Il y a des destins qui semblent tracer leur propre route. Célia Géry est née le 4 janvier 2006 à Talencieux, un village d’Ardèche où les chemins vallonnés sont une école naturelle. C’est là, à 8 ans, qu’elle enfourche un vélo pour la première fois au club local de l’AS Péaugres. Pas pour faire joli. Pour s’éclater dans la boue du cyclo-cross et dévaler les sentiers de VTT qui serpentent autour de chez elle. Le décor est planté.
La suite ? Une ascension fulgurante dans le cyclisme. En 2023, Célia Géry s’impose comme l’une des juniors les plus titrées de sa génération : championne d’Europe de cyclo-cross à Pontchâteau, puis championne du monde à Hoogerheide, aux Pays-Bas. Deux couronnes mondiales en une saison — dont le relais mixte —, à 17 ans à peine. La machine est lancée.
En juin 2024, l’équipe World Tour FDJ-Suez frappe à sa porte. Célia Géry signe un contrat professionnel et passe un cap. Timide hors-selle — « une lionne sur le vélo », glisse son ancienne entraîneuse Camille Chancrin — elle joue d’abord le rôle d’équipière. Mais en fin de saison 2025, elle explose au grand jour. Au Tour de l’Avenir Féminin, Célia Géry remporte trois étapes et le classement de la meilleure grimpeuse. Puis au Rwanda, à Kigali, elle décroche le titre mondial espoirs sur route — première de l’histoire dans cette catégorie nouvellement créée par l’UCI. Avec sang-froid, au bout du suspense.
Le 11 janvier 2026, à Troyes, elle boucle la boucle : championne de France élites de cyclo-cross, doublée du titre espoirs dans la même journée. Face à la grande favorite Amandine Fouquenet, elle fait la différence au pilotage, avec 33 secondes d’avance et une lucidité qui glace. « J’ai su m’étonner moi-même », admet-elle, avec cette humilité qui la caractérise.
Polyvalente sur route comme dans la boue, puissante en montagne, précise en technique : Célia Géry coche toutes les cases des grandes. On pense déjà à Pauline Ferrand-Prévot, autre phénomène tricolore capable de régner sur plusieurs disciplines. Le reste de la saison 2026 a confirmé tout le bien qu’on pensait d’elle. Sous les couleurs de sa nouvelle équipe FDJ United-Suez, elle décroche sa première victoire professionnelle au sprint sur le Brabantse Pijl, s’impose au Grand Prix Féminin de Chambéry, puis va chercher une victoire d’étape sur le Giro d’Italia Women, où elle termine 3e du classement par points. De quoi lui valoir, le 1er août 2026, un dossard pour son tout premier Tour de France Femmes, aux côtés de sa cheffe de file Demi Vollering, qu’elle est chargée d’emmener vers le maillot jaune.
Elle n’a pas mis longtemps à se faire remarquer. À l’attaque dès le premier jour dans le final accidenté de Lausanne, puis de nouveau le lendemain sur la route de Genève, Célia Géry a ensuite contribué à faire exploser le groupe des favorites dans les monts du Beaujolais, lors de la 5e étape. Jeudi 6 août, place à son étape à elle : entre Montbrison et Tournon-sur-Rhône, à quelques encablures de Talencieux, la championne de France a électrisé un public acquis à sa cause avant de conclure 5e du sprint et de repartir avec le prix de la combativité. « J’ai tout donné pour essayer de créer des opportunités, pour aller chercher la victoire, a-t-elle confié au micro de l’organisation. Il n’y a pas la victoire au bout, donc il y a forcément un peu de déception, mais je sais que j’ai tout donné. »
À l’heure où le peloton s’attaque au mont Ventoux, l’Ardéchoise regarde déjà plus loin, vers 2028 et les Jeux Olympiques de Los Angeles. Mais elle vient de prouver, sous les yeux de son public, qu’elle n’a besoin d’attendre aucune échéance pour faire trembler les grands pelotons.
Avec l’Ardèche dans les pattes et un palmarès déjà hors normes, Miss Géry n’a pas fini de nous surprendre.