Prisca Vicot « Il y a eu beaucoup d’obstacles sur ma route de boxeuse, mais je n’ai jamais lâché. »

Prisca Vicot : « Il y a eu beaucoup d’obstacles sur ma route de boxeuse, mais je n’ai pas lâché. »
Elle a connu un parcours tumultueux mais elle s’est toujours relevée. Boxeuse professionnelle, championne du monde en 2018 et 2019, Prisca Vicot est une combattante qu’aucun obstacle n’est parvenu à mettre K-O. Rencontre avec une guerrière qui ne s’est jamais couchée.

Par Sophie Danger

Publié le 19 octobre 2021 à 8h40, mis à jour le 02 novembre 2021 à 17h27

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Tu as commencé la boxe sur le tard, tu avais 25 ans. C’était la première fois que tu pratiquais une activité sportive ?

Non, j’ai toujours fait du sport. À l’école, je pratiquais l’athlétisme, j’ai aussi joué au handball, au football.

Je réalisais d’excellentes performances mais, à l’époque, je vivais à la campagne et, là-bas, le sport féminin était peu développé.

Il n’y avait pas de possibilités de pousser loin dans cette voie alors, par la force des choses, je me suis orientée vers d’autres disciplines.

Cette autre discipline ce sera, dans un premier temps, les arts martiaux. Tu vas t’essayer au Viet Vo Dao, au Jeet Kun Do, au Grappling, au Self-défense…

J’ai commencé le Viet Vo Dao quand j’avais 17-18 ans. J’ai pratiqué deux ou trois ans et puis je suis partie sur la self-défense.

Peu à peu, j’ai délaissé les arts martiaux au profit des sports de combat et je me suis orientée vers le kick-boxing.

Parce que, le problème avec les arts martiaux, c’est qu’il faut pratiquer sur du long terme pour avoir des résultats mais, surtout, on ne se dépense pas assez, en tout cas en ce qui me concerne.

J’ai appris de belles choses avec ces disciplines, mais ça ne correspondait pas à mes attentes. Avec les sports de combat, je pouvais me donner physiquement.

 

Tu évoques également ton besoin de te mesurer aux autres, ton envie de faire de la compétition… Après le kick-boxing, tu vas t’essayer au full-contact. Tu vas décrocher plusieurs titres de championne de France et un titre de championne d’Europe…

Après le kick-boxing, je suis passée rapidement au full contact et j’ai enchaîné rapidement avec la compétition. C’est ce qui me motive et ce qui m’a toujours motivée.

Dans les arts martiaux, il n’y avait pas cet esprit de compétition et ça me manquait. J’ai toujours été une compétitrice dans l’âme et ce, dès toute petite.

Quoi que je fasse, j’ai toujours voulu être la meilleure et je me suis toujours donnée. J’ai été en équipe de France de full-contact durant plusieurs années et j’ai commencé à avoir des résultats sur le plan national.

En 2003, j’ai même participé aux Championnats du monde et j’ai battu la tenante du titre alors que personne ne m’attendait.

C’est un souvenir qui t’a marquée ?

Oui, j’étais en équipe de France et j’étais fière de représenter mon pays. Pour moi, ça voulait dire beaucoup. J’ai perdu en demie mais, au cours de ce même événement, j’ai assisté au sacre d’un Français et, quand j’ai entendu l’hymne national, j’ai eu la chair de poule.

Depuis ce jour, je me suis dit que, moi aussi, un jour, je deviendrai championne du monde.

C’est une image qui m’a marquée parce que je savais que c’était possible, que je pouvais le faire.

Qu’est-ce qui t’as poussée à arrêter le full-contact pour te tourner vers la boxe ?

L’une des raisons est que la situation en équipe de France n’était pas toujours simple, je savais que je n’aurais pas pu évoluer comme je le souhaitais.

L’autre raison est que je pensais avoir fait le tour. J’avais envie de voir autre chose.

Je me suis tournée vers la boxe et j’ai commencé par la boxe française. Ça a duré un an. Je suis devenue vice-championne de France élite, mais la discipline ne m’a pas plu et je me suis dirigée vers la boxe anglaise.

Tu vas commencer par la boxe anglaise amateur avant de te décider à passer pro. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Mon premier combat en amateur était contre la triple championne de France en titre. C’était en 2006 et je l’ai battue. C’était énorme.

En tout, j’ai pratiqué deux ou trois ans en amateur mais je savais que j’étais faite pour la boxe anglaise professionnelle. La boxe anglaise pro, c’est sur du long, les Championnats du monde c’est sur 10 rounds et pour moi, c’est parfait.

En pro, on peut frapper, c’est le style de boxe qui me convient, c’est plus en accord avec mon caractère.

C’est ça, pour toi, la différence fondamentale ?

Ce qui différencie fondamentalement la boxe amateur de la pro, c’est la touche. Pour gagner des points en boxe anglaise amateur, il faut toucher. Ça ne me correspond pas. Moi, j’ai besoin d’y aller, de rentrer au contact.

Être sur mes appuis et tourner, ce n’est pas mon style. J’aime me poser et envoyer les coups pleine puissance et sur du long.

La boxe amateur, en général, c’était sur 3 ou 4 rounds à l’époque. La boxe professionnelle ça commence par 6 rounds et ça va jusqu’à 10. Je me suis reconnue dans la boxe anglaise pro parce que je pouvais tout donner.

©Matthaus Kemp/Facebook Prisca Vicot

Le parcours va, malgré tout, être difficile pour toi en France et tu vas être contrainte d’aller voir ailleurs comment ça se passe…

Je savais, qu’en France, je n’avais aucune possibilité d’évolution. Ici, dès le départ, en amateur, on m’a fait sentir que j’avais passé l’âge, que je ne collais pas aux modèles, aux stéréotypes.

Je n’ai jamais été reconnue à ma juste valeur dans mon pays. Ça m’a frustrée mais ça m’a également confortée dans mes envies. C’est pour cela que je suis partie en Allemagne et là-bas, j’ai réellement évolué.

Il y a eu beaucoup d’obstacles sur ma route, je n’ai jamais été bien entourée – que ce soit au niveau des structures, des coaches – mais je n’ai jamais lâché. Je me suis toujours adaptée et j’ai beaucoup appris par moi-même.

Pourquoi l’Allemagne et pas un autre pays européen, qu’est-ce qui fait que tu es partie là-bas ?

J’avais fait un week-end sparring à Karlsruhe avec Lucia Morelli, Nicole Boss… À l’époque, elles étaient les meilleures mondiales et je leur avais tenu la dragée haute. J’ai discuté avec leur entraîneur et c’est comme ça que je suis arrivée là-bas.

Ça s’est mieux passé qu’en France mais ce n’était, encore une fois, pas ce que tu espérais…

L’Allemagne, j’y ai cru. Là-bas, la formation en boxe anglaise est nettement plus évoluée qu’en France. J’ai pu m’entraîner et boxer même si je continuais à payer mes propres combats.

Ce qui était merveilleux, c’est que les Allemands étaient à fond avec moi. J’avais un fan club et pendant quatre ans, ça a été très fort. Ils me suivaient partout, ils m’ont même trouvé un surnom : « La guerrière ».

Tu dis que tu devais payer tes propres combats, te financer toi-même. Ça représente quelle somme pour une saison ?

Ça va au-delà de la saison. Pour te donner un ordre d’idée, quand je faisais un Championnat du monde en Allemagne, ça me coûtait 12 à 13 000 euros.

Cette somme comprend la bourse de l’adversaire, son transport, les frais de la Fédération, l’hôtel, j’ai même dû payer le contrôle anti-dopage

Comment est-ce que tu arrives à monter des combats toi qui n’a ni aide ni sponsors ?

J’ai toujours payé, très cher, sans jamais gagner d’argent mais c’est un choix de vie. Je n’ai jamais eu de sponsors alors je ne vais pas en boite par exemple, j’économise.

Je fonctionne avec des prêts bancaires et, dès que je peux, je mets de l’argent de côté pour renflouer ma ligne de crédit.

En novembre 2018, Prisca Vicot s’entraîne alors en Allemagne et a pour objectif de décrocher sa ceinture au Championnat du Monde.

Tu n’as jamais eu de moments de découragement, des envies de tout envoyer balader ?

Quand j’ai quelque chose en tête, je n’en démords pas. Ma vie, c’était travail-dodo. J’avais une idée fixe : réussir. Il y a eu des moments plus difficiles que d’autres. J’ai souvent donné ma confiance et on en a abusé.

En Allemagne, par exemple, j’ai eu le soutien d’un équipementier pour des gants, mais je me suis fait arnaquer par le manager.

Il m’est arrivé des trucs de dingue mais je ne peux pas rester sur une situation d’échec. Quand ça ne va pas, je vais voir ailleurs, je rebondis.

Je me donne à 10 000 % pour la boxe.

La force de continuer, tu la puises où ?

Ma mère nous a élevées toute seule, ma sœur et moi. Elle a travaillé très dur et ce dès l’âge de 12 ans pour s’en sortir, pour qu’on ne manque de rien. C’est mon idole.

Moi, à côté de ça, je ne peux pas me plaindre. Quand je vois tous les sacrifices qu’elle a faits pour nous, je sais que je n’arriverai jamais à lui rendre la pareille.

Cette rage-là, je pense que c’est grâce à elle que je l’ai. Elle s’est toujours battue.

Avec le recul, cette parenthèse allemande, tu en dirais quoi ? Qu’elle t’a donné un peu de cette reconnaissance que tu attendais ?

La reconnaissance, elle n’est vraiment arrivée qu’après le gros combat que j’ai fait à Chicago aux États-Unis, en février 2020. C’était mon rêve de boxer là-bas. J’y suis allée dans l’idée de prouver ce que je valais au monde entier.

J’étais opposée à la numéro 3 mondiale. J’ai donné tout ce que j’avais sur ce combat et, à la fin, c’était énorme parce que le speaker a dit que, sur le ring, il avait vu, non pas une, mais deux championnes du monde !

C’est aux États-Unis d’ailleurs que tu vas rebondir. Il y a deux ans, tu es repérée par Luis Tapia, le manager, entre autres, de Layla McCarter, numéro 1 mondiale en –66 kilos. Il va te prendre sous son aile. Comment s’est passée votre rencontre ?

Luis et Layla me suivaient sur Facebook. Je crois que Luis avait vu certains de mes combats sur YouTube. Nous sommes rentrés en contact en 2020 et nous nous sommes rencontrés.

Le feeling est passé tout de suite. Même si je me suis déjà fait avoir par le passé, je fonctionne toujours au cœur, à l’instinct et j’ai senti que c’était une personne vraie. Tous les deux, on a accroché immédiatement.

Luis m’a demandé ce que j’attendais de lui. Je lui ai dit que je voulais défendre mes ceintures mondiales, il m’a dit OK et l’aventure est partie de là.

Qu’est-ce qu’il t’a apporté en deux ans de collaboration ?

C’est grâce à Luis et Layla, notamment, que j’ai pu prendre vraiment conscience de ma valeur. Maintenant, je sens que je peux faire quelque chose, je me rends compte de mon potentiel.

Grâce à eux, j’ai même pris conscience que j’avais une marge de progression et ça a décuplé ma rage. Tu te rends compte, si j’avais été entraînée comme ça depuis dix ans, quels résultats j’aurais bien pu obtenir ?

Moi, je veux faire un truc énorme et je vais tout donner pour.

Grâce à lui, désormais, tu peux te concentrer uniquement sur ta boxe ?

Avant ma rencontre avec Luis, je gérais tout. J’étais à la fois mon propre promoteur et mon propre manager. Finances mises à part, je devais prendre contact avec mes adversaires, m’occuper des hôtels, gérer les primes… Luis est le premier qui m’a offert un plan de carrière.

Auparavant, tout dépendait de mes finances. Je faisais un Championnat du monde mais je ne pouvais pas planifier de remonter sur le ring dans les trois ou six mois à venir parce que je ne savais pas combien ça allait me coûter.

Grâce à ma nouvelle équipe, je n’ai plus rien à penser si ce n’est à m’entraîner et pour moi, c’est énorme. J’ai l’impression de vivre un début de carrière. Je suis enfin sereine à 200 %.

Tu penses que les Américains ont, contrairement à nous peut-être, une vraie culture de la boxe ?

Il n’y a pas photo. Je vénère les États-Unis pour ça, leur culture du sport, leur culture du résultat. Là-bas, les gens ne sont jugés que sur leurs résultats et on leur donne les moyens de les atteindre.

C’est ça qui est extraordinaire et que nous n’avons pas en Europe et encore moins en France. C’est une autre culture, une autre mentalité et, avec eux, je me sens quelqu’un.

Concrètement, comment est-ce que vous fonctionnez à distance ?

J’ai un entraîneur à San Diego et mon manager à Las Vegas. En France, je m’entraîne avec Christian Wilmouth. Ensemble, on travaille des bases qui, pour moi, sont importantes et qui feront la différence dans le futur.

Christian est l’entraîneur que j’ai toujours rêvé d’avoir depuis que je boxe. Avant, je faisais la navette entre l’Allemagne et la Belgique pour faire des sparring afin de me préparer.

L’idée désormais est d’arrêter de courir partout et de ne continuer les camps d’entraînement qu’ici avec Christian et aux US.

Prisca Vicot et son entraîneur Christian Wilmouth

Comment tu envisages ton avenir à présent ?

J’ai réalisé mon rêve d’être championne du monde en 2018 et ça a été quelque chose d’énorme. J’ai confirmé mon titre en 2019. Aujourd’hui, j’en suis à vingt combats – douze victoires, huit défaites – onze titres dont cinq mondiaux et deux internationaux.

Là, j’ai un gros combat, le 29 octobre (Ndlr : Face à la brésilienne Simone Aparecida da Silva à la Comarca Lagunera, au Mexique) et il y en a également un très gros qui arrive le 16 janvier ou février 2022.

Ce sont deux gros objectifs, il ne faut pas que je me loupe, mais je suis très bien encadrée et je les aborde sereinement. Je pars du principe que l’on n’a qu’une vie et qu’il faut la vivre à 100 %.

À plus ou moins court terme, mon rêve est de boxer aux États-Unis et d’y livrer un combat de titan !

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