« Il y a cinq ans, je suis partie faire de la plongée avec une amie. J’ai rencontré un problème avec mon gilet, je suis remontée trop vite, ce qui a entraîné une embolie gazeuse. Quand j’ai sorti la tête de l’eau, j’ai lâché mon détendeur et pas mal pris la tasse. J’ai eu l’impression de me noyer. Deux jours plus tard, je me suis réveillée sur un lit à l’hôpital de Garches où l’on m’a informée du diagnostic : accident vasculaire cérébral. Les médecins m’ont expliqué que je souffrais d’une hémiplégie totale à droite et qu’il allait me falloir réapprendre à mobiliser ma jambe, tous les muscles de mon bras, ma main… Au début, on nous dit que vous allez récupérer toute votre mobilité alors on s’accroche, on sait que les premières semaines sont décisives. Et puis, au bout de trois mois, on vous dit de ne rien lâcher encore pour les six à venir. Jusqu’à ce que l’on vous explique que votre vie sera différente.
À Garches, le sport est partie prenante du programme de reconstruction des patients. Avant mon accident, j’avais toujours fait du sport, de la rando, de l’escalade… J’avais toujours soif d’essayer de nouvelles choses. À Garches, mes médecins m’ont conseillé de choisir une pratique avec laquelle je n’étais pas familière pour ne pas être tentée de faire de comparaisons. C’est comme cela que j’ai commencé le golf. Par hasard, simplement parce que le golf du Haras de Jardy était proche de l’hôpital.
J’ai frappé à la porte un samedi pour demander s’il y avait du golf adapté. Régis Viateur, le directeur, a entendu ma conversation. Il est venu à ma rencontre pour me dire qu’il s’apprêtait à lancer du golf sur ordonnance. Mon premier cours a duré une heure, une heure et demie peut-être. Les sensations étaient minimes parce que j’avais beaucoup de mal à bouger le bras, parce que je n’étais pas très mobile, mais il y avait ce plaisir de se concentrer sur quelque chose qui n’avait rien à voir avec mes problèmes et qui me faisait du bien. Lorsque l’on a une rupture de vie comme celle que j’ai connue, tout s’écroule : l’entourage, le travail que l’on perd, les aides qui tardent à arriver… Le golf oblige à focaliser son attention sur la balle et sur rien d’autre, ça aide à oublier le reste. Et puis, la progression est visible. Un jour, on passe les 5 mètres, puis les 10, les 15 et ainsi de suite.
Tout cela, c’était en 2022. J’ai été la première patiente à bénéficier du sport sur ordonnance à Jardy. J’ai servi de cobaye en quelque sorte et ça a été une grande chance. Très vite, une équipe s’est montée autour de moi. Il y avait mes médecins, Régis, le directeur, et Sébastien Bouelle, qui était en train de se former auprès de la Fédération pour devenir professeur de golf adapté. Lui me suivait dans ma pratique avec les difficultés inhérentes aux suites de mon accident et moi, je lui permettais de valider son diplôme. C’est un peu comme si on avait grandi ensemble en quelque sorte, ce qui était assez fou. Le golf a été, pour moi, l’instrument de ma renaissance. Il a été un fil rouge, la raison qui me faisait me lever le matin.
Encore aujourd’hui, ce sport est ce qui me tient. Il me permet d’essayer de trouver du sens à ce qui m’est arrivé et il est devenu une passion. Cinq ans après mes débuts, je dois encore composer avec certaines contraintes. J’ai une héminégligence corporelle qui fait que je néglige la moitié de mon corps dans l’espace, j’ai de la spasticité dans le bras qui m’empêche de faire les coups comme je le voudrais. Je dois sans cesse jongler avec les problématiques de mon bras et de ma main, trouver des astuces pour me permettre de franchir des paliers. Il faut également que je travaille sur ma fatigabilité et que j’accepte que, parfois, mon corps se mette à l’arrêt.
Au mois de mai, j’ai participé à ma première compétition en autonomie et, qui plus est, avec des valides. C’était au golf de Chiberta à Anglet. Ça s’est bien passé malgré quelques moments de doute, des trous plus difficiles que d’autres. Il y avait aussi la question du temps. Avant, j’étais lente sur un parcours, maintenant j’ai moins l’impression de gêner les autres, mais ça ajoute au stress, tout comme le fait que l’on ne joue pas seule. Tout cela m’a fait relativiser l’étiquette « para » que l’on projette immanquablement sur nous. En golf, on se rend compte que l’on a tous, à degré plus ou moins marqué, des problématiques avec lesquelles on doit composer et que tout est finalement une question, non de handicap, mais d’adaptation : adaptation à l’âge des participants, par exemple, selon que l’on ait affaire à une personne âgée ou à un enfant…
Mon objectif aujourd’hui est de continuer à évoluer et à progresser. Je suis suivie par un coach sportif et un professeur de golf avec l’ambition, à long terme, de participer aux Jeux Paralympiques de Brisbane en 2032 si le paragolf est intégré au programme ou, à tout le moins, d’intégrer l’équipe de France et de prendre part à des Mondiaux. Pour le moment, je pense que mon entourage croit plus en moi que moi je ne crois en moi. Il faut que j’intègre ça aussi. Je me dis que s’ils croient en moi, je peux peut-être y arriver, d’autant qu’il doit être fantastique de vivre un événement comme les Jeux ou des Mondiaux. Si je n’y arrive pas, tant pis, je me dis que si mon histoire peut inspirer, aider des gens à se relever après une épreuve, j’en serais tout aussi ravie. Après mon accident, je me demandais où j’allais, je m’interrogeais sur le chemin à prendre, j’étais totalement perdue, mais après une maladie, il y a toujours un rebond, des choses qui arrivent à soi. Il faut accepter les mains tendues et faire confiance à la vie. »