvre, à Paris, j’avais dit : « Je fais les cours de gym et cardio mais pas ceux d’haltéro ! ». Je me voyais déjà prendre en masse, j’avais ce cliché en tête. Et là, ils m’expliquent qu’on ne peut pas choisir, qu’on fait tout ou rien ! Et, finalement, ce n’est pas l’haltérophilie qui va me faire prendre de la masse musculaire, c’est la gymnastique à force de répétitions. Ce n’est que lorsque j’attaque la compétition que je ne fais même plus attention à cette notion-là, je suis mordue de ce sport, rien ne m’arrête, et je baigne dans un milieu où tout le monde est athlétique. 

Dans le CrossFit, on est quasiment à 50/50 entre les hommes et les femmes, je dirais même qu’il y a plus de femmes. C’est un peu la nouvelle société, le girl power ! Ce sport offre aux femmes d’être à l’égal des hommes dans un environnement bienveillant. Je n’ai jamais vu un homme faire une remarque déplacée à une femme. En plus, c’est sain dès le départ : même si hommes et femmes font la même chose, les poids sont différents. Il y a des standards : les garçons vont soulever 70 kilos de charge et les femmes 50, par exemple.  

Je débute les compétitions de CrossFit en 2014-2015, j’ai 28/29 ans et c’est déjà tard. L’objectif de ces compétitions : représenter et trouver lhomme et la femme les plus fit au travers d’un mélange de disciplines et de workouts hyper variés qui permettent de tester toutes les qualités physiques de l’athlète – force vitesse endurance, etc. C’est le plus polyvalent qui gagne. Aux French Throwdown, je termine 9e.

En 2016, les premiers podiums : aux Marseille Throwdown puis au Belgium Throwdown avec une 2e place, et je pars aux Championnats d’Europe parmi les soixante meilleures européennes. Résultat ? Je termine 24e européenne et 1ère Française lors des Regionals CrossFit Games 2018 !

Je vais être dans mon pic de forme jusqu’en 2020. Pendant dix ans, je participe à de très belles compétitions à l’étranger et les plus importantes en France, jusqu’à mes 37 ans. J’ai arrêté l’année dernière. Je n’avais plus la flamme. Il faut marcher à la passion pour être autant investie et faire autant de concessions. Et puis, j’ai atteint mes objectifs.

Aussi, je mets beaucoup en avant le CrossFit en tant que sport santé, or les compétitions me fatiguaient beaucoup. C’est comme tout sport : quand on en fait dans l’excès, ce n’est pas sain. Compétitrice, jai connu la blessure, le surentrainement, le burn out Il était temps pour moi de lever le pied, de souffler un peu et de me concentrer sur autre chose. 

En parallèle, j’ai donc enseigné le CrossFit et je continue encore aujourd’hui en indépendante. Ce que j’aime, c’est transmettre mes connaissances, parce que je sais que ça permet aux gens de développer des compétences physiques et psychiques : se dépasser, prendre confiance en soi, être autonome dans son quotidien, se sentir plus fort, plus stable.

Je mise aussi beaucoup sur la prévention auprès des jeunes Crossfiteurs qui sont un peu fous-fous au départ. Moi, comme le sport était nouveau en France, je n’avais personne pour m’aiguiller, on a fait les erreurs pour les suivants ! Je forme les coachs et les pratiquants, d’ailleurs. Mon objectif, c’est qu’ils ne se crament pas trop vite et qu’ils gardent la notion de plaisir, je veux leur éviter de tomber dans l’excès comme j’ai pu le faire. Car la première raison qui doit pousser à faire du sport avant tout le reste, les performances et les résultats, c’est le bien-être mental et physique. 

Le CrossFit est vraiment un sport accessible. Même si, bien sûr, le gros des pratiquants est représenté par des sportifs de 20 à 50/60 ans, j’ai encadré tout types de profils, des gens avec des pathologies, en fauteuils roulants, aveugles, des personnes âgées en EHPAD, des enfants à partir de 4 ans, des ados… L’idée est d’améliorer leur santé. Je coache même ma maman, une à deux fois par semaine : abdos, rameur, saut à la corde… 

Malgré cette réalité, le CrossFit peut être vu comme un « sport extrême ». Étant à mon compte désormais, je sais que via mes réseaux sociaux, je peux être plus proche, rassurer les gens, passer des messages. Je suis très libre ! Les réseaux sociaux sont devenus ma salle de sport. Auparavant, j’ai pu faire peur parce que j’étais dans la compétition, dans le côté athlète ! Maintenant, je veux surtout montrer qu’avec le CrossFit, tu peux faire ce que tu veux et qu’il n’y a pas de limites. 

Côté pro, désormais, je veux vraiment développer le sport santé/prévention, amener les gens à mieux bouger me tient à cœur, tout comme faire prendre confiance aux femmes via le sport. 

Côté sportif, j’ai vraiment raccroché la compét’ – même si c’est pas toujours simple pour l’égo, de voir mon corps changer, de voir d’autres filles continuer – mais je me suis mise au Triathlon il y a un an : ça offre de super challenges, je me mets à la natation, j’apprends à pédaler, à courir, je progresse, je me casse la gueule, je repars à zéro. J’ai déjà tenté les Half Ironman dont un pour les qualifications des Mondiaux en amateur. Bref, je me laisse surprendre, je découvre, je kiffe ! » 

D'autres épisodes de "Muscu, haltéro, CrossFit, ça envoie du lourd !"

Elles aussi sont inspirantes...

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c’est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Lire plus »
Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le marathon de Paris ! »

Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le Marathon de Paris ! »

Elle s’est longtemps rêvée danseuse. Jusqu’à la blessure. Et puis il y a eu l’aventure Miss France, et une victoire à Pékin Express. Pour ses 23 ans, Marion Navarro avait envie d’une nouvelle aventure qui lui permettrait de repousser encore un peu plus ses limites. La Team Running Intersport lui en a apporté une sur un plateau : le Marathon de Paris qui s’élancera ce 12 avril et que la néo-runneuse envisage de boucler en 5 heures.

Lire plus »
Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j'ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j’ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Formée à Harvard et par le théâtre, elle a plusieurs cordes à son art. Guila Clara Kessous, entrepreneure diplomatique, s’engage depuis plus de quinze ans pour les droits des femmes. Et voilà que le sport entre dans la danse en un geste politico-artistique : grimper à la corde. Une ascension symbolique, une allégorie de la difficulté des femmes à s’élever dans la société. Prenons de la hauteur.

Lire plus »
Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Avec sa sœur Éva, elle truste les premières places depuis 2015 en Ultimate. Membre essentiel de l’équipe de France, Lison Bornot est Championne d’Europe outdoor 2023 et championne du monde d’Ultimate sur sable 2023. La voici maintenant en piste pour les World Games, l’antichambre des JO, qui se déroulent en Chine, du 7 au 17 août 2025. Témoignage d’une fille pétillante devenue l’une des ambassadrices françaises d’un sport trop peu connu.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Il était une fois le snowboard….féminin

Il était une fois le snowboard… féminin

En 2016, le film documentaire Full Moon sortait sur les écrans. Le grand public découvre alors que, oui les femmes peuvent rider ! À l’occasion de cette riche période olympique d’hiver, ÀBLOCK! (re)met en lumière cette discipline née en 1965 et l’une de ses plus grandes rideuses, la pionnière française qui a marqué la neige… et les esprits. Elle s’appelait Karine Ruby.

Lire plus »
Marie Le Net : « Gagner, c’est ce qui me motive le plus ! »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une dingue du volant, une croisière solidaire, un retour sur l’histoire des volleyeuses, une winneuse dans l’âme qui s’attaque au Paris-Roubaix (Marie Le Net sur notre photo), une course mythique qui s’est déroulée ce week-end et qui n’aura plus de secrets pour vous. C’est le meilleur d’ÀBLOCK! Et c’est juste pour vous.

Lire plus »
Claire la sirène

Sport de sirène : enquête sur une vague déferlante

Dans la famille natation, je demande le dernier-né palmé : le “mermaiding“ ou comment nager comme une sirène. Désormais reconnu comme une activité sportive, à l’enseignement encadré, il prend dans ses filets de plus en plus d’adeptes heureux de plonger dans leurs rêves d’enfant. Immersion toute !

Lire plus »
Ouvrons la voix, une opé rugby carrément ÀBLOCK!

Ouvrons la voix, une opé rugby carrément ÀBLOCK!

Attention, première ! Une rencontre internationale de rugby commentée uniquement par des femmes, c’est le programme de ce 16 mars. Cette initiative forte, Ouvrons la voix, soutenue par la fédé du ballon ovale, entend prouver que l’expertise est tout autant du côté des filles que des gars. Alors, girls, marquons l’essai !

Lire plus »
Souhad Ghazouani... de l’or en barre !

Souhad Ghazouani, la para-haltérophile qui met la barre haut

Cette fille-là, c’est 5 médailles paralympiques dont 1 en or, un record du monde, une foison de médailles en Championnats. La para-haltérophile franco-tunisienne Souhad Ghazouani est une force de la nature. Née tétraplégique, elle porte sa vie à bout de bras, envoie du lourd et espère soulever de l’or aux Jeux Paralympiques de Paris !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner