Adeline : « Le yoga, il faut y aller comme tu irais chez le psy... » Professeure de yoga, 32 ans

Adeline Yoga
Perdue dans un tourbillon, égarée dans un trop-plein de vie, Adeline s’est (re)trouvée grâce au yoga. Généreuse et légère, elle offre désormais les clés de la connaissance de soi à tous ceux qui ont la même quête. Douceur, apaisement, alignement… Chut, elle raconte.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 30 novembre 2020 à 10h43, mis à jour le 29 juillet 2021 à 14h39

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« C’est en Inde, lors de mon premier voyage là-bas, à l’âge de 21 ans, que j’ai découvert le yoga. J’avais envie d’entrevoir une autre vie et le yoga s’est mis sur mon chemin…

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est que c’était une toute autre manière de pratiquer l’activité sportive. J’avais fait beaucoup de gymnastique de mes 8 ans à mes 16 ans, mais ça faisait des années que je n’avais plus fait de sport. Avec le yoga, on parvient à maîtriser le corps grâce à la maîtrise de l’esprit.

Tout a changé dans ma vie à partir de ce moment. J’avais alors une espèce de trop-plein de la vie d’ici, j’avais besoin de comprendre des choses, d’avoir des réponses. J’ai donc pris un aller simple pour le Sri Lanka et j’y suis restée pendant sept ans. Même si j’y suis partie seule, on n’est jamais seule en réalité quand on voyage…

J’ai eu ensuite un grand coup de cœur pour l’Inde et le yoga. J’étais quelqu’un de mal dans ma peau, j’étais mal dans ma vie, j’étais une hypersensible qui ne comprenait pas trop le monde dans lequel elle vivait… Le yoga m’a permis d’aller voir ce qui se passait en moi, m’a permis de me recentrer.

Adeline
©DR

Quand je me suis mise à une pratique quotidienne – un minimum de deux heures par jour – j’ai vu tous les bienfaits que le yoga pouvait avoir sur le corps, le mental et l’émotionnel. Et je me suis dit : «  Ce n’est pas possible, il faut que les gens sachent à quel point ce peut être une solution à bien des problèmes, je ne peux pas garder ça pour moi ! ».

Alors, je me suis formée là-bas. Le contexte a été très particulier et je dois dire que j’y ai  appris de sacrées leçons de vie ! Le premier prof de yoga que j’ai rencontré en Inde n’était pas une belle personne, il a essayé d’abuser de moi…

Quand je suis retournée en Inde pour passer mon diplôme de yoga, je suis retombée sur lui, c’était le directeur… Ça ne s’est pas très bien passé. Je me suis aperçue de l’ampleur des dégâts dans cette industrie du bien-être en Inde. J’ai ensuite rencontré un Indien qui ouvrait son école et souhaitait que j’y enseigne. Il ne m’a jamais payée…

Mes premières expériences de yoga ne sont pas heureuses, mais si je m’étais arrêtée à ça… J’ai pris tous ces moments comme un enseignement de vie et j’ai tout de même commencé ma carrière de prof de yoga là-bas. Je n’avais pas fini d’apprendre, les leçons de vie y sont plus fortes.

Adeline
©DR

Je suis revenue en France il y a quatre ans et demi, pour m’installer en Seine-et-Marne. Au départ, je n’avais pas prévu de rentrer, mais j’avais commencé à travailler ici, à donner des cours en plein air, à prodiguer des soins énergétiques et à faire des massages à domicile. Comme personne dans le coin ne faisait ça, je me suis dit que ce n’était pas plus mal de rester. J’ai donc créé un centre de bien-être dans la forêt de Fontainebleau, Wild Lotus Yoga, avec un chalet où je fais mes massages et mes soins et une yourte qui est une grande salle de yoga. En plus de donner des cours, je forme aussi des professeurs à la discipline.

Pour moi, le yoga est vraiment un art de vivre. La partie physique du yoga, c’est la petite pointe de l’iceberg et beaucoup viennent en cours pour ça en premier lieu et, finalement, une foule de choses se passent en elles. Le yoga impacte de façon beaucoup plus globale.

Chaque figure de yoga offre de travailler sur des organes de notre corps, mais ce n’est pas que de la gymnastique. On travaille forcement sur des émotions à travers des postures. La pratique du yoga, c’est aussi s’écouter et se poser des questions. Ça apporte de grands bouleversements et de vraies réponses. Ce n’est plus le monde extérieur que l’on remet en cause mais nous-même, dans une perspective bienveillante.

Adeline
©Margaux C. Photography

Toute la manière dont je me suis construite découle de ma pratique du yoga. La manière dont on se comporte sur un tapis de yoga est la même que celle que l’on adopte dans la vie. Est-ce que si je n’arrive pas à réaliser une posture, je vais m’acharner ou non ? Ou est-ce que j’y vais avec douceur pour comprendre et essayer plusieurs façons de faire et ne pas bloquer sur ce que je veux absolument ?

En tant que professeure, je rappelle toujours à mes élèves de faire avec ce qu’ils ont, au moment où ils pratiquent. Le corps n’est jamais constant, c’est aussi ça accepter d’être dans le moment présent. Il faut avant tout respecter son corps.

Après, il faut parvenir à aller au-delà de sa limite, en-dehors de sa zone de confort, mais la pratique du yoga est vraiment accessible à tous les corps. C’est ce qui est fantastique dans le yoga, c’est que l’on peut progresser chaque jour, ça offre un regain de reconnaissance et de confiance en soi. On reprend le pouvoir sur soi-même.

Adeline
©Aurélien Petit

Je crois que dans notre société actuelle, les femmes sont complètement coupées de leur corps, on ne les laisse pas être à l’écoute de leur corps et le yoga permet de se le réapproprier. Il faut qu’elles reprennent le pouvoir à partir d’une meilleure connaissance d’elles-mêmes.

Dans ce cadre, je propose des cercles de femmes, en neuf mois, et cette année, ce fut avec quinze femmes. Quand on se regroupe et qu’on échange, on se rend compte qu’on partage les mêmes problématiques, qu’on a plus ou moins toutes les mêmes phobies, pudeurs ou complexes. On se sent moins seule, on reprend confiance en soi.

Quand des femmes n’ont pas conscience qu’elles ont un cycle en quatre phases par exemple, qu’elles sont cycliques, elles vont s’énerver sur leur corps qui n’est pas assez performant, se dire qu’elles sont bonnes à rien. Mais elles comprendront et accepteront que le corps a simplement besoin de se reposer et qu’elles ne seront donc pas aussi productives d’une semaine à l’autre.

Adeline
©DR

Il existe autant de types de yoga que de types de personnes sur terre. Ce n’est pas parce qu’on a un problème de santé qu’on doit s’arrêter à ça car le yoga s’adapte à toutes les morphologies et à tous les âges. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a sur le moment, en évitant la comparaison ou la frustration.

Il faut toujours se dire que ce que l’on fait, on le fait pour soi, pas pour les gens dans la salle. On ne va pas au yoga pour se juger. Le yoga, il faut y aller un peu comme si on allait chez le psy. »

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