Dans les petits secrets des joueuses de l’OL

Eugénie Le Sommer
Cinquante ans. Voilà pile un demi-siècle que la pratique du foot par les filles a été reconnue officiellement par la fédé française. Parfaite occasion pour s’inviter sur le terrain d’une des meilleures équipes féminines au monde, celle de l’OL, star d’un documentaire qui tire en pleine lucarne !

Par Claire Bonnot

Publié le 23 septembre 2020 à 17h07, mis à jour le 29 juillet 2021 à 14h58

Rentrée gagnante pour les joueuses de l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais : un sacre historique le 30 août dernier avec une septième Ligue des Champions remportée et un tapis rouge déroulé le 9 septembre dernier avec le documentaire « Les Joueuses #paslàpourdanser », signé Stéphanie Gillard et produit par Julie Gayet. Un beau doublé !

Là pour jouer !

Elles sont sur la pelouse, elles se parlent, elles jouent : le ballon vole, le son de la passe résonne, les jambes sont puissantes, les actions de jeu spectaculaires. On est sur le terrain. Avec elles, les joueuses de l’OL. L’immersion est totale, prenante, dramatique… On se croirait dans un film. On y est.

OL féminin

Mais c’est aussi la réalité : celle de footballeuses professionnelles à la force de frappe impressionnante rarement mise en vedette sur grand écran ! « Je voulais filmer les matchs de façon à mettre le spectateur sur le terrain : qu’il ressente leurs émotions, qu’il perçoive leurs regards, qu’il entende leurs paroles. Ce sont des choses qu’on ne voit pas lorsqu’on regarde un match à la télé », nous confirme la réalisatrice, Stéphanie Gillard.

Une plongée au plus près qui change instantanément le regard sur le football féminin et qui rend hommage au niveau d’exception de cette équipe multi-championne.

Le film retrace la saison 2018-2019 de la capitaine Wendie Renard et de ses coéquipières, au temps du fameux triplé – remporté – Championnat national, Coupe de France et Ligue des Champions.

Aujourd’hui, en 2020, les Fenottes ont confirmé leur hégémonie sur le terrain européen avec un nouveau et septième sacre en Ligue des Champions.

OL feminin

« Avant, c’était le carnaval ! »

L’aventure de l’équipe féminine de l’OL commence (seulement !) en 2004. Wendie Renard, la charismatique capitaine et « petite-maman » de l’équipe – que l’on voit coiffer les plus jeunes ou leur donner des conseils attentifs – est sur ce terrain depuis 2006.

Elle est de cette génération qui a traversé les époques du football féminin (du moins à l’OL) et contemple son évolution non sans bon espoir que les choses changent enfin : « Il faut montrer aux jeunes que ça a été un gros pari ! Avant, on n’avait pas les maillots, pas de vestiaires, c’était le carnaval. On n’a pas connu tout de suite la professionnalisation. Avant on jouait devant 20 personnes ! » En 2009, l’OL fut le premier club à professionnaliser ses joueuses dans un championnat alors encore entièrement amateur.

OL feminin

Le bel investissement, à savoir infrastructures, staff technique et médical ? Celui du président de l’OL, Jean-Michel Aulas ! Lui que l’on voit royalement fêté à l’écran par ses joueuses à la fin d’un match.

Ce club est clairement précurseur dans le développement du football féminin. La symbolique ? Lors de la création du premier Ballon d’Or féminin de l’Histoire, en 2018, récompensant l’élite du foot féminin mondial à l’identique du football masculin, c’est l’attaquante norvégienne de l’OL, Ada Hegerberg, qui rafle le prix.

Stephanie Gillard
La réalisatrice, Stéphanie Gillard

En parlant de carnaval… le sous-titre du documentaire fait référence à la remarque sexiste du présentateur de la soirée du Ballon d’Or, le DJ Martin Solveig, demandant à Ada Hegerberg de « twerker » lors de la remise de son prix : « Au moment d’écrire le film, j’ai regardé beaucoup d’archives sur le foot féminin. J’ai été marquée par la comparaison quasi systématique des joueuses à des danseuses dans tous ces vieux reportages des années 60 à 90… Au même moment, Ada recevait son Ballon d’Or et faisait une tribune intitulée «Not here to dance », qui est devenu un hashtag très populaire sur Twitter, #paslàpourdanser dans sa version française. L’idée est restée : elles veulent être regardées pour leur travail ! », explique Stéphanie Gillard.

Sans polémiquer, la championne Ada Hegerberg avait rappelé à quel point elle avait dédié sa vie au football, sa passion. Aucune différence entre hommes et femmes. C’est seulement une affaire de sport.

Elle le rappelle en voix-off dans le documentaire : « Je me suis toujours considérée comme un footballeur, pas comme une femme ou une fille qui joue au foot. Pas comme une footballeuse entre guillemets. »

Pour la femme, l’avenir du foot, c’est (presque) maintenant !

La caméra de Stéphanie Gillard suit les footballeuses dans l’intimité de leur quotidien sportif qui apparaît simple, sans sensationnalisme – on s’en étonne au vu de leur prestige au classement international, leurs conditions d’accueil au stade, par exemple, n’ont rien à voir avec celles du niveau de la L1 masculine- bien loin de l’image bling-bling et starifiée que renvoie le milieu du football masculin.

OL feminin

On les voit s’entraîner dur sur la pelouse et en salle, passer par la case kiné/osthéo ou encore celle de l’heure des cours pour les plus jeunes qui préparent leur bacho. Ce sont des championnes, oui, mais le travail et le plaisir de jouer supplantent la recherche de gloire ou d’argent qui n’est pas leur priorité.

En tout cas, et elles le savent, ce n’est hélas pas encore d’actualité ! Car il y a encore bien d’autres combats à mener avant : « On ne peut pas espérer gagner le même argent que les hommes, mais n’être même pas traitées avec respect, c’est bien pire. C’est un message à envoyer : on veut être considérées comme des pros ! », s’exclame la milieu de terrain Jessica Fishlock.

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Et ce match de l’image, il est à gagner dès le plus jeune âge. Ainsi, Sarah Bouhaddi, gardienne des buts de la team, se laisse suivre par la caméra alors qu’elle visite une école, là où les garçons refusent de laisser entrer les filles sur le terrain de foot. Mais quand on rencontre une telle sportive, le regard change et difficile de se dire qu’une fille n’est pas assez douée pour taper dans un ballon ! « Si un jour, je reviens sans vous le dire et que je ne vois pas de filles jouer avec vous, comment on fait ? », leur demande Sarah Bouhaddi. Les voilà donc prévenus et qui sait ? dans les starting-blocks du changement.

« Même si, au départ, je n’avais pas de velléité féministe en réalisant ce film, je me suis vite rendu compte que j’allais forcément me confronter à de telles thématiques, nous explique Stéphanie Gillard.  J’ai toujours pensé, naïvement, qu’une fille ou un garçon, c’était pareil. Je me voyais juste filmer une équipe de championnes. Mais c’est en me plongeant dans le sujet que j’ai réalisé que ce n’était pas si évident que ça, que l’histoire est récente et qu’il y a encore pas mal de combats à mener. Je savais que, par la nature de cette équipe de l’OL, réunissant deux générations, les anciennes et les nouvelles recrues -les contrats professionnels se signent à partir de 16 ans -, cela raconterait parfaitement l’évolution du foot féminin. »

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Des préjugés difficiles à dégommer

Les joueuses de l’OL, elles-mêmes, avouent avoir toujours ressenti une inégalité de jugement par rapport aux garçons. L’attaquante Eugénie Le Sommer explique pourtant ne s’être « jamais posé la question » en commençant à jouer au foot. Mais « ce sont les gens qui se mettent ça dans la tête ». Quand bien même, lorsqu’elle a songé à en faire – peut-être – son métier, elle était convaincue qu’il n’y avait « aucun avenir, aucun débouché professionnel » faute d’information et de visibilité du foot féminin.

De même, Amel Majri, qui confie n’avoir pas eu, dans son enfance et dans son adolescence, de « modèles de joueuses » : « je n’en voyais pas et je ne savais même pas qu’il y avait une équipe de France féminine ! ».

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Belles images, rassurantes, que celles de ce documentaire grâce auquel on découvre des petites filles sauter de joie dans les bras de leur papa à l’annonce d’un but de l’OL féminin ou encore ces jeunes fans, filles comme garçons, toucher la coupe portée par Wendie Renard à travers le grillage du stade.

« Si ce film peut donner confiance aux petites filles pour faire ce qu’elles veulent, qu’elles croient en leurs rêves et qu’elles se disent que tout est possible, quelque soit le sport ou le métier qu’elles choisissent, et si ça peut permettre aux petits garçons d’arrêter de se moquer d’elles et de dire qu’elles ne sont pas aussi fortes qu’eux, ça serait déjà pas mal ! », conclut joliment Stéphanie Gillard.

Un docu qui atteint son but avec élégance !

* « Les Joueuses #paslàpourdanser », de Stéphanie Gillard, en salles depuis le 9 septembre, 1h27min.

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