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Publié le 08 mars 2021 à 7h23, mis à jour le 26 février 2025 à 17h58
« Le nombre de femmes élues progresse, permettant à certains comités et bureaux directeurs d’atteindre la parité. Le chemin a néanmoins été long pour en arriver jusque-là. Il n’y a pas si longtemps, en 2013, pour l’énoncer de façon précise, les femmes ne représentaient que 26,5 % des instances de direction fédérales[1]. Force est de constater que l’application des nouveaux quotas précités, coïncide avec cette augmentation et que ces derniers restent, selon l’expression consacrée, un « mal nécessaire[2] ».
En effet, s’ils font aujourd’hui leurs preuves sur le plan quantitatif, les quotas ont eu du mal à s’imposer dans l’espace sportif et de nombreuses résistances subsistent encore.
Malgré la nette amélioration de la représentation des femmes, nombreux sont les dirigeants encore convaincus que le vivier de femmes n’existe pas, ou que la compétence et le mérite payent le tribut de cette nouvelle règlementation.
Un regard attentif aux candidatures et aux processus de recrutement des élus politiques dans les fédérations vient pourtant contredire l’idée que les dirigeants sont des « self-made men ».
Atteindre les plus hautes sphères de décisions, dans les fédérations, comme dans de nombreuses organisations reste un jeu collectif.
Bien souvent, cela nécessite de nouer des alliances, d’être invité à se constituer candidat puis de recevoir des conseils pour le faire. Rares sont les dirigeants qui n’ont pas bénéficié dans leur « carrière » associative d’un accompagnement, d’un mentorat informel, d’encouragements, de consignes de votes – de façon consciente ou inconsciente – pour les aider évoluer hiérarchiquement.
A cet égard, les fédérations sportives nationales qui ne parviennent pas à atteindre le quota faute de candidatures féminines, doivent reconsidérer leur fonctionnement. Si elles ne parviennent pas à « trouver » la dizaine de dirigeantes nécessaire parmi leurs milliers de licenciées, le problème est plutôt à chercher dans les rouages de l’organisation[3] plutôt que dans l’autolimitation des femmes.
Enfin, si les indicateurs quantitatifs sont au vert et que la féminisation des postes à responsabilités devient belle et bien visible, il semble un peu trop tôt pour conclure l’affaire comme étant réglée.
D’une part, si les présidentes sont de plus en plus nombreuses, elles restent très minoritaires. A l’heure actuelle seules deux femmes, Isabelle Jouin et Nathalie Péchalat président aux destinées d’une fédération olympique[4]. D’autre part, un bilan qui ne tient qu’aux chiffres affichés par les fédérations ne saurait être totalement complet et surtout fidèle à la situation observée sur le terrain.
Un des risques inhérents aux quotas est qu’une fois atteints les organisations se lavent de toute responsabilité. Or, mettre en œuvre le partage des responsabilités dans la vie tous les jours est une entreprise bien plus complexe que le respect d’une proportion de femmes à élire, et malheureusement beaucoup moins fréquente.
Partager le pouvoir, s’il fallait encore le rappeler, convient, de façon concrète, à partager les mandats et donc limiter les cumuls de fonctions (dans le temps et à l’instant T), à répartir la parole de façon équilibrée lors des réunions et les assemblées générales, à ne pas concentrer à une poignée d’individus les avantages symboliques et financiers (défraiements, salaires, médailles honorifiques etc.) qui sont liées à l’exercice des responsabilités.
Voilà nombre de challenges pour les mandats et les années à venir ! »
*Annabelle Caprais est docteure en sociologie du sport, elle a réalisé sa thèse intitulée « La place et le rôle des femmes dans la gouvernance des fédérations sportives françaises » à l’Université de Bordeaux sous la direction de Fabien Sabatier et Stéphanie Rubi.
[1] Chiffres du Ministère en charge des sports.
[2] Voir l’article « Un « mal nécessaire » ? Les hauts fonctionnaires et les quotas » de Laure Bereni et Anne Revillard (2015). Disponible à https://www.cairn.info/journal-travail-genre-et-societes-2015-2-page-163.htm
[3] Un regard peut être porté au poids électoral de chaque votant ou de chaque région par exemple.
[4] Néanmoins toutes les élections ne se sont pas encore déroulées.
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