Agathe : « La course m’a appris à ne plus fuir la difficulté. Je n’abandonne plus, je fonce ! »

Runneuse, 31 ans, graphiste

Agathe Runs Bordeaux
Jamais elle n’aurait imaginé se sentir aussi bien dans ses baskets. Dans tous les sens du terme. Agathe est devenue addict à la course à pied après avoir commencé le running pour perdre ses kilos en trop. Aujourd’hui, elle s’offre des shoots d’adrénaline en multipliant les marathons. Une aventureuse profondément inspirante qui donne envie de parcourir le monde à grandes foulées pour mieux se réconcilier avec soi-même.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

« Quand j’ai commencé le sport, je n’étais bien que dans l’eau… Courir ? Je ne voulais pas en entendre parler. J’ai fait de la natation en compétition pendant dix ans tout au long de mon adolescence. Quand j’ai arrêté, c’était pour me consacrer à mes études puis à mon boulot. Comme j’ai mis un peu de temps à me stabiliser dans mon milieu professionnel, ça a influé sur mon équilibre personnel et le sport n’était alors plus dans mes priorités.

La conséquence de tout ça ? Une importante prise de poids. Je faisais plus de 90 kilos pour 1,65m. Même si je n’étais pas dans une obésité morbide, les chiffres de l’IMC étaient là et, de toute évidence, je ne me sentais pas bien dans mon corps.

©Modaliza

Le déclic, ça a été en 2016, quand j’ai signé mon CDI comme graphiste dans un club de rugby professionnel à Bordeaux. J’avais enfin trouvé une stabilité, ça se passait bien et j’évoluais dans un lieu et milieu où le sport était évidemment omniprésent. Le petit coup de pouce ? En tant qu’employée, j’ai eu droit à une carte de sport gratuite. Mine de rien, le coût est souvent un frein à la pratique du sport. Comme il était levé, je me suis dit « Pourquoi pas ! » Et quand je me lance dans un truc, je m’y mets à fond donc… ça a été un cercle vertueux.

J’ai fait attention à ce que je mangeais sans pour autant suivre de régime strict, un rééquilibrage alimentaire en fait grâce à une application sur laquelle je notais ce que je mangeais dans la journée. Je gardais cependant toujours le côté plaisir lors de quelques repas dans la semaine. J’ai perdu très vite, mes collègues étaient impressionnés, je fondais à vue d’œil !

Car, en parallèle, j’avais un meilleur rythme de vie qui incluait la reprise du sport : beaucoup de salle, des cours collectifs qui m’empêchaient de filer avant la fin et de la musculation pour continuer à brûler des calories. J’ai perdu trente kilos en sept mois.

 

©Modaliza

Je n’ai pas commencé la course à pied tout de suite. Je me souviens du déclic comme si c’était hier. On était en novembre, aux alentours de 18h, il faisait nuit, hyper froid, je n’étais pas très motivée pour aller à la salle qui se trouvait un peu loin de chez moi.

Alors je me suis dit : « Je vais enfiler mes baskets et je vais aller courir ! ». Au début, je ne faisais que 30 minutes et puis je me suis mise à faire 2/3 séances de running par semaine et le weekend, toujours dans mon optique de perte de poids. Je pense que j’y ai tout de suite trouvé un certain plaisir car sinon je n’aurais pas continué !

C’est à ce moment-là que les collègues m’ont dit que j’allais pouvoir m’inscrire au semi-marathon de Bordeaux ! Moi, quand on me challenge, ça marche ! Et j’ai couru…

©Modaliza

J’ai acheté de vraies baskets, une montre connectée, je me suis entraînée via un programme pendant deux mois, toute seule. J’ai vraiment pris du plaisir à faire ça, du début à la fin, et j’ai même fait un bon temps le jour J !

Un mois après, je faisais le semi-marathon de Poitiers et ainsi de suite. J’ai adoré collectionner les médailles, je me suis lancée comme ça, c’était vraiment du plaisir.

L’année suivante, je me suis inscrite sur un marathon. Je pensais être capable de m’y préparer toute seule, mais j’ai fait des erreurs et, un mois avant la course, je me suis blessée, je pleurais de douleur. Je me suis fait une tendinite du long fibulaire. J’ai dû faire de la rééducation pendant quelques mois, j’ai changé de baskets, j’ai porté des semelles… Ça s’est guéri et j’ai repris les courses.

©Jordan Billard

J’ai eu envie de me challenger pour ne pas me reposer sur ces difficultés et, en 2018, j’ai commencé à penser au projet du marathon de la Grande Muraille de Chine (plus de 5000 marches à gravir !). J’adore pratiquer ma passion en voyageant – j’ai participé à des courses aux Pays-Bas ou encore en Norvège. Mais la Grande Muraille… c’est un très gros défi, l’un des marathons les plus durs au monde.

J’ai donc commencé à me faire accompagner par des préparateurs, physique et mental, pour mettre toutes les chances de mon côté. J’ai aussi monté un dossier pour trouver des financements, des partenaires. L’entraînement était plutôt exigeant, 4 à 5 séances par semaine à conjuguer avec mon boulot. Avec le Coronavirus, j’ai dû abandonner le projet pour 2020. Ça a été une grosse déception et un peu de découragement car j’avais énormément bossé et tout était préparé, réservé… Mais ce qui m’a tenue, c’est que j’ai eu la chance de faire d’autres courses depuis cette annulation.

©Modaliza

L’une d’entre elles a agi comme un tournant dans ma pratique et, malgré la difficulté, a été un enseignement pour la suite. C’était le marathon de Bilbao, en Espagne, en octobre 2020. Il a lieu de nuit et, là, il pleuvait des cordes, j’avais mes règles, il n’y avait pas de public au bord de la route, le parcours était horrible ! Bref, c’était loin d’être tout beau tout rose ! Pourtant, je préfère ça car je peux m’en servir sur le plan du mental maintenant : j’ai eu un gros passage à vide pendant environ dix kilomètres, il me devenait impossible de continuer à courir, je n’avais plus de jambes et j’étais tellement trempée que mon sac à dos rajoutait du poids à celui de mon corps épuisé.

À cinq kilomètres de la fin, la voiture-balai m’a proposé d’abandonner ou alors il me fallait aller plus vite car ils allaient bientôt démonter la ligne d’arrivée. Tout ça pour rien ? Il en était hors de question. Alors, j’ai accéléré. Et je serais incapable de dire où je suis allée chercher cette énergie ! J’ai passé la ligne d’arrivée pile au bon moment et j’ai pu récupérer ma médaille. Ce sont les moments difficiles qui nous forgent et j’ai compris que j’avais des ressources incroyables.

 

©DR

Le fait de courir m’a permis de trouver un équilibre dans ma vie, de m’épanouir dans autre chose que dans mon boulot et d’y être d’ailleurs plus efficace. Maintenant, grâce au sport et au running, quand je suis face à une difficulté, au lieu d’abandonner, je fonce et ça repart ! Je me réfère toujours à ça désormais et ça m’aide à avancer dans la vie de tous les jours.

En fait, en courant, tu sens lorsque les endorphines sont lâchées, et là t’es tellement bien ! Enfiler mes baskets et y aller, ça me permet d’évacuer le stress et la frustration de la journée. Depuis que j’ai quitté Bordeaux centre pour la campagne alentour, c’est encore mieux parce que je cours dans les vignes…

Depuis cet été, j’ai la chance d’être coachée par Marine Leleu qui s’est installée à Bordeaux. Elle correspond exactement à ce que je cherchais : un coaching centré sur l’humain. En plus, on avait toutes les deux le même objectif, celui de participer au marathon de la Grande Muraille de Chine et elle me prépare pour mai 2021. Si ce n’est pas maintenu, je réfléchirai à un raid féminin. J’ai envie de partager une course, j’aime l’idée de se surpasser à plusieurs !

©DR

Les courses, les semi-marathons et marathons, me permettent de sortir de ma zone de confort, de me surpasser. C’est un travail exigeant dans lequel toute la phase de préparation en amont est hyper intéressante sur tous les plans, physique et mental. La course n’est pas une fin une soi, ce qui est formateur, c’est tout ce qu’il faut mettre en œuvre avant pour y arriver. Sans se mettre trop de pression car en partant tout de suite sur de gros objectifs, on risque de se décourager et on va avoir tendance à se dire qu’on n’y arrivera pas.

Mon conseil pour se lancer dans le défi du sport, c’est de se fixer des petits objectifs intermédiaires, c’est plus motivant ! Personnellement, concernant ma perte de poids, je savais que ça ne se ferait pas du jour au lendemain, j’ai accepté que ça prenne du temps et les choses se sont faites peu à peu.

©Jordan Billard

Ce qui peut aider aussi, c’est la communauté que l’on se crée ou que l’on suit sur les réseaux sociaux. Elle m’a accompagnée dans ma perte de poids et m’a inspirée car je me disais : « Cette fille va à sa séance de sport, ça fonctionne, je vais tenter aussi. » Parfois, c’est vrai, ça peut procurer de la frustration, mais dans ces cas-là, il faut vraiment bien choisir les comptes que l’on suit.

De mon côté, c’était important de partager et de témoigner sur ce qui marchait pour moi. Ça m’a boostée, ça m’a permis de prendre confiance en moi et j’étais heureuse de pouvoir apporter quelque chose aux autres. Même si je ne suis pas une pro, je pouvais donner des conseils ou du moins apporter une expérience sur ma perte de poids et les bienfaits du sport. C’est incroyable de se dire qu’on peut être, pour certains, un modèle…»

Agathe en mouvement, ça se passe comme ça !

 

  • Pour prendre de la graine du parcours sportif motivant de Agathe, c’est sur son site internet
  • Pour la suivre dans ses grandes foulées au jour le jour, direction son compte Instagram
Modaliza
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Elles aussi sont inspirantes...

Leonie Brodmann

Léonie : « Le parkour m’a libérée de certains diktats. »

Basket, équitation, danse moderne… Léonie a toujours eu la bougeotte. Lorsqu’elle a découvert le parkour, c’est devenu son sport de prédilection. À Lausanne, avec les traceurs (comme on nomme les pratiquants de cette discipline) de son association, Léonie Brodmann se réapproprie l’espace public à grand renfort de bonds et de roulades.

Lire plus »
Angélique Chetaneau

Angélique : « En entrant à l’armée, je suis devenue accro au sport. »

Une warrior, une Amazone, Wonder Woman en chair et en os. Angélique Chetaneau est infirmière militaire et championne de courses d’obstacles, les Spartan Race, qui sont un peu les douze travaux d’Hercule à l’ère moderne. Sa puissance, elle se la forge à coup d’entraînements solides et surtout d’un mental d’acier. Angélique a trouvé comment être invincible.

Lire plus »
Vanessa Guerreiro

Vanessa : « Au début, le yoga, j’ai détesté ! »

Elle a travaillé dans le marketing et dans la restauration, mais c’était dans une autre vie. Vanessa Guerreiro a trouvé douceur et sérénité dans la pratique du yoga, une discipline qui l’a aidée à traverser des périodes difficiles. Elle a tout lâché pour l’enseigner. Récit d’un voyage intérieur.

Lire plus »
Yvonnette Hoareau

Yvonnette : « Le hip hop est mon oxygène, il m’a ouverte au monde. »

Son nom nous donnerait presque des envies de bouger. Yvonnette Hoareau Vela Lopez a le hip hop qui lui colle aux basques depuis ses débuts quasi révolutionnaires dans son quartier strasbourgeois. Danseuse, chorégraphe, précurseure du hip hop en Alsace, celle qui se nourrit de tout pour faire progresser sa pratique, n’oublie jamais d’où elle vient et a fait de la transmission son plus beau mouvement. Dénicheuse de nouveaux talents, elle mise tout sur les filles, « la nouvelle génération du hip hop » !

Lire plus »

Pauline : « Au sommet d’une montagne, je me sens à ma place. »

Ado, elle pratiquait déjà le ski de randonnée. Et, depuis, elle n’a jamais cessé de grimper les sommets. Le plus souvent, dans sa région d’adoption, Grenoble.
La montagne, Pauline s’y sent bien, loin de tout esprit de compétition ou de performance. Elle nous partage sa passion. Celle qui la fait vibrer, celle qui l’aide à respirer.

Lire plus »
Audrey Tanguy

Audrey Tanguy : « Savoir que j’ai le trail dans ma vie, ça me rassure. »

Née pour être ultra traileuse. Audrey Tanguy s’est découvert, en 2017, un corps d’athlète inoxydable, endurant et ultra performant. Cette savoyarde avait beau avoir l’habitude de courir les montagnes, elle n’avait pas prévu d’en faire de la compét’. Les kilomètres, les dénivelés, désormais ça lui connaît et rien ne peut l’arrêter. La Diagonale des Fous, la Trace des Ducs de Savoie, le 90 km du Mont Blanc font partie d’une longue liste de courses avalées d’un trait et aux meilleures places. Une vraie tornade sur pattes !

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Charlie Moss

Speakers dans les stades : les femmes aussi donnent de la voix !

Elles chauffent des stades de foot et de rugby blindés de supporters prêts à en découdre. Elles, ce sont les speakers femmes, ces voix de l’ombre qui s’expriment haut et fort dans un milieu souvent majoritairement masculin. Des matchs ambiancés d’une main de maître…de cérémonie. Lançons la Ola pour ces ladies du micro !

Lire plus »
Shaikha Al Qassemi

Shaikha Al Qassemi, celle que le CrossFit a émancipée

Le CrossFit lui a permis de faire la paix avec son corps. À 32 ans, Shaikha Al Qassemi a puisé, dans la discipline, la force de suivre sa propre voie et de s’épanouir physiquement, loin des stéréotypes et des diktats qui régissent la norme. Désormais à l’aise dans ses baskets et bien dans sa tête, l’athlète émiratie n’a qu’une envie, servir d’exemple quitte, en levant des poids, à soulever des montagnes.

Lire plus »
Maud Thierry

Maud Thierry – Iron(wo)man sinon rien

« Petit format, grande détermination » a-t-elle écrit sur sa bio Instagram. Pour Maud alias “Petit goûter”, 26 ans, le sport, c’est un peu l’affrontement de David contre Goliath. Cette triathlète acharnée au petit gabarit a réalisé un exploit sportif envié : l’Ironman. Prenons le top départ avec une sportive généreuse et heureuse qui a fait du sport son mode de vie.

Lire plus »
Surya Bonaly

Surya Bonaly : 5 infos pour briller sur la glace

À l’image d’une Simone Biles, championne avant-gardiste de la gymnastique, Surya Bonaly marqua le monde du patinage artistique dans les années 1990 de ses prouesses interdites. La multi championne de France et d’Europe et vice-championne du monde par trois fois, a toujours voulu briser la glace des conventions pour faire évoluer son sport, au grand dam des juges, mais pour le plus grand plaisir du public. Ou comment devenir une Reine des glaces en 5 (r)évolutions !

Lire plus »
Stacey Allaster

Stacey Allaster, la nouvelle boss de choc de l’US Open

Elle est la première femme à prendre les rênes du tournoi américain. Responsable de la Fédération américaine de tennis, la Canadienne ajoute ainsi une ligne prestigieuse à son CV. Elle préside désormais aux destinés de l’US Open tout en conservant ses prérogatives au sein de la fédé. Portrait.

Lire plus »
Leonie Brodmann

Léonie : « Le parkour m’a libérée de certains diktats. »

Basket, équitation, danse moderne… Léonie a toujours eu la bougeotte. Lorsqu’elle a découvert le parkour, c’est devenu son sport de prédilection. À Lausanne, avec les traceurs (comme on nomme les pratiquants de cette discipline) de son association, Léonie Brodmann se réapproprie l’espace public à grand renfort de bonds et de roulades.

Lire plus »

Lauriane Lemperim : « Après ma blessure, j’étais presque devenue une autre… »

Elle aimait jouer les acrobates. Tellement qu’elle fut 7 fois championne de France et multi-médaillée internationale en tumbling. Avant de se blesser grièvement. Et de faire son come-back. Mais la flamme n’était plus là. Aujourd’hui, Lauriane Lemperim a quitté le saut pour la vague. Désormais surfeuse, elle profite d’une autre vie de sportive. Rencontre avec une fille qui a su rebondir.

Lire plus »
Mathilde Mignier

Mathilde Mignier : « Ce que j’apprends à mes élèves résonne avec mon parcours de championne… »

Pour elle, le sport c’est comme un jeu, mais un jeu sérieux. Montée sur un ring très jeune, rien ne peut mettre cette fille K.O. Triple championne du monde de savate boxe française, multi championne de France et d’Europe, Mathilde Mignier est aussi prof d’EPS. Une double vie sportive, en solo et avec ses élèves, toujours tournée vers le sport plaisir, passion et… progression !

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin