Marie Robert : « Cléopatre Darleux ou la maternité triomphante d’une sportive. »

Marie Robert : « Cléopatre Darleux ou la maternité triomphante d’une sportive »
En novembre 2019, la gardienne du Brest Bretagne Handball, Cléopatre Darleux, a mis au monde une petite-fille. Et s'est retrouvée confrontée à un double sentiment : la joie et la peur.

Par Marie Robert, philosophe, professeure de lettres*

Publié le 24 octobre 2022 à 11h23, mis à jour le 26 février 2025 à 17h56

En novembre 2019, la gardienne du Brest Bretagne Handball, Cléopatre Darleux, a mis au monde une petite-fille. Jusqu’ici rien de particulier dans cet heureux évènement dont l’aventure singulière est une affaire de stricte intimité. Sauf que lorsqu’une sportive de haut niveau tombe enceinte, le périmètre de l’intimité se réduit et son corps devient plus que jamais, un sujet collectif.

Que faire de ces neuf mois dans une carrière ? Comment dissiper les craintes du retour ? De quelle façon accompagner les transformations avec confiance ? Comment appréhender les questions financières autour du maintien du salaire ? Et surtout, est-il possible de revenir au plus haut niveau ?

Ce sont ces problématiques que Cléopatre Darleux a affrontées et disséquées une à une, ce sont celles qu’elle évoque dans un livre passionnant qui vient de paraître, « Vivre selon ses valeurs comme Cléopatre Darleux », où elle s’engage sur le droit à la maternité des championnes de haut niveau.

©Collection personnelle Cléopatre Darleux

Mais au-delà de son parcours fascinant, il y a quelque chose dans son vécu qui questionne la maternité en général et met en relief les ambivalences qu’elle suppose. Car, dès l’annonce de sa grossesse, Cléopâtre se retrouve confrontée à un double sentiment : la joie et la peur.

La beauté de fabriquer un petit être vient flirter avec la crainte vertigineuse de voir son cadre de vie s’écrouler, de constater que tout ce qui avait été construit en tant que femme, devient précaire au regard de ce nouveau statut de mère. Comment faire cohabiter toutes les sphères de nos existences ? L’interrogation est aussi pragmatique que métaphysique.

Pour les sportives, l’angoisse repose également sur la réaction des dirigeants et du staff : comment vont-ils appréhender ce chapitre ? Là où un employeur classique se doit de rester neutre face à une question privée, un club se sent directement impacté. Soudain, c’est toute l’équipe qu’il faut repenser, remanier, rééquilibrer, comme si le corps des championnes ne leur appartenait pas complètement.

Si Cléopâtre Darleux a pu bénéficier d’un réel soutien, ce n’est pas le cas dans tous les clubs, ni dans tous les sports, comme si la grossesse était parfois plus préjudiciable qu’une blessure.

©Collection personnelle Cléopatre Darleux

Mais le plus captivant dans son récit est sans doute la manière dont Cléopatre a été suivie durant ces neuf mois jusqu’à son retour après le post-partum. Si, dans son cas, elle a pu questionner les médecins de l’équipe de France et ceux de Brest, s’entourant ainsi de préparateurs physiques de qualité, elle s’est aperçue du manque considérable d’informations sur ce thème.

Que faire ? Quel programme ? À quelle intensité ? Commet gérer la nutrition ? En arrière-plan, ce fil conducteur qui nous concerne tous : un corps qui se transforme n’est pas un corps fragile, mais un corps que l’on doit accompagner de manière adéquate.

Si deux ans après la naissance de sa fille, Cléopatre Darleux est revenue au plus haut niveau, devenant championne olympique en 2021 à Tokyo, elle est l’exemple, comme d’autres, d’une réalité qu’il est impératif de mettre en avant : une femme enceinte n’est pas vulnérable, elle construit au contraire une autre forme de puissance.

Notre société a besoin plus que jamais de ces figures fortes qui montrent l’étendue des possibles, et qui, par leur détermination et leur engagement, font de la maternité la source d’un équilibre physique et psychique, et non, un frein dans une carrière.

Voir la maternité triomphante de ces sportives est une source d’inspiration infinie pour toutes les femmes qui décident de faire de leur grossesse un tremplin vers encore plus de vie, de courage, de force et de cohérence.

  • *Prof de lettres et de philosophie, auteure de livres d’approche philosophique à travers des situations du quotidien, créatrice du compte Insta @philosophyissexy, Marie Robert convoque les penseurs pour mieux éclairer notre moi et notre monde. Pour ÀBLOCK!, elle a accepté d’instiller un peu de philo dans le sport. Et c’est aussi décalé qu’enthousiasmant.
Ouverture ©Collection personnelle Cléopatre Darleux

Vous aimerez aussi…

Iga Swiatek

Iga Swiatek à Roland-Garros, un air de déjà vu…

Iga Swiatek marche sur l’eau du côté de la Porte d’Auteuil. Victorieuse face à Coco Gauff, la Polonaise a ainsi trouvé l’occasion d’instaurer un peu plus son règne sur le circuit WTA. À seulement 21 ans, elle semble suivre les traces de son idole, le roi de Roland-Garros, Rafa Nadal…

Lire plus »
Justine Wong-Orantes

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une volleyeuse de haut-vol (Justine Wong-Orantes sur notre photo), une ex-infirmière crossfiteuse devenue coach mentale pour cause de burn-out sportif ou une reine du disque qui va entrer en piste pour ses 7e Jeux Olympiques, c’est le best de la semaine !

Lire plus »
Émeline Pierre : Itinéraire d’une gymnaste devenue sirène

Émeline Pierre : Itinéraire d’une gymnaste devenue sirène

Une chute du haut de la poutre et elle a touché le fond…de la piscine. Gymnaste au rêve brisé, sa reconversion dans la para-natation était presque une évidence pour celle qui a toujours été une excellente nageuse. Émeline Pierre est aujourd’hui l’une des promesses de médaille française aux Jeux Paralympiques de Paris. Portrait d’une championne qui veut transformer l’eau en or.

Lire plus »
Marie Oteiza : « En pentathlon, je suis passée par des hauts et des bas, mais ça vaut le coup. »

Marie Oteiza : « En pentathlon, je suis passée par des hauts et des bas, mais ça vaut le coup. »

Trois ans qu’elle attend ce moment. Après une période post-olympique délicate à gérer au retour du Japon, Marie Oteiza est repartie en campagne avec en tête, l’envie de briller à Paris. La Landaise de 30 ans, ancienne numéro 1 mondiale de pentathlon, pourrait ainsi rejoindre sa compatriote Élodie Clouvel dans les annales, seule Française jusqu’alors à être montée sur un podium olympique, en 2016. Rencontre avec une sportive multi-cartes.

Lire plus »
yoga

Yoga : le Top 10 du parfait yogi

Applis relaxantes, podcasts ressourçants, cours en ligne boostants, bouquins inspirants, ÀBLOCK! a sélectionné tout ce qu’il faut pour passer une Journée Mondiale du Yoga en 100 % yogi ce dimanche 21 juin. On active le mode « Namasté » !

Lire plus »
Debi Thomas, 4 minutes pour porter un coup fatal aux stéréotypes

Debi Thomas, 4 minutes pour porter un coup fatal aux stéréotypes

Elle a su bousculer un ordre, jusqu’alors, bien établi. En décrochant la médaille de bronze en patinage artistique à Calgary, au Canada, en 1988, Debi Thomas est devenue, à 20 ans, la première athlète noire à grimper sur un podium lors des Jeux Olympiques d’hiver. Un tour de force extraordinaire de la part de l’Américaine qui attend, depuis plus de trente ans, celle qui prendra le relais.

Lire plus »
Monica Pereira

Monica Pereira, le sport pour sortir de l’ombre

Une jeunesse dans les quartiers difficiles, un parcours chaotique et…le sport. Monica est une survivante. Et c’est parce qu’elle s’est bougée, dans tous les sens du terme, qu’elle est aujourd’hui, à 43 ans, en phase avec elle-même. Depuis un an, elle épouse sa reconversion de coache sportive avec jubilation. Pas peu fière. Elle nous raconte ce qui la raccroche à la (belle) vie. Témoignage précieux.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner