Roxana Maracineanu« L'égalité homme-femme dans le sport est une question de justice. J’aimerais rendre justice à la moitié de la population ! »

Roxana Maracineanu
Au-delà de ses actions, de ses engagements, nous opérons un flash-back avec Roxana Maracineanu. Une rencontre où nous lui avons demandé d'enfiler de nouveau son maillot de bain pour plonger dans ses souvenirs de nageuse. Et madame la ministre a joué le jeu. Tout le monde à l’eau !

Par Valérie Domain

Publié le 08 mars 2021 à 7h08, mis à jour le 29 juillet 2021 à 14h16

Sa soif de faire partager sa vie d’ex-championne puis ses engagements semble inextinguible. Elle répond à tout, s’enflamme, ne calcule rien.

Un entretien avec Roxana Maracineanu est un marathon.

La ministre déléguée chargée des Sports est clairement une passionnée. On le comprend vite à sa façon de parler en mode mitraillette, sans hésitation. On nous donne vingt minutes, elle se laisse aller dans l’échange au-delà du temps imparti.

Il faut que sa directrice de cabinet vienne rompre le charme pour que l’ancienne championne de natation nous abandonne. Il est tard, le terrain l’attend. Encore.

Ainsi qu’elle le confie dans cette interview, la fin de son mandat approche et elle est d’ores et déjà frustrée de ne pas pouvoir mettre en place toutes les idées qu’elle a en tête, tout ce qui bouillonne en elle.

Rencontre avec une femme qui sait ce qu’elle veut. Et qui l’a toujours su.

 

Ancienne championne de natation, femme engagée au sein d’associations sportives, aujourd’hui ministre déléguée chargée des sports, est-ce trop de dire que le sport a fait de vous la militante que vous êtes aujourd’hui ?

Cela tient à tout cela, mais aussi à mon parcours de vie : le fait d’avoir quitté mon pays, la Roumanie, à l’âge de 9 ans, d’avoir traversé l’Europe avec mes parents, rencontré la difficulté de vivre dans un nouveau pays, de devoir m’y intégrer, d’apprendre la langue…

Mais c’est vrai que le sport a été mon fil conducteur pour traverser tout ça, un repère.

Avec ma famille, nous avons connu deux années un peu difficiles à notre arrivée puis on a eu une maison, on a commencé à apprendre le français, mes parents ont trouvé du travail…

Finalement, je me suis « retrouvée » lorsque je suis arrivée à Mulhouse et grâce à la natation que je pratiquais déjà en Roumanie et que j’ai poursuivie en club, d’abord à Blois puis à Mulhouse en 1987.

Enfant, vous aviez commencé par la gymnastique. Pourquoi avoir finalement choisi la natation ?

En Roumanie, notre système scolaire faisait qu’on avait cours le matin alors que l’après-midi était consacré à une activité culturelle et sportive, comme c’est le cas également dans d’autres pays, à l’exemple du Japon où le sport se pratique aussi largement dans le cadre de l’école. On peut alors s’essayer à différentes disciplines.

Moi, en réalité, j’ai commencé par le patinage. Après, j’ai fait de la gymnastique. Je devais avoir 6/7 ans quand j’ai commencé, mais c’était trop contraignant, trop exigeant pour la petite fille que j’étais.

Les méthodes des entraîneurs étaient dures, on nous parlait mal, j’ai voulu changer de sport. Malgré l’amour que j’ai encore pour la gymnastique, cela demeure des souvenirs peu agréables.

J’aurais adoré être championne de gym, mais voilà, c’était trop pesant.

 

©DR

Pourtant, la grande gymnaste roumaine Nadia Comaneci devait faire office de rôle-model pour une petite fille, non ?

Oui, évidemment, c’était un modèle pour nous. On avait accès et à ce qui se passait en dehors de la Roumanie et à l’excellence sportive grâce à Nadia Comaneci, seule athlète qu’on voyait à la télé et dont j’avais entendu parler quand j’étais petite.

Et quand je vous dis que la gymnastique était très exigeante en Roumanie, c’était lié à cette culture d’excellence dans ce sport qui a commencé avec Nadia Comaneci.

Le pendant de ça, c’est que l’ambiance autour de cette discipline était particulièrement tendue et que les entraîneurs attendaient beaucoup, sans doute trop, de nous qui étions très jeunes.

Nadia Comaneci…©Dave gilbert

Ce fut alors la natation…

Oui, là encore, je ne me suis pas tout de suite sentie à l’aise. La natation a deux inconvénients : c’est long et, qu’il fasse chaud ou qu’il gèle, tu dois aller dans l’eau. Ce n’est pas quelque chose que j’aimais beaucoup à l’époque.

Mais ça marchait pas mal, j’avais trouvé là une bonne ambiance, j’avais gagné quelques petites compétitions, j’ai décidé de continuer.

J’avais quand-même essayé trois sports avant l’âge de 9 ans, ce qui n’est pas le cas de tous les enfants en France. J’avais fini par trouver le bon.

Vous n’étiez donc pas une enfant particulièrement sportive, on vous a mis au sport en fait…

C’est sûr, moi, mes parents ne pratiquaient pas, ce n’était pas des champions. Ma mère avait toujours regretté de ne pas avoir été repérée à son époque, dans les années 40/45, comme un espoir de l’athlétisme et elle n’a pas pu s’exprimer dans ce sport parce qu’il n’y avait pas de structures à cette époque en Roumanie.

Dans les années 80, quand j’ai pu faire du sport, il était partout, dans toutes les écoles, les enfants pratiquaient une discipline de façon assez intensive pendant au moins deux ans avant d’en changer si ça ne leur plaisait pas.

©DR

Comment est venue l’envie de faire de la compétition ?

Je ne sais pas si on peut parler d’envie. Dans mes souvenirs, la compétition existait déjà à l’époque où je vivais en Roumanie.

Je me rappelle avoir fait des compétitions en gym puis des compétitions en natation. Ce n’était pas du haut niveau, ça faisait partie de l’entraînement, de l’initiation au sport. C’est encore une différence avec le système français où on ne fait pas entrer les jeunes en compétition avant un certain âge.

Mais, c’est en France, dans le club de Mulhouse que j’ai pu commencer une carrière car il y avait une porte ouverte vers le haut niveau : le club avait donné naissance à des champions de France.

Vous étiez spécialisée dans les épreuves du dos. Comment on en vient à se spécialiser dans un type de nage ?

On a tous un contact différent avec l’eau, différents appuis aussi. L’entraînement se fait sur les quatre nages et on remarque assez vite quand l’enfant est plutôt prédisposé à nager le papillon, la brasse, le dos ou le crawl ou s’il est bon dans les quatre nages. Moi, c’était le dos.

En y réfléchissant, avec le recul, je pense que c’est une question de facilité de respiration : quand on est sur le ventre, on doit avoir une respiration très rythmée pour pouvoir sortir la tête et expirer, l’exercice est différent d’une respiration aérienne que l’on garde en dos. Je maîtrisais moins bien la respiration aquatique, le dos c’était plus facile.

Après, ce qui était sympa aussi en dos, c’était de voir l’extérieur : j’aimais le fait de pouvoir être sur l’eau avec une vision de ce qui m’entourait.

©DR

Qu’est-ce que vous ressentiez dans l’eau ? Au-delà du travail, y avait-il du plaisir ?

En fait, comme je le disais, c’est le fait qu’il fasse froid qui me rebutait. Mais, heureusement, j’ai eu l’occasion de nager dans des eaux chaudes et d’avoir parfois des piscines chauffées, suffisamment en tout cas, pour que ce soit vraiment agréable.

Au-delà de ça, le contact avec l’eau et les appuis qu’on peut avoir, c’est tout de même magique ! Les sensations que procure l’eau, le fait de flotter, c’est quelque chose qui me restera à jamais.

J’ai été initiée à la plongée sous-marine par la suite et j’avais rarement éprouvé quelque chose d’aussi puissant : cette impression de voler, mais entre deux eaux, et quand, en plus, on peut descendre en profondeur…

C’est une sensation que j’ai toujours recherchée : quand j’étais petite, je voulais être cosmonaute, pour savoir comment on se sent lorsqu’il n’y a plus d’attraction terrestre.

Oui, voilà, c’est ça qui me plaît dans l’eau : imaginer que je suis en apesanteur.

Vous avez été championne d’Europe, du monde, olympique. Qu’est-ce qu’on ressent quand on décroche ses premiers titres ?

Il y a deux émotions différentes : quand tu es challenger et quand tu es donné gagnante.

Challenger, quand personne ne s’attend à ce que tu gagnes, ça m’est souvent arrivé. C’était par exemple le cas, en 1998, lors des championnats du monde où personne ne s’attendait à ce que j’ai cette médaille d’or, même pas moi !

Finalement, je l’emporte et ce sont des émotions d’exaltation et de bénédiction, je me répète : « Ce n’est pas possible que ça m’arrive à moi ! ».  C’est de l’inattendu et tout ce qui va avec : un état de grâce.

Après, ça prend un petit peu de temps pour arriver à s’approprier cette victoire et à se dire : « Mais non, en fait, si j’ai gagné, c’est parce que j’ai travaillé, parce que j’ai su faire ce qu’il fallait. »

Ça vous met ensuite en position de favorite, vous n’avez pas le choix : vous devez encore gagner. Une année plus tard, je deviens Championne d’Europe et là, c’est autre chose, c’est un soulagement.

Après le titre de Championne du monde, la pression que j’avais sur les épaules avec ce rôle de favorite et l’énorme travail que j’avais fait pour être de nouveau championne, je me suis dit : « Voilà, je n’ai pas fait tout ça pour rien. »

Vous parleriez de sacrifices ?

Non, je ne dirais pas ça, je prenais seule mes décisions, personne ne m’a imposé quoi que ce soit. Ce ne sont pas des sacrifices, plutôt des choix : reporter une année d’études, renoncer à la scolarité avec les copines ou de partir en vacances avec elles, mettre en suspens ma future carrière professionnelle…

À 19 ans, je préférais m’entraîner. On trouve tellement de plaisir aussi à vivre cette aventure avec ses coéquipiers, avec son entourage, avec son staff, autant de gens qui s’investissent chaque jour pour vous, c’est quelque chose de très engageant et de très formateur.

On entre dans des relations professionnelles très tôt. Dès l’âge de 14/15 ans, je me rappelle avoir eu une conscience professionnelle.

Finalement, cette partie-là de ma vie m’a épargné je pense beaucoup de questionnements, ceux de l’adolescente qui cherche un sens à sa vie. Moi, je savais ce que je voulais faire. J’ai été dans le grand bain très vite, si je puis dire !

On a pourtant l’impression que vous avez toujours été frustrée de ne pas pouvoir mener de front votre carrière de sportive et vos études. On vous a d’ailleurs reproché de ne pas vous être consacrée à 100 % à la natation, que c’est pour ça que vous aviez connu des échecs, notamment à Berlin, en 2002. Vous aviez l’angoisse de la reconversion ?

Je n’avais pas l’angoisse de ne pas avoir de métier plus tard, mais c’était surtout le fait de ne pas pouvoir me donner à fond dans les études.

Je sentais que je pouvais faire un bon parcours scolaire et que j’étais obligée de devoir restreindre mes ambitions pour pouvoir me consacrer à l’entraînement.

J’avais un entraîneur et un entourage qui me disaient : « Si tu ne faisais pas tes cours à côté, tu pourrais t’investir un peu plus en natation. » Alors, j’ai dit : « OK, je fais le test. »

En 1999, je me suis donc consacrée entièrement à l’entraînement et je me suis rendu compte que c’était tellement éprouvant de ne faire que ça que, de toute façon, je ne réussirais pas mieux, voire moins bien. J’ai alors préféré continuer à avoir une autre activité, je savais que sinon ce serait négatif, j’ai senti que ça n’allait pas du tout être épanouissant pour moi.

Finalement, la seule vraie frustration, c’est de ne pas avoir eu un parcours classique d’étudiante, mais aujourd’hui, je vois où j’en suis : j’ai pu accéder à cette mission de ministre des Sports, j’ai pu m’épanouir dans ce que je fais et dans une période complexe, et ce malgré la difficulté de ce poste car ce n’est pas évident de tout maitriser en trois ans.

Vous avez créé deux associations autour du sport santé avec cette envie de transmettre votre passion du sport qui est pour vous, avant tout, un outil de bien-être… Vous avez toujours été une femme engagée ?

C’est l’engagement qui guide ma vie. Et le sport est un outil, certes de bien-être, mais aussi pour se révéler. Je pense que le premier maillon de la politique, c’est le monde associatif.

Le meilleur moyen de faire de la politique, c’est de s’engager à proximité et en proximité pour répondre aux besoins et aux attentes des gens.

Et aujourd’hui, plus que jamais, il me semble que c’est vraiment le moyen qu’on a tous d’apporter sa petite pierre à ce qu’on vit et essayer de remédier à la situation critique qu’on connaît.

L’opération menée par le ministère des Sports conjointement avec le CSA « Sport Féminin Toujours » a été maintenue en janvier dernier, malgré la crise sanitaire, malgré les salles de sport fermées. Quel impact finalement ça a pu avoir ?

On continue à poursuivre la politique qu’on a fait jusqu’à maintenant, c’est-à-dire proposer plus de visibilité au sport féminin et ça, même s’il y a moins de compétitions sportives, néanmoins les grands événements continuent à se tenir.

Et, quelque part, ça met presque plus en exergue les événements qu’on l’on soutient comme les championnats féminins des sports collectifs, de mettre l’accent sur la situation des joueuses et la nécessité qu’il y a de les accompagner.

On évoque souvent le sport au féminin avec les fédérations. Elles sont en difficulté avec la crise et demandent des aides de l’État, un accompagnement beaucoup plus fort du ministère.

Il est important qu’en retour de ces aides, elles soient vigilantes au sport féminin, à son développement, à la féminisation des instances, à proposer une offre complémentaire à celles qui existent déjà.

Et vu la situation difficile de nombreuses fédérations, elles ont tout intérêt à essayer de capter de nouveaux publics, s’adresser à l’autre moitié de la population, celle à laquelle elle s’adresse trop peu aujourd’hui.

Outre les clubs, le problème est de proposer une autre façon de faire du sport, notamment aux femmes qui cherchent encore où caler leur séance de sport dans leur agenda souvent surchargé…

Ça ne va pas forcément au-delà des clubs car ces derniers peuvent être plus malléables que ce que l’on pense.

Par exemple, on a une action très forte concernant le sport en milieu professionnel parce qu’on sait que ça va faciliter la vie des femmes de pouvoir faire une activité physique sur leur lieu de travail.

C’est vrai qu’il y a des initiatives d’entreprises qui sollicitent des coachs sportifs pour intervenir et proposer des cours, mais on aimerait que les fédérations s’impliquent là aussi davantage, en positionnant des clubs sur ces territoires. L’écosystème qu’on veut préserver mais aussi structurer, c’est le monde fédéral et le monde associatif.

On doit tous se remettre en question afin de pouvoir proposer des pistes de développement alternatives et complémentaires à ce que le monde sportif fait déjà, comme intervenir en milieu professionnel ou sur le temps scolaire.

Mais les secteurs sportifs privés vont également être obligés de se réinventer…

Évidemment qu’en cette période, on doit être un chef d’orchestre pour tous les secteurs sportifs, c’est-à-dire qu’on doit aider aussi les salles de sport à recapter des abonnés, à se positionner sur d’autres champs. On veut jouer sur tous les leviers de développement, mais ce sont les clubs qui doivent aujourd’hui évoluer le plus.

Si l’on revient à la question de la féminisation par exemple, il faut rappeler qu’à la tête des fédérations, sur 113 présidents, il n’y a que 16 femmes.

Notre projet de loi est d’imposer la parité dans les organes déconcentrés des fédérations. Ce n’est pas anodin parce qu’il va falloir aller chercher des femmes.

Alors, la première année, ça va peut-être être compliqué, mais, derrière, ça enclenchera une vraie dynamique, les femmes vont savoir que c’est possible et c’est elles-mêmes qui vont postuler avec des projets qui étaient autrefois invisibles pour ces fédérations mais qui ne le seront plus.

Vous dites : « Les femmes sauront alors que c’est possible ». Là aussi, on manque de rôles-modèles ?

Oui, parce que les femmes se contentent parfois trop souvent de la 2e ou 3e position. Et pourquoi pas être au premier plan ?

On travaille pour ça. Pour qu’il y ait davantage de femmes engagées dans le sport, les aider à monter en compétence, à avoir confiance en elles pour qu’elles se positionnent sur des postes à responsabilité.

J’ai commencé à recevoir tous les présidents nouvellement élus et ils tiennent un discours engagé, ils sont vraiment motivés à mettre en place cette parité. Enfin !

Y a-t-il des synergies avec l’Éducation Nationale ?

Il y en a, comme proposer dès la maternelle ce qu’on appelle des fondamentaux sportifs pour les enfants.

Par exemple, apprendre à rouler à vélo, à nager ou au moins être initié à la natation en grande profondeur dès la maternelle.

L’idée derrière, c’est qu’on arrive à créer des ponts entre les associations et l’école, parce que c’est finalement là que l’on pourra travailler sur l’égalité des chances entre filles et garçons et l’accès au sport pour tous et toutes.

Cela peut aider à rompre avec l’imaginaire collectif autour du sport, à savoir : les garçons font du foot et du rugby et les filles de la gym et du patinage.

Il faut changer le regard des garçons sur les filles, mais est-ce que ce n’est pas aussi apprendre aux filles à ne plus se mettre de freins ?

Ma fille a eu la chance d’être initiée au rugby dès sa première année en petite section de maternelle, donc pour elle c’est aujourd’hui naturel de pratiquer et de regarder du rugby féminin.

Petit à petit, malheureusement, elle va se rendre compte que c’est encore trop considéré comme un sport de garçon, mais que ce ne sont que des stéréotypes puisqu’elle a pu y jouer, petite, sans problème.

Il faut maintenant que les fédérations acceptent d’accueillir des sections de filles, quitte à baisser le nombre de garçons s’il le faut, les installations et les créneaux n’étant pas extensibles.

Ce qui veut dire avoir vraiment une politique de féminisation de l’accès au sport et faire des choix.

Qu’est-ce qui vous paraît le plus compliqué à mettre en place parmi toutes vos actions ?

Sans doute pouvoir faire tout ce qu’on a en tête, tout ce qu’on voudrait faire pour le sport féminin. Parce que les choses prennent du temps, qu’il faut convaincre, qu’il y a les périodes des élections, de la crise sanitaire, des Jeux Olympiques…

Et, à chaque fois, on vient vous  dire : « Oui, d’accord, mais, là, notre priorité, c’est ça ou ça… » Donc, je vois la fin de mon mandat arriver, dans un an et demi, et je me dis : « Bon, on aura réussi trois avancées alors que j’en ai dix en tête. »

C’est donc d’ores et déjà une frustration ?

Clairement, mais je me dis qu’avec mon expérience, ma conviction, je saurai continuer à porter ces sujets quand je quitterai cette position de ministre. Je les ai portés avant, je les porterai après.

Être ministre des Sports, ça permet de débloquer les choses beaucoup plus rapidement que lorsqu’on est dans une association.

Mais, pour autant, le vrai travail est fait sur le terrain par les fédérations, le secteur associatif. J’aimerais pouvoir les convaincre que je peux les aider, qu’il ne faut pas hésiter à nous faire remonter les projets, à se faire connaître.

Vous être présente sur tous les fronts du sport, mais le sexisme semble être votre cheval de bataille…

Oui, il y va de l’image du sport. J’ai la conviction que l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, la mixité sociale dans le sport, c’est une question de justice. J’aimerais rendre justice à la moitié de la population ! Et l’égalité homme-femme, c’est la grande cause du quinquennat.

En 2018, le journal La Croix titrait : « Roxana Maracineanu, engagée et bouillonnante », ça vous correspond ?

Je vous laisse vous faire votre avis, mais, oui, les sujets sur lesquels je travaille me font lever tous les matins et je suis une éternelle convaincue que ça sert à quelque chose ce qu’on fait.

Parce que c’est vrai que, dans cette période, il est normal de douter un peu, mais il est important de continuer à s’interroger sur ce qu’on peut apporter aujourd’hui à un sport à moitié en berne pour la partie amateur, sans vraie visibilité sur la suite des compétitions professionnelles internationales.

On est en train de se refermer sur nous-mêmes, avec toutes ces frontières qui se ferment, mais, moi, je demeure persuadée que le sport est un moyen de faire triompher l’humanité et l’esprit collectif face à un virus qui nous fait douter de tout.

Il est important, alors, d’avoir un engagement très fort de tous les États, au moins au niveau européen, pour affirmer que le sport peut permettre de ne pas complètement se refermer sur soi pendant cette période difficile.

Je tente, le mieux que je peux et à mon niveau, de défendre cette idée que le sport représente un formidable lien avec les autres. Et avec la vie.

Ouverture : ©Elliott Chouraqui/Scoop Dyga/Icon Sport/ Getty Images

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