David Blough« Il faudrait peut-être avoir une approche plus féministe de l’EPS. »

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En avril dernier, le Think Tank « VersLeHaut » publiait une étude sur « Le sport terrain d’éducation » visant à mieux exploiter les pratiques sportives dans le domaine éducatif, à l’école et en dehors. Alors, qu’en est-il des jeunes filles, sont-elles suffisamment prises en compte sur les terrains ? Le rapporteur de l’étude, David Blough, a planché sur le sujet.

Par Timéo Gomes

Publié le 11 juin 2024 à 18h16, mis à jour le 13 janvier 2025 à 16h12

Vous êtes le rapporteur de l’étude « Le sport terrain d’éducation » publiée par le Think Tank « VersLeHaut » dédié aux jeunes et à l’éducation. Qu’est-ce qui vous a amené à piloter cette étude ?

J’ai toujours travaillé dans le secteur de l’éducation, du développement de l’humanitaire et donc de l’économie sociale et depuis une petite quinzaine d’années, de manière plus spécifique, sur les enjeux liés au sport.

D’abord au travers de Play International, premier dispositif international dédié à l’innovation sociale par le sport, dont j’ai été le directeur général pendant huit ans. Puis, davantage en électron libre ces trois dernières années : je continue en effet d’agir sur ces questions de sport et d’éducation, sport et inclusion, mais sur différents projets. Ce qui m’ amène à collaborer avec d’autres organisations, dont VersLeHaut, qui cherchait un expert pour travailler sur ces questions d’éducation et de pratiques sportives.

David Blough…©Géraldine Aresteanu

De quoi traite cette étude et pourquoi s’être attaqué à ce sujet ?

L’étude part du constat de la sous-exploitation des pratiques sportives dans le domaine éducatif, que ce soit à l’école ou en dehors. En fait, on sous-utilise les potentialités des pratiques sportives. L’étude consiste à essayer de comprendre pourquoi, de faire une sorte d’état des lieux de la situation, pour justement proposer des pistes qui permettent de repenser l’éducation au travers des pratiques sportives à l’école, dans les clubs et dans les associations socio-sportives.

Le sport comme vecteur d’éducation donc, mais est-ce que ce n’est pas encore plus difficile d’établir ce lien entre les deux lorsqu’il s’agit de jeunes filles ?

Le sport moderne a été développé par des hommes, pour des hommes. Toute l’histoire de la pratique sportive chez les femmes est une lutte pour cesser de souffrir de stéréotypes ou de violences, et on voit, malgré tout, que ces stéréotypes continuent d’exister. C’est le cas dans des fédérations, dans le cadre de l’école et de l’EPS, où il y a une pratique moindre de la part des filles.

Un exemple qui est assez frappant c’est que, dans les lycées professionnels, le taux de dispense pour le sport chez les filles est bien plus important qu’ailleurs et cela montre qu’on a une forme d’inégalité qu’on retrouve également dans les cours de récré, et ça, c’est avéré.

Les espaces sont occupés principalement par les jeunes garçons, d’où cette idée de design actif, de repenser comment les cours de récréation sont organisées, pour qu’il y ait d’avantage d’égalité entre les garçons et les filles.

©Pexels

L’étude mentionne que les disciplines plébiscitées par les garçons sont plus accessibles que celles plébiscitées par les filles. Pouvez-vous nous en dire plus là-dessus ?

Il y a des études qui montrent que même quand les filles sont volontaires, les créneaux qui sont réservés à leurs pratiques sont moins fréquents et moins pratiques d’un point de vue logistique.

Quand il s’agit, sur l’année, de caler des activités sur un gymnase, sur un stade, ce sont les pratiques privilégiées par les garçons qui malheureusement prédominent.

L’étude précise également qu’il est parfois difficile pour une fille de trouver un club féminin lorsqu’elle quitte la mixité aux alentours de 11 ans et que le taux de dispense des ados au baccalauréat est deux fois supérieur chez les filles que chez les garçons, autant de problématiques à résoudre pour que les filles ne décrochent pas du sport. Mais il y en a d’autres…

Oui, l’offre sportive privilégie la dimension très compétitive alors qu’il y a d’autres manières de voir le sport, on peut pratiquer le sport pour différentes raisons. Malheureusement, il n’y a pas la diversité d’offres qui permet à tout le monde, et notamment aux filles de s’y retrouver.

Ça dépend des clubs mais ça dépend aussi de ce qu’on propose à l’école. Si l’EPS a beaucoup évolué en trente ou quarante ans, s’est beaucoup structuré, il y a encore un enjeu : s’assurer que garçons et filles pratiquent des activités en mixité. C’est en particulier important à l’école, puisque c’est un sport qui est obligatoire et qui permet de pallier certaines inégalités dès lors qu’on sort de l’école.

Et c’est vrai que le taux de pratique des garçons dans les clubs, par exemple, est encore bien plus important que chez les filles malgré les efforts des fédérations pour féminiser les licenciés et les encadrants.

©Pexels

Quelles sont les solutions pour lutter contre ces problématiques ?

Il existe une étude dont je parle dans le rapport qui traite de la manière dont les professeurs d’EPS envisagent leur métier, et on voit que les femmes ont une vision un peu plus englobante de l’éducation par le sport. Quelque part, il faudrait peut-être avoir une approche plus féministe de l’EPS, ça c’est une piste pour l’école.

Et en dehors, il faut plus d’opportunités de pratique, et ça, ça signifie repenser l’offre sportive dans les clubs, permettre à la dimension loisir d’être plus importante. Il faut réfléchir à la place des filles au sein des clubs, et s’assurer qu’il y a suffisamment de possibilités pour elles.

*David Blough est l’auteur de deux essais aux éditions Rue de l’échiquier : Sportwashing. Que sont devenues les valeurs du sport ? (2020) et Le Sport des solutions. Voyage en terre des possibles (2023, 2024).

Ouverture©Pexels

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