Amy BondLa Pole danseuse qui voulait se réconcilier avec son corps

Amy Bond
Elle est l’une des « putains » d’héroïnes à avoir trouvé dans la barre de Pole Dance un exutoire, un réconfort, puis, une deuxième vie. Nous l’avons découverte dans le docu de Netflix « Pole Dance, Haut les corps ! ». Impossible, depuis, de la quitter des yeux ! Amy Bond s’envole, sens dessus-dessous, vertigineuse. Portrait d’une fille qui balance son corps comme elle se jetterait du haut d’une falaise.

Par Claire Bonnot

Publié le 10 avril 2021 à 12h12, mis à jour le 29 juillet 2021 à 12h20

Corps d’athlète aux muscles puissants, visage mutin au petit nez retroussé, Amy Bond a l’air d’une fée qui ne s’en laisse pas compter. Et c’est le cas.

Mais il y a eu du chemin entre la jeune fille candide qui rêvait de faire carrière à Hollywood et la championne, patronne du San Francisco Pole Dance. À l’écran, dans le documentaire de Netflix, la performeuse et femme d’affaires, avocate et autrice par ailleurs, dévoile ce qui l’a menée à prendre la barre de la Pole Dance : comme tant d’autres femmes, un besoin de guérir le corps, honteux, malmené, vilipendé.

©Christy Usher

Lorsqu’elle arrive à Los Angeles pour faire carrière, Amy Bond a 20 ans et elle galère. Repérée par l’industrie du sexe, elle se perd dans un milieu qui lui collera à la peau : bien des années après avoir arrêté, Amy sera harcelée et traquée.

La clé qu’elle trouve alors pour lui permettre de refermer la porte de son passé ? Les cours de Pole Dance : « Dans le sous-sol d’un Gold’s Gym, j’ai regardé des femmes aux corps imparfaits (selon les standards commerciaux) danser avec confiance, se déshabiller pour révéler des abdominaux avec des vergetures et des cuisses molles. J’ai voulu avoir ce genre de confiance dans mon corps », raconte-t-elle dans le Huffington Post.

Une façon de se construire une nouvelle existence, dit-elle : « Je mettais mon ancienne vie derrière moi. » Alors étudiante en droit, en 2011, Amy Bond doit refaire face à son histoire passée.

Une amie lui confie avoir été contactée par un journaliste sur Facebook : « Il dit qu’il fait un reportage sur une star porno qui étudie à l’Université de Boston. Il dit que c’est toi. Il m’a envoyé une vidéo d’une minute. D’autres personnes de notre classe ont eu le même message. »

Amy Bond confie dans le Huffington Post avoir de nouveau ressenti la honte et la menace de se voir ainsi exposée : « Alors que je l’avais repoussée jusque-là, elle est remontée, bouillonnante, à la surface. »

C’est grâce à sa communauté Pole Dance et à ses mouvements sportifs et sensuels l’aidant à reprendre possession de son corps, au-delà des qu’en-dira-t-on, qu’Amy Bond assure avoir trouvé la paix : « Humiliée pour mon passé dans le porno, la Pole Dance m’a aidée à me relever ».

Amy Bond entre alors réellement en piste.

©Christy Usher

La Pole danseuse se lance dans la compétition dès 2012. Elle est la gagnante de la division semi-pro Pole Theatre Pole Comedy, en 2016, puis, participe à la division professionnelle Pole Theatre Pole Comedy, un an plus tard. Avant de participer à l’émission « So You Think You Can Lapdance » dont elle remporte l’épisode 7 de la saison 3, terminant à la seconde place lors de la finale.

Ce qu’elle aime le plus dans cette discipline ? « La combinaison de l’artistique et de la performance ».

Amy Bond, en 2018, au championnat Golden Gate Pole, représentant son centre de danse, le San Francisco Pole and Dance, médaillée d’argent dans la Division féminine professionnelle.

La suite ? Diplômée en droit et devenue avocate, la pole danseuse bosse dans le domaine des technologies et dirige un cabinet avant de fonder, en 2016, le San Francisco Pole and Dance. Elle dirige désormais trois studios et enseigne la discipline.

Amy Bond raconte, toujours dans le Huffington Post, sa fierté de pouvoir offrir un refuge aux personnes qui cachent leur « honte sexuelle » : « Au cours des cinq années où j’ai dirigé et bâti ces studios et les communautés qui les composent, j’ai fini par comprendre que bien des gens – pas seulement des femmes – cachent la honte sexuelle comme une sorte de squelette dans leur placard. Tant de personnes m’ont écrit pour me raconter leurs expériences de cette honte. 

(…)Tant de gens, tant de nuances de honte et si peu d’espaces pour explorer la sensualité sans honte, sans excuse, et pour son propre plaisir. Partout dans le monde, les communautés de Pole Dance sont des refuges. Les studios offrent des lieux sûrs pour ce qu’on ne trouve pas ailleurs, c’est-à-dire la découverte de sa sensualité et de sa sexualité. »

Son autre fierté ? Voir les préjugés sur la Pole Dance diminuer au profit d’une admiration grandissante pour cette discipline sportive difficile : « Avant, on me disait : “Oh, alors tu es une strip-teaseuse ?“ Une grande partie du style de mouvement sensuel qui est incorporé dans la Pole Dance provient du mouvement de base développé par les strip-teaseuses, mais ce n’est pas la même chose. Maintenant, les gens disent : “Oh mon Dieu. J’ai une amie qui fait ça, et ça a l’air vraiment difficile.“

Si certains danseurs optent pour l’exploration de leur sensualité, d’autres utilisent la Pole Dance comme un sport intensif de renforcement musculaire, à l’image de la gymnastique.

Amy Bond est heureuse de pouvoir contribuer à l’émergence et à la diffusion de la Pole Dance comme discipline sportive autant qu’artistique. « Pour moi, la Pole Dance, c’est comme si je m’envolais. Parfois, je le fais presque quand je balance mon corps à l’envers autour du poteau. (…) J’adore cette sensation de sauter du bord d’une falaise ! »

Une discipline qui l’aide à tenir bon la barre. Et à être enfin elle-même.

Ouverture ©Don Curry

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Vous aimerez aussi…

Sarah Bouhaddi

Sarah Bouhaddi : l’Amérique était son but

Cent-quarante-neuf sélections. Pas une de plus. En tout cas sur le sol français. La gardienne star des Bleues et de l’OL lâche Lyon pour l’Utah. Direction les States pour la footballeuse qui rejoindra cet été les Royals de Salt Lake City. Un contrat négocié il y a déjà plusieurs semaines. Goal baby, goal !

Lire plus »
Julie Bresset 5 infos pour briller sur deux roues

Julie Bresset : 5 infos pour briller sur deux roues

Ce 16 octobre, elle signe la fin de sa carrière sportive par un jubilé dans son fief des Côtes-d’Armor. Julie Bresset, 32 ans et presque autant sur les pédales, a (presque) tout gagné et tout connu. La vététiste bretonne, championne olympique, maintes fois championne du monde, est l’une des cyclistes les plus appréciées du circuit. Victime d’un burn-out et de blessures à répétition, elle est toujours retombée sur ses roues. Retour sur une championne en 5 braquets.

Lire plus »
Reality Winner

Reality Winner : l’espionne qui venait du sport

Avant le 3 juin 2017, date de son arrestation, cette blondinette balèze était surtout connue pour ses exploits de crossfiteuse. Ex-militaire dans l’US Air Force, employée des services secrets américains, Reality Winner purge une peine de 5 ans de prison pour avoir exfiltré des documents confidentiels. Portrait d’une lanceuse d’alerte qui, même emprisonnée, ne transige jamais avec sa routine sportive.

Lire plus »
Sharni Pinfold

Sharni Pinfold, portrait d’une motarde désenchantée

Fatiguée de se battre contre la misogynie. Éreintée après des années à tenter de trouver sa place dans le monde des sports mécaniques. Sharni Pinfold, 25 ans, lâche le guidon. Amère. L’Australienne avait tout quitté pour un rêve, devenir pilote professionnelle de moto, aujourd’hui, elle fuit les circuits. Et laisse sur le bitume une carrière prometteuse et quelques illusions.

Lire plus »
Danser pour mieux s'élever

Danser pour mieux s’élever

Le 16 janvier prochain, l’association de Kathy Mépuis, « La Possible Echappée », mettra en scène une pièce chorégraphique dans le but de sensibiliser à l’intégration sociale des personnes en situation de handicap. Cinq danseurs et danseuses professionnel.le.s dont Maxime Thomas de l’Opéra de Paris seront de la partie pour faire passer le message.

Lire plus »
Camille : « Le sport outdoor me permet de revenir à l'essentiel.»

Camille : « Le sport outdoor, ça permet de revenir à l’essentiel.»

Elle a quitté Paris et une vie confortable sur un coup de tête. Camille Dubois-Leipp s’est installée à Annecy avec l’envie de profiter, chaque jour, d’un terrain de jeu naturel propice à la pratique sportive. Une passionnée des grands espaces qui a mis à profit ce nouveau départ pour créer Outtrip, une plateforme dont l’ambition est de rendre les activités de pleine nature plus accessibles et plus inclusives.

Lire plus »
Jeux de Beijing 2022 : 1 fille, 2 garçons pour un drapeau

JO Beijing 2022 : 1 fille, 2 garçons et 1 drapeau

Et le drapeau est attribué à… Tessa Worley, Kevin Rolland et Benjamin Daviet ! Cette semaine ont été désignés les porte-drapeaux de la délégation française pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de Pékin 2022. Récompense méritée pour trois sportifs au palmarès de feu et au mental bien trempé. Petite fiche de révision pour ceux qui ne les connaissent pas (encore).

Lire plus »
Déborah Ferrand

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Un questionnaire sportif de haut vol avec une parachutiste joyeusement perchée (Déborah Ferrand sur notre photo), une rencontre avec les reines du bobsleigh français Margot Boch et Carla Sénéchal, deux filles pas si givrées que ça, l’histoire du tennis de table conjugué au féminin ou une expression de coach décryptée, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine. Régalez-vous !

Lire plus »
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner