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Alice Finot« Les jalousies, la prise de risque, ont été des moteurs de ma performance en athlétisme. »

Alice Finot : « Les jalousies, la prise de risque, ont été des moteurs de ma performance en athlétisme. »
Elle est l’une des seules athlètes françaises à avoir bien figuré aux Mondiaux de Budapest disputés fin août. Alice Finot, 32 ans, 5e du 3000m steeple en Hongrie, record de France et minima olympiques en poche, peut désormais se tourner sereinement vers Paris 2024. Rencontre avec une fille venue à l’athlétisme par hasard et qui se joue des obstacles.

Par Sophie Danger

Publié le 07 septembre 2023 à 12h21

Tu es une grande sportive, tu as pratiqué de nombreuses disciplines – ski, snowboard, handball, basket – mais celle qui a longtemps été la plus importante à tes yeux, c’est l’équitation à laquelle tu t’adonnes entre 12 et 19 ans. Comment tu y es venue ?

Il y a toujours eu des chevaux à la maison. Ma mère était cavalière, je suis née avec des chevaux et j’ai commencé à monter dès que dès que j’ai pu.

À 3 ans, elle m’a mis sur le dos de poneys au poney club et c’est là c’est que j’ai débuté l’équitation.

Ta mère était cavalière professionnelle ?

Non, elle n’était pas cavalière professionnelle mais, à un moment de sa vie, elle a essayé de faire un élevage. Le problème c’est qu’elle s’est attachée aux chevaux comme elle l’est à ses enfants et elle a vite abandonné cette idée.

À ce moment-là, j’ai compris qu’en voulant faire de sa passion du cheval un métier, on pouvait vite perdre l’aspect plaisir parce qu’il fallait se séparer de chevaux auxquels on s’était énormément attaché, c’est pour cela que j’ai toujours voulu que ça reste une passion.

Ado, j’ai quand même été cavalière nationale parce que j’aime l’optimisation de la performance et que j’aime également me donner dans tout ce que je fais mais la perspective de devenir pro et de devoir faire du marché avec les chevaux m’a tout de suite refroidie.

L’athlétisme débarque par le plus grand des hasards dans ton parcours sportif, à la faveur d’un cross au collège. Tu as 13 ans, tu es repérée par le Groupe Athlétique Haut-Saônois que tu vas rejoindre et qui va s’ajouter à ton planning d’équitation. Tu pratiques diverses disciplines, le 800 mètres, la longueur… mais sans réelle conviction. Qu’est-ce qui t’a motivée à te lancer ?

J’ai rejoint le club à 13 ans quand le prof d’EPS du collège m’a proposé de participer aux cross car j’avais, selon lui, des qualités pour.

À cette époque, je gagne les cross UNSS à niveau départemental et régional et c’est là que le GA se met en contact avec mes parents et leur demande si je peux signer chez eux. Ma mère me propose d’essayer et les deux entraînements d’athlétisme par semaine viennent s’ajouter à du handball, du basket et à l’équitation.

Je continue quelques années en faisant du cross et du 1000 mètres, un peu de 800 aussi je crois avec ce qu’ils appellent le triathlon, c’est-à-dire, avec un peu de lancer et de longueur, mais je ne me rappelle de tout ça que vaguement parce que ce n’est pas du tout quelque chose dans lequel je me suis investie à ce moment-là.

Est-ce qu’il y avait une discipline parmi toutes celles que tu pratiquais qui te plaisait malgré tout un peu plus que les autres ou l’athlétisme n’était qu’un moyen comme un autre de te défouler ?

L’athlétisme, c’était plutôt histoire de me défouler pour être en forme, de pratiquer du sport comme j’en pratiquais d’autres et comme je n’étais pas mauvaise sans m’entraîner…

Cette parenthèse athlétique ne va pas survivre au bac. Tu décroches ton diplôme en 2009 et tu arrêtes l’athlétisme pour te consacrer pleinement à tes études d’ingénieur. J’imagine que c’était sans regret ?

Oui, d’autant qu’à ce moment-là, je déménage. En 2009, j’ai mon bac et, en 2010 – je me suis un peu égarée pendant un an – je pars faire une école d’ingénieur à Paris.

J’ai arrêté tous les sports parce que les conditions ne s’y prêtaient pas. L’athlétisme ne m’a pas du tout manqué. À cette période-là, j’étais plus centrée sur les voyages, sur les études, sur mon réseau avec mes amis, mon réseau ingénieur. Je cherchais davantage à développer mes skills sociales que sportives.

Finalement, l’athlé va se rappeler à ton bon souvenir en 2015. Tu es en stage à Taïwan pour tes études et tu reprends le footing. Ton compagnon, que tu as rencontré là-bas, décide de s’inscrire à un semi-marathon et te met au défi d’y participer aussi. Tu te lances et tu remportes la course dans ta catégorie. Cette victoire t’a fait l’effet d’une piqure de rappel ?

C’est ça. Je me suis rendu compte que quand je re-pratiquais la course à pied, j’avais toujours un niveau qui, par rapport à la masse, était au-dessus et ça m’a donné envie de m’y remettre. Un peu après ça, je suis rentrée en France et j’ai tout de suite re-signé dans un club.

La parenthèse a duré un an et je suis partie rejoindre mon compagnon en Espagne. Là-bas aussi je me suis immédiatement inscrite dans un club afin que l’athlétisme refasse partie de ma vie.

En France, tu reprends une licence à l’Union sportive Nemours-Saint-Pierre Athlétisme, en Espagne au Celta Vigo. Tu as alors 24 ans. C’était quoi l’objectif, toujours une pratique loisir ou ton résultat de Taïwan t’avait ouvert d’autres horizons ?

Au début, c’était une pratique loisir, toujours dans l’objectif de m’améliorer, de m’optimiser, de chercher mes limites. Je faisais plutôt des courses sur route parce que c’est plus loisir que la piste pour laquelle il y a tout de suite une connotation un peu plus professionnelle et un entraînement plus cadré.

On m’a cependant tout de suite demandé si je pouvais quand même préparer les courses sur piste qui rapportent des points au club au moment des interclubs. J’ai dit oui à chaque fois parce que je prenais vachement de plaisir à préparer ces distances, le 1500m et le 3000m, que j’avais toujours de bons chronos et de bonnes places.

C’est comme cela que j’ai repris goût à la piste.

Tu reprends goût à la piste mais un goût différent qui fait que, cette fois, tu as envie de t’investir et de poursuivre…

Oui, parce que quand j’étais jeune, j’étais plus touche-à-tout. Ceci étant quand j’ai repris l’athlé, j’avais aussi un cheval avec moi et je voulais mener les deux de front.

Pourquoi as-tu penché en faveur de l’athlétisme et non pas de l’équitation cette fois ?

Parce que la région dans laquelle j’habite en Espagne n’est pas une région propice à l’équitation de concours, c’est plutôt de la balade et je n’ai pas forcément trouvé mon compte par rapport à ce que j’avais envie de faire avec ma jument.

L’athlétisme, en revanche, était plus développé par rapport à ce que j’avais vécu en France : il y a beaucoup de courses sur route en Espagne avec, à la clé, des gains financiers pour tous les niveaux, il n’y a pas besoin d’être pro pour cela. Moi, ça me permettait d’arrondir mes fins de mois.

Tout ça a généré un cercle vertueux : plus je m’entraînais, plus j’avais des récompenses derrière alors que pour l’équitation, j’avais besoin de batailler pour pouvoir faire quelque chose. Il y a aussi le fait qu’un moment donné, j’étais coincée au niveau du temps. J’aurais eu besoin de journées à rallonge pour tout faire, boulot, athlétisme et équitation.

Pour toutes ces raisons, j’ai décidé de ramener mon cheval en France et de me concentrer sur l’athlétisme afin de voir jusqu’où je pouvais aller en course à pied.

Deux ans après avoir rejoint le Celta, en juillet 2018, tu participes à tes premiers Championnats de France. Ils ont lieu à Albi et tu en reviens avec une 3e place sur le 1500. Comment on passe en si peu de temps d’une pratique loisir à un podium national ?

Une fois en Espagne, je n’ai pas continué à prendre de licence en France parce que mon idée n’était pas d’arriver au niveau national et puis, finalement, le niveau est arrivé tout seul si je peux dire ça comme ça.

En Espagne, j’ai vite atteint le niveau national. En 2017, j’ai couru aux Championnats nationaux mais sans option de médaille à la clé. L’année suivante, je fais les minima pour les Championnats de France. Un club s’en est rendu compte et m’a demandé si je voulais signer avec eux et j’ai dit oui.

Tout ça s’est passé deux semaines avant les France, ils m’ont permis d’y participer et j’ai fait médaille de bronze.

C’était quel club ?

Le club de Talence.

Comment on accueille un tel résultat quand, en l’espace de seulement deux semaines, on bascule d’une pratique pour le plaisir à une compétition d’envergure nationale ?

On l’accueille avec beaucoup de légèreté. Je ne me rendais vraiment pas compte de ce que je faisais. J’étais vraiment une touriste à cette époque et on voyait que j’avais énormément de marge de progression.

C’est pour cela d’ailleurs qu’aujourd’hui, je suis à un niveau international, parmi l’élite mondiale dans ma discipline : il y avait tellement de marge, avec des résultats déjà conséquents parce qu’une médaille nationale, personne crache dessus, qu’à partir du moment où je me suis professionnalisée, où j’ai changé ma démarche d’entraînement, travaillé sur mon temps de récupération, où je suis devenue professionnelle, on a vu que mon niveau augmentait.

Il était clair, à cette époque-là, que si on faisait les choses bien, que je n’étais pas blessée, je pouvais, à l’avenir, être à un tout autre niveau.

Quand tu évoques ces changements, c’est le fait d’avoir réduit ton temps de travail pour pouvoir te consacrer un peu plus au sport ?

Oui, par exemple. Après la première médaille de bronze, j’ai de nouveau décroché le bronze sur 1500m en 2019. Là, je me suis dit que ce n’était pas un hasard et qu’il me fallait peut-être essayer d’aménager les choses. J’ai donc ramené mon cheval en France pour me consacrer à l’athlétisme mais je me suis un peu blessée à cause de ce mauvais rythme quotidien qui était le mien et qui faisait que j’étais surmenée et stressée.

L’année suivante, en 2020, je gagne l’argent sur 3000m, je me qualifie pour les Championnats du monde sur semi-marathon et je fais ma première médaille d’or sur 3000m steeple. Je décide alors de diminuer mon temps de travail et je passe de quarante heures avec des heures sup à vingt-cinq heures, pas plus.

Nouveau changement donc et, en 2021, je fais ma première médaille d’argent sur 3000m steeple aux Championnats d’Europe.

À chaque fois que j’ai fait des compromis, des concessions, ça m’a permis de libérer du temps pour la récupération, pour faire aussi plus d’entraînements et être plus performante.

Tu en as encore fait récemment en arrêtant totalement de travailler cette fois…

En 2021, après ma médaille, on m’a proposé un premier contrat équipementier. Je me suis dit que ça pouvait couvrir mon salaire pendant un petit moment et j’ai décidé de prendre un congé sabbatique.

En 2022, je bats le record de France, je me qualifie pour les Mondes, je passe en finale et je fais 10e mondial.

Tous les ans il y a eu des améliorations au niveau de mes performances parce qu’il y a eu de la professionnalisation et de l’investissement dans ce projet-là.

Pour parler plus en détails de ces grands caps qui ont jalonné ton parcours, il y a ce fameux titre de championne de France dont tu parles, c’était sur 3000 steeple. Tu as alors 29 ans et tu devances Flavie Renouard et Claire Palou, qui, elles, ont toutes deux moins de 20 ans. C’est idiot de résumer un athlète à son âge mais il est vrai que tu as commencé ta carrière sur le tard…


Je crois que j’ai réalisé que j’étais vieille quand j’ai commencé à courir en France !

Ce n’est pas une question d’âge mais il reste que tout va très très vite pour toi, comment tu vis ces évènements ?

Tranquillement. Moi, je n’avais pas vu de limites par rapport à mon âge jusqu’à ce que l’on m’en parle et je pense que c’est pour ça que j’en suis là aujourd’hui. J’ose prendre des décisions fortes qui s’inscrivent dans la logique : scientifiquement, il est prouvé que, quand on a plus de temps de récupération, qu’on a moins de stress mental, physique, que l’on peut plus aller chez les kinés, faire plus de stages en équipe de France… se professionnaliser en somme ou, en tout cas, se mettre au même niveau que ceux qui sont sur la scène élite mondiale, ça permet de progresser.

Et puis, ce n’est pas l’âge mais l’âge de pratique qui est important. Par rapport à ça, au nombre d’années où j’ai bousculé mon corps à haut niveau, je suis encore fraîche au regard.

Six mois après ce titre de championne de France, tu inaugures à Torun, en Pologne, ta première sélection en équipe de France A, à l’occasion des Europe indoor. Une première incursion sur la scène internationale réussie, tu décroches l’argent sur 3000 steeple, record personnel amélioré sur la distance et tu deviens la deuxième meilleure performeuse française de tous les temps sur la distance.
Cette explosion soudaine sur la scène internationale a créé la surprise, voire de la suspicion. Comment tu le vis ?

Au début, c’était surprenant. Je pense que j’étais un peu naïve et pas consciente que c’était le revers de la médaille. Je pensais qu’on n’avait pas à passer par ce genre de critiques complètement gratuites mais après, j’ai un peu compris comment le système fonctionnait : tout ce qui compte, c’est de montrer, dans le temps, que l’on a notre place.

Je comprends que mon profil un peu différent interroge et ça a été le cas pour beaucoup d’autres sportifs. On sait que les athlètes qui disparaissent vite, en théorie, ce n’est pas bon, je me suis alors dit que ce que j’avais à faire, c’était juste d’être patiente et que les rumeurs s’éteindraient rapidement si j’inscrivais mon nom dans le dans le temps.

Je me suis dit : « Montre que tu es là tous les ans, que tu as ta place et que ce n’était que le début. » Maintenant, avec le temps, on commence à me connaître, je n’entends plus du tout de rumeurs et ce pari que j’avais fait s’avère le bon.

Tu te sens libérée depuis ?

Oui, mais ça a été un moteur pour moi cette histoire, ça a été une force. Je me suis dit : « Ah oui, vous doutez de moi ? Je vais vous prouver que j’ai ma place ici. »

Ça a été désagréable, c’est certain, il a fallu comprendre d’où ça venait et je le sais maintenant comme je sais pourquoi : ce sont des jalousies. Quoi qu’il en soit, je me suis dit que ce qui ne te tue pas rend plus fort et que ça serait un moteur de ma performance.

Grâce à ces performances justement, tu commences à t’autoriser à avoir des ambitions pour les Jeux Olympiques de Tokyo et c’est le coup dur. Tu te blesses, une tendinite du tibial postérieur et tu es contrainte de renoncer à la saison estivale. Tu vas rester un an sans faire de compétition Comment as-tu vécu ce rendez-vous manqué ?

C’était dur au moment où je me préparais pour les Jeux de Tokyo. J’attendais de pouvoir recourir et je faisais énormément d’entraînements croisés. On a vraiment poussé jusqu’au dernier moment et puis, il a fallu se résoudre à accepter que ça n’allait pas passer puis avertir la Fédération.

À partir de là, je suis repartie dans un mood de reconstruction. Je tirais un peu sur la corde alors que mon corps était encore blessé et me demandait plutôt des soins, de la récupération, de l’adaptation au niveau des entraînements, du renfo mais c’est devenu plus simple parce que j’avais fait le deuil de l’objectif olympique.

Tu dis néanmoins, que tu as eu peur et que tu as beaucoup douté durant cette période. Tu avais peur que ton corps ne se remette pas, que tu ne retrouves pas le niveau qui était le tien avant blessure ?


Lorsque j’ai décidé d’arrêter de courir après les Jeux Olympiques, dans les deux semaines qui ont suivi, j’ai aussi décidé d’arrêter mon travail parce que je me suis rendu compte que j’étais dans une course effrénée en vue des Jeux et que le fait de travailler à côté, ne permettait pas à mon corps de récupérer de ma blessure et de préparer l’avenir.

C’est de ça que j’ai eu peur, peur de me mettre dans une situation où j’abandonnais ce pourquoi je m’étais préparée en école d’ingénieur pendant six ans et qui paraissait être mon avenir, pour quelque chose de fou : devenir athlète pro alors que j’étais blessée et que je n’allais pas aux Jeux.

Dans mon cerveau, c’était comme une incompatibilité alors que je sentais comme une attraction, comme si c’était ce que je devais faire. J’ai pris le risque malgré mes craintes et ça a été encore une fois, un moteur pour moi : je voulais assumer ce risque et tout mettre en place pour revenir.

Pari réussi pour toi, tu reviens à la compétition le 25 mai 2022 à Huelva en Espagne, record de France du 3000 steeple et minima pour les Monde de Eugene aux États-Unis à la clé. Est-ce qu’il y a un avant et un après blessure chez toi ? Est-ce que cette pause forcée a permis de muscler plus encore ton mental ?

Bien sûr. J’ai confiance en moi et en mes choix et ça c’est dû à ce que j’ai vécu plus jeune avant l’athlétisme. J’ai souvent fait des choix forts et je me suis toujours prouvée que j’arrivais à trouver des solutions.

J’ai beaucoup voyagé. Quand j’avais 15-16 ans déjà, je partais dans des familles aux États-Unis, en Angleterre. J’ai travaillé à Londres, en Allemagne, j’ai étudié à Taïwan, j’ai acheté une moto et j’ai traversé le Vietnam avec…

Ce sont des moments où je me suis mise dans des situations qui n’étaient pas faciles, où je me suis débrouillée pour trouver des solutions et je crois que j’aime ça avoir des problèmes et chercher des solutions.

J’ai fait la même chose pour l’athlétisme et c’est pour cela que je suis encore capable de faire des choix forts même quand je suis en délicatesse parce que je me dis que je trouverai toujours une solution, que ça va aller.

Il y a aussi un avant et un après Tokyo pour toi alors ?

Oui. Je n’aurais été personne à Tokyo alors que, l’année suivante, je valide tout dès ma première sortie à Huelva, je vais aux Championnats du monde, je me qualifie pour la finale même si on souvient de moi parce que je fais une chute spectaculaire et puis, l’année suivante, je suis 5e du monde.

Maintenant, je suis quelqu’un sur la scène internationale, alors que si j’étais allée à Tokyo à ce moment-là, avec cette blessure, on ne m’aurait peut-être plus jamais revue parce que j’aurais trop tiré sur mon corps, ce qui m’aurait empêchée de revenir et ça en aurait été fini. Mais je sentais que ce n’était pas l’histoire que je voulais écrire.

Eugene, tu te hisses en finale, record de France une fois encore, et tu termines 10e après cette chute dans la dernière rivière. Tu prends ta revanche cet été avec une 5e place à Budapest avec encore un record. Tu as tiré quoi de ces expériences qui te serviront pour les Jeux l’année prochaine ? 


Je pense qu’au niveau mental, je suis rodée. Après, il faut continuer l’entraînement. Tous les ans, j’améliore mes records d’à peu près 4-8 secondes et il faut que ça continue dans ce sens-là.

Avant Eugene, en courant aux alentours de 9’10, on pouvait être sur le podium des JO ou des Championnats du monde, maintenant, il faut courir sous ou en 9 minutes.

Je n’ai pas la main sur la performance des autres, mais je suis dans la bonne dynamique, celle qui me permet de rêver grand l’année prochaine.

Qu’est-ce qui te sépare encore, au moment où l’on se parle, d’un podium mondial ?

Il faudrait que je sois capable de partir plus vite avec ces athlètes qui font sous les 9’10. J’ai fait une très bonne course sur les Championnats du monde parce que j’ai fait ma course. Je ne suis pas partie avec elles, je connaissais mes temps de passage et je savais comment gérer mon effort.

En revanche, pour viser un podium il faut être capable de partir plus vite, au moins 4 secondes plus vite, et, malgré la production de lactique, maintenir ce rythme tout en finissant toujours aussi fort. Ce sont des choses que l’on a déjà réussi à améliorer entre Eugene et Budapest et il va falloir continuer dans cette dynamique-là.

L’an prochain, tu disputeras probablement les Jeux Olympiques, comment tu les appréhendes ?

Les Jeux 2024, je ne vais pas en faire tout un plat dans ma tête parce que ça serait m’infliger une pression qui n’est pas nécessaire. Je vais déconnecter de l’événement et de son prestige. Je m’y reconnecterai une fois que je mettrai le pied sur la piste et alors j’aurais juste à faire le travail comme je sais le faire.

Il ne faut pas que je me trompe d’objectif, il ne faut pas que je cours pour les autres, pour le pays, parce que ce serait mettre beaucoup trop de pression. On verra ça le jour J.

Il est difficile souvent de résister à vivre les Jeux pour les Jeux la première fois. Comment vas-tu te prémunir contre ce piège ?


Je vais déconnecter de l’événement et du public. En revanche, j’espère que le public sera on fire !

Les Jeux Olympiques, c’est quelque chose qui est créé par la société mais, moi, mon travail se passe sur la piste et sur la piste, je vais courir avec les mêmes athlètes contre qui j’ai couru aux Championnats du monde l’année dernière et cette année. Il n’y a pas besoin d’en faire tout un plat parce que concernant le travail que je vais devoir restituer, c’est le même que celui que j’ai fait à Budapest, il n’y a rien de différent.

Je vais me recentrer réellement sur ça. Me faire happer par l’événement, ce serait sortir de mon travail et mon travail est sur la piste.

D'autres épisodes de "Running, après quoi courent les filles ?"

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