Anne : « Le milieu du surf n'est pas évident pour une femme, ça reste un concours de testostérones ! »Surfeuse, 41 ans, prof d’EPS

surf

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 21 avril 2020 à 16h33, mis à jour le 29 juillet 2021 à 15h35

«  Depuis toute petite, j’ai une pratique du sport très ludique. Aujourd’hui encore j’ai gardé une âme d’enfant et j’en fais pour m’amuser. Justement, ce que j’aime dans mon métier, c’est de voir mes élèves ressortir d’un cours de sport avec le sourire. J’aimerais qu’ils se rendent compte que, dans l’effort, dans le jeu, on peut prendre du plaisir.

Si je fais du surf, c’est aussi pour l’envie de progresser, je mise donc sur mon mental de compétitrice. Je suis une ancienne judokate, j’ai commencé le surf tardivement, vers l’âge de 25 ans – ça a été un peu une révélation quand j’ai vu le film Point Break  ! – et je me suis rendu compte que ces deux sports avaient un point commun  : la pugnacité. Sauf qu’ici, ce n’est pas une baston contre quelqu’un d’autre, mais contre les éléments.

« Le cœur est saturé d’émotions au moment de la glisse et le bonheur se diffuse en toi… »

Et puis, il y a le plaisir de la glisse. Un tel bonheur, c’est inexplicable, il n’y a pas d’équivalent. Tu es seule au milieu d’une immensité, surtout quand tu es au fin fond d’une région isolée, que ton cœur s’accélère…

Tu fais ton take-off* en espérant que  ça va marcher, tu as un moment d’envol, le cœur est saturé d’émotions au moment de la glisse et le bonheur se diffuse en toi…

Dernièrement, j’ai entendu l’actrice Camille Cottin dire à la radio qu’elle s’était mise au surf et qu’elle avait redécouvert son âme d’enfant. Pour moi, c’est ça, le surf, passer des heures à s’amuser dans l’eau comme un gosse.

surf

Et puis, c’est tout un style de vie aussi qui me ressemble  : on part vraiment à l’aventure. Cette aventure, je l’ai croquée en BD. Ça m’a pris deux ans, mais je viens de la finaliser.

J’ai toujours aimé dessiner, écrire. C’est mon amie infographiste qui, après la création de mon blog Surfeuse.fr, m’a encouragée à me lancer dans ce projet et je suis très fière de l’avoir mené à bien.

L’idée ? Comme au stand-up, faire rire avec des histoires toutes simples du monde du surf.

« En voyant tout ce que j’avais osé entreprendre, tout ce à quoi je m’étais confrontée, je me suis dit que j’étais capable d’aller loin ! »

Comme je l’écris dans ma BD : «  Chaque session a une histoire, chaque session est une aventure ». Ce n’est pas aussi simple que mettre des baskets et aller courir. Le surf, c’est se demander : « Où vais-je aller surfer ? Est-ce que les conditions vont être bonnes ? Est-ce que je vais trouver ma place parmi tous ces surfeurs ? » Parce qu’il faut se battre pour avoir une vague !

Grâce au surf, j’ai voyagé partout dans le monde, dans des lieux magnifiques, notamment l’Indonésie. J’allais dans les coins les plus reculés à la recherche des plus belles vagues.

Toutes ces aventures, ça donne vraiment confiance en soi. En voyant tout ce que j’avais osé entreprendre, tout ce à quoi je m’étais confrontée, ça m’a aidé à me dire que j’étais capable d’aller loin !

surf

Enfant, j’ai toujours voulu faire des «  sports de garçons », être aussi forte que les garçons et, plus tard, j’ai eu du mal à accepter ma féminité.

Donc je ne suis pas du tout l’archétype de la surfeuse en bikini, je fais du surf parce que j’en ai envie, que je sois une femme ou un homme, peu importe.

« Les mecs se permettent de te donner des conseils ou sont un peu condescendants, notamment quand tu es à l’eau, du style : « Prends cette vague, je te la laisse ! » »

Mais c’est vrai que le milieu du surf peut être difficile pour les femmes, c’est quand même un concours de testostérones. Et puis, je vois bien, par exemple, que mon copain est beaucoup plus résistant, a beaucoup plus de puissance, de musculature. Alors c’est sûr que ça peut parfois être un peu dur de rivaliser.

Mais bon, pour moi, ce n’est pas un problème. J’ai connu les années de judo et de foot avec mon père footballeur, j’ai sauté en parachute et j’ai reçu une éducation qui ne m’a pas formatée dans un soi-disant «  rôle de fille ».

Je me souviens d’une anecdote quand je surfais au Maroc. Un surfeur qui ne me connaissait pas m’avait dit que les vagues n’allaient pas être trop hautes et que j’allais sans doute m’amuser… Je lui avais répondu : «  Pourquoi ? Parce que je suis une femme ? »

Et puis on a surfé ensemble, je surfais mieux que lui… Il m’a regardé avec des yeux différents et a été un peu gêné.

Les mecs se permettent aussi de te donner des conseils ou sont un peu condescendants, notamment quand tu es à l’eau, du style : « Prends cette vague, je te la laisse ! ». Tu n’as qu’une envie, sourire jaune et dire : « Merci monsieur, c’est trop gentil… »

« Ce que j’ai compris grâce au sport, c’est que quand on est bien dans son corps, on est bien dans sa tête, tout est relié. »

J’ai hâte de retourner surfer. Car en période de confinement, j’ai du mal à me motiver à bouger. Et puis, c’est vrai que je n’ai pas trop le temps entre ma BD et mon bébé.

Mais j’essaye de faire un peu de corde à sauter et de courir autour de chez moi. J’ai de la chance, j’habite sur la Côte Bleue dans les Bouches-du-Rhône, on a plein de petits chemins isolés…

J’essaye toujours de trouver un truc un peu rigolo à faire. Par exemple, les balades avec mon fils en poussette sont très énergiques  !

Ce que j’ai compris grâce au sport, c’est que quand on est bien dans son corps, on est bien dans sa tête, tout est relié. Mon message aux femmes qui veulent se mettre au sport est tout simple  : amusez-vous ! »

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Elles aussi sont inspirantes...

Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Elle s’est engagée dans un marathon à vélo de vingt-et-un jours et plus de 3 300 kilomètres ! Julia Favresse fait partie des neuf cyclistes retenues par l’association « Donnons des elles au vélo J-1 » pour parcourir les étapes du Tour de France un jour avant le peloton hommes. Un défi sportif XXL pour la Beauvaisienne dont l’ambition, à terme, est de développer le sport féminin dans les Hauts-de-France.

Lire plus »
Camille : « Le sport outdoor me permet de revenir à l'essentiel.»

Camille : « Le sport outdoor, ça permet de revenir à l’essentiel.»

Elle a quitté Paris et une vie confortable sur un coup de tête. Camille Dubois-Leipp s’est installée à Annecy avec l’envie de profiter, chaque jour, d’un terrain de jeu naturel propice à la pratique sportive. Une passionnée des grands espaces qui a mis à profit ce nouveau départ pour créer Outtrip, une plateforme dont l’ambition est de rendre les activités de pleine nature plus accessibles et plus inclusives.

Lire plus »
Adélaïde : « En parkour, pas besoin de faire des vrilles ou de grimper sur les toits pour s’amuser ! »

Adélaïde : « En parkour, pas besoin de faire des vrilles ou de grimper sur les toits pour s’amuser ! »

Elle a découvert ce sport acrobatique par hasard. Et n’a plus jamais cessé de pratiquer depuis. Adélaïde Gandrille, traceuse et présidente de l’association Pink Parkour, a trouvé dans le PK comme on appelle le parkour chez les initiés, un moyen de s’épanouir, physiquement et intellectuellement. Témoignage d’une fille qui sait comment franchir tous les obstacles.

Lire plus »
Adjudante Virginie V. : « Le sport, ce n’est pas loin d’être ma vie. »

Adjudante Virginie V. : « Le sport, ce n’est pas loin d’être ma vie. »

Elle est basée à Carcassonne, dans le Languedoc. Au sein du 3e RPIMa ou 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, une unité d’élite de la 11e brigade parachutistes, elle n’a qu’un but : tenir physiquement la distance. Le sport est pour Virginie autant une respiration essentielle dans son quotidien qu’un moyen de se faire respecter dans un monde d’hommes. Vice-championne de cross-country de l’armée de terre, cette adjudante-là n’est pas prête à quitter le terrain.

Lire plus »
« Le vélo m'a appris qu'on a plus de ressources que ce que l’on pense. »

Fiona : « Le vélo m’a appris qu’on a plus de ressources que ce que l’on pense.”

À 22 ans, Fiona Colantuono, future ingénieure en énergies renouvelables, a décidé de prendre une année sabbatique pour mener à bien un projet un peu fou : parcourir l’Europe de l’Ouest en vélo solaire. Un défi de 8 000 kilomètres pour aller au bout d’elle-même, mais aussi pour mettre en lumière des initiatives locales consacrées à la transition énergétique. On vous embarque !

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Tjiki : "Je veux qu’on arrête de dire que la femme musclée n’a pas sa place dans notre société."

Tjiki : « Je veux qu’on arrête de dire que la femme musclée n’a pas sa place dans notre société. »

Elle s’est illustrée en athlétisme, en rugby aussi. Mais la discipline qui lui a apporté la consécration, c’est le body fitness. Après des années de pratique au haut niveau, Tjiki continue de chasser les titres avec une ambition : casser les codes et pulvériser les stéréotypes physiques qui emprisonnent les femmes. Rencontre avec une cover girl qui ne se cache pas derrière ses muscles.

Lire plus »
Tassia : « J’ai tout de suite été douée en kayak, ça aide beaucoup à l’aimer ! »

Tassia : « Le kayak polo est un sport plus beau que brutal. »

Kayak-poloïste, quésaco ? Tassia Konstantinidis, la vingtaine énergique, est de cette espèce trop méconnue : une athlète de kayak-polo, discipline du kayak qui a porté l’équipe française féminine en championnat national, européen et mondial jusqu’au Graal : la première marche du podium des Championnats d’Europe 2021. Avec, à son bord, cette jeunette de l’équipe senior. Témoignage d’une sportive de haut niveau qui tient bon la pagaie.

Lire plus »
4 août 2015 Katie Ledecky bat le record du monde en nage libre

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Les récap’ sur les deux événements majeurs du sport féminin de juillet, la présentation de mondiaux au fil de l’eau et d’une équipe qui mène bien sa batte, un retour sur les pionnières cavalières et le début de l’histoire sportive du mois d’août comme celle du record du monde de Katie Ledecky (notre photo), c’est le Best-of de la semaine sur ÀBLOCK!. Bonne lecture sous canicule à toutes et tous !

Lire plus »
Un Sacré-Coeur pour un trail à pleins poumons

Un Sacré-Coeur pour un trail à pleins poumons

Le 2 octobre, la foule de touristes sera remplacée par des sportifs tout en jambes sur la butte Montmartre et autour du Sacré-Cœur. La troisième édition de l’Urban Trail de la Fondation du Souffle accueillera 1000 volontaires, le tout pour la bonne cause. C’est déjà l’heure de s’inscrire !

Lire plus »
Nantenin Keïta, la fusée française du tour de piste

Nantenin Keïta, la fusée française du tour de piste

Elle est une incontournable du para athlétisme. Trois fois championne du monde du 200 et 400m, championne paralympique du 400m aux Jeux de Rio 2016, Nantenin Keïta, 36 ans, ultra-déterminée avec un mental de lionne, s’est élancée pour la finale du 400m T13 femmes ce samedi après avoir terminé première de sa série pour les qualifications. Son objectif ? Aller chercher une médaille, peu importe la couleur.

Lire plus »
K-Méléon

K-Méléon

Très jeune, K-Méléon développe une sensibilité aigüe pour la musique tous styles confondus. Ses premières influences se

Lire plus »
Lil'Viber

Lil’ Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »

Elle s’appelle Aurélie Hoffmann alias Lil’Viber. Mais sur les circuits, on l’appelle aussi « Wonder Lili ». Elle, c’est une super héroïne de la bécane qui se déguise comme ça lui chante pourvu que ce soit haut en couleur. Cette nana qui affole les chronos casse les codes à toute berzingue. Ultra féminine, elle est une motarde jusqu’au bout des ongles. Faites de la place !

Lire plus »
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner