Aude : « Quand on fait du sport et qu'on est obèse, le regard des autres, c'est dur... »26 ans, amatrice de course à pied, étudiante en BTS diététique

Aude : « Je souffre à mort avec le sport mais ça m’offre la liberté dans ma vie de tous les jours »
Blondeur rayonnante, résilience impressionnante. Après des années de moqueries sur son obésité, Aude, 26 ans, a trouvé dans le sport de quoi prendre un nouveau départ, celui d’une vie plus épanouie. Une histoire 100 % body positive et un changement de vie béton dont vous n'avez pas fini d'entendre parler sur ÀBLOCK !

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 29 janvier 2025 à 9h58, mis à jour le 29 janvier 2025 à 10h04

« J’ai toujours aimé le sport, j’ai toujours aimé bouger. Quand j’étais petite, je crapahutais beaucoup sur les rochers avec mon papa. Mais c’est devenu compliqué quand je suis entrée au collège parce que j’étais déjà obèse à l’époque. En fait, j’ai commencé à prendre du poids entre mes 6 et 8 ans. J’ai pris quarante kilos sur deux ans. Dans mes souvenirs, j’ai toujours été la petite bouboule de l’école. Quand on fait du sport et qu’on est obèse, le regard des autres, c’est dur…

Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai arrêté d’en faire. Pour ne plus avoir à subir le regard des gens. J’ai mis bien longtemps à m’y remettre car il faut parvenir à s’affranchir de ces regards.

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Au lycée, par exemple, ça a été le coup de massue. Je m’attendais à un entourage plus mature et le décalage entre mes attentes et la réalité – même si ce n’était pas pire qu’au collège – a provoqué une dépression : je séchais les cours, je suis tombée dans l’automutilation, c’était vraiment très dur. J’ai décidé de retourner en centre de rééducation alimentaire puis j’ai changé de lycée et je suis restée en internat. Ça allait mieux, je subissais beaucoup moins de moqueries. À la fac, ça allait mieux aussi, j’avais des amis, ça a été le début de la vie étudiante, la vie, seule, où on sort avec les copains, mais du coup j’ai repris du poids. Et donc cercle vicieux, crises de boulimie, etc.

À ce moment-là, j’ai aussi commencé à travailler comme hôtesse de caisse et j’ai donc été confrontée au regard des gens quotidiennement… J’ai eu des réflexions de clients en face à face qui font plutôt mal ! Et même si c’est pas humain de faire ça, dans le sens où c’est de la méchanceté gratuite, je pense que c’est là que j’ai eu le déclic. J’avais aussi entamé les démarches pour faire une chirurgie bariatrique et l’opération venait d’être acceptée. C’était le moment pour moi d’aller mieux physiquement et mentalement. 

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Je me suis donc remise au sport parce que je ne me supportais plus physiquement. J’avais pris beaucoup trop de poids. Je suis allée jusqu’à 160 kilos. Pour préparer l’opération, il fallait que je perde du poids avant, c’était un facteur de motivation en plus. Je savais que ça se ferait en contrôlant mon alimentation et en faisant du sport. Parce que, sans le sport, je pouvais reprendre du poids très rapidement. Alors, je me suis lancée. Et au final, j’ai repris plaisir à en faire.  

Ce qui m’a aidée à ne pas lâcher, malgré les up and downs, c’est aussi la création de mon compte Instagram*. J’ai vraiment appris à m’accepter à l’instant T et à célébrer mon corps. À ce moment-là, je rencontrais de plus en plus de personnes comme moi qui m’ont aidée à m’aimer parce que je les voyais s’accepter elles-mêmes. J’avais donc le droit, moi aussi. Je me suis dit qu’apprendre à s’aimer, ça passait aussi par ce qu’on voyait de nous, alors je me suis prise en photo. Il y a des jours où j’y arrivais, où je me trouvais trop canon, et d’autres jours où ce n’était pas le cas du tout… Poster une photo de moi où on voit mon ventre ou en sous-vêtements, ça aurait été inimaginable avant ! Entre-temps, j’ai eu des histoires d’amour, donc ça aide aussi de voir qu’on est aimé pour ce qu’on est.  

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Aujourd’hui, j’ai un vrai emploi du temps « sport ». La première chose, c’est que j’essaye de faire de la marche pendant vingt minutes tous les matins avec ma copine. Directement, quand on se lève, avant même de manger. On boit juste un peu d’eau et on file dehors, histoire de se réveiller et de se mettre en mouvement. Évidemment, c’est plus dur en ce moment, parce qu’il fait froid ! Ensuite, le lundi, on a CrossFit à midi – une séance d’une heure durant laquelle je fais de tout : du soulevé de terre, des squats, de la gym, du cardio – et piscine le soir avec un cours collectif de natation. Mais j’avoue que l’hiver, c’est plus compliqué d’y aller. Il fait noir, il fait froid, on n’a pas envie de ressortir. Ça fait un moment qu’on n’y a pas remis les pieds, j’avoue…

Le mardi, je me fais une séance de running. Je me coache moi-même entre guillemets avec une application. Actuellement, je suis sur des séances de 30 ou 40 minutes en alternant marche et course. Je vais voir mon kiné aussi une fois par semaine : parfois, j’ai mal aux genoux ou je me blesse à cause des entraînements, je peux avoir mal à la hanche ou un début de tendinite comme en ce moment. Le reste de la semaine, c’est encore du running et du CrossFit. Repos le samedi et running à nouveau le dimanche !

Même si j’ai l’air ultra-organisée, je râle quand même tout le temps pour y aller ! Mais bon, ça fait seulement un an que j’ai commencé à courir et il y a du progrès ! Je suis passée de « je ne cours pas du tout » à « je vais courir trois fois semaine ». Et, maintenant, je peux courir 5 kilomètres sans m’arrêter…  

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J’ai un objectif : participer aux Foulées de l’éléphant by Decathlon, un 10 km qui se déroulera dans ma ville, à Nantes, en avril prochain. En fait, j’ai choisi la course à pied parce que ma copine court. Elle se prépare pour un marathon. Du coup, je me suis dit : « Tiens, et si je la suivais ? ». Dans tous les cas, que je termine ces 10 km ou pas, c’est forcément du positif, ce ne sera pas un échec, juste une « étape » dans mon parcours. Si j’arrive à les boucler, mon objectif d’après, sera de faire un bébé triathlon et donc de m’attaquer à ma bête noire, le vélo ! Si je n’y parviens pas, le but est de retenter l’aventure l’année prochaine.

Ce qui me booste à fond pour ce défi, c’est l’entourage : ma copine, avec qui je m’entraîne, mais aussi plusieurs membres de ma famille et des amis qui se sont aussi inscrits à la course. Mais pas seulement : le retour que j’ai sur mes réseaux sociaux est aussi un moteur. Certains de mes followers m’ont dit « On se voit là-bas », « On pourra se croiser », « Je la fais aussi grâce à toi » ! Et puis, dans le fond, je crois que c’est ma petite revanche personnelle. Par rapport à tous les gens du collège et du lycée qui me disaient que j’étais nulle, qui ne me prenaient jamais dans leur équipe, qui pensaient que je ne ferais jamais de sport. Ils ne le sauront pas forcément, mais moi je le sais ! 

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Ce qui est sûr et certain, c’est que j’aime le sport maintenant et que je n’arrêterai pas. Je vais d’ailleurs être suivie en vidéo par ÀBLOCK!, donc je vous raconterai ma progression ! J’ai accepté malgré ma timidité parce que j’aime la démarche de mettre les femmes en avant dans le sport quand, souvent, il n’y en a que pour les hommes. Et surtout parce qu’ÀBLOCK! met en lumière des profils différents, pas seulement des championnes, mais des femmes de tous les jours qui font du sport pour elle ou pour la compétition, peu importe.  

J’ai ouvert un compte TikTok* en parallèle de cette aventure (plus de 12 000 abonnés, Ndlr) et je me suis fait une sacrée frayeur quand j’ai vu le nombre de vues et de commentaires ! Parce qu’on sait que TikTok n’est pas forcément le réseau social le plus bienveillant. Moi, je suis d’autres filles qui parlent de leur poids et de leur alimentation, et, quand je lis les commentaires, je me dis que si c’était moi, je n’arriverais pas à les ignorer. Pourtant, sur mon compte, quand j’en ai, c’est plutôt positif, en mode, « On t’encourage », « Vas-y, tu vas y arriver ». Le seul truc, c’est que j’ai souvent des conseils que je ne demande pas ou des commentaires sur mon poids qui se veulent bienveillants. C’est pas grave. Je regarde et j’en rigole en me disant « Allez, je ne vais manger que des légumes crus maintenant  ! ». Mais, honnêtement, je suis étonnée de toute la bienveillance que je reçois. Je ne m’attendais pas à ça, c’est génial !

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Si je devais résumer ce que le sport m’a apporté dans la vie, ce serait déjà de dire qu’il me permet d’être plus tonique et de pouvoir me déplacer plus aisément. C’est hyper important pour la vie de tous les jours et pour profiter d’une vie sociale remplie, comme faire des activités avec ses amis par exemple. Avant, je n’acceptais pas les sorties avec des activités physiques parce que j’étais trop essoufflée, je n’avais plus la souplesse…. Il faut savoir que mes amis sont assez sportifs, ils font du running, des randos, des marches ! Le sport, ça m’a donc offert la liberté et la sociabilité.

Peu à peu, je vois que je progresse, ça me donne envie de continuer. Je me dis que je ne fais pas des efforts pour rien. Parce que, oui, c’est dur ! Actuellement, je suis en reprise d’études, je fais un BTS en diététique. Pour l’instant, c’était 100 % en ligne donc hyper pratique, mais je réfléchis à aller en prépa. C’est en ouvrant mon compte Instagram pour m’aider et pour aider d’autres complexées de leur corps, que j’ai eu envie de travailler dans le bien-être. J’ai pour projet, un jour, d’ouvrir une structure qui accueillerait des coachs sportifs, des diététiciennes, des photographes, dans l’idée de permettre aux personnes d’être bien avec elles-mêmes, de perdre du poids ou non, de s’accepter comme elles sont, de restaurer l’image de soi.

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Depuis mes 6 ans, je suis suivie pour mon poids, je vois des nutritionnistes, des diététiciennes. Au collège, en cinquième, j’ai fait mon premier séjour en centre de rééducation alimentaire pendant une demi-année scolaire mais j’ai repris le poids que j’avais perdu, et même le double. À cet âge-là, on n’a pas vraiment conscience que c’est dangereux. J’ai souvent fait le yo-yo et c’est encore le cas maintenant, c’est souvent lié à l’état émotionnel et mental. Je peux retomber dans les crises de boulimie parce que la nourriture, c’est mon pansement émotionnel. Donc, je sais combien le sport-santé, l’alimentation et le mental sont des facteurs essentiels. 

Si je devais aider les filles comme moi qui craignent de se mettre au sport par peur du regard des autres, je leur dirais que, bien évidemment, au début, c’est dur de s’y mettre et qu’on souffre à mort… mais après, c’est hyper bien ! Parce qu’une fois qu’on est lancé, on aime ça et on se dit qu’on évolue et qu’on est plus à l’aise dans sa vie de tous les jours.

Notre corps, c’est ce qui va nous porter toute notre vie, si on ne l’aime pas, ça va être compliqué de vivre avec. Il faut l’aimer pour se sentir bien, pour être épanouie et vivre une vie heureuse. Et puis, de toute façon, rappelez-vous qu’il en faut pour tous les goûts, on est toutes belles ! » 

  • Pour suivre l’évolution de Aude, c’est sur son Instagram lovelearninet très bientôt sur la chaîne YouTube @ablockmag et la page Insta ablock_mag
  • Pour accepter son corps, go sur son Insta photographique aude_rlld
  • Pour entrer dans la course avec Aude, follow son TikTok hardestylesvo16 
Ouverture ©DR

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