Rechercher

Jessica Vetter : « Le CrossFit, c’est le girl power absolu ! »Coach sportive, Crossfiteuse, 39 ans

Jessica Vetter : « Le CrossFit, c’est le girl power absolu ! »
Aussi solaire que son Sud natal et dopée à l’énergie du sport-passion, elle envoie du lourd. Mais désormais, c'est tout en douceur. Ou presque. La coach Jessica Vetter, ex-gymnaste et championne de CrossFit, désire aujourd'hui aider les autres à se sentir bien dans leur corps, sans jamais se départir de son humour communicatif. Les muscles n'ont qu'à bien se tenir !

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 21 novembre 2023 à 19h53, mis à jour le 28 novembre 2023 à 18h35

« J’ai débarqué dans la gym parce que ma mère en avait fait petite. Elle a essayé de me mettre à la danse classique mais ça ne me convenait pas du tout, moi je sautais partout, je faisais beaucoup de roulades… J’ai pratiqué la gym pendant plus de dix-sept ans avec beaucoup de compétitions, mais pas de haut niveau. C’était du plaisir avant tout, même si j’étais déjà dans le dépassement de soi dès le plus jeune âge. Pour ma première compétition, j’avais 5 ans !

La gym, ça a été mon éducation, une très bonne école de vie.  Je m’épanouissais tellement plus dans ce sport qu’à l’école ! Ça m’a apporté la discipline et le goût du challenge. J’ai arrêté à 21 ans.

À l’époque, le sport ne pouvait pas être un « métier ». En tout cas, c’est ce qu’on m’avait mis dans la tête. Et puis, même si j’avais envie de bosser dans ce domaine, les études en général, même la fac de sport, n’étaient pas faites pour moi. Je suis donc partie à l’aventure à l’étranger pendant quatre ans. Quand je suis revenue, à 25 ans, je ne savais pas quoi faire de ma vie.

À ce moment-là, je travaillais au Club Med et c’est comme ça que tout est arrivé. C’est là-bas qu’on m’a conseillé de passer les formations Fitness du Club Med. Mon chef de village me voyait bien dans ce domaine ! Et j’ai adoré ça. Le souci, c’est que je n’avais pas le droit d’enseigner dans les salles de sport – hors Club Med –avec ce diplôme. Je suis alors rentrée chez moi dans le Sud et j’ai passé mon BP, le Brevet Professionnel. La suite ? J’ai travaillé six ans à Paris, puis trois ans à Marseille et trois ans chez moi, à Avignon.  

Sur cette lancée, j’ai découvert le CrossFit à ses débuts en France, en 2012-2013, et ça a été un gros coup de cœur en tant qu’athlète et ancienne gymnaste. Là, je découvre l’entraînement, la méthode, la discipline. Je redécouvre la possibilité de performer, de me challenger.

Ce qui me booste aussi, c’est le coaching. J’aime le fait de devoir prendre en charge les adhérents, c’est différent du Fitness où on est plus dans l’animation. Dans une box de CrossFit, on est face à un groupe plus petit, entre huit et dix personnes, et on a davantage de temps pour apprendre aux pratiquants à développer leurs compétences physiques. Résultat : j’abandonne le Fitness et je m’abandonne au CrossFit !  

Il y a eu un gros buzz autour de ce sport parce qu’avec cet entraînement, les gens sentent qu’ils sont des vrais sportifs ! Il y a des résultats physiques, une grande variété dans les disciplines : gymnastique, haltérophilie, cardio, strongman… Et, malgré ce qu’on peut imaginer, c’est un sport accessible.

Le CrossFit est en haut de l’affiche depuis ses débuts en France grâce aux compétitions et aux anciens athlètes qui se tournent vers cette discipline. Elle est idéale pour les grands sportifs « à la retraite » en recherche de sensations et de sport challenge. 

Quand je débute dans le CrossFit, je fais encore du Fitness. Mon corps se met à changer, je passe de la fitgirl à un corps plus musclé. Les remarques négatives viennent de mon entourage ou de mes réseaux sociaux, surtout. Florilège : « Elle ressemble à un homme », « Elle se dope », C’est pas du tout féminin », « J’ose même pas imaginer quand elle met une robe ». J’ai toujours été sportive et athlétique, avec un haut du corps très développé. Mais je suis grande, je me dis que j’ai un corps harmonieux. En fait, je m’en fous de ce que les autres disent ou pensent et puis je me défends bien.

Après, je me rappelle qu’en commençant à travailler à la Box du Louvre, à Paris, j’avais dit : « Je fais les cours de gym et cardio mais pas ceux d’haltéro ! ». Je me voyais déjà prendre en masse, j’avais ce cliché en tête. Et là, ils m’expliquent qu’on ne peut pas choisir, qu’on fait tout ou rien ! Et, finalement, ce n’est pas l’haltérophilie qui va me faire prendre de la masse musculaire, c’est la gymnastique à force de répétitions. Ce n’est que lorsque j’attaque la compétition que je ne fais même plus attention à cette notion-là, je suis mordue de ce sport, rien ne m’arrête, et je baigne dans un milieu où tout le monde est athlétique. 

Dans le CrossFit, on est quasiment à 50/50 entre les hommes et les femmes, je dirais même qu’il y a plus de femmes. C’est un peu la nouvelle société, le girl power ! Ce sport offre aux femmes d’être à l’égal des hommes dans un environnement bienveillant. Je n’ai jamais vu un homme faire une remarque déplacée à une femme. En plus, c’est sain dès le départ : même si hommes et femmes font la même chose, les poids sont différents. Il y a des standards : les garçons vont soulever 70 kilos de charge et les femmes 50, par exemple.  

Je débute les compétitions de CrossFit en 2014-2015, j’ai 28/29 ans et c’est déjà tard. L’objectif de ces compétitions : représenter et trouver lhomme et la femme les plus fit au travers d’un mélange de disciplines et de workouts hyper variés qui permettent de tester toutes les qualités physiques de l’athlète – force vitesse endurance, etc. C’est le plus polyvalent qui gagne. Aux French Throwdown, je termine 9e.

En 2016, les premiers podiums : aux Marseille Throwdown puis au Belgium Throwdown avec une 2e place, et je pars aux Championnats d’Europe parmi les soixante meilleures européennes. Résultat ? Je termine 24e européenne et 1ère Française lors des Regionals CrossFit Games 2018 !

Je vais être dans mon pic de forme jusqu’en 2020. Pendant dix ans, je participe à de très belles compétitions à l’étranger et les plus importantes en France, jusqu’à mes 37 ans. J’ai arrêté l’année dernière. Je n’avais plus la flamme. Il faut marcher à la passion pour être autant investie et faire autant de concessions. Et puis, j’ai atteint mes objectifs.

Aussi, je mets beaucoup en avant le CrossFit en tant que sport santé, or les compétitions me fatiguaient beaucoup. C’est comme tout sport : quand on en fait dans l’excès, ce n’est pas sain. Compétitrice, jai connu la blessure, le surentrainement, le burn out Il était temps pour moi de lever le pied, de souffler un peu et de me concentrer sur autre chose. 

En parallèle, j’ai donc enseigné le CrossFit et je continue encore aujourd’hui en indépendante. Ce que j’aime, c’est transmettre mes connaissances, parce que je sais que ça permet aux gens de développer des compétences physiques et psychiques : se dépasser, prendre confiance en soi, être autonome dans son quotidien, se sentir plus fort, plus stable.

Je mise aussi beaucoup sur la prévention auprès des jeunes Crossfiteurs qui sont un peu fous-fous au départ. Moi, comme le sport était nouveau en France, je n’avais personne pour m’aiguiller, on a fait les erreurs pour les suivants ! Je forme les coachs et les pratiquants, d’ailleurs. Mon objectif, c’est qu’ils ne se crament pas trop vite et qu’ils gardent la notion de plaisir, je veux leur éviter de tomber dans l’excès comme j’ai pu le faire. Car la première raison qui doit pousser à faire du sport avant tout le reste, les performances et les résultats, c’est le bien-être mental et physique. 

Le CrossFit est vraiment un sport accessible. Même si, bien sûr, le gros des pratiquants est représenté par des sportifs de 20 à 50/60 ans, j’ai encadré tout types de profils, des gens avec des pathologies, en fauteuils roulants, aveugles, des personnes âgées en EHPAD, des enfants à partir de 4 ans, des ados… L’idée est d’améliorer leur santé. Je coache même ma maman, une à deux fois par semaine : abdos, rameur, saut à la corde… 

Malgré cette réalité, le CrossFit peut être vu comme un « sport extrême ». Étant à mon compte désormais, je sais que via mes réseaux sociaux, je peux être plus proche, rassurer les gens, passer des messages. Je suis très libre ! Les réseaux sociaux sont devenus ma salle de sport. Auparavant, j’ai pu faire peur parce que j’étais dans la compétition, dans le côté athlète ! Maintenant, je veux surtout montrer qu’avec le CrossFit, tu peux faire ce que tu veux et qu’il n’y a pas de limites. 

Côté pro, désormais, je veux vraiment développer le sport santé/prévention, amener les gens à mieux bouger me tient à cœur, tout comme faire prendre confiance aux femmes via le sport. 

Côté sportif, j’ai vraiment raccroché la compét’ – même si c’est pas toujours simple pour l’égo, de voir mon corps changer, de voir d’autres filles continuer – mais je me suis mise au Triathlon il y a un an : ça offre de super challenges, je me mets à la natation, j’apprends à pédaler, à courir, je progresse, je me casse la gueule, je repars à zéro. J’ai déjà tenté les Half Ironman dont un pour les qualifications des Mondiaux en amateur. Bref, je me laisse surprendre, je découvre, je kiffe ! » 

D'autres épisodes de "Muscu, haltéro, CrossFit, ça envoie du lourd !"

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Elles aussi sont inspirantes...

Noëlie : « Quand je roule, c’est un sentiment de liberté et de joie qui m’anime. »

Noëlie : « Quand je roule, c’est un sentiment de liberté et de joie qui m’anime. »

Maman d’un enfant en bas âge, la trentenaire Noëlie n’a pourtant jamais lâché le guidon et s’est fait une place de choix dans le monde du vélo. Son prochain défi ? La course reine de l’ultra-cyclisme, la RAF 2500km, sans assistance et en totale autonomie. Avec sa coéquipière Elsa, elles seront le premier duo féminin de toute l’histoire de la RAF. De vraies Indiana Jones au féminin !

Lire plus »
Charlotte Cormouls-Houlès : « Pour aimer la voile, il faut savoir s’émerveiller. »

Charlotte Cormouls-Houlès : « Pour aimer la voile, il faut savoir s’émerveiller. »

Elle a donné un an de sa vie pour la Transat Jacques Vabre qui vient de s’élancer du Havre. Elle, c’est Charlotte Cormouls-Houlès, 27 ans, navigatrice passionnée qui n’aurait jamais imaginé pouvoir s’embarquer dans pareille aventure. Nous l’avons rencontrée deux jours avant son grand départ. Avec sa co-skippeuse Claire-Victoire de Fleurian, la voilà à flot pour voguer vers un rêve devenu réalité.

Lire plus »
Hélène Clouet : « En tant que fille, on n’est pas moins légitime qu’un homme quand on veut faire de la course au large. »

Hélène Clouet : « En tant que fille, on n’est pas moins légitime qu’un homme quand on veut faire de la course au large. »

Elle a déjà eu mille vies. Océanographe, éducatrice sportive en voile légère et croisière avant de travailler sur un chantier d’IMOCA pour finalement se lancer dans le commerce de voiles. Hélène Clouet, 34 ans, n’a de cesse, à travers ses aventures, d’assouvir sa passion pour la navigation. Engagée au départ de la Mini Transat en 2021, la Caennaise, Rochelaise d’adoption, a monté une association, « Famabor », afin d’inciter d’autres filles à se lancer !

Lire plus »
Adeline Trazic : « Les Championnats du monde d’Ironman ? Jamais je n'aurais pensé faire ça dans ma vie. »

Adeline Trazic : « Les Championnats du monde d’Ironman ? Jamais je n’aurais pensé faire ça dans ma vie. »

En juin dernier, elle est arrivée première de l’Ironman de Nice dans la catégorie 40-44 ans, la voilà maintenant en route pour les Championnats du monde de la spécialité qui se dérouleront à Hawaï le 14 octobre. Adeline Trazic, professeure d’arts plastiques, n’a qu’une ambition : franchir la ligne d’arrivée et faire le plein d’émotions sur la terre du triathlon.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Pauline : « Au sommet d’une montagne, je me sens à ma place. »

Ado, elle pratiquait déjà le ski de randonnée. Et, depuis, elle n’a jamais cessé de grimper les sommets. Le plus souvent, dans sa région d’adoption, Grenoble.
La montagne, Pauline s’y sent bien, loin de tout esprit de compétition ou de performance. Elle nous partage sa passion. Celle qui la fait vibrer, celle qui l’aide à respirer.

Lire plus »
Danser pour mieux s'élever

Danser pour mieux s’élever

Le 16 janvier prochain, l’association de Kathy Mépuis, « La Possible Echappée », mettra en scène une pièce chorégraphique dans le but de sensibiliser à l’intégration sociale des personnes en situation de handicap. Cinq danseurs et danseuses professionnel.le.s dont Maxime Thomas de l’Opéra de Paris seront de la partie pour faire passer le message.

Lire plus »
Rénelle Lamote : 
« Je me suis servie du sport pour exister. »

Rénelle Lamote : « Je me suis servie du sport pour exister. »

Elle a vécu des très hauts. Et des très bas. Rénelle Lamote est un phœnix. Après des Jeux Olympiques de Rio cauchemardesques et une lente descente aux enfers, la protégée de Bruno Gajer s’est relancée à Montpellier. Désormais en paix avec elle-même, cette spécialiste du 800 mètres aborde l’avenir avec sérénité et ambition. Son rêve : décrocher une médaille mondiale.

Lire plus »
Le questionnaire sportif de… Lucie Tumoine

Le questionnaire sportif de… Lucie Tumoine

Championne du monde en équipe, vice-championne du monde en individuel. Le 19 novembre, aux Mondiaux de gymnastique à Bakou en Azerbaïdjan, Lucie Tumoine, reine du tumbling, s’offrait le Monde après l’Europe. À Sotchi, en avril dernier, elle raflait en effet la médaille d’or aux Championnats d’Europe avec ses co-équipières. À peine sortie de la piste, elle a répondu à notre petit questionnaire proustien sauce ÀBLOCK!

Lire plus »
Julia Clair

Julia Clair : « Dans le saut à ski, ce qui me drive, c’est le plaisir de voler »

Elle pratique une discipline spectaculaire avec un flegme qui force le respect. Julia Clair, 26 ans, détient le record français de saut à ski féminin. Voler, rêve des humains depuis la nuit des temps, est sa spécialité, son atout, presque inné. Espérant décrocher une médaille aux prochains JO 2022, elle souhaite faire s’envoler la renommée de cette discipline féminine, trop peu médiatisée. Prenons le tremplin avec elle…

Lire plus »
Anaïs quemener

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une ambassadrice ÀBLOCK! qui rejoint l’aventure de notre média (la championne de marathon Anaïs Quemener sur notre photo), une experte en histoire du vêtement sportif, un ex-rugbyman qui conjugue son sport au féminin ou encore l’histoire des femmes haltérophiles, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Un petit break ? C’est le Battle Pro !

Un petit break ? C’est le Battle Pro !

Vous avez le rythme dans la peau ? Ça tombe bien, le 5 décembre, au théâtre du Châtelet à Paris, on fête les 20 ans de l’évènement Battle Pro ! Les meilleur.e.s breakdanceurs et breakdanceuses vont s’affronter dans cette salle qui accueille régulièrement des cérémonies comme le Ballon d’Or ou les Césars.

Lire plus »
La question qui tue

Je fais des abdos, mais j’ai pas la « plaquette de chocolat », c’est normal ?

Multiplier les exercices d’abdos pour qu’au final, ça se voit pas, c’est vraiment trop injuste. Mais, franchement, petit Calimero, est-ce qu’un ventre musclé, ça passe forcément par la fameuse « plaquette de chocolat » qui en met plein la vue ? Ou bien, on peut avoir des abdos en acier sans pour autant qu’ils soient bien visibles ? Question (existentielle) à laquelle notre coach, Nathalie Servais, s’est attelée avec rappel anatomique et tout le tralala.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner