Kadidiatou Diani La prodige bleue

Kadidiatou Diani, celle par qui la victoire a failli arriver
Kadidiatou Diani est l'une des stars de l'équipe de France. Bourrée de talent, l'attaquante fait tourner la tête aux défenses depuis maintenant bien des saisons. Il ne lui manque plus qu'une chose... Un trophée avec les Bleues. Et elle compte bien franchir le pas.

Par Aurore Charron

Publié le 28 juillet 2022 à 19h31, mis à jour le 17 juin 2025 à 15h33

Le premier terrain d’entraînement de Kadidiatou Diani ? En bas de chez elle. La fillette suit son frère partout – surtout quand les ballons sont de la partie. Et ça lui réussit ! Dans la cité des combattants, à Ivry-sur-Seine, « Kadi » fait des ravages.

À seulement 10 ans, elle se fait repérer par son voisin. Coach de l’équipe de l’ES Vitry, le monsieur a le nez creux et lui propose de rejoindre son club. Bien qu’elle soit née le 1er avril 1995, Kadidiatou Diani s’apprête à démontrer que les filles au foot, ça n’est pas une blague.

Ses parents sont moins emballés. « Mon père était un peu réticent, avoue-t-elle à Canal+ Sports. Il se disait, non, elle va devenir un petit garçon manqué. » Finalement, ils la laissent s’essayer aux crampons en club – et comprennent vite son potentiel.

« Quand il a vu que ça commençait à devenir plus sérieux, on va dire qu’il était un peu plus d’accord pour que je me mette au foot ». Aujourd’hui, ses parents sont ses fans numéro 1, juste avant sa sœur, qui suit ses pas à l’ES Vitry.

Une évolution bienvenue pour un club alors loin de la parité. Comme bien d’autres Bleues, Kadidiatou Diani était la seule fille de son équipe. Malgré la bienveillance des garçons, il lui faudra l’arrivée de quelques coéquipières, peu de temps après, afin de pleinement s’épanouir.

Le progrès doit bien commencer quelque part. L’ES Vitry compte maintenant une jolie ribambelle de footballeuses en herbe. Un chouette tremplin pour s’élancer. À 15 ans, Kadidiatou Diani devient plus qu’une mordue du ballon. Elle entre à Juvisy et commence le football plus sérieusement. 

Ce n’est que le début. La joueuse cumule en entrant au Centre National de Formation (CNF) de Clairefontaine tout en complétant des études en puériculture.

Très vite, Kadidiatou Diani n’aura plus d’yeux que pour le ballon. Le déclic ? Son transfert au Paris-Saint-Germain (PSG). La jeune habitante de région parisienne a toujours soutenu le club.

Alors, quand Paris offre à Juvisy de racheter ses deux dernières années de contrat, c’est oui. En 2017, elle signe pour trois ans et renouvelle la mise en 2020.

Au sein du club parisien, Kadidiatou Diani trouve l’espace de réconcilier sa féminité et son amour du ballon rond – et gagne par la même occasion le surnom de « Beyoncé ».

Aujourd’hui, elle revendique plus d’égalité entre football féminin et masculin, notamment financière. Selon elle, les clubs doivent permettre aux femmes de s’y dédier à fond sans avoir à cumuler un travail. L’avancée qui manque au football féminin : soutenir leurs poulains sur le chemin de la professionnalisation.

En équipe féminine, elle trouve les coéquipières qui lui manquaient étant petite. Parmi elles, Marie-Antoinette Katoto. L’association des deux donne un duo explosif. D’un côté, une passeuse hors pair en la personne de Kadidiatou Diani et à la finition, une buteuse extraordinaire. 

Ajoutez une alchimie proche de la perfection entre les deux attaquantes et vous comprenez les cauchemars des défenseures. « Je m’entends très bien avec elle. Je comprends ses appels, explique Kadidiatou Diani. Elle fait très souvent de très bons appels et ça me facilite la tâche pour lui mettre des balles. Et même si la passe est approximative, je sais qu’elle sera là pour la reprendre et pour finir »

Une force que Corinne Diacre, sélectionneuse des Bleues, a eu raison d’exploiter. Les inséparables figuraient toutes deux parmi les vingt-trois appelées à Clairefontaine pour l’Euro 2022 et ont bien failli nous offrir le trophée. Mais, oui, on sait, il en fallait plus…

Revenons aux débuts tricolores de Kadidiatou Diani, elle les fait en 2010 au sein de l’équipe féminine U17 (moins de 17 ans) lors de l’Euro féminin. Un début prometteur qui porte ses fruits lors de la Coupe du Monde U17 de 2012.

L’attaquante enchaîne les passes et les buts. Des contributions décisives puisque la France remporte alors son troisième titre international toutes compétitions confondues.

Dix ans plus tard, la numéro 11 va dépasser les soixante-dix matchs disputés sous le maillot bleu en juin.

La joueuse brille également au nom de la ville lumière. Meilleure passeuse de la saison 2018-19, meilleure joueuse du mois de septembre en D1 Arkama… Kadidiatou Diani fait rêver le PSG.

Et cerise sur la gâteau : durant la saison 2020-21, les Parisiennes réussissent à surpasser les indétrônables Lyonnaises et s’emparent du titre de Championnes de France.

Des trophées collectifs, c’est ce que la joueuse souhaite pour le reste de sa carrière. Parmi ses inspirations, la victoire des Bleus durant la Coupe du Monde de 98 : « Ça me donne des frissons, affirme-t-elle devant FaceCam.  Aujourd’hui encore quand je revois les images, vraiment ce sont ses sensations là que je recherche en compétition ». 

Ces sensations, Kadidiatou Diani les a vécues lors de cet Euro 2022. Notamment en marquant le but d’égalisation lors de la demi-finale, une frappe longue, parfaite. Hélas, les Allemandes ont su rebondir et marquer un deuxième but qui marquera la fin des festivités.

Mais, même si elle n’a pas soulevé la coupe pour la France, Kadidiatou Diani n’a pas dit son dernier mot. Sélectionnée par Hervé Renard pour la Coupe du Monde 2023, « Kadi » y croyait. Mais les quarts de finale furent fatales pour les Bleues. Idem lors des JO 2024

Nouvelle attaquante de l’Olympique Lyonnais depuis l’été 2023, l’attaquante vedette de l’équipe de France en veut plus. L’Euro 2025 est l’occasion pour elle de mener ses coéquipières vers un exploit inédit. C’est parti pour le show Kadidiatou Diani…

D'autres épisodes de "Football : ces sportives qui vont droit au but"

Vous aimerez aussi…

Joanna : « Le sport c’est comme une drogue qui procure du bien-être en doses d’endorphines sécrétées en cours »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

L’histoire du lacrosse féminin, future discipline olympique, une championne qui bouscule le hand tricolore, un décryptage juridique et deux témoignages passionnés (dont celui de Joanna sur notre photo), c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!. Bon rattrapage !

Lire plus »
Milena Surreau : « Aujourd’hui, pour le mouvement paralympique, l'autisme n’existe pas ! »

Milena Surreau : « Quand on est amoureux, on dit qu’on a des papillons dans le ventre mais moi, en compet’, ce sont des flammes ! »

C’est une revenante. Une survivante. Alors qu’elle se destinait à une carrière de haut-niveau, la badiste Milena Surreau va composer durant des années avec la douleur. Jusqu’à ce que deux diagnostics – l’autisme et un trouble neurologique rare – ne viennent donner du sens à ce qu’elle vit. La jeune paludière, en lice pour les Europe de para-badminton dès ce 30 septembre à Istanbul, renoue alors avec son rêve de sportive pro en s’orientant vers le handisport. Son objectif désormais ? Décrocher le max de titres, jusqu’aux Jeux de L.A. en 2028.

Lire plus »
©DRVoguing

Le voguing, la danse en vogue qui n’a pas dit son dernier… pas

Danse identitaire créée par la communauté noire LGBT en réaction au racisme et à la discrimination, le voguing est apparu dans les sixties à Harlem, New York. Importée en France en 2000, survoltée, technique et codifiée, elle a inspiré la chanson « Vogue » de Madonna. Faisons une « pose » pour tout savoir de cette danse socio-politique.

Lire plus »
crossfit Laurene

Ces sportives qui revendiquent le « No Limit »

Boxe, CrossFit, ultra-trail ou encore rugby, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses à truster des sports habituellement chargés en testostérone. Se battre, s’abîmer, se dépasser… ces pratiquantes et championnes n’ont peur de rien. Surtout si ça fait « mâle ».

Lire plus »
Fiona : « Le vélo m'a appris qu'on a plus de ressources que ce que l’on pense. »

Fiona : « Le vélo m’a appris qu’on a plus de ressources que ce que l’on pense.”

À 22 ans, Fiona Colantuono, future ingénieure en énergies renouvelables, a décidé de prendre une année sabbatique pour mener à bien un projet un peu fou : parcourir l’Europe de l’Ouest en vélo solaire. Un défi de 8 000 kilomètres pour aller au bout d’elle-même, mais aussi pour mettre en lumière des initiatives locales consacrées à la transition énergétique. On vous embarque !

Lire plus »
Tjiki : "Je veux qu’on arrête de dire que la femme musclée n’a pas sa place dans notre société."

Tjiki : « Je veux qu’on arrête de dire que la femme musclée n’a pas sa place dans notre société. »

Elle s’est illustrée en athlétisme, en rugby aussi. Mais la discipline qui lui a apporté la consécration, c’est le body fitness. Après des années de pratique au haut niveau, Tjiki continue de chasser les titres avec une ambition : casser les codes et pulvériser les stéréotypes physiques qui emprisonnent les femmes. Rencontre avec une cover girl qui ne se cache pas derrière ses muscles.

Lire plus »
Flora Vautier : «  Je veux montrer qu’on peut être sportive et aimer la mode et le maquillage.  »

Flora Vautier : «  Je veux montrer qu’on peut être sportive et aimer la mode et le maquillage. »

Longue chevelure blonde attachée en perfect ponytail, regard félin et énergie bondissante, Flora Vautier, la divine, est la nouvelle sensation du handisport français depuis les JOP de Paris. La première Française de sa catégorie en tennis de table et 10e mondiale s’est offert sa première médaille olympique à 19 ans, sous les hourras du public. Solaire, combative, la pongiste basée à Nîmes travaille son service de ping jusqu’au bout des ongles. Et entre deux franches rigolades.

Lire plus »
Alexandra Tavernier

Alexandra Tavernier : « Je suis une athlète, certes, mais je suis aussi une femme, une sœur, une copine… il faut me prendre dans ma globalité. »

Lorsqu’elle lance le marteau, c’est avec une force aussi bien physique que mentale. Alexandra Tavernier, 28 ans au compteur, a un joli palmarès : médaillée de bronze aux Mondiaux de Pékin en 2015, d’argent aux championnats d’Europe de Berlin en 2018, recordwoman de France avec un lancer de 75,38m. Pourtant, cette athlète sensible avoue sans détour les doutes, la dépression, le mal-être qui l’ont affaiblie. Aujourd’hui, elle est une autre et nous raconte. Échange percutant.

Lire plus »
Marion Joffle

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une nageuse faite de glace (Marion Joffle sur notre photo), un légendaire dénicheur de sprinteuses au temps de la ségrégation, une super-granny du tennis, une étude sur le sport féminin et, en prime, une question qui tue et deux initiatives à pied et à la voile, c’est le programme de la semaine sur ÀBLOCK!

Lire plus »
Paola Calvo : « À Juárez, toutes les femmes sont des combattantes. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une vététiste que rien n’arrête, une cinéaste qui n’a pas peur de filmer des catcheuses en terrain dangereux (notre photo), une snowboardeuse qui ne lâche rien et quelques petites infos à grignoter pour se cultiver avec la suite de notre lexique Coach Vocab’, demandez le programme sur ÀBLOCK!

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner