Anne : « Le milieu du surf n'est pas évident pour une femme, ça reste un concours de testostérones ! »Surfeuse, 41 ans, prof d’EPS

surf
Pour Pour Anne Quérol, ex-judoka, adepte de la glisse, le surf est un moyen de découvrir le monde, celui qui nous entoure mais aussi celui que l'on porte en soi.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 21 avril 2020 à 16h33, mis à jour le 26 mai 2023 à 16h18

«  Depuis toute petite, j’ai une pratique du sport très ludique. Aujourd’hui encore j’ai gardé une âme d’enfant et j’en fais pour m’amuser. Justement, ce que j’aime dans mon métier, c’est de voir mes élèves ressortir d’un cours de sport avec le sourire. J’aimerais qu’ils se rendent compte que, dans l’effort, dans le jeu, on peut prendre du plaisir.

Si je fais du surf, c’est aussi pour l’envie de progresser, je mise donc sur mon mental de compétitrice. Je suis une ancienne judokate, j’ai commencé le surf tardivement, vers l’âge de 25 ans – ça a été un peu une révélation quand j’ai vu le film Point Break  ! – et je me suis rendu compte que ces deux sports avaient un point commun  : la pugnacité. Sauf qu’ici, ce n’est pas une baston contre quelqu’un d’autre, mais contre les éléments.

« Le cœur est saturé d’émotions au moment de la glisse et le bonheur se diffuse en toi… »

Et puis, il y a le plaisir de la glisse. Un tel bonheur, c’est inexplicable, il n’y a pas d’équivalent. Tu es seule au milieu d’une immensité, surtout quand tu es au fin fond d’une région isolée, que ton cœur s’accélère…

Tu fais ton take-off* en espérant que  ça va marcher, tu as un moment d’envol, le cœur est saturé d’émotions au moment de la glisse et le bonheur se diffuse en toi…

Dernièrement, j’ai entendu l’actrice Camille Cottin dire à la radio qu’elle s’était mise au surf et qu’elle avait redécouvert son âme d’enfant. Pour moi, c’est ça, le surf, passer des heures à s’amuser dans l’eau comme un gosse.

surf

Et puis, c’est tout un style de vie aussi qui me ressemble  : on part vraiment à l’aventure. Cette aventure, je l’ai croquée en BD. Ça m’a pris deux ans, mais je viens de la finaliser.

J’ai toujours aimé dessiner, écrire. C’est mon amie infographiste qui, après la création de mon blog Surfeuse.fr, m’a encouragée à me lancer dans ce projet et je suis très fière de l’avoir mené à bien.

L’idée ? Comme au stand-up, faire rire avec des histoires toutes simples du monde du surf.

« En voyant tout ce que j’avais osé entreprendre, tout ce à quoi je m’étais confrontée, je me suis dit que j’étais capable d’aller loin ! »

Comme je l’écris dans ma BD : «  Chaque session a une histoire, chaque session est une aventure ». Ce n’est pas aussi simple que mettre des baskets et aller courir. Le surf, c’est se demander : « Où vais-je aller surfer ? Est-ce que les conditions vont être bonnes ? Est-ce que je vais trouver ma place parmi tous ces surfeurs ? » Parce qu’il faut se battre pour avoir une vague !

Grâce au surf, j’ai voyagé partout dans le monde, dans des lieux magnifiques, notamment l’Indonésie. J’allais dans les coins les plus reculés à la recherche des plus belles vagues.

Toutes ces aventures, ça donne vraiment confiance en soi. En voyant tout ce que j’avais osé entreprendre, tout ce à quoi je m’étais confrontée, ça m’a aidé à me dire que j’étais capable d’aller loin !

surf

Enfant, j’ai toujours voulu faire des «  sports de garçons », être aussi forte que les garçons et, plus tard, j’ai eu du mal à accepter ma féminité.

Donc je ne suis pas du tout l’archétype de la surfeuse en bikini, je fais du surf parce que j’en ai envie, que je sois une femme ou un homme, peu importe.

« Les mecs se permettent de te donner des conseils ou sont un peu condescendants, notamment quand tu es à l’eau, du style : « Prends cette vague, je te la laisse ! » »

Mais c’est vrai que le milieu du surf peut être difficile pour les femmes, c’est quand même un concours de testostérones. Et puis, je vois bien, par exemple, que mon copain est beaucoup plus résistant, a beaucoup plus de puissance, de musculature. Alors c’est sûr que ça peut parfois être un peu dur de rivaliser.

Mais bon, pour moi, ce n’est pas un problème. J’ai connu les années de judo et de foot avec mon père footballeur, j’ai sauté en parachute et j’ai reçu une éducation qui ne m’a pas formatée dans un soi-disant «  rôle de fille ».

Je me souviens d’une anecdote quand je surfais au Maroc. Un surfeur qui ne me connaissait pas m’avait dit que les vagues n’allaient pas être trop hautes et que j’allais sans doute m’amuser… Je lui avais répondu : «  Pourquoi ? Parce que je suis une femme ? »

Et puis on a surfé ensemble, je surfais mieux que lui… Il m’a regardé avec des yeux différents et a été un peu gêné.

Les mecs se permettent aussi de te donner des conseils ou sont un peu condescendants, notamment quand tu es à l’eau, du style : « Prends cette vague, je te la laisse ! ». Tu n’as qu’une envie, sourire jaune et dire : « Merci monsieur, c’est trop gentil… »

« Ce que j’ai compris grâce au sport, c’est que quand on est bien dans son corps, on est bien dans sa tête, tout est relié. »

J’ai hâte de retourner surfer. Car en période de confinement, j’ai du mal à me motiver à bouger. Et puis, c’est vrai que je n’ai pas trop le temps entre ma BD et mon bébé.

Mais j’essaye de faire un peu de corde à sauter et de courir autour de chez moi. J’ai de la chance, j’habite sur la Côte Bleue dans les Bouches-du-Rhône, on a plein de petits chemins isolés…

J’essaye toujours de trouver un truc un peu rigolo à faire. Par exemple, les balades avec mon fils en poussette sont très énergiques  !

Ce que j’ai compris grâce au sport, c’est que quand on est bien dans son corps, on est bien dans sa tête, tout est relié. Mon message aux femmes qui veulent se mettre au sport est tout simple  : amusez-vous ! »

Elles aussi sont inspirantes...

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j'ai l'impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j’ai l’impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Une ascension qui semble « unstoppable », une passion à toute épreuve, l’histoire de Jeanne Garreau avec la course est faite d’embûches et de rebonds. Après seulement six ans de pratique et plusieurs blessures, elle a signé, en juillet dernier, le nouveau record féminin du Semi-Marathon du Mont-Ventoux Kookabarra, le plus dur d’Europe. Et ce n’est pas la seule victoire à son compteur.

Lire plus »
Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

À 67 ans, cette ancienne championne des bassins s’apprête à devenir la deuxième femme la plus âgée au monde (et la première française) à avoir traversé la Manche. Dès que le temps le permet, Salima Bouayad Agha s’élancera, depuis Douvres en Angleterre, pour un défi qui la verra relier les côtes françaises à la nage. Parce que vieillir, ce n’est pas abandonner ses rêves.

Lire plus »
Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c’est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Lire plus »
Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le marathon de Paris ! »

Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le Marathon de Paris ! »

Elle s’est longtemps rêvée danseuse. Jusqu’à la blessure. Et puis il y a eu l’aventure Miss France, et une victoire à Pékin Express. Pour ses 23 ans, Marion Navarro avait envie d’une nouvelle aventure qui lui permettrait de repousser encore un peu plus ses limites. La Team Running Intersport lui en a apporté une sur un plateau : le Marathon de Paris qui s’élancera ce 12 avril et que la néo-runneuse envisage de boucler en 5 heures.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Euro féminin de handball 2022 Le récap'

Euro féminin de handball 2022, le récap’

Désillusion pour l’équipe de France. Pourtant en très grande forme lors des premiers matchs de cet Euro, les Bleues chutent par deux fois pour conclure la compétition. Pas de médaille et beaucoup de regrets, le bilan est dur malgré tout le talent du groupe tricolore. Le point sur la compet’.

Lire plus »
Manon Petit-Lenoir : « Sur mon snowboard, j’ai parfois une sacrée pression, mais j’en ai besoin ! »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des filles sur la glace, sur la neige et sur les plus hautes marches des podiums. Du hockey sur glace, du ski, du snowboard (avec Manon Petit-Lenoir sur notre photo) ou encore du short-track…Semaine glacée pour le lancement des JO de Beijing mais forcément brûlante quand on est ÀBLOCK!

Lire plus »

Du yoga pour mieux vivre le confinement

Si le temps est à l’enfermement, si l’on se prive des autres, que l’on se coupe de l’extérieur, l’ouverture peut être intérieure. C’est ce que propose ce nouveau podcast via des séances guidées de yoga et réalisé par la yogi Isabelle Morin-Larbey. Un cadeau précieux.

Lire plus »
Marie Patouillet la para cycliste qui veut rouler sur l’or

Marie Patouillet, la para cycliste qui veut rouler sur l’or

Devenir sportive de haut niveau était son rêve d’enfant. Mais Marie Patouillet est née avec des malformations au pied et à la cheville. Son envie de sport la distance : elle n’y croit plus… Pourtant, en 2017, le vélo lui offre une percée fantastique dans le monde du sport de haut niveau. Une lancée dans le cyclisme fulgurante : vice-championne du monde en 2020 et double championne de France de paracyclisme dans sa catégorie. Portrait d’une fille qui tient la piste.

Lire plus »
Iga Swiatek

Iga Swiatek à Roland-Garros, un air de déjà vu…

Iga Swiatek marche sur l’eau du côté de la Porte d’Auteuil. Victorieuse face à Coco Gauff, la Polonaise a ainsi trouvé l’occasion d’instaurer un peu plus son règne sur le circuit WTA. À seulement 21 ans, elle semble suivre les traces de son idole, le roi de Roland-Garros, Rafa Nadal…

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner