Angélique : « En entrant à l’armée, je suis devenue accro au sport. »

Championne de Space Race, 34 ans, infirmière militaire

Angélique Chetaneau
Une warrior, une Amazone, Wonder Woman en chair et en os. Angélique Chetaneau est infirmière militaire et championne de courses d’obstacles, les Spartan Race, qui sont un peu les douze travaux d’Hercule à l’ère moderne. Sa puissance, elle se la forge à coup d’entraînements solides et surtout d’un mental d’acier. Angélique a trouvé comment être invincible.

Propos recueillis par Claire Bonnot

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« Le sport, pour moi, ça a vraiment commencé quand je suis entrée à l’armée, à l’âge de 18 ans, juste après mon bac. J’ai toujours aimé ça, mais je n’ai jamais été en faire un club, par exemple. J’étais plutôt une personnalité artiste, je faisais du piano, du chant, de l’art dramatique.

C’est lors des examens d’entrée à l’armée que je suis devenue accro au sport. Je ne partais pas de zéro, mais je n’en avais jamais fait à haut niveau, je me suis donc entraînée à fond via la natation et la course. Ma sœur étant en fac de sciences du sport, c’était l’occasion de s’entraîner ensemble et c’est devenu une histoire de famille.

C’est en arrivant ensuite dans ma première affectation sur Paris comme infirmière militaire qu’on s’est inscrite à des compétitions en commun.

Dans l’armée, les entraînements étaient quotidiens : courses, natation, parcours du combattant avec les rangers et des sacs très lourds à porter.

Au-delà de cette puissance physique que je me suis découverte, l’armée m’a forgé un mental d’acier : j’ai toujours eu le goût de l’effort, le fait de vouloir repousser mes limites, mais l’armée m’a appris à gérer la douleur, à aller plus loin. Aujourd’hui, je sais que je ne lâcherai jamais.

Ce qui a été fort avec l’armée, ça a été le sens du collectif. C’est ça qui me donne cette sorte d’invincibilité aujourd’hui. Le fait d’aller au bout pour un groupe, ça m’a vraiment construit ce mental inébranlable.

Le groupe stimule, ça vous emmène plus loin que si vous le faisiez uniquement pour vous. À l’armée, des gens comptent sur vous, vous vous dépassez pour l’autre, donc vous ne pouvez pas vous dire : « J’ai mal, je vais arrêter » car on fera perdre, d’une certaine manière, toute une équipe.

À la base, j’ai un caractère très fort et heureusement pour moi car, effectivement, l’armée n’est pas toujours un milieu aisé pour une femme. On n’a pas d’autre choix que de s’affirmer en tant que femme. Grâce au théâtre notamment, ce n’était pas difficile pour moi de prendre la parole.

Les hommes que vous avez en face cherchent à voir que vous avez autant d’assurance qu’eux, voire plus. Quand vous avez un mental de battante, tout de suite, ça donne confiance. Ça s’est donc très bien passé pour moi : j’ai adoré avoir sous mon commandement et être commandée par des hommes et des femmes.

Le sport est quelque chose de très valorisant pour moi. Ça donne une vraie assurance dans tous les aspects de ma vie et pas seulement en compétition.

C’est totalement euphorisant de se rendre compte qu’on est capables de faire un peu plus chaque jour. Chercher où est la limite, c’est boostant ! Et encore plus en tant que femme : voir que, sur certains aspects physiques, on est à l’égal des hommes, voire supérieures aux hommes.

Côté mental, on les dépasse largement ! Je m’en suis rendu compte à l’armée. Les hommes ont souvent une plus grande faiblesse que les femmes : au moment de craquer, même s’ils sont au-dessus physiquement, c’est toujours les femmes qui vont porter le groupe. Du coup, on est complémentaires !

C’est en sortant de l’armée que je me suis lancée dans la compétition Spartan Race avec ma sœur. On a débuté en tant que volontaires pour pouvoir faire la course gratuitement puis on a débuté en amateurs. J’ai eu de bons résultats et je me suis inscrite en élites.

Comme je gagnais de plus en plus, j’ai voulu voir du pays et j’ai concouru en Europe et dans le monde. C’est d’ailleurs quand je suis allée concourir aux Émirats que j’ai été repérée par un grand sponsor, xdubai.

J’ai donc intégré la team professionnelle de Spartan là-bas et je fais aussi partie de l’équipe de France Spartan. Je suis en quelque sorte une athlète professionnelle, mais ça reste difficile de gagner sa vie avec ce sport.

Les Spartan Race me procurent quand même beaucoup de stress sur la ligne de départ parce que je connais le bon niveau de mes concurrentes. Et parce que j’ai toujours envie de bien faire : je fais ça pour gagner ou, au moins, faire un résultat. Mais dès que je concoure, je me sens puissante !

Quand on fait l’épreuve de planté de javelot, on ressent une extrême fierté par exemple. Ma plus grosse émotion a été mon titre de championne d’Europe en 2018 lors de ma course en équipe avec ma sœur et une de mes meilleures amies. C’est ce que j’ai toujours aimé, cet esprit d’équipe !

La course qui a été un tournant pour moi, ça a été les 24h en Suède par moins 15 degrés ! On était en hiver donc il y avait très peu d’heures de jour. On avait une boucle d’à peu près dix kilomètres avec un très gros dénivelé et une grosse densité d’obstacles. Il fallait faire cette boucle non stop pendant 24h. À chaque arrivée de boucle, ta crew de restaure, te réchauffe et tu repars.

Vers 1 heure du matin, je n’allais pas bien du tout, j’ai ressenti l’envie d’aller dormir, c’était terrible. Pour être finisher, je savais que je devais au moins faire sept tours de boucle. Mon cerveau me torturait et me disait : « Tu peux t’arrêter, c’est déjà bien ce que tu as fait ! ».

Ça a été une vraie bataille ! Et par une espèce d’automatisme, à force de lutter contre ces pensées, mon cerveau s’est mis en mode automatisme.

Quand ça devient très compliqué, je compte dans ma tête pour déconnecter de la réalité. Le physique suit toujours, il suffit de bien se préparer. Le mental, il faut le domestiquer. J’ai fini septième dans le classement femmes, je suis extrêmement fière.

Cette expérience m’a fait dire que j’ai de sacrées possibilités à partir du moment où je sais comment me préparer. Et après, il suffit de mettre de l’engagement. Il n’y a jamais de limites ! Ça fait prendre conscience à quel point, si le corps est en phase avec l’esprit, il peut faire des choses incroyables.

Je n’ai pas de préparateur mental, j’ai trouvé beaucoup de clés toute seule, mais c’est quelque chose auquel je pense. Pour aller encore plus loin. En tout cas, je n’ai jamais abandonné une compétition. Ni pour une blessure ni pour une autre raison.

Le sport me vide complètement la tête. Et j’en ai besoin car, dans le travail d’infirmière, on absorbe beaucoup de souffrance des malades ou des familles donc mentalement c’est assez compliqué.

Le sport est un exutoire à toute cette lourde charge émotionnelle. Ça me permet d’aller au travail sans être aigrie et de pouvoir recevoir cette souffrance. C’est une vraie soupape de décompression.

Je m’entraîne six jours par semaine avec deux entraînements par jour. Je fais de la course, du vélo, du rameur en salle, de la natation, du CrossFit, de la musculation et du travail spécifique d’obstacles. Pour la mobilité, du yoga, sans oublier la récupération active.

Je dirais aux filles qui ont peur de se lancer dans ce type de sport de commencer pour le plaisir ! On a des compétitions amateurs et on essaye d’ailleurs de promouvoir au maximum le sport pour les femmes. On n’en a pas assez dans la course d’obstacles ! Sur les grands événements, on a 200 hommes pour 50 femmes. Il faut vraiment venir essayer.

Les femmes ont tendance à se mettre des limites physiques en pensant qu’elles n’en seront pas capables. Pourtant, ce type de sport ne demande pas une force extraordinaire mais plutôt une agilité, une compréhension des mouvements. La force est accessible avec un entraînement spécifique.

C’est extrêmement ludique comme activité sportive ! On n’y voit que le côté warrior, mais c’est que du bonheur ! On court dans des endroits magnifiques avec un jeu d’obstacles. C’est divertissant !

Ensuite, c’est comme tout, si on n’essaye pas, on ne saura jamais. Ce sont des sports qui valorisent et qui s’apparentent à la vie. On peut avoir des coups durs, des obstacles qui nous tombent dessus et il faut pouvoir les surmonter le plus possible pour avancer…

Si vous arrivez à le faire dans la vie, la course d’obstacles, ce sera de la rigolade ! »

 

  • Le Palmarès d’Angélique

 

Spartan Race Middle East Championship UAE – novembre 2017: 3e

Spartan Race Asia / Pacific Championship Malaisie – Décembre 2018: 3e

Championnat du Monde Spartan Trifecta Grèce – Novembre 2018: 5e

Championnat d’Europe Spartan Team France – Juillet 2018: 1ere

Championnat du Monde Spartan Team USA – Octobre 2018 : 5e

1er Championnat du Monde par Equipe OCR par Equipe Race England – Octobre : Top 10

Championnat du monde Spartan 24h Suède – décembre 2019 : Top 10

 

  • Pour suivre les douze travaux d’Angélique, direction son compte Instagram @angie_ocr
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