Léa Casta « Je vais me donner à fond pour réussir chez les grandes ! »

Léa Casta : « Je vais me donner à fond pour réussir chez les grandes ! »
Le week-end dernier, elle a brillé sur son snow lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse d'Hiver en Corée du Sud. Avec une médaille de bronze, une autre en or, Léa Casta, tout juste 18 ans, confirme qu'elle est sur le bon tremplin pour s'envoler vers d'autres JO, ceux de la maturité.

Par Alexandre Hozé

Publié le 23 janvier 2024 à 17h58, mis à jour le 13 février 2026 à 14h32

Comment se sont passés tes débuts dans le snowboard ? 

J’ai commencé le snow à 9 ans, mais je pratiquais déjà du ski avant, près de chez moi, en Haute-Savoie. Du côté de ma mère, tout le monde fait du ski, donc depuis tout petite je suis sur les pistes. Et comme le snow m’a vite plu, mes parents ont créé un club dont j’étais la seule licenciée, juste pour que je puisse faire des compétitions !

Grâce à ça, plusieurs moniteurs m’ont remarquée, je me débrouillais plutôt bien et, comme j’étais motivée, un ou deux ans après, j’ai pu intégrer le club des Deux Alpes qui est, d’ailleurs, toujours mon club aujourd’hui.

Tu dit que tu as commencé par le ski, pourquoi avoir basculé vers le snow ? 

Mon grand frère en faisait, donc j’ai voulu faire comme lui ! 

Et pourquoi le snowcross  ? 

En kids, on s’essaye à toutes les disciplines, cross, géant, slopestyle… Donc, jusqu’en 2021, mon entrée à la fédération, je faisais de tout. Mais je préférais tout de même le cross, et le slope aussi. 

Au final, j’ai choisi le cross car c’était le format qui me convenait le plus. D’être à plusieurs, dans une véritable course, de devoir s’adapter au parcours qui changent à chaque fois, ça me plaît. 

Tu dis que la compétition t’a rapidement attirée, c’est à dire ? 

Oui, car petite, j’ai tout de suite gagné, dès ma première participation. C’est ce qui m’a permis d’obtenir une qualification pour les championnats de France. C’était en 2017, j’avais 11 ans. Ça m’a lancé pour la suite… 

Est-ce que ces championnats de France t’ont fait te projeter sur le snow comme projet professionnel, ou est-ce que cette envie est arrivée plus tard ? 

Pas du tout ! Ces championnats de France, je n’avais pas très envie d’y aller, ça me faisait peur ! Je me disais que je n’avais rien à faire là. Mais, au final, mon entourage, mes parents particulièrement, m’ont beaucoup aidée et m’ont motivée à participer.

Et après y être allée, je me suis rendu compte que j’avais le niveau, donc ça a débloqué la suite. L‘année suivante, j’ai commencé à faire plus de compét’ et mon projet s’est dessiné. 

©FFS

Aujourd’hui, tu es en Terminale au lycée d’Albertville en Savoie. Comment ça se passe ? 

Ce lycée est vraiment dédié à plusieurs sports d’hiver, c’est l’objectif pour tous les jeunes skieurs ou snowboarders. Au lieu de passer le Bac en trois ans, on le fait en quatre, ce qui nous permet d’être libérés de mi-novembre à mi-avril, pour faire nos compét.

On a juste des devoirs à rendre en ligne à cette période, ce qui me permet de bien me concentrer sur le snow sans se mettre une pression supplémentaire pour les cours. Mais à part cette période, on est en cours mais avec un emploi du temps qui nous permet de faire de la préparation physique. 

Est-ce que tu as déjà été confrontée à des périodes de doutes sur ton engagement dans le snow ? 

C’est arrivé une année, notamment. Je me suis blessée juste avant de démarrer la saison 2018-2019 et lorsque je suis revenue plusieurs mois plus tard, les résultats n’ont pas suivis, en tout cas pas comme auparavant. Ça m’a complètement sapé le moral, je me disais que tout ça n’en valait peut-être pas la peine.

J’avais plein de peurs qui s’étaient installées, je n’osais plus faire certaines choses. Mais, en fin de compte, mes parents m’ont aidée à réfléchir à la situation, mes entraîneurs aussi, et je me suis accrochée. 

©FFS

En 2021, tu es sélectionnée pour la première fois avec l’équipe de France. Comment s’est passée cette première expérience ? 

D’habitude, les entraîneurs se déplacent pour les jeunes lors de leurs compét‘, mais cette année on était en période Covid. Donc ils ont organisé ce rassemblement, et j’ai été remarquée.

Je savais que j’étais parmi les meilleures de mon âge, mais j’étais tout de même très contente quand ils m’ont annoncé que j’étais prise. Par la suite, on a fait plusieurs stages sur la saison. 

Tu as, depuis, participé à plusieurs étapes de Coupe du Monde de ta discipline en seniors. Comment est-ce qu’on t’a annoncé que tu allais participer à cette compétition qui réunit les meilleures du monde ? Qu’as-tu ressenti ? 

Le choix des athlètes qui allaient participer à la Coupe du Monde se faisait lors d’une étape de Coupe d’Europe. J’attendais beaucoup de cette course, j’avais beaucoup d’espoirs, c’est quand même une qualification pour la Coupe du Monde !

Et au final, c’est tout le groupe qui a été sélectionné, donc trop bien ! 

En 2022, tu as obtenu la troisième place lors de l’étape de Coupe du Monde aux Deux Alpes, à domicile pour toi. Qu’est-ce que tu as ressenti sur le moment ? 

Je n’y croyais pas du tout ! Je ne me rendais absolument pas compte de ce qui s’était passé : pour moi, je n’avais pas du tout le niveau, je n’imaginais même pas viser ça, la qualif était déjà inconcevable !

Aujourd’hui, c’est clairement de ce résultat que je suis la plus fière. 

Première qualification en finale pour Léa Casta, réaction sur le vif !

Tu viens de conclure tes Jeux Olympiques de la Jeunesse ce week-end en Corée du Sud. Tu étais la porte-drapeau de la délégation française, comment as-tu réagi quand on te l’a appris ? 

J’étais très contente, c’est un honneur d’avoir été choisie comme porte-drapeau ! J’étais fière de pouvoir représenter mon sport aussi. 

La cérémonie était trop bien ! Il y avait tout le monde, avec plein de spectacles… C’était super ! Ça va rester un très beau souvenir. 

Léa Casta et le patineur de vitesse Franck Tekam étaient les porte-drapeaux aux JOJ 2024…©️France Olympique

Tu as obtenu la médaille de bronze en individuelle, derrière Noémie Wiedmer en or et Maja-Li Iafrate Danielsson en argent, frustrée ou satisfaite de ta performance ? 

Dès le lendemain de notre arrivée en Corée, on est allés sur la neige pour se changer un peu les idées. Ensuite, nous avons eu un jour de test sur le parcours, une autre journée d’entraînement, puis la course. 

Les trainings s’étaient très bien passés de mon côté, j’avais les meilleurs chronos et je n’avais pas perdu une seule course, je me sentais assez confiante. Et j’ai confirmé en demi-finale avec une autre victoire. 

Alors, je suis un peu frustrée de ma place de troisième, je ne voulais pas la médaille de bronze, mais l’or. J’ai eu un accrochage avec une concurrente australienne en finale, on est tombée toutes les deux. Mais c’est comme ça, c’est le snowcross ! Et je suis tout de même contente de ramener une médaille, je me suis battue pour l’avoir. 

Un petit arrière-goût de frustration pour Léa Casta (à droite,) qui visait l’or !

Tu ramènes aussi une médaille d’or par équipes ! Comment s’est passée cette « deuxième chance » avec ton coéquipier Jonas Chollet ? 

Jonas avait gagné en individuel, donc il voulait continuer sur sa lancée, et moi je voulais en quelque sorte me rattraper de ma course en solo. Je voyais ça un peu comme une revanche, je voulais une médaille d’or ! Et on était très en forme, on a gagné tous nos runs. 

Je pense que l’individuel reste tout de même la discipline phare du snowcross, mais c’est une superbe expérience de concourir à deux, tu vis quelque chose de fort avec ton coéquipier. En plus, Jonas et moi sommes dans le même club, on se connaît depuis petit, donc c’est vraiment fort ! 

Quelle est la suite pour toi ? 

Je vais louper une étape de la Coupe du Monde seniors, le timing est trop serré, mais je remplace en quelque sorte avec la Coupe d’Europe, et après ça je repars à fond en Coupe du Monde. 

Pour l’instant, je ne cherche pas à avoir des gros résultats, je veux juste prendre du plaisir et éviter de me mettre une pression de dingue et de finir dans des états pas possibles. L’objectif, c’est de s’amuser et c’est quand je suis dans cet état d’esprit que je suis la plus forte de toute façon. 

Ce bel enchaînement de victoires avec les deux médailles aux JOJ en plus, ça me donne envie de pouvoir faire les mêmes choses chez les grandes. Je veux me battre pour parvenir aux mêmes résultats ! 

Et à encore plus long terme, c’est bien évidemment mon rêve de participer aux Jeux Olympiques d’Hiver, mais je ne pense pas encore à ça, je me laisse le temps, je n’y suis pas encore ! 

Sur quels points tu veux encore progresser  ? 

Déjà, ne pas céder à la pression ! C’est quand je m’en mets que je fais n’importe quoi. Après, réussir à rider comme il faut sur toute la durée du parcours, ne pas me relâcher, rester régulière. Bref, je vais me donner à fond sur tout ça ! 

Est-ce que tu comptes poursuivre tes études après le Bac ou te concentrer uniquement sur le snow ? 

C’est encore un peu flou ce que j’ai envie de faire, mais je vais continuer les études. Je sais que si je m’arrête, ça serait trop compliqué de se remettre dedans plus tard. Autant garder un pied dans les études et m’ouvrir un maximum de portes ! 

Avec ton expérience, comment tu décrirais l’ambiance dans ta discipline ? 

Tout le monde s’entend bien, il y a vraiment une très bonne ambiance, pas de discrimination ! Je ne me suis jamais sentie mal à l’aise dans ce sport. Je m’y sens bien. 

Le 21 janvier, Léa Casta et Jonas Chollet (à gauche) sont devenus les premiers champions olympiques de la jeunesse en snowboardcross par équipes mixtes, devant Maja-Li Iafrate-Danielsson et Benjamin Niel.

Ouverture ©LinkedIn

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