Marine Lefeuvre : « J’aime plus mon sport que la gagne. Le roller, c'est ma passion. »Championne de roller, policière, 27 ans 

Marine Lefeuvre : « J’aime plus mon sport que la gagne. Le roller, c'est ma passion. »
Elle vient de faire sensation en décrochant son premier titre de championne du monde de roller de vitesse après vingt-trois ans de disette pour les Françaises. La Mayennaise Marine Lefeuvre est montée, pour la première fois, sur des patins à roulettes lorsqu’elle avait 3 ans et n'a plus jamais voulu en descendre. Témoignage d'une roller girl qui fait son chemin.

Publié le 22 novembre 2024 à 10h35

« En septembre dernier, j’ai décroché mon premier titre de championne du monde de roller à l’occasion des World Skate Games qui se sont tenus en Italie. Cette course, c’était la quatrième que je disputais depuis le début de ce rendez-vous. Cette fois-ci, je tenais le rôle de coéquipière. Cela signifie que je devais tout mettre en œuvre pour aider ma compatriote, Marie Dupuy, à aller au bout, un peu comme un lièvre. Ce jour-là, la météo était un peu particulière : il pleuvait et dans ce genre de conditions, tout est différent, on est contraintes de changer de roues, les appuis ne sont pas les mêmes, la vitesse non plus. Malgré tout, nous avons fait une course parfaite, du moins jusqu’à six tours de la fin.

À ce moment-là, Marie a eu besoin d’être plus protégée et je me suis portée au-devant d’elle. Jusqu’à deux tours de l’arrivée, et malgré des chutes qui ont un peu chamboulé la fin de course, nous sommes première et deuxième. Mais, tout commence à s’emballer, je choisis d’accélérer et Marie perd ma roue

©LinkedIn

Moi, je ne le sais pas et je m’en aperçois en regardant un immense panneau sur lequel est diffusé le live. Se pose alors un énorme dilemme : je suis en tête, Marie est dernière et on s’apprête à aborder la ligne pour le dernier tour. À la cloche, je suis incapable de savoir si elle est là ou si elle s’est fait éliminer et puis, je commence à me faire doubler et là, je me demande si je prends le temps de regarder derrière pour savoir où elle en est, est-ce qu’on tente le podium ou est-ce qu’on tente la gagne

Je fais le choix de continuer devant, de faire mon sprint et je passe la ligne en tête. Ma première réaction, c’est que je suis choquée, dans le bon comme dans le mauvais sens. Comme ce n’était pas moi qui étais censée performer sur cette course, et même si je n’avais rien à me reprocher, je me demandais comment Marie allait réagir et puis, je l’ai entendue hurler de joie pour moi. C’est là que j’ai compris qu’il venait de se passer un truc incroyable, magique, que la victoire était là et que j’étais championne du monde.

©Equipe de France de Roller et Skateboard

Je participe à des Championnats du monde depuis 2015, lorsque j’étais junior. J’ai continué en sénior à partir de 2018 et, j’oscillais entre la 5e et la 8e place, ce qui était déjà pas mal car notre sport est un sport d’endurance, et la maturité vient avec les années.

Il faut également rappeler que j’ai longtemps été sprinteuse avant de me reconvertir fondeuse, il a donc fallu que je travaille énormément pour atteindre un niveau équivalent. Tout a changé en 2021, quand il y a eu la pandémie de Covid. Je n’avais rien à faire de mes journées si ce n’est m’entraîner et lorsque nous avons pu de nouveau sortir, j’ai eu le sentiment d’être forte. À partir de cette année-là, je me suis enfin sentie athlète de haut niveau, en capacité de performer au plus haut niveau et je me suis retrouvée sur des podiums aux Championnats du monde.

©Equipe de France de Roller et Skateboard

Jusqu’à ce titre en 2024, cela faisait vingt-trois ans qu’une Française n’avait pas remporté l’or aux Championnats du monde avant moi et je suis la troisième. Pour le moment, je ne me rends pas trop compte de la portée que cela peut avoir car je suis encore dans ma performance, dans mon histoire, mais il est vrai que, pour la Fédération, pour le monde du roller, pour les femmes dans le roller en général, c’est quelque chose d’exceptionnel, quelque chose qui était attendu depuis très longtemps.

Cette médaille d’or, c’est aussi l’aboutissement de nombreuses années de pratique. J’ai commencé à l’âge de 3 ans et, dans ma famille, tout le monde a pratiqué : mon papi a été juge international, ma mamie s’occupait du Roller Sport Rezé, leurs trois fils, dont mon père, y sont allés et c’est également par ce biais que mes parents se sont rencontrés. Pour moi, ça a d’emblée était une passion et je me suis tellement épanouie, jeune, dans mon club que je n’ai jamais eu envie de passer à autre chose.

©Equipe de France de Roller et Skateboard

Je pense que le fait d’avoir gagné des courses assez tôt – j’ai décroché mon premier titre de championne de France lorsque j’étais en deuxième année chez les poussins et je dois en avoir entre vingt et vingt-cinq aujourd’hui a également joué.

Quand j’ai eu 15-16 ans, j’ai quitté mon club pour rejoindre celui de Saint-Herblain. J’ai fait ce choix parce que, jusqu’alors, c’était ma maman qui m’entraînait et notre relation mère-fille était devenue avant tout une relation athlète-entraîneur avec pas mal de conflits. Deux ans après être arrivée à Saint-Herblain, en septembre 2016, j’ai intégré le pôle France de Nantes. Depuis, j’ai étoffé mon palmarès avec un premier titre de championne d’Europe en 2021, sept ou huit ont suivi par la suite, et donc, ce titre de championne du monde.

©Equipe de France de Roller et Skateboard

Malgré ces récompenses, il a longtemps fallu que je partage mon temps entre entraînements-compétitions et travail pour pouvoir vivre. J’ai d’abord exercé le métier d’aide à domicile, c’était le seul emploi qui me permettait d’adapter mes horaires à ma pratique sportive avec le moins de contraintes possibles, puis j’ai fait une formation de réserviste dans la police. C‘était en 2022 après la mise en place d’un dispositif dont le but était de recruter des athlètes de haut niveau, un peu comme l’Armée des champions pour la Défense. J’ai envoyé une lettre de motivation et mon CV début novembre, j’ai été retenue pour passer les entretiens sur Paris et, mi-décembre, j’ai appris que j’avais été sélectionnée.

J‘ai fait cinq semaines de formation, mais ce n’est pas assez pour aller sur le terrain. Je suis détachée par la police à qui je dois rendre vingt-cinq jours par an et, à terme, je pourrais être intégrée dans les rangs à condition que je passe par la case école. C’est un choix qu’il me faudra faire avec mon compagnon mais, pour le moment, je me concentre sur ma carrière sportive.

©LinkedIn

Dans ma discipline, généralement, les femmes peuvent continuer à performer très longtemps mais, souvent, elles arrêtent au moment où elles veulent devenir mère. Moi, je me donne encore deux ans au moins, disons jusqu’à mes 30 ans, pour continuer sur cette voie-là. Après, oui, la question se posera.

J’ai peur que cette vie de sportive de haut niveau me manque mais, même si quand je m’aligne sur une compétition c’est dans l’idée de la remporter, je sais que j’aime plus mon sport que la gagne : si je gagne, tant mieux mais si je ne gagne pas, ça ne changera pas ma vie. Tout cela est encore un peu lointain. Pour le moment, je me concentre sur le Marathon Roller de la Havane, à Cuba, qui aura lieu en décembre. Ce sera ma dernière course de l’année et mon ambition est… de la gagner. »

Première partie du Questionnaire sportif ÀBLOCK! de Marine Lefeuvre

Deuxième partie du Q&A ÀBLOCK! de Marine Lefeuvre

Ouverture ©Equipe de France de Roller et Skateboard/S.Sarfati

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