Fanny : « Il faut une dose de courage pour faire de la musculation. On a vite peur du regard des autres et surtout des hommes... »Pratiquante de musculation, 26 ans, infirmière

Fanny musculation
Pour Fanny, infirmière, la musculation est une façon de s'imposer dans la vie. Pourtant, elle a longtemps cru que ce n'était pas une pratique de filles. Témoignage d'une fitness girl qui n'a plus peur de soulever du lourd.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 04 mars 2020 à 9h46, mis à jour le 02 septembre 2025 à 8h40

«  J’ai toujours fait du sport mais surtout des sports artistiques, de la danse, des « jolis sports » pourrait-on-dire. Je n’étais donc pas du tout attirée par la musculation car il n’y avait pas ces côtés féminin et gracieux, choses que je pensais être importantes pour moi.

C’est en 2017 après avoir assisté à une compétition de musculation à laquelle mon copain participait que j’ai eu le déclic. J’ai vu des filles faire des tractions, des développés couchés, des squats. Ça m’a impressionnée  ! Elles étaient fortes mais restaient féminines. Elles ne ressemblaient en rien à des hommes. J’ai eu envie d’être aussi forte qu’elles. Alors j’ai commencé avec un coach.

©Julien Leparée
©Julien Leparée

On s’attache très vite à ce sport, au vu des premiers résultats et des réussites. On y exécute des exercices qui vont cibler différents muscles du corps tout en soulevant des charges de plus en plus lourdes. Le but étant de développer sa musculature. Comme c’est un sport qui est traumatisant pour les articulations, il faut être assez précautionneux. Être encadré par un coach permet d’être le plus en sécurité possible.

Quand on n’est pas dans le milieu de la musculation, on peut se dire que ce n’est pas du tout un sport pour les filles. C’est vrai que la présence féminine n’est pas hyper répandue dans cette discipline. Les femmes auront tendance à plus se tourner vers le fitness, par exemple. Mais qu’elles se rassurent, je ne ressemble pas du tout à Hulk ou à un culturiste professionnel !

C’est vrai aussi que quand une fille commence la musculation, elle peut se sentir ridicule de faire la même chose que les hommes. C’est moi-même le sentiment que j’ai eu.

©Julien Leparée
©Julien Leparée

Sur mon compte Instagram et ma page YouTube, j’ai beaucoup de filles qui me disent qu’elles ne se sentent pas d’aller en salle sur le plateau de muscu parce qu’elles auraient honte. On a vite peur du regard des autres et surtout des hommes  : il y a souvent beaucoup plus d’hommes aux haltères, les filles restent sur les appareils de cardio. Dans les salles, il y a même parfois des espaces « Lady » un peu cachés avec des machines très simples. Il faut une dose de courage pour aller sur un plateau au milieu des hommes. Ce qui m’a aidée, c’est de pratiquer avec mon copain, j’avais alors un sentiment de sécurité.

Au bout de deux ans et demi de pratique, je me sens légitime surtout que je soulève autant qu’un homme voire plus parfois. C’est marrant de voir les regards impressionnés des garçons. En plus de travailler le corps, la musculation travaille énormément le mental car les séances sont souvent dures. On se rend vite compte qu’on parvient à dépasser ses propres limites et ce qui est bien, c’est qu’on arrive à transposer cet état vertueux au quotidien.

Ça a été le cas dans ma vie professionnelle  : j’étais infirmière dans une clinique privée dans laquelle je ne voyais pas de perspectives d’évolution et où je n’arrivais pas à m’imposer. J’étais bloquée, mais la musculation a développé ma confiance et mon estime de moi. Avec cette assurance, j’ai réussi à démissionner et je suis même en train de créer mon cabinet en libéral. Le sport peut créer un changement complet dans notre vie et donne le courage nécessaire pour affronter les difficultés.

©Julien Leparée
©Julien Leparée

Ce qui a changé aussi pour moi c’est qu’avant j’avais l’impression que j’étais un peu fragile. On m’avait toujours plus ou moins fait comprendre qu’une fille l’était… Dans ma jeunesse, il m’est arrivé de me faire malmener dans la rue ou de subir des agressions et souvent je ne réagissais pas. J’étais très passive car je me considérais comme faible, j’avais un sentiment d’impuissance. Aujourd’hui, mon regard a complètement changé, je me sens beaucoup plus apte à affronter ce genre de choses.

 Avant je n’aimais pas du tout me mettre en avant sur les réseaux sociaux car on est vite confrontés aux jugements des autres. Mais quand j’ai vu que j’avais un impact bénéfique sur certaines des filles qui me suivaient et avec lesquelles j’échangeais, je me suis dit « Pourquoi pas faire des vidéos sur YouTube pour répondre aux questions autour de la musculation ? ». Ça me motive pour continuer à partager mon expérience et à dire aux filles : « Vous pouvez le faire, vous avez la force en vous de réussir à soulever ces charges, à être plus forte et plus confiante  ! ».

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