Rima Ayadi : « Quatre ans après mes débuts, j'étais déjà boxeuse pro. Mon rêve, c'est le titre mondial. »Boxeuse, 36 ans

Rima Ayadi
Elle s’appelle Rima Ayadi et n’avait jamais fait de sport. Jusqu’à ce qu’elle découvre la boxe à 26 ans. Aujourd’hui, elle frappe fort et compte bien décrocher le titre de Championne du monde. Témoignage d’une fille qui se bat comme une lionne pour décrocher la Une.

Propos recueillis par Valérie Domain

Publié le 01 septembre 2020 à 17h49, mis à jour le 28 août 2025 à 18h13

« J’ai commencé le sport à 26 ans. Ce n’est pas qu’avant je détestais ça, mais je ne pensais qu’à sortir, à profiter de la vie, j’étais une bonne vivante. Pour moi, le sport était plus une contrainte qu’autre chose. Et puis, il y a quatre ans, j’ai vécu un moment difficile, une longue maladie dans ma famille, puis un deuil. Un ami m’a alors poussée à découvrir la boxe, m’assurant que ça allait me permettre de me défouler et ainsi m’aider à faire face.

Au début, j’y suis allée pour voir… Je n’étais pas en tenue de sport, je n’avais pas prévu de faire une séance. Pour rigoler, j’ai tapé dans le sac de frappe. L’entraineur m’a dit : « Tu devrais en faire, ça te ferait du bien, tu as l’air d’apprécier. » Et c’est vrai, j’ai eu un coup de cœur ce jour-là. J’ai commencé les cours et j’ai fini par penser à ça tout le temps.

Rima Ayadi
©DR

Au bout de quelques semaines, je me lançais déjà le défi de combattre. Dans mon club, on me répétait que c’était dangereux, pas raisonnable, que j’étais trop vieille. On ne me prenait pas au sérieux.

J’ai alors décidé d’aller m’inscrire dans le club de Sarah Ourahmoune, à Aubervilliers. C’était prédestiné car lorsque j’avais 17 ans, j’avais regardé un reportage sur elle, je me disais que c’était dingue, qu’elle avait de la chance, je voulais être comme elle.

J’ai appelé le fondateur de la salle, l’ancien champion Saïd Bennajem, pour le convaincre de m’entrainer. Il a refusé, j’ai insisté, il m’a dit ok. Et l’histoire a commencé.

J’étais très motivée, la boxe était pour moi un médicament. Je me suis inscrite à ma première compétition deux mois après. C’était risqué, mais je voulais prouver que je pouvais faire quelque chose de hors norme, et j’ai gagné !

Rima Ayadi
©DR

C’était une période difficile car personne ne croyait en moi, mes proches me décourageaient, j’avais un job de nuit à côté et je devais m’entrainer tous les jours, voire même deux fois par jour, matin et soir, avant les compétitions. Je me suis accrochée. Je suis passée d’une fille je-m’en-foutiste à une fille avec une hygiène de vie quasi parfaite !

J’enchainais les combats partout en France : en un an, j’ai fait quinze combats pour treize victoires. Les adversaires devenaient de plus en plus costauds, je devais m’entraîner encore plus dur. J’ai plaqué mon boulot, je n’avais plus qu’une idée en tête : ne faire que ça, boxer !

Je n’avais pas de doutes, je cassais les codes, j’avais le rêve de devenir boxeuse professionnelle, et je voulais tout donner pour le réaliser. Les sacrifices, j’y étais prête.

Rima Ayadi
©DR

J’ai finalement été repérée par le sélectionneur de l’équipe nationale de boxe anglaise. J’ai donc rejoint l’équipe de France amateur pendant un an et demi.

J’ai été sélectionnée pour les Championnats d’Europe, je me suis arrêtée en quart de finale, mais j’étais fière car je n’avais qu’une vingtaine de combats derrière moi quand les autres en avait cent…

J’ai bien progressé, mais je voulais passer pro, c’était mon ambition et ma seule façon de gagner un peu d’argent. J’ai été contactée par un promoteur de boxe, et en décembre 2019, je suis devenue professionnelle, seulement quatre ans après mes débuts !

Rima Ayadi
©DR

C’est une sacrée reconnaissance ! Aujourd’hui, je m’entraîne aux Mureaux, dans un club essentiellement masculin, mais je m’y sens bien.

Au début, les mecs ne voulaient pas me bousculer parce que j’étais une fille, on me regardait avec tendresse, on ne voulait pas m’amocher. J’ai frappé trois fois plus fort, jusqu’à ce qu’ils me prennent au sérieux. Et je n’ai jamais plus été confrontée à ces à-priori. Je m’entraine comme une fille qui veut être championne du monde. C’est tout.

Rima Ayadi
©DR

Car si les JO 2024 sont dans un coin de ma tête – parce que c’est à domicile et ce serait la cerise sur le gâteau, mon rêve à moi, mon but ultime, c’est le titre mondial en pro. Cette ceinture-là, c’est le Graal ! »

Le compte Instagram de Rima : rima_ayadi_rimax

  • Depuis notre entretien, Rima Ayadi a échoué aux points contre Estelle Mossely pour la qualification aux Jeux olympiques de Paris 2024. En février 2024, à l’âge de 34 ans, elle a décroché le titre européen dans la catégorie super-plume en battant Licia Boudersa. Le 28 août 2025, elle affrontera la Turque Elif Nur Turhan pour le titre WBA par intérim des super-plumes à Enghien-les-Bains, dans le Val d’Oise. 

Elles aussi sont inspirantes...

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j'ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j’ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Formée à Harvard et par le théâtre, elle a plusieurs cordes à son art. Guila Clara Kessous, entrepreneure diplomatique, s’engage depuis plus de quinze ans pour les droits des femmes. Et voilà que le sport entre dans la danse en un geste politico-artistique : grimper à la corde. Une ascension symbolique, une allégorie de la difficulté des femmes à s’élever dans la société. Prenons de la hauteur.

Lire plus »
Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Avec sa sœur Éva, elle truste les premières places depuis 2015 en Ultimate. Membre essentiel de l’équipe de France, Lison Bornot est Championne d’Europe outdoor 2023 et championne du monde d’Ultimate sur sable 2023. La voici maintenant en piste pour les World Games, l’antichambre des JO, qui se déroulent en Chine, du 7 au 17 août 2025. Témoignage d’une fille pétillante devenue l’une des ambassadrices françaises d’un sport trop peu connu.

Lire plus »
Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

En à peine trois ans, cette passionnée de vélo a décroché un podium sur 500 kilomètres et bouclé sa première course d’ultra, la fameuse BikingMan, en tant que première féminine. Carburant aux défis, pédalant sans relâche, surmontant tous les obstacles grâce à un mental d’acier, la Savoyarde n’a pas fini d’enfiler les kilomètres dans ce sport de l’extrême. En piste !

Lire plus »
Emelyne Heluin: « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Emelyne Heluin : « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Gymnaste jusqu’à son adolescence, Emelyne Heluin a dû raccrocher le justaucorps après une prise de poids inexpliquée et d’autres symptômes invalidants. Diagnostiquée d’une maladie endocrinienne chronique et évolutive, le SOPK, à l’âge de 17 ans, elle erre pendant des années entre perte de confiance en elle et détresse psychologique avant de retrouver le chemin du sport comme outil de santé. Ce sera la marche, puis la course à pied jusqu’à se lancer sur des marathons.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Sophia Bouderbane

Sophia Bouderbane : « Le karaté, c’est puissant, ça t’offre des émotions rares. »

La veste du karatégi sanglée à la perfection, la tête sur les épaules, les pieds ancrés sur le tapis… la karatéka française, multi médaillée, qui a raflé l’an dernier le titre de championne d’Europe, vit sa passion intensément et viscéralement. Pour elle, le karaté est un code moral. Et un épanouissement joyeux qu’elle partage sans retenu. Conversation avec une grande Dan.

Lire plus »
Manon Genest : « Avec mes victoires est revenu l'espoir, j'ai su que l'avenir pouvait être grand. »

Manon Genest : « Avec mes victoires est revenu l’espoir, j’ai su que l’avenir pouvait être grand. »

Les épreuves, elle connaît. Elle a pris des coups, elle est tombée, mais jamais elle n’est restée à terre. Manon Genest, championne du monde de para-triathlon avant de se tourner vers le para-athlétisme, compte bien briller devant sa fille lors des Jeux Paralympiques de Paris. Le sport de haut niveau, le burn out, la maternité, les doutes… elle n’ élude rien. Rencontre avec une championne d’exception.

Lire plus »
Un Bunny Up ? Cékoiça ?

Un Bunny Up ? Cékoiça ?

Le bunny up ou bunny hop, que l’on peut traduire par saut de lapin en français, est l’une des techniques phares de l’univers du VTT. Mais qu’est-ce que c’est ? Et en quoi ça consiste ? Les coachs ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Suite de notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Yvan Gastaut : « Pour les Jeux de Paris, on a beaucoup parlé de parité, mais l’accent mis sur le handicap me semble plus important encore. »

Yvan Gastaut : « Pour les Jeux de Paris, on a beaucoup parlé de parité, mais l’accent mis sur le handicap me semble plus important encore. »

Il est historien et maître de conférences à l’université Côte d’Azur, UFR Staps. Yvan Gastaut s’est penché sur les traces que laisseront les Jeux Olympiques de Paris sur notre mémoire collective. L’occasion d’évoquer, avec lui, les mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un récit collectif et de parler handicap et parité.

Lire plus »
Marine Ménager, ÀBLOCK! jusqu’au bout

Marine Ménager, ÀBLOCK! jusqu’au bout

À 29 ans, elle dispute sa dernière Coupe du monde, en Angleterre, avant de mettre un terme à une carrière marquée par la régularité, la discrétion et l’engagement collectif. Marine Ménager, pilier du XV de France fait partie des joueuses les plus emblématiques du rugby féminin français. Portrait d’une winneuse.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner