Mathilde Mignier : « Ce que j'apprends à mes élèves résonne avec mon parcours de championne... »

Mathilde Mignier
Pour elle, le sport c’est comme un jeu, mais un jeu sérieux. Montée sur un ring très jeune, rien ne peut mettre cette fille K.O. Triple championne du monde de savate boxe française, multi championne de France et d’Europe, Mathilde Mignier est aussi prof d’EPS. Une double vie sportive, en solo et avec ses élèves, toujours tournée vers le sport plaisir, passion et… progression !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email
  • 10 métiers du sport, 10 femmes, 10 témoignages. À l’occasion de l’opération « Sport Féminin Toujours » lancée par le ministère des sports et le CSA, ÀBLOCK! s’associe à Femix’Sports, l’association pour la promotion du sport au féminin. Ensemble, nous avons choisi de mettre en lumière les métiers de la sphère sportive, ces métiers à féminiser d’urgence pour davantage d’équité et d’équilibre dans cet univers encore trop masculin. Place aujourd’hui à Mathilde, prof d’EPS.

 

« Le sport, je l’ai dans la peau depuis toute petite ! Mes parents ont toujours insisté pour que j’ai une activité sportive et une activité culturelle. Je changeais de sport régulièrement, j’en ai essayé beaucoup… Alors, pourquoi avoir choisi la boxe française ? Ça s’est fait un peu par hasard. J’ai poussé la porte d’un cours quand j’avais 12/13 ans, j’ai tout de suite accroché et jamais lâché !

Ça peut paraître violent comme sport quand on est enfant, mais j’ai fait du handball et c’est bien plus violent que la boxe ! En fait, il y a deux disciplines : l’assaut et le combat. Quand on est jeune, on ne pratique que l’assaut où il y a du contact, mais sans puissance. C’est à dire que les coups ne sont pas suffisamment efficaces pour mettre en danger l’intégrité de l’adversaire. Donc, c’est plus soft !

Dans la savate boxe française, j’aime le fait qu’on s’amuse tout de suite. C’est un jeu où l’on doit toucher et ne pas être touché ! Je suis aussi certainement tombée sur les bonnes personnes, les bons enseignants, qui m’ont permis d’apprécier ce sport. Et ça, c’est fondamental : si j’étais rentrée dans un autre club, j’aurais peut-être moins adhéré à la boxe française.

©DR

J’ai fait peu de compétitions jusqu’à l’âge de 18 ans : mon club était en Ariège, c’était loin pour les déplacements et je n’étais pas focus sur ce sport, j’en pratiquais encore d’autres à côté comme le handball. J’étais au lycée à l’époque, en option sport donc je faisais un peu de tout. Et c’est vraiment lors de ma deuxième année en tant que cadette que ma voie se confirme lorsque je remporte le titre de vice-championne de France.

Quand je suis rentrée à la fac en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, ndlr) après mon bac, je suis restée licenciée dans mon club en Ariège – et c’est toujours le cas d’ailleurs ! – mais je suis allée dans un club « ami » pour pouvoir m’investir de plus en plus, jusqu’en 2010 où j’ai intégré le Pôle France de Toulouse. Ça a été un tremplin fabuleux pour moi, c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à collectionner de bons résultats.

Parmi ces résultats, je retiens mon premier titre de championne de France assaut en 2013. J’avais été plusieurs fois vice-championne de France, mais, autant la première fois ça fait plaisir, autant au bout de six fois on a envie de monter sur la première marche du podium ! Et je retiens aussi mon premier titre en combat car il y a plus ou moins une hiérarchie culturelle entre les deux disciplines. Donc, arriver à gagner aussi en combat a été une grande fierté pour moi ! Quant aux titres internationaux, ils ont tous une saveur particulière pour moi.

©DR

C’est en parallèle de ma carrière sportive que j’ai construit mon projet professionnel. Il m’a menée au métier de professeure d’EPS. Je ne peux pas vraiment dire que ça a été un déclic. La boxe française n’étant pas un sport professionnel, je ne pouvais pas en vivre, il fallait que je poursuivre mes études. Je savais, bien sûr, que je voulais rester dans le milieu sportif.

À 17 ans, quand je suis arrivée à Toulouse en Pôle France, j’ai poursuivi mes études en passant un master 2 spécialité EEPS (Enseignement de l’Éducation Physique et Sportive, ndlr) en même temps que le concours de prof d’EPS. J’ai donc validé mon master 2 et le Capeps en 2011 et, l’année suivante, je devenais prof d’EPS à temps plein.

 Pour devenir professeur d’EPS, il faut réussir le concours. Même s’il a évolué, ça se passe en deux étapes écrites et orales, avec des examens physiques. Ça demande d’être bon dans une multitude d’activités, avec une sélection drastique à la fin. Ce n’est pas simple, mais ça vaut vraiment le coup !

Pour s’engager dans cette voie, je dirais qu’il faut avoir des qualités d’adaptation maximale ! On travaille avec des enfants ou des adolescents, on sait qu’il y aura des situations à gérer. Tout bêtement, par exemple, s’ils arrivent épuisés en cours, il faut être capable de trouver comment les motiver car l’idée est vraiment de les faire progresser dans la pratique. Pour moi, c’est un échec si l’élève ne s’améliore pas. Autrement dit, il faut être capable de « motiver les foules » : ça passe par l’aspect ludique du sport, en leur proposant un travail de groupe, en équipe. Ils s’encouragent, se mobilisent, se motivent ! Enfin, je dirais : la rigueur, le sérieux. À l’image de mon parcours sportif, en fait !

Comme j’avais – et j’ai encore – le statut de sportive de haut niveau, j’ai une affectation à titre provisoire, renouvelable tous les ans en fonction de mes résultats sportifs. Elle me permet de rester enseigner à Toulouse qui est aussi mon centre d’entraînement. Si les résultats sportifs ne sont plus là, j’entrerai à nouveau dans le mouvement de mutation national…

Ça booste, l’objectif étant de rester sur le double projet sportif et professionnel.

©DR

Mon organisation est vraiment minutée, ce n’est pas tous les jours facile : j’ai deux entraînements par jour au Pôle, le matin et le soir, et, en journée, je suis avec les élèves. Mais, tant qu’il y a plus de plaisir que de contraintes, je continue !

En étant professeure d’EPS, je touche à plein d’activités sportives, j’aime rester au cœur du sport ! Ce métier était le plus adapté pour moi. J’aime vraiment aider les gens aussi, les voir progresser, il correspondait à ce que je cherchais. Pour autant, jamais je n’aurais vraiment imaginé faire cette carrière-là, même si je voulais un job lié au sport.

Au quotidien, j’essaye d’insuffler le goût de l’effort à mes élèves et je leur dis que le travail finit toujours par payer, même si ce n’est pas forcément dans l’instant. Dans tous les cas, ce n’est jamais quelque chose de perdu et, à un moment donné, on s’en servira ! Ça résonne avec mon parcours sportif, je n’étais pas prédestinée à être championne et j’ai certainement travaillé beaucoup plus que d’autres pour en arriver là ! J’essaye quand même de ne pas trop parler de ma carrière sportive aux élèves, ce qui ne les empêche pas d’aller chercher tout ça sur internet… Parce que je veux qu’ils apprennent à respecter la personne que je suis et non la championne que je suis.

Après, au sein de chaque établissement dans lequel j’enseigne, j’essaye systématiquement de proposer des cours de boxe française dans l’association sportive tenue par les profs d’EPS et qui se fait sur le temps périscolaire.

©DR

Ce que je trouve génial dans ce métier, c’est cette nécessité de se remettre en question parce qu’on travaille sur l’humain. Il faut tout le temps être prêt à modifier son fonctionnement. On discute beaucoup entre collègues, on est très soudés entre professeurs d’EPS. C’est très enrichissant. Ensuite, c’est vraiment extra de voir l’évolution des jeunes sur l’année, voire plusieurs années ! De voir qu’on leur apporte vraiment quelque chose au quotidien. L’EPS offre un réel moment pour s’exprimer différemment.

 Il y a quatre ou cinq ans, j’enseignais dans un collège où on a réussi à faire les Championnats de France UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire, ndlr) avec une équipe en boxe française. Quel souvenir ! De voir les élèves dans un autre contexte, c’était super sympa, et ça a créé une émulation au sein de cette équipe, émulation qu’ils ont toujours gardé. En revenant au collège après avoir participé à un tel événement, ils avaient confiance en eux. C’est merveilleux ce que le sport peut faire !

Dans l’enseignement de l’EPS, il n’y a aucune différence homme-femme, mais sur le terrain des élèves, c’est autre chose. En collège, la différence est moins marquée qu’en lycée où, à ce stade, il y a des différences physiques entre les garçons et les filles. Après, il reste des barrières culturelles avec des sports catégorisés « de garçons » et « de filles » : ce n’est pas toujours facile d’arriver à casser ces stéréotypes.

Finalement, on arrive toujours à faire des cycles danse avec les garçons, mais on est obligés de se battre avec ces clichés au quotidien : le foot et le rugby ce n’est pas pour les filles… ce genre de choses ! Même la boxe d’ailleurs… Mais je suis l’exemple parfait qui démontre que ce n’est pas parce qu’un sport est dit « de garçon » qu’on ne peut pas y réussir en tant que femme.

Dans le cadre de l’association sportive de boxe, je diffuse aux élèves des vidéos de combats afin qu’ils se rendent compte que le sport est le même que vous soyez fille ou garçon. Et, surtout, pour qu’ils et elles se disent : « Si un sport me plaît, peu importe lequel, j’y vais ! »

Mathilde Mignier, boxeuse en assaut, membre de l’équipe de France, en 2013

  • Devenir Professeur d’EPS

En résumé, un professeur d’EPS (éducation physique et sportive) a pour mission d’initier les collégiens ou les lycéens à la théorie et à la pratique de plusieurs disciplines sportives.

Quelle formation ? Les professeurs d’EPS du second degré de l’enseignement public sont recrutés sur concours national : le Capeps (certificat d’aptitude au professorat d’éducation physique et sportive). Pour cela, après le bac, il faut s’engager en faculté pendant 5 ans pour obtenir un master. Le plus recommandé est le master STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) et se présenter aux concours de l’Éducation nationale, le Capeps. Il est cependant accessible après le Master 1 (bac + 4). L’agrégation n’est ouverte qu’aux titulaires de master 2 (bac + 5).

Pour en savoir + sur les emplois et métiers autour du sport, direction le site du ministère des Sports

Le témoignage de Mathilde a été recueilli dans le cadre de notre opération visant à féminiser les métiers du sport. En partenariat avec Femix’Sports, l’association qui accompagne le développement et la promotion du sport au féminin et en mixité.

Femix'Sports

Sur les réseaux sociaux, utilisez #SportFémininToujours et #PlusDeSportAuFeminin

Illustration Lisa Lugrin
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Elles aussi sont inspirantes...

Pauline : « Au sommet d’une montagne, je me sens à ma place. »

Ado, elle pratiquait déjà le ski de randonnée. Et, depuis, elle n’a jamais cessé de grimper les sommets. Le plus souvent, dans sa région d’adoption, Grenoble.
La montagne, elle s’y sent bien, loin de tout esprit de compétition ou de performance. Elle nous partage sa passion. Celle qui la fait vibrer, celle qui l’aide à respirer.

Lire plus »
Audrey Tanguy

Audrey Tanguy : « Savoir que j’ai le trail dans ma vie, ça me rassure. »

Née pour être ultra traileuse. Audrey Tanguy s’est découvert, en 2017, un corps d’athlète inoxydable, endurant et ultra performant. Cette savoyarde avait beau avoir l’habitude de courir les montagnes, elle n’avait pas prévu d’en faire de la compét’. Les kilomètres, les dénivelés, désormais ça lui connaît et rien ne peut l’arrêter. La Diagonale des Fous, la Trace des Ducs de Savoie, le 90 km du Mont Blanc font partie d’une longue liste de courses avalées d’un trait et aux meilleures places. Une vraie tornade sur pattes !

Lire plus »
Christine Duchamp

Christine Duchamp : « Avoir de l’impact sur le développement du hockey, ça, c’est fort ! »

Première femme à occuper le poste de Directrice Technique Nationale à la Fédé Française de Hockey sur Glace, Christine Duchamp s’offre un parcours de pionnière dans un sport de glisse où elle a toujours foncé vers les buts. Ancienne joueuse, capitaine de son équipe, entraîneure de l’équipe de France Féminine et première joueuse à avoir évolué en D1 masculine…un parcours inspirant !

Lire plus »

Angélique : « Éduquer par le sport, c’est aussi casser les clichés. »

Elle permet à tous d’accéder à une activité sportive. Angélique est éducatrice sportive en collectivité territoriale dans un milieu rural où les installations sportives peuvent venir à manquer. Elle apporte son savoir-faire, son matériel et son naturel généreux aux enfants qui découvrent alors une activité amusante et enrichissante en-dehors des heures d’école. Une belle école de la vie… sur des rollers ou dans une sacrée partie de hockey !

Lire plus »
Sophie Carpentier

Sophie Carpentier : « Dans la médecine comme dans le sport, il faut que les femmes y aillent ! »

Médecin de l’équipe féminine de rugby Rouen, elle a aussi été celui de l’équipe de France de rugby féminin. Militante du sport santé, Sophie Carpentier n’a pas hésité, il y a quelques années, à se spécialiser dans le sport pour apporter à son quotidien médical un souffle nouveau. Et de prouver que les femmes ont toute leur place dans un métier encore trop souvent conjugué au masculin.

Lire plus »
Mélanie Briot

Mélanie Briot : « Gérer une équipe de mecs et l’adrénaline pendant les courses… C’est sport ! »

Pionnière dans un monde de mecs. Seule femme dans le cyclisme à être devenue directrice sportive d’une équipe de Nationale 1, Dinan Sport Cycling, Mélanie est une passionnée de vélo depuis toujours. Vivre au plus près des courses cyclistes, voilà ce qui la motive à partir sur la route toute la sainte journée. Et elle pourrait bien entraîner d’autres filles à prendre ce virage nécessaire pour la féminisation des métiers du sport…

Lire plus »

Julie Cukierman : « J’aime transmettre le goût de l’effort, la volonté d’aller au bout de soi-même… »

Elle a le sport dans la peau. Une passion jubilatoire qu’elle transmet à merveille, elle qui rêve de prouver que nous sommes tous des sportifs dans l’âme. Préparateur sportif d’athlètes de haut niveau, Julie pratique un métier dans lequel les femmes sont peu nombreuses. Et elle s’y sent bien. Également coach (à ne pas confondre !), elle nous raconte son quotidien entre grands champions et sportifs amateurs.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Jutta Kleinschmidt

Jutta Kleinschmidt, la folle du volant

C’était en 2001. Il y a vingt ans, Jutta Kleinschmidt mettait « à mâle » les sports mécaniques en inscrivant son nom au palmarès du Paris-Dakar. Première femme à remporter le plus célèbre des rallyes-raids du monde, elle continue, depuis, à militer pour la cause des femmes dans un domaine très masculin. Portrait d’une pionnière qui en a sous le capot.

Lire plus »
Maud Fontenoy

Maud Fontenoy : 5 infos pour briller en mer

L’eau, c’est son élément ! Navigatrice aux multiples exploits, Maud Fontenoy est presque née en mer. Battante dans l’âme, elle est l’une des « premières ». Première femme à traverser l’Atlantique Nord et le Pacifique à la rame. Première Française à réaliser le tour du monde à contre-courant.
À travers sa fondation, elle se bat désormais pour la protection des eaux : sauver l’océan, c’est sauver l’homme.

Lire plus »
Véronique Sandler

Véronique Sandler, la vététiste qui n’a pas peur de sortir du cadre

Elle n’a d’abord vécu que pour la compétition. Avant de lui tourner le dos, notamment faute de sponsors. Depuis 2016, Véronique Sandler a décidé de ne plus rider que pour le plaisir. Un choix payant pour la vététiste néo-zélandaise qui s’engage pour le VTT au féminin et régale, à grands coups de vidéos, une communauté grandissante sur les réseaux sociaux. Portrait d’une fille qui a la tête dans le guidon. Et en redemande.

Lire plus »
Tanya Naville

Le best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une badiste qui nous a pris dans ses filets, une championne d’aviron qui ne nous cache rien, deux pionnières des Jeux Olympiques qui ont su briller dans l’eau et sur terre, une alpiniste engagée et ébouriffante (la preuve sur notre photo !) et une tenniswoman qui nous fait craquer…Régalez-vous !

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin