Axelle : « Grâce au softball, j’ai retrouvé en moi cette petite fille pleine d’énergie… »Joueuse de softball, 26 ans, journaliste

Softball
Elle a fait du softball sa passion. Un sport qui a changé sa vie. Car sur le terrain rien n’est anodin : gestion de la défaite, construction d’un collectif, prise de conscience de ses capacités physiques et mentales. Témoignage d’une fille, toujours en mouvement, qui frappe fort et juste !

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 24 octobre 2020 à 11h29, mis à jour le 14 septembre 2021 à 19h25

« J’ai toujours eu envie de faire du baseball. Mon père et mes frères en faisaient. Moi, je regardais. Je voulais jouer, mais je n’ai jamais pu parce qu’on me disait : « C’est pas pour les filles » ! Alors, j’ai fait de l’équitation dès l’âge de dix ans puis j’ai continué le sport au collège avec les courses de cross.

C’est quand je suis venue vivre à Paris que je me suis dit : « Tu es là pour longtemps, c’est le moment de te lancer vraiment dans le baseball ou le softball ! ». C’était presque un truc de gamin. Je n’avais pas été autorisée à en faire enfant, maintenant j’allais le faire coûte que coûte ! J’ai trouvé le club des Patriots, j’ai choisi le softball et ça a été une révélation.

softball

À la base, le softball existe surtout au Japon, aux États-Unis et en Amérique Latine et est « réservé » aux filles, tandis que le baseball est le « sport de garçons ».

Mais, depuis quelques années, une mixité se crée et les hommes se mettent aussi au softball. Chez les Patriots de Paris, il y a toutes les configurations : une équipe féminine, une équipe mixte et une équipe masculine… que je coache, d’ailleurs !

Ce sont deux sports qui se ressemblent, mais qui sont, en fait, très différents : je dirais que le baseball entraîne un jeu plus lent ; je m’éclate plus au soft’, c’est très rapide, ça demande une grande capacité de réaction.

Ce sport m’a fait découvrir la sororité. J’ai grandi dans un univers de garçons – j’ai trois grands frères – et je ne connaissais pas du tout l’amitié entre filles. Très souvent, on te fait croire que ça n’existe pas, j’avais même un peu peur des autres filles.

Au soft’, j’ai vraiment eu un déclic : être en équipe -alors que tu as de moins en moins cette possibilité et cette ouverture dans la vie en général- et avec des filles, ça m’a fait beaucoup de bien. De pouvoir me développer en tant que femme au milieu d’autres femmes. Je trouve qu’il y a moins de compétition, plus de bienveillance et tu te sens vraiment à ta place. En équipe mixte, tu peux avoir tendance à te dire que, sur ce poste, un garçon peut faire mieux que toi…

softball

Et puis, il n’y a rien de mieux que d’en baver sur le terrain ensemble pour créer des liens incroyables ! On a beau être une équipe qui a beaucoup perdu, sur le terrain on reste indestructibles.

Le fait de gagner ou de perdre, ce n’est pas l’important : les vrais gagnants sont ceux qui perdent avec une belle mentalité. Si tu as perdu mais que tu as tout donné, tu apprendras de ta défaite et tu auras tout gagné !

Plus largement, le sport m’a vraiment aidée au quotidien. Je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais pas débarqué dans ce gymnase il y a quatre ans. Ça m’a appris à avoir davantage confiance en moi parce que je me disais : « Si tu es capable de faire ça sur le terrain, tu peux le faire dans la vie. »

Comme je ne faisais plus vraiment de sport à l’époque, j’avais intégré ce truc dans ma tête de n’être « pas sportive » ! On me disait que j’étais plus « culture », à toujours lire des bouquins, et que, du coup, je n’étais pas faite pour le sport. Et tu commences vite à le croire ! C’est quelque chose qu’on dit plus aux femmes d’ailleurs. Mais c’est faux ! Il faut juste le déclic, trouver un sport qui te plaît et te donner.

softball

Autre bienfait : se dire que c’est pas grave d’échouer, qu’il faut juste bosser parce qu’on n’a rien sans rien. Souvent, quand on n’est pas directement bon dans quelque chose, on abandonne en se disant : « Pourquoi faire ça, vu que d’autres y parviennent tout de suite ? » Alors, oui, certains ont plus de facilités que nous mais on peut toujours s’améliorer et il n’y a pas de secret, il faut s’entraîner. Moi, je ne savais pas frapper, j’étais au bout de ma vie à chaque essai. Et puis, le week-end dernier, en tournoi, j’ai tout réussi !

Ça m’a aussi montré que mon corps était capable d’un tas de choses. Il y a toujours matière à s’améliorer. Et c’est pas parce que tu es une femme que tu as moins de capacités physiques que les hommes, tu peux devenir super forte à force d’entraînements et de motivation.

Moi, par exemple, je me suis mise à courir et à faire des abdos en marge du softball parce que j’avais envie de performer sur le terrain, parce que j’ai un but et que ça me fait plaisir de le faire. Si tu commences tard le sport, tout est possible aussi ! Je ne crois pas du tout à la barrière de l’âge et du genre.

softball

En fait, le sport m’a vraiment décomplexée. Je suis notamment plus indulgente avec ce corps que j’aimais parfois peu. Quand je suis sur le terrain, que je réalise certaines actions, je me dis : « Merci de m’avoir permis d’être là et de me permettre de faire ça ! »

J’ai retrouvé la petite fille pleine d’énergie et de fougue que j’étais. Souvent, en grandissant, le sport passe au second plan car c’est un « loisir » et qu’on sait qu’on ne sera jamais des champions. Mais moi, en fait, j’ai pas envie d’être une championne, j’ai jamais été une grosse compétitrice, je veux m’amuser. C’est pas pour ça qu’on doit l’éradiquer, le sport fait partie intégrante de la vie, ce besoin de se défouler, de s’évader. C’est ça qui te définit en tant que personne.

Quand je suis sur le terrain, j’ai vraiment l’impression d’être libre : je cours dans tous les sens, je me roule dans la boue ; beaucoup de gens s’interdisent cet état alors que ça fait du bien, c’est même nécessaire. Le sport ne doit pas passer au second plan dans nos vies sous prétexte que nous n’avons pas le temps.

Donc je dirais aux filles qui ont peur de se lancer de n’écouter personne et d’y aller. Si un sport les motive, de se lancer à fond ! Et même si elles ne savent pas quelle est leur passion, de ne jamais s’autocensurer. Sinon, on loupe trop de choses dans la vie… »

Suivez Axelle dans ses aventures radiophoniques sur la web radio DGN’Air

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Elles aussi sont inspirantes...

Sergent-chef Marlène P. : « Sans sport, je suis invivable ! »

Sergent-chef Marlène P. : « Sans sport, je suis invivable ! »

Première femme moniteur parachutiste de l’histoire de son régiment, basé à Montauban, elle est aussi une excellente triathlète. Petite, sa famille la surnommait, “l’adjudant-chef“, autant dire que sa vocation militaire n’aura été une surprise pour personne. Et le sport dans tout ça ? Il fait partie du pourquoi de son engagement. Témoignage d’une femme de troupe.

Lire plus »
Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Elle s’est engagée dans un marathon à vélo de vingt-et-un jours et plus de 3 300 kilomètres ! Julia Favresse fait partie des neuf cyclistes retenues par l’association « Donnons des elles au vélo J-1 » pour parcourir les étapes du Tour de France un jour avant le peloton hommes. Un défi sportif XXL pour la Beauvaisienne dont l’ambition, à terme, est de développer le sport féminin dans les Hauts-de-France.

Lire plus »
Camille : « Le sport outdoor me permet de revenir à l'essentiel.»

Camille : « Le sport outdoor, ça permet de revenir à l’essentiel.»

Elle a quitté Paris et une vie confortable sur un coup de tête. Camille Dubois-Leipp s’est installée à Annecy avec l’envie de profiter, chaque jour, d’un terrain de jeu naturel propice à la pratique sportive. Une passionnée des grands espaces qui a mis à profit ce nouveau départ pour créer Outtrip, une plateforme dont l’ambition est de rendre les activités de pleine nature plus accessibles et plus inclusives.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Lauriane Lamperim

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une ex-gymnaste devenue surfeuse (Lauriane Lamperim sur notre photo), une basketteuse emblématique, une parachutiste qui a fait du ciel son univers, une patineuse qui a bousculé l’ordre établi, une Simone qui a roulé sa bosse ou encore une championne de karaté qui se raconte dans notre podcast, c’était le menu de la semaine dernière sur ÀBLOCK! et c’est à (re)découvrir sans modération…

Lire plus »
La question qui tue fitness

Moi, je veux seulement muscler mes fesses, c’est bien…non ?

Attention, voici venir la question qui tue sur les réseaux sociaux ! Sur Insta ou sur TikTok, les influenceuses au postérieur généreux se multiplient comme des petits squats. C’est devenu une tendance sportive : muscler (surtout) les fessiers. Mais si tu veux savoir rebondir en sport, est-ce vraiment ce qu’il faut fesse, euh, faire ? La réponse avisée de notre coach Nathalie Servais.

Lire plus »
Lénaïg Corson

Lénaïg Corson :« En rugby, certaines remarques sexistes sont affligeantes ! »

Elle trace sa route rugbystique sans se retourner, plaquant sans vergogne les préjugés misogynes qui collent encore trop souvent au maillot des filles mordues de ballon ovale. Du haut de son 1,85 m pour 85 kg, Lénaïg Corson est l’un des piliers de l’équipe de France de rugby à XV. Dans la vie comme sur le terrain, elle est cash et sans peur. Échanges puissants avec une joueuse qui en a sous les crampons.

Lire plus »
Amélie Mauresmo

Amélie Mauresmo : 5 infos pour briller sur les courts

Joueuse la plus titrée du tennis féminin français, Amélie Mauresmo s’est hissée au rang de légende. Malgré une carrière sportive arrivée à terme, l’ancienne numéro 1 mondiale ne se trouve jamais bien loin des courts. Retour sur les grandes dates d’Amélie Mauresmo, joueuse au remarquable revers à une main.

Lire plus »
Reality Winner

Reality Winner : l’espionne qui venait du sport

Avant le 3 juin 2017, date de son arrestation, cette blondinette balèze était surtout connue pour ses exploits de crossfiteuse. Ex-militaire dans l’US Air Force, employée des services secrets américains, Reality Winner purge une peine de 5 ans de prison pour avoir exfiltré des documents confidentiels. Portrait d’une lanceuse d’alerte qui, même emprisonnée, ne transige jamais avec sa routine sportive.

Lire plus »
Roger Bambuck

Roger Bambuck : « J’ai fait ce que j’ai pu pour le sport féminin, je sais qu’il reste beaucoup à faire…»

Il est considéré comme l’un des meilleurs sprinters français de l’histoire. Mais Roger Bambuck fut aussi secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports de 1988 à 1991 et c’est sur cette période de sa carrière que nous avons souhaité revenir avec lui, plus précisément sur la place du sport féminin lorsqu’il était en fonction. Pour en comprendre l’évolution, les avancées ou non, il est précieux de regarder dans le rétro. Le sport féminin est un enjeu de société aujourd’hui, mais l’était-il à la fin des années 80 ?

Lire plus »
Hazal Nehir, folle de toits

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une acrobate de la street (Hazal Nehir sur notre photo), une batteuse d’exception, du paddle pour la bonne cause, une marathonienne aux souliers d’or ou encore une arbitre qui ouvre la voie, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! pour cette semaine. Enjoy !

Lire plus »
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner