Le 29 août 2026, à Chamonix, Blandine L’Hirondel a franchi la ligne d’arrivée de l’UTMB en larmes, après 21h54min49s d’effort autour du Mont-Blanc, le temps le plus rapide jamais réalisé par une femme sur ce tracé. Diminuée depuis le mois de mai par une endofibrose iliaque à la jambe gauche, elle a chuté à trois reprises sur les sentiers alpins, et s’est relevée à chaque fois. Première Française à remporter la course reine de Chamonix depuis Caroline Chaverot en 2016, elle rejoint aussi un club très restreint : celui des athlètes ayant remporté l’OCC, la CCC et l’UTMB, les trois courses phares de la semaine chamoniarde — un triplé que seule la Néo-Zélandaise Ruth Croft avait réussi avant elle.
Un exploit qui vient couronner une trajectoire déjà exceptionnelle. Un an plus tôt, presque jour pour jour, Blandine L’Hirondel bouclait une autre boucle, personnelle et sportive, sur une île à l’autre bout du monde.
« J’avais l’objectif de faire une course pleine, de m’épanouir », confiait Blandine L’Hirondel à son arrivée, encore habitée par l’émotion de sa victoire sur la mythique Diagonale des Fous. En 27 heures, 26 minutes et 9 secondes, la traileuse normande a dompté les 180 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé de l’île intense, s’imposant chez les femmes et décrochant une 8e place au classement général – un exploit rarissime dans l’histoire du Grand Raid. Mais au-delà du chrono, c’est une parenthèse du destin que Blandine L’Hirondel vient de refermer. « Cette île, elle m’a beaucoup donné. C’est ici que j’ai découvert le trail, ici que ma vie a changé », souffle-t-elle, les yeux brillants.
Étudiante en médecine à La Réunion en 2016, elle y découvre la course en montagne presque par hasard. Dix ans plus tard, elle y revient en conquérante, avec un palmarès qui force le respect.
Son ascension sera fulgurante. Car rien ne prédestinait cette ancienne fêtarde, « spécialiste du lever de coude », comme elle aime à le rappeler avec humour, à devenir l’une des meilleures traileuses mondiales. Et pourtant, en moins d’une décennie, Blandine L’Hirondel a empilé les titres : double championne du monde de trail (2019, 2022), championne d’Europe (2022), triple championne de France, 3e de l’UTMB 2023, puis 5e en 2024, vainqueure du 90 km du Mont-Blanc 2025. Et désormais, reine de la Diagonale des Fous 2025. Ça vous pose là un CV !
Et cette dernière victoire, elle a un goût de revanche. La Diagonale des Fous, Blandine l’avait en tête depuis longtemps. « Je savais que j’allais la refaire, mais je ne savais pas quand. Il fallait que je trouve le bon moment. Et c’était le bon moment cette année », dit-elle à France-Info avec une conviction tranquille.
Sur les sentiers techniques de La Réunion, elle a mené la course de bout en bout, creusant l’écart dès les premiers kilomètres. « À partir de Grande Chaloupe, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Je pensais juste à mettre un pied devant l’autre », raconte-t-elle dans L’Équipe, lucide sur la brutalité de l’effort.
Cette femme, à jamais entre deux vocations, est une force de la nature et cela prend tout son sens sur cette Diagonale. Médecin gynécologue-obstétricienne, Blandine L’Hirondel n’a jamais renoncé à son métier. Elle jongle entre gardes à l’hôpital et entraînements de haut niveau (vélo, muscu, et volume progressif de course à pied). « Je suis passionnée par la gynécologie, mais rien ne me fait plus vibrer que le trail », confiait-elle au podcast « Dans la tête d’un coureur ».
Cette double vie, elle l’assume pleinement. Elle incarne une nouvelle génération de sportives, engagées, inspirantes, qui refusent de choisir entre passion et profession.
Et maintenant ? À 35 ans, Blandine L’Hirondel a rejoint le sommet absolu de son sport. Il y a un an, elle refermait un chapitre en confiant, le souffle court mais le cœur grand ouvert : « C’est une belle histoire et j’ai fini le chapitre sur un énorme point d’honneur. » Elle vient d’en écrire un autre, plus grand encore.