Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »49 ans, travaille dans le nautisme

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »
Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Propos recueillis par Sophie Danger

Publié le 11 mai 2026 à 19h01, mis à jour le 12 mai 2026 à 13h46

« Je suis passionnée de sport depuis toute petite. Je suis une boule d’énergie, mais dans une enveloppe assez introvertie et le sport me permet d’évacuer cette énergie. Je suis bien quand je bouge, j’ai toujours besoin d’être en action et dehors. Petite, j’ai malgré tout fait du judo mais ça m’a plu parce que, physiquement, ça me permettait de me défouler et puis, comme je vivais à la campagne à l’époque, je pouvais aller faire plein d’activités autres dans le jardin. Plus tard, le sport a également balisé mon parcours professionnel. À 23 ans, je suis entrée comme cadre à la direction des sports de la ville de Nantes avant de prendre la direction générale d’une société d’économie mixte dans laquelle on avait de l’événementiel sportif, une base nautique et un palais des congrès. Par la suite, j’ai travaillé dans le nautisme.

©Valérie Marqueton/Facebook

En 2027, je vais avoir 50 ans, et je me suis fixé un défi : participer à la Mini Transat, qui fêtera elle aussi ses 50 ans et qui est une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. J’ai toujours aimé les défis qui semblaient inatteignables en sport. En course à pied, j’ai eu besoin d’aller me tester sur un 100 km ; en triathlon, au bout de 3 ans, j’ai eu envie d’aller chercher la distance de l’Ironman ; la montagne, je n’en fais pas mais j’ai eu besoin d’aller faire l’ascension du Mont Blanc avec un guide… C’est comme si j’avais besoin d’aller chercher quelque chose qui me semble très difficile pour me prouver que je suis capable d’apprendre et que si j’apprends et que je réussis, cela signifie que, dans la vie, je peux surmonter un peu toutes les épreuves. Le défi de la Mini Transat s’est imposé à moi grâce à mon amour de l’océan. Tous, quels que nous soyons, nous avons un rêve ultime et pour moi, il a toujours été de partir sur un voilier et de naviguer sur les océans. Mais quand tu fais ta vie, avec le travail, les enfants, la famille, tu mets un couvercle sur tes rêves. Moi, il s’est trouvé un moment, en 2020, où j’ai eu besoin de l’enlever.

©Valérie Marqueton/Facebook

Je n’avais jamais été sur un voilier, j’ai acheté un petit 7 mètres aux Sables-d’Olonne et j’ai commencé à apprendre à naviguer comme ça, avec des proches avant de rejoindre le sport nautique sablais et de commencer à faire de la régate. Il y a peu, j’ai pris part à la PLM – Plastimo Lorient Mini – en duo mixte. Nous avons fait un bon départ et le début de course a été hyper grisant. Puis, à l’approche de la nuit, les conditions se sont durcies et là, j’ai ressenti des sensations que je ne connaissais pas : il y avait pas mal de vent, le bateau tapait à l’avant les vagues et j’ai eu peur de le casser. Avec mon co-skipper, nous avons décidé de la jouer secure et nous avons passé la nuit à gérer. Ce moment de la course m’a permis de découvrir mon bateau mais aussi de ressentir la peur et de me rendre compte de ma capacité à la gérer. Ça a été beaucoup d’émotions contradictoires. Le lendemain, pendant un moment, il n’y a plus eu de vent, c’était hyper long et je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi je m’impose ça ? ». Le lendemain de la course, un sentiment puissant est monté en moi, j’ai senti qu’il fallait absolument que je reparte.

©Valérie Marqueton/Facebook

Pour l’instant, en voile en solo, je sais que je ne suis pas encore prête. Je n’ai mon bateau que depuis deux mois et je ne peux pas naviguer tous les jours parce que je travaille et que j’ai des enfants. Il faut de la patience, que je sois raisonnable dans mes objectifs d’apprentissage, il faut que je prenne le temps nécessaire pour maîtriser chacune des étapes et me sentir en sécurité pour aller au bout. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, j’ai toujours énormément de doutes, des peurs : peur des conditions météo et des conditions de mer difficiles, peur de ne pas être assez prête rapidement pour maîtriser mon bateau, peur de mal faire, peur de casser le bateau… et évidemment peur de ne pas y arriver, mais j’ai transformé cette peur en défi contre moi-même qui me stimule et m’oblige à ne pas abandonner, à essayer de faire un maximum d’efforts pour aller au bout. Le doute nourrit ma motivation. Je ne sais pas si j’y arriverai mais si je renonce de moi-même sans avoir essayé, j’aurai l’impression de passer à côté de quelque chose dans la vie.

©Valérie Marqueton/Facebook

Mon but, à travers ce projet, c’est de me donner de la confiance, mais aussi de donner envie à d’autres femmes de prendre confiance en elles et de redessiner leur parcours de vie (le bateau de Valérie porte les couleurs du Fonds de solidarité WeCAre qui accompagne les femmes victimes de violences, Ndlr). Comme je l’ai dit, je fêterai l’an prochain mes 50 ans et on sait très bien qu’il y a parfois un regard assez critique sur la femme de 50 ans dans notre société. Ce défi de Mini Transat, c’est aussi une façon de me dire et de dire à toutes les femmes qu’il est possible de se réinventer à 50 ans, de faire des choses qui nous animent. À 50 ans, je suis peut-être un peu moins intrépide ou en tout cas, plus consciente des dangers, je gère les choses avec plus de prudence, mais je sais aussi désormais que tout peut arriver dans la vie et qu’il faut saisir l’opportunité de réaliser quelque chose qui nous paraît grand parce qu’on ne sait pas de quoi demain est fait.

©Valérie Marqueton/Facebook

Qu’est-ce que j’imagine que cette aventure va m’apporter ? Tout d’abord l’impression de ne pas m’être censurée dans mes projets de vie. Et puis, je suis maman, j’ai deux garçons et une fille et je me dis que si je leur montre que je me donne les moyens de réaliser ce rêve un peu fou qui est le mien, eux, plus tard, ne se laisseront pas enfermer dans des boîtes, ils pourront exprimer leur nature profonde dans ce qu’ils vont vivre et qu’ils y mettront de la détermination et de l’envie. »

©Valérie Marqueton/Facebook

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