« Participer au Raid Amazones va être, pour ma sœur et moi, une grande première. C’est la situation de notre maman, atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui a été déterminante dans ce projet. Nous avons eu envie de transformer la réalité qui est la sienne, qui est la nôtre, en action. Le Raid Amazones nous est apparu comme une évidence parce qu’il rassemble tout ce qui nous ressemble aujourd’hui, à savoir : un défi sportif, du dépassement de soi, de la solidarité, de la résilience et surtout de l’humain. À travers le Raid, nous voulons toutes les deux faire parler de la maladie et briser les tabous qui y sont associés. C’est d’ailleurs pour cela que je ne pouvais pas m’engager avec une autre partenaire que ma sœur. Ces dix dernières années, Sabine a mis sa vie entre parenthèses pour s’occuper de notre maman. On a vécu à travers elle, par procuration, et même si nous nous parlions beaucoup au téléphone, nous faisions en sorte qu’elle soit toujours entourée de l’une de ses filles, ce qui a fait que nous avions moins l’occasion de nous voir.
Notre mère est désormais dans un institut dédié et j’avais envie que nous puissions nous retrouver ma sœur et moi, qu’elle puisse de nouveau goûter à des activités diverses, qu’elle puisse de nouveau prendre soin d’elle. J’avais également envie de trouver un moyen qui nous permette de parler et de vivre la maladie de notre mère autrement, de rendre les choses un peu plus gaies. Nous aurions pu choisir une destination de voyage mais ce n’était pas suffisant. Nous aurions également pu décider de nous lancer dans un défi comme une marche de 100 kilomètres dans le Sahara ou autre mais je n’avais pas envie que l’on s’enferme dans une seule et unique pratique. Le Raid Amazones nous offre toutes ces possibilités à la fois, le volet voyage et le volet physique.
En ce qui me concerne, j’ai toujours été plus ou moins sportive, c’est-à-dire que j’ai toujours aimé faire du sport, ce qui n’est pas forcément le cas de Sabine. Je suis familière avec la course à pied et le VTT que je pratique un peu. Je ne le suis en revanche pas avec le tir à l’arc et le canoë, mais la perspective d’expérimenter ces nouvelles disciplines est aussi une manière pour moi de sortir de ma zone de confort et de découvrir autre chose. Pour être prêtes physiquement le jour J, nous nous sommes inscrites toutes les deux dans une salle de sport afin de faire du renforcement musculaire. Nous nous sommes rapprochées d’associations pour le VTT et le tir à l’arc et nous avons également chaussé nos baskets pour parcourir les sentiers autour de nos villages respectifs.
Deux ou trois fois par mois, nous essayons de nous retrouver pour courir ensemble et faire du canoë. De toutes les épreuves, ce sont celles-ci que nous appréhendons le plus. Le canoë est un sport pour lequel ni l’une ni l’autre ne sommes très à l’aise et nous n’avons réussi à nous entraîner ensemble que 4 ou 5 fois seulement, ce qui est peu. À un tout petit plus d’un mois du départ, nous ne connaissons d’ailleurs pas encore le nombre de kilomètres que nous aurons à parcourir, ni si ce sera en mer ou en rivière. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas d’ambition de podium, simplement l’envie de tenir les six jours et d’arriver au bout. Globalement, nous nous sentons mieux que lorsque nous avons commencé à nous entraîner au mois de janvier. Ma sœur, qui avait arrêté le sport depuis quelques années, s’est rendue compte qu’elle était désormais capable de parcourir des kilomètres. Je dois vous avouer malgré tout que, si nous avions eu quelques mois de plus pour nous préparer, ça n’aurait pas été de trop, mais nous sommes maintenant pressées que cela commence et on verra ce que ça donnera sur place, on s’adaptera.
Le fait que nous soyons sœurs est, je pense, un atout qui nous permettra peut-être, dans le feu de l’action, de se dire les choses plus facilement et plus directement. Le fait que l’on se connaisse bien nous a appris que de temps à autre, l’une de nous sera amenée à porter l’autre. Nous savons également reconnaître, en lisant sur nos visages, quand le moment est venu de se taire, de laisser l’autre tranquille pour mieux revenir un peu après. Nous avons expliqué ce que nous allions faire à notre mère, nous avons mis des affiches dans sa chambre mais je ne pense pas qu’elle ait vraiment compris notre démarche. Elle ne nous reconnaît plus, ce qui n’empêche pas qu’elle sera malgré tout du voyage avec nous.
Nous sommes conscientes que nous reviendrons probablement changées. J’espère, pour ma part, que le Raid Amazones marquera un nouveau départ pour ma sœur, qu’il nous permettra d’être plus soudées encore et fières de nous, fières de ce que nous aurons accompli au niveau sportif et solidaire. Nous avons construit un projet solidaire autour de ce raid. Après avoir trouvé des sponsors et des partenaires pour pouvoir financer notre participation, nous avons organisé divers événements destinés à récolter des fonds à destination de France Alzheimer Gard et de Jours de Fête du centre hospitalier de Ponteils. C’est là que notre maman vit désormais et les membres de cette association accompagnent les résidents au quotidien. Parmi les actions que nous avons mises en place, il y a eu un stage de move dance, des afterworks, une journée sportive avec un repas, nous avons pris part à des vide-greniers, nous avons vendu des gâteaux sur les marchés des villages, nous avons vendu des stickers, des casquettes et des T-shirts et nous avons également ouvert une cagnotte sur OnParticipe.
Au-delà de la médiatisation de la maladie, notre duo pourra peut-être servir aux autres femmes à prendre conscience que quand on veut quelque chose, on le peut à condition d’être bien entourées par sa famille, ses amis… Même en partant de zéro, on peut faire de belles et de grandes choses. Il faut avoir confiance en soi et se donner la possibilité, mais je pense que nous sommes toutes capables d’accomplir ce genre de choses. La suite ? Ma sœur m’a dit il y a quelques jours qu’elle ne me voyait pas m’arrêter après cette première participation. Pour le moment, à vrai dire, je n’en sais rien, je vais déjà vivre ce Raid mais il est fort possible en effet que nous ayons envie, par la suite, de continuer. »
Ouverture ©DR