Becky Hammon La basketteuse qui s'offre une révolution de parquet

Becky Hammon
« Big shot Becky » est dans la place ! À 45 ans, Becky Hammon, après être devenue la première femme à coacher une équipe en NBA, marque un peu plus l’histoire du basket nord-américain en enchaînant les victoires en WNBA, la ligue féminine, et en étant élue entraîneure de l'année. Récit d’une fille qui sait prendre la balle au bond.

Par Sophie Danger

Publié le 06 janvier 2021 à 17h08, mis à jour le 13 avril 2023 à 15h55

Flashback. Mercredi 30 décembre 2020. Les Spurs reçoivent les Lakers pour le compte de la saison régulière de NBA, la ligue nationale de basket américaine. À moins de 4 minutes de la fin du deuxième quart-temps, alors que les Californiens mènent de presque 10 points, Greg Popovich, agacé par une décision arbitrale, s’emporte. Une brève saute d’humeur qui lui vaudra d’être purement et simplement expulsé. Sommé de rejoindre les vestiaires dans l’instant, l’emblématique entraîneur de la franchise texane s’exécute et quitte le court. L’Histoire se met alors en marche.

Avant de disparaître aux yeux de tous, il prend soin de pointer brièvement du doigt Becky Hammon. Un geste sec qui, en l’espace de quelques secondes, va marquer l’histoire du basket nord-américain. Propulsée sur le devant de la scène, l’ancienne meneuse de jeu des Silver Stars, promue première assistante cette saison, devient, à 43 ans, la première femme à coacher une équipe de la plus grande Ligue de basket du monde.

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« Il m’a officiellement montrée du doigt, s’amusait Becky Hammon à l’issue de la rencontre. C’est tout. Il m’a dit : “Ils sont à vous“. » Une prise de fonction express pour la native de…Rapid City. Et qui, malgré une défaite 107-121, a su, comme à son habitude, faire forte impression.

Saluée par Kamala Harris, vice-présidente élue, par réseaux sociaux interposés, sa prestation a également reçu une approbation de choix, celle de Lebron James, le meneur des Lakers, habitué, lui aussi, aux honneurs. « Elle bosse et, à chaque fois que l’on bosse on est récompensé, s’est fendu le quadruple champion NBA dans les colonnes d’ESPN. Ce soir, elle a pu intervenir et montrer son travail, montrer ses talents et son amour du jeu. Ce qu’elle a fait en tant que joueuse, nous le savons tous. Elle a pu transposer cet état d’esprit dans notre Ligue et elle est formidable depuis qu’elle y est. Félicitations à elle et félicitations à la Ligue. »

Un joli coup de projecteur pour Becky Hammon qui ajoute donc, en cette fin d’année mouvementée, une ligne de plus à un palmarès qui n’en finit plus de s’étoffer. Et c’est en 2013 que tout commence. L’arrière des Stars, l’équipe féminine de San Antonio, se blesse à un genou. « Big Shot Becky », comme on la surnomme, a alors 36 ans et décide de mettre à profit ce temps passé loin des parquets pour songer à sa reconversion.

Parmi les options qui s’offrent à elle, l’une la séduit plus que les autres : entraîner. Dan Hughes, son coach de l’époque, lui conseille d’aller frapper à la porte des Spurs voisins afin d’observer les méthodes de Gregg Popovich, alors en passe de remporter sa deuxième couronne avec la formation texane. Le 5 août 2014, quelques jours après avoir remisé, définitivement, son maillot au placard, le sextuple All-Star WNBA s’engage auprès de « Pop » en qualité d’assistante.

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Première nomination, premier coup de maître pour « Hammontime » qui devient la deuxième femme à officier sur le banc, la première à temps complet, treize ans après Lisa Boyer, assistante coach des Cavaliers de Cleveland lors des rencontres à domicile. « Je suis prête à relever des défis, confiait-elle alors à ESPN. Je suis prête à sortir des sentiers battus, à prendre des décisions difficiles et à relever des challenges. Je suis un peu accro à l’adrénaline. Mélangez tout ça ensemble, ça donne l’opportunité parfaite. »

Dans l’ombre de Popovich, Becky Hammon observe. Et apprend. Si son expérience de joueuse la rend légitime, sa science du jeu la sert encore plus.

En 2005, la double championne WNBA marque de nouveau les esprits en coachant les Spurs durant la Ligue d’été, une première, là encore, pour une femme. Mais alors que la presse s’enflamme, elle garde la tête froide, balayant d’un revers de main la question du genre.

« Les gens me demandent tout le temps s’il y aura un jour une femme joueuse en NBA. Pour être honnête, non. Il y a des différences. Les gars sont trop grands, trop forts et c’est comme ça. Mais quand il s’agit de choses de l’esprit, comme l’entraînement, la planification des matchs, la conception de schémas offensifs et défensifs, il n’y a aucune raison pour qu’une femme ne puisse pas être de la partie. »

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Il faudra attendre cinq ans de plus et ce fameux soir de décembre 2020 pour que Becky Hammon franchisse un pas de plus et officie, cette fois, en qualité de cheffe d’orchestre lors d’un match officiel. « Nous n’avons pas embauché Becky pour écrire l’Histoire », se plaisait néanmoins à rappeler Gregg Popovich, à l’issue de la rencontre, pressé de saluer le travail de son adjointe pour ses qualités, non pas de femme coach, mais de coach tout court.

La petite Becky entre dans la grande Histoire du basket US !

« Je comprends l’attention que ça a suscité, poursuivait l’homme fort des Spurs dans le Los Angeles Time, mais en toute honnêteté, j’ai supposé que la plupart des gens savaient déjà qu’elle était qualifiée pour être entraîneuse-cheffe de la NBA. Je la voulais dans mon équipe en raison du travail qu’elle fait. Il se trouve que c’est une femme, ce qui ne devrait avoir aucun rapport. Il n’y a pas de raison qu’une personne comme Becky et d’autres femmes ne puissent pas être entraîneures dans la NBA. Je connais ses compétences et je connais sa valeur, et je sais que son avenir est très, très brillant. »

Fin décembre 2021, elle s’engageait avec la franchise WNBA des Aces de Las Vegas. Résultat : dès sa première saison, cette année, elle remporte les Finales WNBA et décroche le titre d’entraîneure de l’année.

Well done championne !

 

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