Sarah FullerUn petit coup de pied dans le foot US, un grand pas pour le sport féminin

Sarah Fuller
Elle a participé, au pied levé, à un match de l’équipe masculine de son université américaine et, d’un coup, d’un seul, elle est entrée dans l’Histoire… Sarah Fuller, 21 ans, powerful kicker de son équipe féminine, Vanderbilt Women’s Soccer, est devenue, le 28 novembre dernier, la première femme à participer à un match du « Power 5 », une organisation qui regroupe au niveau universitaire les cinq meilleures divisions américaines de football américain. Ou comment une sportive dégomme le plafond de verre…

Par Claire Bonnot

Publié le 13 décembre 2020 à 11h28, mis à jour le 16 janvier 2025 à 12h40

Elle est apparue comme une « nécessité » – dixit Derek Mason, l’ex-entraîneur en chef des Commodores, l’équipe masculine – alors que le virus avait évincé tous les botteurs en titre et que les autres étudiants étaient déjà de retour chez eux pour les fêtes. Cette gardienne de l’équipe de soccer féminine de l’université de Vanderbilt, dans le Tennessee, qui venait tout juste de remporter le championnat en Division 1 de la saison (une première depuis 1994), puissante kicker, a été appelée à la dernière minute.

Sa réaction ? « Je suis là dans une heure ! »… alors qu’elle s’apprêtait à aller passer Thanksgiving en famille. Sarah s’entraîne toute la semaine. L’accueil de la part des mecs de l’équipe ? « Quand je suis arrivée là-bas et que j’ai marqué deux buts sur le terrain, ils étaient du genre : « Ok, c’est bon » et j’ai fait partie de l’équipe. Au final, ce qui compte, ce n’est pas qui vous êtes, fille ou garçon, mais si vous pouvez faire le job. »

©DR

La suite ? La téméraire entre en seconde période pour donner ce coup d’envoi désormais entré dans la légende face à l’équipe des Tigres de l’université du Missouri. Son coup de pied n’a pas changé la direction du match, les adversaires ayant gagné 41-0, mais il est un grand pas pour le sport au féminin. Et Sarah Fuller le sait. Elle avait tweeté juste avant le match : « Faisons l’Histoire ! »

Si d’autres femmes avant elle ont joué au football universitaire – Liz Heaston, Katie Hnida et Ashley Martin furent les premières à jouer au niveau universitaire en division 1 – c’était la première fois qu’une joueuse accédait à ce niveau élite, des jeux de la Southeastern Conference (SEC) ou à l’une des Conférences Power Five.

Ce qui est intéressant dans cette urgence conjoncturelle qui a mené une femme sur le terrain des hommes, littéralement ? Savoir que, désormais, les athlètes féminines sont considérées, tout simplement.

Une prestation de première célébrée par les grandes de ce monde, connaisseuses de ce sport de combat qu’est la promotion de l’égalité dans des univers « d’hommes » : Hillary Clinton a tweeté « Merci Sarah d’avoir aidé à prouver que les femmes et les filles du monde entier ont leur place sur tous les terrains de jeu – littéralement. »

Tandis qu’une autre pionnière du sport féminin, la tenniswoman Billie Jean King, qui avait remporté la fameuse « bataille des sexes » en 1973 face au tennisman Bobby Riggs, s’est empressée, elle aussi, de célébrer cette victoire sur le terrain de la cause féminine dans le sport qu’elle affectionne depuis toujours. Elle a fondé la Women Sport Foundation qui encourage les futures générations de femmes sportives : « Félicitations à Sarah Fuller, les joueuses qui l’ont précédée, les athlètes de football féminin, et tous ceux qui travaillent à la fois en marge et en coulisses, pour ouvrir des pistes brillantes pour la prochaine génération .»

©DR

Des barrières qui s’effondrent enfin et une reconstruction à la faveur du sport féminin validée et supportée par l’ex-entraîneur de l’équipe masculine de vanderbilt, Derek Mason : « J’ai toujours cru que les femmes étaient capables de faire des choses fantastiques. Je sais que nous pensons que le football est un sport masculin, et c’est le cas la plupart du temps. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent du milieu l’est. Mais elle, elle a fait l’histoire. Elle a fait ce que la plupart des filles pensaient ne jamais pouvoir faire. … Sarah Fuller a simplement pu montrer que ce jeu ne se limite pas à un seul sexe. »

Who’s that girl ? Née en 1999, la petite Sarah a commencé à jouer au football dès l’âge de cinq ans. Une passion qui n’a eu de cesse de se manifester puisqu’elle devient gardien de but au lycée et se voit primée Gardienne de l’année en 2017. Lorsqu’elle entre à l’université Vanderbilt, c’est avec une bourse pour intégrer l’équipe féminine de football.

©DR

Au cours de ses trois premières années, suite à des blessures à répétition, la puissante kickeuse – la force de ses frappes pouvant aller jusqu’à 60 mètres impressionnent les entraîneurs – ne participe qu’à peu de matchs. C’est finalement en 2020 qu’elle peut jouer franc-jeu et dévoiler ses atouts, obtenant, avec sa chère équipe, la coupe du championnat universitaire, le premier titre de football féminin de la Conférence du Sud-Est (SEC) depuis 1994.

Suite à toutes ses déconvenues, ce coup d’envoi au pied levé apparaît un peu comme un « conte de fées »… Celle que ses coéquipières surnomment « Champ ! » pour « championne » rêve de la Ligue nationale de soccer féminin. En attendant, elle prévoit d’obtenir son diplôme en médecine, santé et société, avant d’étudier pour une maîtrise en administration hospitalière au Nord du Texas l’an prochain, où elle jouera également dans l’équipe de football féminine.

La suite avec le foot masculin ? « Si elle est notre meilleur option, nous continuerons avec elle et nous ferons de notre mieux pour l’équipe », a déclaré l’entraîneur par intérim de Vanderbilt, Todd Fitch. Sarah Fuller était prévue pour un match contre la Géorgie, mais il a malheureusement été reporté suite à l’épidémie de Covid.

©DR

Mais, Sarah Fuller est bien davantage qu’une joueuse de foot talentueuse. Elle fait également figure de porte-drapeau pour le sport féminin, n’hésitant pas à crier « Play like a girl » partout où elle passe. Une phrase qui peut être comprise à double tranchant… Et pourtant ! Sarah Fuller arborait fièrement cette inscription sur son casque pendant son fameux « success » match.

Réalisée par l’un de ses amis, ce « Joue-là comme une fille » est un soutien mutin à l’association américaine du même nom qui encourage les filles à participer à tous types de sports et, grâce aux compétences et à la confiance acquises, à intégrer des domaines compétitifs et dominés par les hommes. « Nous uniformisons les règles du jeu », mentionne l’association sur son site.

« Auparavant, c’était une insulte, comme » Oh, tu joues comme une fille ! « , je voulais renverser la situation et dire, non, c’est en fait un énorme compliment de jouer comme une fille. Oui, jouer comme une fille est un compliment, c’est quelque chose que tu veux viser.

Nous nous sommes battues pour tellement de choses. Et nous nous montrons enfin. Maintenant, nous faisons tomber ces barrières et je veux que ce soit clair », a déclaré la demoiselle qui, par son exemple historique, inspire les jeunes filles du monde entier.

©DR

Sarah Fuller souhaite que les athlètes féminines soient médiatisées, s’appuyant sur le fait qu’il n’y a pas de grandes différences entre une équipe féminine et une équipe masculine, les deux teams travaillant pour atteindre un objectif commun : « Les femmes dans ce sport méritent le même degré de couverture médiatique que les hommes ».

« Je veux juste dire à toutes les filles que vous pouvez faire tout ce que vous voulez, vous pouvez vraiment. Et si vous avez cette mentalité jusqu’au bout, vous pouvez faire de grandes choses. C’est tellement enthousiasmant de savoir que je représentais toutes les jeunes filles qui songent à jouer au football ou à n’importe quel autre sport. Ça les encourage à le faire, à croire en leurs rêves », avait-elle déclaré suite à son match de légende.

Une femme et une sportive ÀBLOCK! à suivre à la trace de son coup de pied…

Sarah Fuller…la légende !

D'autres épisodes de "Football : ces sportives qui vont droit au but"

Vous aimerez aussi…

Sasha DiGiulian

Sasha DiGiulian, la première de cordée qui donne de la “voie”

À tout juste 28 ans, l’Américaine est l’une des figures les plus célèbres du monde de l’escalade. Sasha DiGiulian gravit les montagnes à la force de ses bras et de son mental de roc. Icône de l’ascension, elle a pour ambition d’entraîner d’autres femmes dans sa cordée. Et ainsi de féminiser un milieu encore peu ouvert à la diversité.

Lire plus »
Anouk Garnier : « En grimpant la Tour Eiffel à la corde, je ne serai plus seulement “unstoppable“ mais monumental. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une gymnaste qui a dépassé la dépression et les embûches pour mieux performer, une warrior qui a passé la corde au cou à la Tour Eiffel (Anouk Garnier sur notre photo) ou encore une nageuse ambitieuse et une runneuse qui nous emmène dans les coulisses de sa vie, c’est le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »

Rizlen Zouak : « Une combattante peut tomber, elle saura toujours se relever. »

On la surnomme « La lionne de l’Atlas ». Après une carrière internationale dans le judo où elle devient la première femme marocaine à participer aux Jeux Olympiques en 2012, elle est, aujourdhui, à 38 ans, une des stars du MMA. Une reconversion réussie pour Rizlen Zouak qui s’enferme dans une cage pour mieux respirer. Elle se raconte dans ce 4e épisode de « Combattantes » signé Safia Caré, un podcast totalement ÀBLOCK!

Lire plus »

Marjorie Delassus et Camille Prigent : « Aux Jeux Olympiques, on sera là l’une pour l’autre, pour se soutenir et partager nos émotions. »

Elles sont amies et sont parvenues, toutes deux, à décrocher leur place pour Paris 2024. Marjorie Delassus et Camille Prigent tenteront de se hisser sur la première place du podium olympique de slalom canoë monoplace pour l’une et de slalom kayak monoplace et kayak cross pour l’autre. Rencontre avec deux filles qui aiment les remous et l’eau vive.

Lire plus »
India Spirit

Sport en films : joue-la comme ces femmes !

Pour rester ÀBLOCK ! en ces temps statiques de confinement, voici une première recommandation culturelle pleine de peps avec une liste de 6 films qui dépotent sur les sportives. Pellicules péché mignon ou plus « serious game », il y a de quoi se forger un mental d’acier depuis son canapé !

Lire plus »
Margot Boch et Carla Sénéchal : « Nous n’avons plus le droit à l’erreur. Ces Jeux d’hiver, c’est un mélange de stress et d’excitation. »

Margot Boch et Carla Sénéchal : « Nous n’avons plus le droit à l’erreur. Ces Jeux d’hiver, c’est un mélange de stress et d’excitation. »

Deux filles on the rocks, sinon rien. Margot Boch, la pilote, et sa partenaire de glisse Carla Sénéchal, la pousseuse, forme le premier binôme de bobsleigh féminin depuis dix ans. Ce n’est pas pour rien qu’on les surnomme « Les sœurs jumelles » dans cet univers de glace qui, pourtant, leur réchauffe le cœur. Rencontre avec des filles pas si givrées que ça et qui s’entraînent dur pour prendre le bon virage aux JO d’hiver 2022.

Lire plus »

Justine Lerond, la gardienne de but qui ne perd jamais espoir

Troisième portière des Bleues, elle n’a qu’une envie : entrer en jeu. Du haut de ses 25 ans, Justine Lerond, gardienne du Montpellier HSC, a déjà joué sous le maillot tricolore de toutes les catégories juniors. Fouler la pelouse avec celui de l’équipe A, voilà ce qui lui manque ! L’Euro qui approche lui donnera-t-elle enfin accès à ses cages ?

Lire plus »
Kiki Caron

Christine Caron : « Être porte-drapeau aux JO a été un grand pas pour le sport féminin. »

Elle a marqué, de manière indélébile, les deux campagnes olympiques auxquelles elle a participé. Christine Caron dite Kiki Caron, 73 ans le 10 juillet prochain, s’est adjugée l’argent du 100 mètres dos aux JO de Tokyo en 1964 avant de bousculer les codes en devenant porte-drapeau de la délégation française à Mexico, quatre ans plus tard. Une première mondiale pour les Jeux Olympiques d’été. Rencontre avec une icône qui a fait bouger les lignes, et pas uniquement dans les bassins.

Lire plus »
Tia-Clair Toomey

Tia-Clair Toomey, l’iconique crossfiteuse qui place la barre très haut…

Et de quatre ! Depuis 2017, pas une édition des CrossFit Games n’aura eu raison de sa hargne. Le 25 octobre dernier à Aromas, en Californie, Tia-Clair Toomey a de nouveau été sacrée « Femme la plus en forme sur Terre ». L’Australienne qui ne cesse de repousser ses limites marque ainsi de son empreinte musclée l’Histoire de sa discipline. Portrait d’une guerrière.

Lire plus »
Laura Marino

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

De l’histoire de la gym féminine à celle d’une plongeuse de haut vol qui a pris la tangente pour ne pas se noyer (Laura Marino sur notre photo), en passant par une sportive écolo, une marathonienne hors-norme et une course parisienne, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! de la semaine. Bonne lecture !

Lire plus »
Kids

À la puberté, faut limiter le sport oui ou non ?

Le sport, quand on est parents d’un ado, c’est un peu « Je t’aime, moi non plus ». Qu’il pratique une activité sportive, évidemment… mais pas trop quand même. « Pense aussi à l’école » ! Et puis, il paraît que le sport et la puberté ne font pas bon ménage. Il paraît…

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner