« Je m’apprête à prendre le départ du Raid Amazones pour la cinquième fois. Ma première expérience remonte à 2019, le raid avait lieu au Vietnam. Trois ans auparavant, moi qui n’étais jusqu’alors pas très sportive, je m’étais mise à la course à pied après une opération pour soigner l’obésité. C’est à cette époque que mon mari a commencé à me parler du Raid Amazones. C’est une épreuve qu’il connaissait, il me répétait qu’il m’y verrait bien, que j’en avais les capacités. Je suivais le déroulé des épreuves à travers les médias et les réseaux sociaux et ça me faisait rêver, mais je n’osais pas rêver d’y prendre part un jour. Puis j’en ai parlé à Noémie, ma meilleure amie. Elle aussi avait envie de s’y frotter, alors nous nous sommes lancées.
Sportivement, l’aventure nous faisait assez peur. Mis à part pour le vélo, pour lequel nous nous sommes débrouillées seules, nous avons eu la chance, pour les autres disciplines, d’être soutenues par les associations de Villabé, notre commune, et celles environnantes. Les adhérents de notre club de course à pied ont notamment été d’un grand soutien : ils nous ont portées et beaucoup encouragées. Pour le tir à l’arc, nous avons été accueillies par le club local et celui de Corbeil-Essonnes nous a ouvert ses portes pour le canoë. Le canoë-Kayak, c’est la discipline qui m’inquiétait le plus, car j’ai peur de l’eau, mais à chaque participation, j’ai réussi à surmonter mes angoisses. Elle est là, la magie du Raid Amazones, dans ces moments extraordinaires où l’on parvient à se dépasser, où l’on oublie nos peurs pour foncer.
Et puis il y a aussi cette solidarité incroyable entre filles, cette empathie, cette bienveillance qui font du bien. Les candidates viennent de tous les horizons, mais il n’y a pas de différence entre nous. On se découvre, comme on découvre le pays qui nous accueille, ses habitants, sa culture. C’est difficile de décrire les sentiments que cela procure, mais à chaque fois, je ressors enrichie de l’intérieur. C’est tellement de bonheur ! Je pense que la meilleure façon de ressentir ce qui se passe en nous, c’est de prendre le départ. Cette année, ce sera donc le cinquième pour moi et, cette fois, je serai accompagnée de mes deux filles : Emma, l’aînée, qui aura 19 ans au moment du raid, et Clara, la plus jeune, qui a 16 ans. Ce n’est pas moi qui les embarque à ma suite, mais elles qui m’embarquent à la leur. À suivre mes aventures, elles ont fini par avoir envie d’en vivre une à leur tour.
Au début, j’étais censée partir uniquement avec Emma, je pensais que Clara était trop jeune. Et puis l’organisation m’a dit qu’elle pouvait se joindre à nous si elle le souhaitait. Je lui en ai parlé et j’ai vu ses yeux qui pétillaient. Parfois, je me dis que je dois être complètement zinzin de vouloir participer une fois de plus au raid. L’année dernière, je me suis fait opérer du pied et j’ai beaucoup perdu en matière de condition physique. Autant vous dire que je souffre à l’entraînement. L’autre chose que j’appréhende un peu durant les six jours de course qui nous attendent, c’est qu’il va me falloir apprendre à être moins protectrice envers mes filles. Cela ne signifie pas que je ne l’étais pas envers Noémie, au contraire, mais là, je me positionne en tant que maman et il va falloir que je lâche un peu de lest dans ce domaine, que je considère mes filles avant tout comme des coéquipières.
Je pense que cette aventure va les changer, les ouvrir au monde et que l’on va créer un souvenir que l’on n’oubliera jamais, qui restera gravé dans leur mémoire, dans notre mémoire, toute notre vie. Et puis mon expérience, c’est aussi la preuve, pour toutes les femmes qui ont envie de prendre part à ce genre d’aventure, qu’il ne faut pas hésiter à oser. C’est pour cela que j’accepte de parler de mon histoire, de mes problèmes de poids. On ne doit pas se mettre de barrières. Moi qui n’osais pas rêver ce rêve, je m’apprête à disputer mon 5e Raid Amazones. Cela signifie que c’est possible, que c’est ouvert à toutes. Il faut se faire confiance parce que nous, les femmes, nous avons, je pense, une force intérieure que nous ne soupçonnons pas et qui nous permet de relever le challenge. »