Cécile HernandezL’insoumise du para snowboard

Cécile Hernandez : l’insoumise qui porte le drapeau
Diagnostiquée d'une sclérose en plaques à 28 ans, déclarée inapte au sport par les médecins, exclue de sa propre catégorie à deux semaines de Pékin 2022. Et pourtant, championne paralympique, quintuple championne du monde, 11 globes de cristal, porte-drapeau à 51 ans pour ses quatrièmes et derniers Jeux à Milan-Cortina. Cécile Hernandez, reine du para snowboard, est faite d'un alliage que peu de gens connaissent : la rage, le culot et la joie de vivre.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 07 mars 2026 à 9h33, mis à jour le 18 mars 2026 à 14h08

Il y a des gens qui font du sport. Et il y a des gens pour qui le sport est une décision de survie. Cécile Hernandez appartient à la deuxième catégorie. Perpignanaise de naissance, Catalane dans l’âme, elle grandit avec une planche sous les pieds et le vent dans le dos. Le BMX d’abord : compétitions européennes, sensations fortes, corps en lévitation. Puis le snowboard, découvert lors de ses études de journalisme à Montpellier. Un coup de foudre. La neige, la vitesse, cette façon qu’a la planche de parler à l’équilibre.

Octobre 2002. Cécile Hernandez a 28 ans. La sclérose en plaques débarque comme un intrus — silencieuse, sournoise, dévastatrice. La maladie du système nerveux central la paralyse pendant plusieurs mois. Les médecins lui déconseillent formellement le sport. Trop fatigant. Trop risqué. Elle range la planche. Elle tourne la page du sport et se concentre sur sa carrière journalistique. À l’extérieur, rien ne se voit. C’est ça aussi, la SEP : un handicap invisible, une guerre intime que le corps livre en silence.

Mais Cécile Hernandez n’est pas du genre à obéir aux pronostics. Onze ans plus tard, en 2013, elle croise la route de Patrice Baraterro, para snowboardeur en équipe de France. Il lui tend une planche. Elle n’hésite pas longtemps. Quelques mois après avoir chaussé ses premières fixations en handisport, elle intègre l’équipe de France. Le monde du para snowboard vient de rencontrer celle qui allait le marquer pour longtemps.

Cécile Hernandez/Facebook

L’insoumise qui fait un pied-de-nez aux médecins

On lui avait dit non. Elle dit oui. C’est la synthèse de la vie de Cécile Hernandez. Dès Sotchi 2014, ses premiers Jeux Paralympiques, elle décroche l’argent en snowboard cross. Une médaille à la première tentative, moins d’un an après avoir embrassé le parasport. PyeongChang 2018 arrive : bronze en cross, argent en banked slalom. Deux nouvelles médailles. La collection s’agrandit. La référence se confirme.

Et puis vient le combat le plus absurde, le plus kafkaïen de sa carrière. À l’approche de Pékin 2022, sa catégorie de handicap — la LL1 — est supprimée. Cécile Hernandez n’a plus de catégorie pour participer aux Jeux. Elle doit intégrer la LL2, avec des athlètes dont le handicap physique est objectivement moins lourd que le sien. Elle bataille contre les instances. Elle plaide sa cause. Et deux semaines avant le départ pour la Chine, l’autorisation lui est accordée. Deux semaines. Après des mois de combat réglementaire.

Ce qui arrive ensuite vaut tous les discours sur le sport. À 47 ans, dans une catégorie qui n’était pas la sienne au départ, Cécile Hernandez remporte l’or olympique en snowboard cross. La voilà championne paralympique. La plus belle réponse qu’elle pouvait donner aux règlements, aux doutes et à la maladie.

Cécile Hernandez/Facebook

Prête pour la retraite mais… le drapeau !

En 2025, le corps dit stop. Rupture d’un ligament, deux entorses à la cheville. Et au-delà des blessures, une fatigue plus profonde : la SEP qui s’aggrave, le mental qui lâche. En novembre, Cécile Hernandez envisage sérieusement de tout arrêter. Son début de saison est catastrophique — 6e, 7e en banked slalom lors de la première étape de Coupe du monde, là où elle gagne habituellement. Sur les conseils de son préparateur mental, elle consulte un psychologue pour la première fois de sa carrière.

Elle ne cache rien de ce passage difficile. Au contraire. Avec une franchise rare dans le milieu sportif, elle parle de cette période à voix haute : on ne lui avait pas demandé d’être une machine invincible, elle se l’était imposée. Prendre du recul lui redonne la flamme. La suite de la saison 2025 est lumineuse : deux médailles aux Championnats du monde, dont un titre en snowboard cross par équipes mixtes avec le globe de cristal en prime — le onzième de sa collection.

C’est dans ce contexte que Marie Bochet, octuple médaillée d’or paralympique et cheffe de mission de la délégation française à Milano Cortina, lui envoie un vocal. Le message est simple : être porte-drapeau sera une énergie, pas un fardeau. Cécile Hernandez hésite, puis accepte. Le 30 janvier 2026, elle est officiellement désignée porte-drapeau de la délégation paralympique française, aux côtés de Jordan Broisin. La seule candidate féminine. Une évidence pour tous ceux qui la connaissent.

Cécile Hernandez/Facebook

Une dernière fois, mais quelle fois !

Elle l’a dit clairement : Milano Cortina sera ses derniers Jeux. À 51 ans, avec une SEP évolutive et un corps qui a absorbé des décennies de chocs sur la neige, Cécile Hernandez fait le choix lucide de ne pas repousser les limites au-delà de ce que son intégrité physique peut supporter. Elle l’avait déjà promis après PyeongChang, après Pékin. Cette fois, la décision est mûre, posée, définitive.

Ce qui ne l’empêche pas d’arriver en Italie avec un objectif on ne peut plus concret : conserver son titre paralympique en snowboard cross et décrocher une cinquième médaille. L’hiver 2025-2026 lui sourit déjà — deux ors en banked slalom à Kühtai, or et bronze en cross à Lenk. La forme est là. La motivation est intacte. Et une championne qui dispute ses derniers Jeux, portée par le drapeau de son pays, a généralement quelque chose en plus dans les quadris.

Cécile Hernandez porte en elle le récit que le sport paralympique mérite davantage : celui d’une femme qui a refusé les cases, qui a dit non aux médecins, non aux règlements absurdes, non au doute et oui à la planche, à la neige, à la compétition. Journaliste de formation, elle sait mieux que quiconque ce que signifie raconter une histoire. La sienne, elle la vit debout, à toute vitesse, avec une planche aux pieds et un drapeau à la main.

Cécile Hernandez/Facebook

Ouverture ©Cécile Hernandez/Facebook

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