« Mes parents m’ont mise au sport, petite, parce que j’étais très bonne élève à l’école et qu’ils voulaient m’apprendre l’échec. Ils voulaient que j’expérimente le fait de ne pas y arriver du premier coup. J’ai fait de la gym et j’ai appris en tombant. En réessayant sans cesse. Mais ça m’amusait. Je n’étais pas traumatisée par les chutes.
Après coup, je me suis rendu compte que ça m’a appris beaucoup de choses. J’ai quand même été gymnaste jusqu’à mes 18 ans. Après, j’ai essayé de continuer en classe préparatoire, mais le rythme était vraiment difficile. Et puis je n’avais plus l’entraîneur qui m’avait accompagnée pendant plus de dix ans. Je ne me sentais pas en confiance avec le nouveau. Côté sécurité, pour moi, c’était compliqué de passer les mouvements un peu chauds ! Je n’ai jamais dépassé les régionales. On avait deux-trois compétitions dans l’année avec l’équipe, mais on n’avait vraiment pas un niveau exceptionnel.
La gym, pour moi, c’était synonyme de bonheur, le côté ludique, être avec mes copines, pratiquer une activité en dehors de l’école… C’était super agréable, cette période. Et même si, parfois, je n’étais pas toujours à l’aise d’être en « justo », c’est assez vite passé parce qu’on était toutes dans le même bateau et entre filles. Ce sport m’a appris à persévérer. Parce que je n’étais pas bonne. Mais j’ai appris à accepter le fait que je pouvais ne pas être douée partout. Et que ce n’était pas grave.
J’ai eu mon bac en 2010, puis j’ai enchaîné avec la prépa et je n’ai repris le sport – la course à pied – qu’après avoir quitté la prépa au bout d’un an et demi et en entrant en fac d’économie. J’avais juste participé à un « social run » avec ma classe et ça avait été l’enfer. J’y allais pour me détendre et tout le monde parlait encore des derniers théorèmes de maths et de Kant… Je n’aimais pas courir, je voulais juste me défouler et, là, j’étais clairement à l’agonie, corps et esprit !
Quand je commence vraiment à courir, on est en janvier 2012. Mais je n’ai aucune structure à l’époque : je n’ai pas les bonnes chaussures, j’y vais au feeling. Je me mets à courir parce que je sors de classe prépa et que je suis une boule de nerfs. Je n’arrive plus à rester assise sur une chaise en amphi. Il me faut quelque chose pour me (re)concentrer. Au même moment, ma mère – qui n’a jamais été sportive de sa vie – se met à courir avec une pote. Et mon ego a un peu pris le dessus sur ma fatigue… Je me suis dit : « Si ma mère peut le faire… pourquoi pas moi ? ». Première sortie : je me prends une claque. Mais je ne veux pas lâcher. C’est mon caractère « à la con ». Quand on me dit que je ne peux pas faire quelque chose, je dis : « Ah, ouais, tu crois ça ? ». Alors, je me mets à courir de plus en plus. Même si je n’aime toujours pas ça. Au fur et à mesure des semaines, je me rends compte que je progresse et que j’arrive à être plus concentrée en cours. Et, surtout, que je commence à aimer la course !
En 2015, je suis en Erasmus à Prague et j’apprends qu’un semi-marathon y est organisé. Je propose à ma mère de venir le faire avec moi. C’est vraiment à ce moment-là que je découvre ce qu’est un plan d’entraînement. Quand j’ai traversé la ligne d’arrivée, c’est vraiment une sensation de fierté qui m’a envahie. Je me suis dit : « Wahou, tu as couru 21 km ». Je me suis vraiment sentie pousser des ailes. Ça a été mes débuts d’Instagram, aussi. C’était une époque ultra bienveillante où les gens t’encourageaient. Personne ne me disait – comme maintenant – : « À cette allure-là, tu cours pas, tu marches » !
Après cette première belle expérience, je tente un marathon en 2017 suite à un challenge de mon parrain. Alors que je faisais le semi de Bordeaux avec lui, j’ai eu un coup de mou pendant la course. Il m’a dit : « Dans la famille, on lâche pas. Si tu vas jusqu’au bout, je t’offre le dossard pour le marathon de Paris l’année prochaine ». J’habitais à Paris depuis l’été 2016 pour mon stage de fin d’études et je venais de rentrer dans les « Adidas Runners ». J’avais des dossards pour quasi tous les week-ends. Je m’éclatais, je progressais, je vivais vraiment cette émulation de la vie de runner parisienne. À l’époque, la mentalité était cool. Il n’y avait pas ce truc de « t’es pas un vrai runner si tu cours pas dix kilomètres en moins d’une heure »… C’était les débuts un peu insouciants, quoi !
Mais à partir de 2019, j’ai commencé à prendre du poids alors que je pratiquais une activité physique régulière et de plus en plus intensive… Et plus je prenais du poids, plus je régressais en course à pied. Au début, c’était juste dur mentalement parce que je me disais que je n’arrivais pas à faire les allures. Mais, au fur et à mesure, je me suis carrément retrouvée à devoir me battre avec les barrières horaires pour finir les courses. J’ai été disqualifiée de plusieurs courses parce que je n’étais plus dans les délais.
Comme je régressais, j’ai pensé à me mettre au triathlon, qui varie les sports. C’était la période du post-Covid et j’avais vu tous ces gens sur leur home trainer, ça m’avait donné envie. J’ai donc acheté mon vélo. J’avais tellement régressé en course à pied que je n’arrivais plus à retrouver ces moments de joie, de fierté et d’invincibilité que je pouvais ressentir auparavant. Je cherchais à retrouver cette sensation de puissance ailleurs. Comme je redevenais quasi débutante en running, je me suis dit : « Quitte à être débutante, pourquoi ne pas tenter un autre sport ? ». Et il y avait aussi cette question de comment bien m’entraîner pour protéger mon corps malgré le surpoids.
En 2021, je tente mon premier triathlon. J’y suis allée un peu comme ça, sur un coup de tête, je voulais arrêter de me mettre dans un coin. Je voulais être un peu audacieuse surtout que je galérais en natation. J’ai fait un peu comme j’ai pu sur les 500 mètres de nage d’ailleurs. En brasse, tête hors de l’eau, c’est dire ! J’ai adoré cette expérience et j’ai décidé de m’inscrire dans un club de triathlon.
Mais ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que j’étais en dépression et que je m’épuisais avec des ambitions bien trop élevées. Je cherchais à prouver au monde entier et à moi-même que j’étais encore capable de courir malgré la prise de poids. Je n’arrivais plus à suivre sur les sorties cyclisme, les week- ends sportifs… Je me suis pris énormément de claques parce que je me suis inscrite sur des courses qui étaient trop exigeantes pour moi. Et en même temps, la prépa dont j’avais besoin pour ces courses m’a aidée à tenir le coup. Donc à cette période, le sport est devenu, à la fois, un médicament et un poison. Il m’a aidée à ne pas m’effondrer parce que j’avais une routine et que ça m’évitait de rester cachée sous la couette : je faisais alors des crises d’angoisse, j’avais beaucoup de mal à sortir de chez moi.
À cette période, j’ai pris plus de 35 kilos en cinq ans suite à un SOPK qu’on appelle maintenant SMOP (le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) a été officiellement renommé syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) en mai 2026, Ndlr), ce qui a entraîné une résistance à l’insuline, du lipœdème, et – avec l’errance médicale – une dépression, des crises d’angoisse, etc. En mettant des mots sur mes maux, ça a été une bouffée d’air frais pour moi parce que j’ai compris que ce n’était pas de ma faute. Il fallait juste trouver le traitement adapté pour que mon corps fonctionne bien. Ça a été un long chemin : j’ai dû me sortir d’une relation toxique et chronophage qui m’avait coupée du sport et j’ai subi les remarques de mauvais professionnels de santé qui me disaient de « manger moins et de bouger plus ». Mêmes retours à l’entraînement. Mêmes commentaires sur les réseaux… Résultat : je me restreignais sur tout et je faisais du sport à outrance. Sans aucune amélioration.
Avant même que je ne parle de poids sur mon compte Instagram, j’ai eu des remarques sur mon corps. À un moment, ça devenait quotidien, ça devenait insultant… Florilège des commentaires reçus : on m’écrivait que j’allais crever sur une course tellement j’étais grosse ou que le bitume allait fendre sous mon poids ou encore que mon vélo allait hurler à chaque fois que je montais dessus… Je me suis dit que c’était hors de question que je laisse des abrutis gagner ! Leurs horreurs m’ont été utiles : je les ai utilisées pour réaliser du contenu éducatif pour les femmes qui me suivent.
Certains accomplissements sportifs ont changé quelque chose en moi comme le marathon de Paris. Ça s’est passé comme sur un petit nuage. J’ai kiffé ma course. J’ai eu zéro problème. C’était idyllique. À la fin, j’ai pleuré en me disant que j’étais marathonienne. Et, récemment, c’est l’ascension du col du Puigmal, dans les Pyrénées. Dix-sept kilomètres à vélo avec 1000 mètres de D+. Je l’ai fait seule ! Il y a eu aussi la cyclosportive. J’y allais avec zéro stress, même quand la voiture-balai me rattrapait ! J’ai même roulé avec une de mes abonnées sans que cela ne soit prévu. On s’est retrouvées en queue de peloton. On a tenu ensemble.
Et puis, dans mon parcours de soins, j’ai eu la chance de tomber sur un chirurgien extrêmement bienveillant et empathique qui m’a tout expliqué. Et donc, l’an dernier, en début d’année, j’ai fait une sleeve. Et j’ai perdu quasiment 25 kilos. Sans aucune fonte musculaire. Et, dans tout ça, j’ai pu reprendre le sport assez facilement. Notamment grâce à une bonne stratégie de nutrition qui a débloqué énormément de choses mais aussi grâce aux séances psy. J’ai compris, avec ma diététicienne, que mon niveau d’alimentation était trop insuffisant par rapport à mon activité. J’avais peur de manger pendant l’activité physique parce que je pensais que ça allait me faire grossir. J’ai mis beaucoup d’argent pour m’aider à sortir de ce cercle vicieux autour de mon poids…
Ce qui m’a aidée dans tout ça, c’est surtout le mental. Certains me reprochent d’avoir un ego démesuré. Et moi, je remercie cet ego car c’est lui qui m’a permis de ne pas lâcher le sport, de continuer malgré les difficultés et les échecs. Le sport, c’est ce qui m’a permis de tenir debout pendant la pire période de ma vie, lors du cyber-harcèlement, pendant la dépression. Et c’est ce qui me permet aujourd’hui de vivre un post-op extrêmement facile. Quand tu vois mon niveau d’énergie, mes bilans sanguins et tout ce que je réalise en termes de sport, tu ne te dis pas que j’ai fait une sleeve il y a six mois.
Depuis l’opération, je vais de bonnes surprises en bonnes surprises. Mais si le corps dit non, c’est lui qui décide. La bonne stratégie de nutrition pendant l’effort a clairement changé la donne. En mai dernier, j’ai quand même enchaîné deux semaines de stage à Font-Romeu, avec plus de trente heures d’activité sportive : trail, rando et vélo. L’objectif, c’est de continuer sur cette lancée et de ne pas me mettre de mauvais stress, comme avant, quand je m’auto-sabotais.
Ça reste du plaisir. Car même si je vis un peu de mon activité sportive, je n’ai pas l’impératif de la performance. Mes objectifs aujourd’hui, c’est de voir ce que je vaux sur 10 kilomètres et de reprendre le triathlon au printemps 2027. Pour me préparer, jusqu’à présent, j’avais l’application Campus Coach et un coach de musculation à la salle de sport. Mais je pratiquais le vélo et la natation en solo et je vais continuer comme ça. Seul changement : à partir de cette année, je vais me réinscrire dans un club d’athlétisme, davantage pour la partie sociabilité.
Ce que je veux transmettre au travers de mes réseaux sociaux, c’est que tous les corps et tous les niveaux de performance ont leur place dans le sport. Je ne supporte plus le fait qu’on essaie de mettre le sport dans une case et que pour être considéré comme sportif, il faille avoir un certain physique et un certain niveau de performance. On en oublie totalement les bienfaits du sport sur la santé physique et mentale. Alors qu’être sportif, c’est pratiquer du sport, point. On a tous des parcours de vie différents avec des possibilités différentes, qu’elles soient physiques, génétiques ou juste organisationnelles. Une maman de trois enfants ne pourra pas faire la même chose que moi, créatrice de contenu célibataire sans enfant. Et je veux surtout lutter contre la « diet culture » et la grossophobie qui entraîne des femmes à adopter des comportements néfastes pour leur santé physique et hormonale. Ça fait des ravages…
Avec mon activité professionnelle autour du sport, je veux continuer à promouvoir un sport santé. J’ai créé le concept de Slow Running Club. L’idée m’est venue d’une expérience un peu désastreuse où j’ai perdu le groupe parce que j’étais en bout de course. Je me suis dit alors : pourquoi pas faire un groupe où on court vraiment à l’allure du plus lent,
sans pression, sans chrono, sans jugement.
Mon compte Instagram est clairement féministe : je ne m’adresse qu’aux femmes. Je parle de la pratique sportive au féminin, de l’équipement sportif au féminin, des règles, de la santé hormonale avec le SOPK et du lipœdème. J’ai parfois quelques hommes qui me le reprochent mais ils ont déjà suffisamment d’espace dans la vie de tous les jours pour que je change ma ligne édito ! Je suis une femme ordinaire qui s’adresse à d’autres femmes pour leur dire qu’elles sont extraordinaires.
Actuellement, je suis partenaire i-Run. En gros, j’ai une dotation annuelle chez eux que je peux dépenser comme je veux, et derrière, je fais de l’affiliation. Je ne suis pas au même niveau que d’autres athlètes, mais j’avoue que je ne paie pas une seule fringue de sport depuis trois ans. L’important pour moi est d’avoir des sponsors de qualité, dans le sens où ils doivent répondre à mes valeurs. I-Run va dans ce sens pour moi, hormis le fait qu’ils n’ont pas beaucoup de taille XL dans leurs vêtements phares et que je me bagarre pour qu’ils aient des modèles de chaussants plus larges !
Le sport m’a apporté du courage et de la fierté. Je sais, désormais, que je suis capable de tout affronter et c’est grâce à lui. Ce que je dirais aux jeunes femmes, c’est qu’il est important de faire du sport un plaisir. Ce ne doit pas être une punition ou une contrainte. Et aussi de se rappeler qu’il y a une quantité infinie de sports et qu’il ne faut pas se lancer dans un sport parce qu’on le voit beaucoup sur les réseaux sociaux comme le triathlon, l’Hyrox, la muscu… etc. De toute façon, la meilleure activité sera celle que tu fais de manière régulière et non pas celle que tu dois faire une fois tous les trois mois parce qu’on t’a dit qu’il fallait le faire.
Ce que je dis souvent, c’est que je rêverais d’être qualifiée aux championnats du monde d’Ironman à Kona, à Hawaï. Mais que, vu mon niveau, je vise une qualification pour la tranche d’âge des 80 ans ! Ce que je veux dire, en faisant cette blague, c’est que j’aimerais être en bonne santé à 80 ans, debout, autonome, pouvoir courir après mes petits-enfants. Parce que c’est cool de courir un marathon en 23 heures, mais si c’est pour finir impotent et complètement dépendant dans un hospice, c’est pas mon rêve… Bref, le sport-santé, c’est la vie ! »
- Pour choper le mental à toute épreuve de Margaux, go sur son compte Insta rempli de conseils et de pep’s @margauxlifestyle
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