Raphaëlle : « La voile m’a aidée à me reconstruire après mon AVC. » Conseillère en économie sociale et familiale, 27 ans, pratiquante de voile

Raphaëlle : « La voile m’a aidée à me reconstruire après mon AVC. »
Elle a su prendre la vague d’une nouvelle naissance grâce à la voile. Suite à un AVC, Raphaëlle avait quasiment perdu sa motricité. Mais il en fallait plus pour qu’elle lâche le sport. Et la voilà qui plonge dans une expérience sportive et humaine : la pratique de la voile avec la Team Jolokia, une asso qui prône l’inclusion par le sport. Une très belle leçon de vie.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 29 septembre 2020 à 17h53, mis à jour le 10 août 2021 à 12h52

« Ma reconstruction est passée par le sport. J’ai été victime d’un AVC lorsque j’avais dix-sept ans, je ne pouvais plus marcher, plus lire, plus écrire, plus parler. La pratique de la voile m’a aidée à avancer.

Maintenant, je peux marcher même si je ne peux toujours pas courir. C’était galère de faire face à mes propres limites, d’affronter le regard des autres, mais je me suis dit qu’il fallait oser.

Je faisais pas mal de sports avant mon accident puis j’ai dû m’adapter. Je me suis par exemple mise à la natation mais c’était compliqué au début de nager avec un bras et une jambe qui ne fonctionnaient plus.

C’est donc en intégrant le milieu handisport que j’ai pu faire des compétitions et aller jusqu’aux championnats de France. Ça a été un moment important pour moi, un vrai challenge, et ça m’a permis de me dire que je pouvais aller toujours plus loin malgré le handicap.

Aujourd’hui, je me consacre à la voile donc j’ai arrêté les compétitions de natation même si je nage toujours. Et j’ai commencé le vélo allongé à trois roues, c’est une sacrée liberté !

Jolokia
©Jolokia

J’ai débuté la voile sur le bateau de course de la Team Jolokia dont le message est de démontrer que la diversité est source de richesse collective et de performance.

J’ai eu la chance de connaître cette structure via mon beau-frère qui en avait entendu parler. Chaque année, l’association, créée en 2012, recrute un nouvel équipage hors normes qui réunit toutes les diversités.

C’est un défi tant au niveau de l’âge – ça va de 18 jusqu’à 60 ans, que des nationalités – on parle tous anglais à bord, et de la diversité des profils – handicap, mixité sociale. Ça donnait envie de faire partie de cette aventure avec un tel équipage sur un super bateau… J’ai candidaté en me disant que je n’avais rien à perdre !

Jolokia
©Jolokia

En vérité, je ne pensais pas être prise. Au départ, j’étais un peu en mode touriste. Et puis, j’ai vite compris que j’avais trouvé ce que je cherchais : c’était la première fois que je découvrais un milieu où on te prenait et t’acceptait comme t’étais !

Avant mon accident, j’avais une vie agréable et posée, je ne me posais pas de questions. À la suite de mon AVC, il a fallu me remettre en marche tout en m’apercevant que des choses fonctionnaient bien moins qu’avant chez moi. Or la société nous demande le plus souvent d’être dans les clous…

L’initiative Jolokia m’a permis de développer les qualités que je voulais développer moi-même, en dehors de toute pression sociale.

Jolokia
©Jolokia

Ce qui m’a tout de suite plu, c’est donc le côté humain de ce programme, l’ouverture aux autres. Être en équipe, c’est hyper formateur. On voit que chacun a ses propres qualités, qu’on peut tous apporter quelque chose à son niveau et qu’on peut créer une dynamique d’équipage soudé face, par exemple, à l’imprévu des éléments.

Ce que j’aime dans la voile, c’est que les navigants doivent s’adapter au bateau. Pour moi, au début, c’était un peu compliqué avec un bras qui fonctionnait mal…

On commence la saison en mars avec des entraînements de quatre jours au minimum, une fois par mois. On est en équipage de vingt personnes et de douze lorsqu’on navigue. Ce qui est génial, c’est que nous, amateurs, nous disputons de vraies compétitions avec des bateaux de pros !

Jolokia
©Jolokia

Je ne connaissais pas vraiment la voile, je n’en avais jamais vraiment fait, à part quelques cours d’optimiste plus jeune quand j’allais en Bretagne chez mes grands-parents. Je n’ai pas eu peur de me jeter à l’eau, j’ai plutôt pris un plaisir fou à ressentir ces sensations de malade que tu as quand tu navigues en haute mer.

Après, je ne peux pas dire que ça a été facile, c’est rude un bateau et surtout un bateau de course : c’est pas un bateau de croisière avec des chambres !

Mais quand je rentrais chez moi, à Lyon, après les entraînements à Lorient, j’avais des étoiles plein les yeux. C’était tellement intense, ça me faisait un bien fou !

Raphaëlle : « La voile m’a aidée à me reconstruire après mon AVC. »
©Jolokia

Cette expérience – j’en suis à ma troisième saison – m’a offert un sacré challenge. Ma motivation a été de découvrir un milieu que je ne connaissais pas, avec des personnes de tous horizons. Ça m’a ouvert des portes et ça a été une belle leçon humaine !

Et puis, tu vis tellement de moments forts ! Quand la mer est déchaînée, on trace tout en gérant le bateau et on se dit que ce sont des sensations qu’on ne ressent pas sur terre. On est tellement petits sur l’eau… On vit des moments magiques !

On met parfois les filles dans des cases en pensant que tel ou tel sport est plutôt pour les gars, mais ça nous permet de développer des compétences qu’on n’imaginait même pas. Ça a été le cas pour moi en pratiquant la voile.

Au sein de l’association, c’est une totale mixité. Sur le bateau, on sait bien que les hommes ont parfois plus de force que nous, les femmes, mais je pense qu’on a un autre potentiel : celui de réfléchir un peu plus aux situations et de trouver des solutions.

Je pense que le sport m’a forgée, pour pouvoir aller plus loin et me dépasser. C’est presque vital en fait selon moi, ça permet d’arriver à être bien avec soi-même et en soi-même.

Pour encourager les filles à se mettre au sport, je dirais qu’il faut essayer de gommer l’idée qu’on se fait sur les sports dits « réservés » aux hommes ou aux femmes. Il ne faut pas hésiter à s’essayer à des milieux ou des sports que l’on ne connaît pas. C’est à chacun de se dire : « Qu’est-ce qui peut me donner envie d’essayer de goûter à ce sport ? ».

En situation de handicap, ça peut être plus compliqué, il peut y avoir des échecs difficiles à gérer mentalement, mais il faut se demander si on veut oser ou pas.

Moi, mon parcours personnel avec le bateau de la Team Jolokia, ça n’a pas été de tout repos. Alors, soit on se dit : « C’est pas pour moi, je vais trouver ce qui peut être le mieux pour moi », soit : « C’est ce que je veux donc je vais essayer, oser, et ce n’est pas le regard des autres qui va m’arrêter ».

C’est vraiment en soi que l’on trouve une réponse à ses doutes. »  

Tout savoir à propos de la Team Jolokia sur leur site dédié.

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