Charlotte Consorti

« Ce que j’aime dans le Kitesurf ? Repousser mes limites, rentrer dans le dur ! »

Charlotte Consorti
Triple championne du monde de Kitesurf, recordwoman de vitesse de la discipline, cette star de la glisse ne fait pas de vagues, mais elle est une référence dans l’univers des sports extrêmes. Acharnée, tenace, toujours en quête d’exploits, elle n’a qu’un but : battre son propre record !

Par Faustine Magnetto

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Triple championne du monde de Kitespeed, recordwoman de vitesse…un palmarès époustouflant ! Comment en vient-on à glisser sur l’eau comme tu le fais ?

J’ai toujours aimé la mer. Petite, j’habitais à Paris, mais j’allais souvent en vacances en Bretagne.

Là-bas, j’ai commencé à faire de l’Optimiste, de la planche à voile et du catamaran. Un jour, en faisant de la planche à voile, j’ai vu des kitesurfs et je me suis dit : « Ça peut être sympa d’essayer ! ».

J’ai donc fait mon premier stage et j’ai adoré ça ! J’ai revendu mon matos de planche pour m’acheter mon premier kitesurf.

Charlotte Consorti
©DR

L’eau est donc définitivement ton élément ?

Je me suis toujours sentie mieux au bord de la mer qu’en ville. J’ai fait toutes mes études à Paris et dès que j’ai pu partir, je suis venue m’installer dans le sud de la France, à Montpellier.

Je faisais des études de STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives, Ndlr), j’ai envoyé mes dossiers partout à Marseille, à Montpellier, à Nantes pour être proche de la mer !

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En 2001, tu te lances dans ton premier championnat freestyle de France…

Ça date, oui ! Je me rappelle juste que c’était à Dunkerque. C’était complètement différent : en Méditerranée il n’y a pas de marées.

On n’avait pas eu beaucoup de vent ce jour-là. En réalité, j’ai peu de souvenirs de ce championnat à part les marées qui m’ont bien marquée ! En kitesurf, on est censé mettre son aile sur la plage.

Là-bas c’est compliqué parce qu’en fait tu pars à l’eau et quand tu reviens, il n’y a plus de plage ! Il faut avoir une toute autre réflexion pour pratiquer !

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Tu t’es rapidement tournée vers la vitesse. Pourquoi ?

J’ai commencé les compétitions en freestyle, j’aimais bien ça. Mais c’était toujours un peu frustrant, parce que ce sont des juges qui notent. Et tu n’es jamais sûr qu’ils aient bien vu ta figure. La notation de cette discipline est très subjective.

Quand j’ai essayé le kitespeed, j’ai adoré, tu es sûre du résultat : les caméras ont un chrono embarqué. Et puis, tu ne te bats pas uniquement contre les autres, tu te bats aussi contre toi-même. Tu essaies en permanence d’améliorer ton temps et, ajouté aux sensations d’adrénaline que ça procure, c’est ce qui me plaît dans la vitesse !

Aussi, la vitesse c’est plus physique que le freestyle. Le freestyle, tu es dans l’eau 3-4 jours à un endroit, mais, parfois, tu ne vas naviguer que dix minutes. Alors qu’en vitesse, sur une semaine on est tous les jours à l’eau ! Il peut y avoir des manches de deux heures, c’est vraiment très physique.

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C’est un sport extrême, tu n‘as jamais peur ?

J’aime la vitesse quand c’est puissant ! Il y a toujours un moment de doute avant d’aller sur l’eau. C’est difficile d’évaluer si le vent n’est pas trop fort. Il y a cette incertitude, à savoir si on va tenir l’aile ou si on va s’envoler avec !

Mais toutes les précautions sont prises, c’est très sécurisé. Une fois sur l’eau, c’est que du plaisir… et de l’adrénaline ! 

Tu fais quoi quand tu n’es pas sur l’eau ?

Je ne peux pas m’entraîner toute l’année à la vitesse, il faut que des conditions spécifiques soient réunies. La vitesse se pratique dans des conditions exceptionnelles : le vent doit venir de terre, qu’il soit fort, que l’eau soit lisse. Il faut aussi un bateau de sécurité. Même pour les entraînements, ces conditions sont nécessaires.

Donc à côté, je fais de la musculation, du freestyle ou je vais naviguer, tout simplement.

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Pour aller plus vite, c’est quoi ton secret ?

Plus on a de la force dans les jambes et un matériel bien réglé, plus on va vite. En plus de ça, il y a la technique et le vent. Il faut avoir la bonne rafale, savoir lire le plan d’eau et être sur l’eau au bon moment ! Pour avoir cette bonne rafale, il faut parfois tourner longtemps sur l’eau, la reconnaître, la voir arriver. Aller le plus vite possible, c’est l’art de réunir tous ces paramètres.

On pourrait penser qu’il y a également un facteur chance. Mais quand on regarde, que ce soit chez les filles ou les garçons, c’est souvent les mêmes qui finissent premiers ! 

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En 2010, tu es élue « Femme la plus rapide sur l’eau à la voile ».  Comment réussir une telle performance ?

Il s’agissait d’une tentative sur un mois en Namibie. C’était compliqué parce que partir là-bas représentait un gros budget et sur place les conditions n’étaient pas faciles.

Je l’ai tenté à deux reprises mais je le manquais à chaque fois. Ça faisait longtemps que je voulais ce record, il me restait un essai pour réussir. J’ai beaucoup travaillé pour le décrocher, mais je pense que c’est cet intense désir de l’obtenir qui m’a finalement permis de passer la barre des 50 nœuds.

J’ai battu le record avec 50,43 nœuds, l’équivalent de 93 km/h sur une distance de 500 mètres.

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Un record décroché dans la douleur …

Ce jour-là, le vent était très fort ! Certains ont même renoncé en refusant d’aller dans l’eau. Les conditions étaient dangereuses, la sécurité en Namibie, entre désert et océan, n’est pas la même que sur une plage en France. Pas d’ambulances ou d’hélico en cas d’accidents !

Sur l’eau, je ne pensais pas du tout avoir battu le record. En plus, le plan d’eau commençait à s’agiter, je pensais que c’était fini pour moi !

L’arrivée était aussi très compliquée, il n’y avait pas de zone pour ralentir. Il fallait s’arrêter d’un coup, net ! Mais j’étais en pointe à 100 km/h ! J’ai mal géré cette arrivée : au lieu de partir sur l’arrière, je suis partie sur l’avant et j’ai tapé la tête dans l’eau. Je suis tombée et j’ai perdu connaissance. J’ai failli me noyer.

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Heureusement, quelqu’un a pu attraper mon aile et me sortir de là. J’ai eu de la chance. Avec le vent, j’aurais pu être traînée sur plusieurs mètres. Il n’y avait pas d’hôpital, personne pour m’emmener chez le médecin. Je saignais de l’œil, je ne voyais plus rien.

Autant dire qu’avec tout ça, je n’ai pas su immédiatement que j’avais battu le record. Lorsqu’on me l’a dit, une fois réveillée, je n’ai pas pu apprécier cette victoire, j’étais trop inquiète pour mon œil.

Tu as changé ta manière de pratiquer depuis ?

Oui. Depuis, je mets un casque intégral et d’avantage de protections. Ça m’a servi de leçon !

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Tu es donc une recordwoman qui n’a pas dit son dernier mot…

J’adore repousser mes limites. J’aime rentrer dans le dur pour progresser. Pour le moment, personne n’a battu mon record, je suis encore la « recordwoman » en titre. Alors, j’essaie de me battre moi-même ! Je n’ai pas encore réussi, mais je m’entraîne pour !

Tu as aussi décroché 3 titres de championne du monde de vitesse, sacrée consécration !

J’ai été davantage marquée par le record que par mes titres de championne du monde qui se gagnent en plusieurs étapes. On a le titre à la fin, il n’y a pas vraiment de moments particuliers. Alors que le record du monde, une fois que tu passes la ligne d’arrivée, le titre est immédiat ! Enfin, presque !

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Et avec ce record, tu as pu démontrer qu’une femme a les ressources pour distancer les hommes. C’est important pour toi ?

Je suis encore plus fière de ce record parce qu’hommes et femmes confondus, j’étais dans le top 10 des vitesses ! J’ai pu prouver qu’une femme aussi peut aller vite. Et aller plus vite que beaucoup d’hommes !

Même si les classements sont distincts, on est tous à l’eau en même temps. En ayant les mêmes conditions de départ, on peut facilement faire des comparaisons. Sur l’eau, on est tous à la même enseigne ! 

Il y a pourtant peu de femmes dans cet univers…

C’est une discipline majoritairement pratiquée par les hommes, c’est vrai. Ce n’est pas un sport très féminin, rien qu’à la manière dont on est habillé. On a un casque, un gilet, on ne ressemble pas à grande chose !

Puis, c’est très physique, on est souvent dans du vent fort, donc il faut avoir un certain poids.

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@baadree.fr

Quelle a été l’attitude des hommes quand tu as commencé à pratiquer ? 

Quand j’ai commencé, les hommes m’ont encouragée. À l’époque, au tout début des années 2000, peu de personnes pratiquaient le kitespeed, on était comme une grande famille, et les hommes ont trouvé ça cool d’avoir une fille qui fasse de la vitesse !

Il y avait un côté « engagé » à pratiquer cette discipline quand on est une femme.

Que dirais-tu à une femme qui veut se mettre au kitesurf ?

Je lui dirais de ne pas hésiter ! De passer par une école, pour ne pas se faire peur au début. C’est un sport très facile !

En dehors du kitespeed, c’est quelque chose qui se pratique tout en finesse, il n’y a pas besoin de force physique. On se fait tracter par un cerf-volant, c’est très ludique !

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Le kitesurf, c’est aussi une leçon de vie ?

Le kite m’a appris qu’il ne faut jamais laisser tomber. Je suis quelqu’un qui persévère toujours. Le record, je l’ai raté deux fois mais la troisième était la bonne. Parfois, en compétition je me retrouve loin dans le classement, mais je ne lâche rien. Une fois, j’ai réussi à décrocher la première place au tout dernier moment alors que j’étais loin derrière !

En général, dans tout ce que je fais, je me dis que je peux y arriver. Parce qu’on trouve toujours une solution pour parvenir à ce qu’on veut vraiment.

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Ta chaîne youtube « Kitesurf Paradise » fait rêver. Tu l’a créée dans quel but ?

Cette chaîne représente un autre aspect des compétitions. À côté, il y a les voyages, les rencontres et le partage. C’est ma deuxième passion !

Le kite permet de faire des rencontres. Ce sont souvent des kitesurfeurs qui m’accueillent dans leur école ou dans leur hôtel. Ce sont de superbes rencontres, ces gens sont passionnés et veulent partager l’amour de l’endroit où ils pratiquent.

Le kite permet aussi de rencontrer des locaux. On arrive souvent sur des plages où il n’y a pas de touristes, cela éveille la curiosité des gens. Pour certains, c’est la première fois qu’ils découvrent ce sport.

“Kitesurf Paradise” permet aussi d’inspirer, de pousser des femmes ou des hommes à se mettre au kite et ça fait vraiment plaisir. J’adore quand, après avoir regardé mes vidéos, mes abonnés vont découvrir des endroits où j’ai pratiqué. Je trouve ça génial, c’est fait pour ! Et là, je me dis que mes vidéos servent à quelque chose !

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Tu vas retourner sur l’eau rapidement ?

En ce moment c’est très compliqué avec la crise sanitaire. Mais j’espère partir en septembre en Grèce pour faire un autre « Kitesurf Paradise ».

Cette année, je me suis blessée au genou en kite. Je n’ai pas pu faire de tentative de vitesse. La blessure s’éternisait parce que je ne parvenais pas à arrêter de pratiquer. Je devais me poser, mais je tenais deux semaines et je repartais sur l’eau ! Je suis insupportable, dès que je suis blessée, je ne peux pas rester en place.

Là, j’ai un peu de temps pour récupérer car il n’y a pas de compétitions de prévues pour le moment, nous n’avons pas de planning, mais j’espère que l’année prochaine on repartira. Et j’ai hâte !

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