Camille : « Le sport outdoor, ça permet de revenir à l'essentiel.»Passionnée d'activités outdoor, fondatrice de outtrip.fr, 33 ans

Camille : « Le sport outdoor me permet de revenir à l'essentiel.»
Elle a quitté Paris et une vie confortable sur un coup de tête. Camille Dubois-Leipp s’est installée à Annecy avec l’envie de profiter, chaque jour, d’un terrain de jeu naturel propice à la pratique sportive. Une passionnée des grands espaces qui a mis à profit ce nouveau départ pour créer Outtrip, une plateforme dont l’ambition est de rendre les activités de pleine nature plus accessibles et plus inclusives.

Publié le 09 juin 2022 à 10h59, mis à jour le 23 juin 2022 à 13h30

« Tout a commencé par un pétage de plombs. Mon profil était ce que l’on pourrait appeler un profil basique : j’ai fait une école de commerce et j’ai bossé, par la suite, dans de grandes entreprises à Paris. Aux alentours de la trentaine, j’ai eu besoin de faire une pause, de m’évader, de mettre ma vie sur « reset ». J’ai alors décidé de partir sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle pendant un peu plus d’un mois.  

Ce n’était pas quelque chose qui m’était inconnu. Ma mère avait tenté l’aventure presque dix ans auparavant en partant du Puy-en-Velay. À l’époque, je m’étais dit : « Mais qu’est-ce qu’elle fait ?! ».  

J’étais stressée de la savoir seule sur la route, mais elle en était revenue avec des étoiles plein les yeux. Quelques années plus tard, nous en avions parcouru une petite portion ensemble durant une semaine. Nous avions recommencé, pour deux semaines cette fois, en 2017.

En 2018, lorsque je me suis lancée sans elle, je suis partie de Bayonne. J’ai parcouru pas mal d’étapes en solitaire mais j’ai également rencontré, à mon tour, plein de gens géniaux. Tout le monde était simple, l’état d’esprit était bienveillant, il n’y avait pas ces a priori auxquels on peut être confronté au quotidien par rapport à son métier, à la façon dont on s’habille…  

C’était une expérience dont j’attendais beaucoup et j’ai vécu un moment extraordinaire*. De retour chez moi, j’ai repris le cours de ma vie tout en ayant le sentiment, inconscient, que quelque chose avait commencé à s’amorcer.  

Et puis, au bout de deux-trois mois, re-pétage de plombs. La vie que je menais n’était pas celle dont j’avais envie. Je me suis rendu compte que j’avais besoin d’un accès direct à un terrain de jeu naturel, je voulais pouvoir me dire que, tous les jours, je pouvais me faire une rando, une perspective qui me semblait magique.  

Alors, en l’espace de deux semaines, j’ai quitté une vie stable et plutôt bien établie à Paris et je suis partie à Annecy.  

Cette ville, je rêvais de m’y installer, mais je n’y avais ni boulot, ni amis, ni famille. C’était un gros challenge, notamment financièrement, alors j’ai été contrainte de repartir sur des boulots dans un domaine que je connaissais bien, celui du marketing et de la communication.  

En parallèle de tout cela, j’avais une activité d’influenceuse. De ce côté-là, tout avait commencé en 2016-17. Je faisais partie d’un groupe de running sur Paris et, à l’époque, on nous avait dit de nous inscrire sur Instagram, de poster nos photos et de mettre des hashtags en nous expliquant que ça rapporterait des points.

Je n’y comprenais rien mais, lorsque, un peu plus tard, je me suis lancée dans la préparation de mon deuxième marathon, j’y ai trouvé un espace de communication très cool.  

Pour moi, cette page était une sorte de journal de bord collaboratif : je rencontrais, virtuellement, d’autres coureurs et on se motivait, on échangeait des conseils. Peu à peu, je m’étais prise au jeu et j’avais passé le cap de l’influence sans, pour autant, jamais avoir eu pour objectif d’en vivre, juste celui de partager ma passion.

Une fois installée à Annecy, j’étais régulièrement contactée par des gens qui me disaient : « C’est génial ce que tu fais mais, moi, je n’oserais pas » ou bien : « J’aimerais me mettre à ce sport mais j’ai peur, parce que je suis une nana et j’ai l’impression d’être nulle » voire : « J’ai demandé des conseils sur un forum de vélo de route et on s’est foutu de moi »…

Je me suis rapidement rendu compte que beaucoup de monde avait envie d’aller dehors, de pratiquer un sport X ou Y mais que l’image renvoyée par certains de ces pratiques les en empêchait.  

Je trouvais dommage que ces clichés soient un frein alors, en 2019, j’ai eu l’idée de créer un groupe de partage sur Facebook, « Outtrip », où il serait possible d’échanger en toute bienveillance, de demander des conseils, de se rencontrer pour faire en sorte que la pratique de l’outdoor soit plus accessible, plus inclusive. 

Progressivement, Outtrip a commencé à générer de l’intérêt auprès des consommateurs,  preuve qu’il y avait un besoin. Dans le même temps, j’ai été contactée par des marques, des concurrents. Le projet intéressait et les gens étaient curieux de savoir ce que j’allais en faire. 

Je me suis mise à réfléchir à un projet digital mais, le problème c’est que je n’avais pas les compétences pour le mener à bien. Et puis, au cours d’un week-end Outtrip, j’ai rencontré Alexandre Lesage. Nous avons échangé sur mes envies. Lui était développeur web et il s’est proposé de m’aider.  

J’ai vu ça comme un signe du destin et je me suis dit : « Tu as toutes les cartes en main, go ! ». La première version du site est née à l’été 2020.

©Anais Brebion

Notre idée, à travers Outtrip, était d’aider les gens à accéder plus simplement à la nature et, ce faisant, de les aider à se reconnecter à eux-mêmes et aux autres. Concrètement, il répondait à trois problématiques centrales.  

La première était le manque d’informations car, randonnée mise à part, si l’envie te prend de faire du paddle ou si tu es de passage à Nantes et que tu veux courir mais que tu ne connais pas où, il faut s’accrocher pour trouver des réponses.  

La seconde problématique était de permettre à tout un chacun de rencontrer des gens avec qui pratiquer. Sur certains sports, il existe des groupes Facebook mais nous voulions offrir la possibilité aux visiteurs d’Outtrip d’entrer en contact les uns avec les autres soit pour échanger des conseils, soit pour partager des moments ensemble, voire pour être hébergé, emprunter du matériel.  

Enfin, dernière problématique, nous voulions casser l’image de certains sports outdoor tout en prenant garde de ne pas embarquer les gens sur n’importe quel terrain de jeu alors qu’ils n’en ont ni les compétences, ni l’équipement. 

Deux ans plus tard, nous avons désormais 2 500 personnes inscrites sur le site, 10 000 visites par mois et une communauté de 6 à 7 000 personnes sur les réseaux sociaux. Ça peut paraître anecdotique mais nous sommes contents parce que nous sommes arrivés là uniquement grâce à nos petits moyens et du bouche-à-oreille.  

Nous avons désormais un peu plus de 500 Outtrips à disposition. Nous sommes beaucoup plus représentés sur la région Auvergne-Rhône-Alpes car c’est là que nous sommes basés et que c’est un terrain de jeu assez riche mais tout cela évolue. Nous sommes actuellement en train de lancer notre appli, ce qui est un gros chantier.  

Tout est parti, pour nous, d’une communauté, de valeurs et je sais que, plus tard, je serai bien plus fière de ce projet s’il permet à des dizaines de personnes de s’éclater dehors et de revenir à l’essentiel que s’il nous rapportait des millions sans que ce soit d’aucune utilité. Alexandre et moi, nous avons une vision de passionnés. »  

* Camille Dubois-Leipp, « Le camino seule, enfin presque » (Talent éditions) 

  • Pour rejoindre la communauté, direction leur site Outtrip
  • Pour suivre les aventures de Camille et sa bande, c’est sur leur compte Facebook et Instagram

Elles aussi sont inspirantes...

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

C’est une aventure qu’elle partage avec Léa, sa « binôme de marche ». Depuis mai dernier, Pauline Delaporte parcourt le PCT, comprenez Pacific Crest Trail, l’un des plus grands sentiers de randonnée au monde qui traverse l’ouest des États-Unis, du Mexique au Canada. Pas moins de 4 260 kilomètres à parcourir en pleine nature, à leur rythme, en dehors de toute idée de performance ou de défi.

Lire plus »
Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j'ai l'impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j’ai l’impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Une ascension qui semble « unstoppable », une passion à toute épreuve, l’histoire de Jeanne Garreau avec la course est faite d’embûches et de rebonds. Après seulement six ans de pratique et plusieurs blessures, elle a signé, en juillet dernier, le nouveau record féminin du Semi-Marathon du Mont-Ventoux Kookabarra, le plus dur d’Europe. Et ce n’est pas la seule victoire à son compteur.

Lire plus »
Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

À 67 ans, cette ancienne championne des bassins s’apprête à devenir la deuxième femme la plus âgée au monde (et la première française) à avoir traversé la Manche. Dès que le temps le permet, Salima Bouayad Agha s’élancera, depuis Douvres en Angleterre, pour un défi qui la verra relier les côtes françaises à la nage. Parce que vieillir, ce n’est pas abandonner ses rêves.

Lire plus »
Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c’est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Lire plus »
Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le marathon de Paris ! »

Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le Marathon de Paris ! »

Elle s’est longtemps rêvée danseuse. Jusqu’à la blessure. Et puis il y a eu l’aventure Miss France, et une victoire à Pékin Express. Pour ses 23 ans, Marion Navarro avait envie d’une nouvelle aventure qui lui permettrait de repousser encore un peu plus ses limites. La Team Running Intersport lui en a apporté une sur un plateau : le Marathon de Paris qui s’élancera ce 12 avril et que la néo-runneuse envisage de boucler en 5 heures.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Alice Modolo

Alice Modolo : « L’apnée m’a permis de devenir moi, pleine et entière. »

Sous l’eau, elle respire. Vice-championne du monde d’apnée, championne de France, détentrice de la Coupe d’Europe en poids constant monopalme et du record mondial féminin en poids constant bi-palmes, à 96 mètres, Alice Modolo vient de signer son retour dans les profondeurs en devenant la première Française à descendre à plus de 100m, battant son propre record. Singulière et attachante, cette sirène qui se défend d’être « illuminée » ne laisse personne lui dicter sa vie, même si c’est de la folie.

Lire plus »
Emelie Forsberg et Kilian Jornet

Emelie Forsberg et Kilian Jornet, les amoureux fous du trail

Pour les adeptes de courses extrêmes, ils sont quasiment des icônes. « Vivre et Courir » tel est le credo du couple star du trail-running, Kilian Jornet et Emelie Forsberg. Parents de deux petites filles -la première est déjà embarquée dans leurs excursions montagnardes, ces runners que rien n’arrête vivent une vie (presque) paisible dans leur ferme de Norvège. Mais, méfiez-vous du traileur qui dort…

Lire plus »
Alice Modolo

Le questionnaire sportif de…Alice Modolo

Elle vient de signer 3 records de France d’affilée. Un tiercé gagnant réalisé lors des Mondiaux d’apnée (AIDA) qui se tenait au Blue Hole de Dahab, en Égypte : 85, 87 et 89 mètres en bi palmes. Un beau lancement de saison pour la championne d’Europe qui a, cerise sur le gâteau, remporté la compétition, hommes et femmes confondus. De retour sur terre, Alice Modolo a répondu à notre petit questionnaire qui ne manque pas de souffle !

Lire plus »
Il était une fois le softball…féminin

Il était une fois le softball…féminin

En 2024, la Fédération Française de Baseball et Softball (FFBS) fêtait ses 100 ans et aux prochains JO de Los Angeles, le softball fera partie des sports additionnels. L’occasion de zoomer sur un sport méconnu en France et de s’interroger : quand a-t-on laissé les femmes s’emparer de la batte ?

Lire plus »
Sophie Carpentier

Sophie Carpentier : « Dans la médecine comme dans le sport, il faut que les femmes y aillent ! »

Médecin de l’équipe féminine de rugby Rouen, elle a aussi été celui de l’équipe de France de rugby féminin. Militante du sport santé, Sophie Carpentier n’a pas hésité, il y a quelques années, à se spécialiser dans le sport pour apporter à son quotidien médical un souffle nouveau. Et de prouver que les femmes ont toute leur place dans un métier encore trop souvent conjugué au masculin.

Lire plus »
Massy Arias, du chaos à la puissance

Massy Arias, du chaos à la puissance

Elle a traversé la dépression, l’exil, les doutes. Aujourd’hui, figure mondiale du fitness et du bien-être, influenceuse, coach, entrepreneure, Massy Arias s’est donné pour mission d’aider les femmes à s’aimer. Portrait d’une battante qui a fait du sport sa renaissance.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner