Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Peterson Ceus

« La Gym Rhythmique masculine renvoie une image féminine de l’homme et ce n'est pas bien vu... »

115860437_938422443339524_5276673567399082724_ogimp2
Pour lui, c’est sa gym, sa bataille. Peterson Ceus se bat depuis sept ans pour que la gymnastique rythmique masculine soit reconnue par les instances sportives et devienne discipline olympique. Un combat contre les inégalités de genre qu’il espère mener à terme pour les générations à venir. Rencontre avec un athlète que rien ni personne n’est parvenu à mettre au tapis.

Par Sophie Danger

Le CIO vient d’annoncer que, pour la première fois de l’Histoire, les Jeux Olympiques seront paritaires dès Paris 2024… Paritaire, ça signifie 50% de participants et 50% de participantes… Mais pas dans toutes les disciplines. La tienne, la GR (Gymnastique Rythmique) sera, une fois encore, réservée aux seules femmes. Quelle a été ta réaction à cette annonce ?

Pour être honnête, je m’y attendais. C’est comme ça que ça se passe depuis très longtemps. Le CIO avait fait part de son intention de rendre les Jeux Olympiques paritaires, mais en considérant plutôt la question de l’égalité hommes-femmes uniquement dans le sens des femmes.

Nous savions donc que le Comité Olympique International allait prioriser le sport féminin, ce qui est paradoxal parce que cela créé le même problème de discrimination dans l’autre sens. Le sujet est traité en surface.

Tu te bats, depuis des années, pour que la GR s’ouvre aux hommes. Quel a été le déclic ?

J’ai commencé la GR sans aucune ambition. Au départ, c’était pour m’amuser et ça rassurait ma mère : quand j’étais à la gym, je n’étais pas en train de regarder la télé ou en train de traîner dehors. La motivation est venue avec les résultats.

C’était assez inattendu et je m’amusais tellement que j’ai eu envie de faire de la GR mon activité principale. C’est à ce moment-là que j’ai compris que ces ambitions n’étaient pas réalisables car j’étais un garçon. Et il n’y avait aucun dispositif pour les garçons.

©DR

Quand as-tu décidé de te battre pour la reconnaissance de la GR masculine ?

Quand j’avais 15 ans. Je me suis alors rendu compte que je ne pouvais pas participer aux évènements officiels de la Fédération Internationale de Gymnastique.

Cela signifiait aussi que je ne pouvais pas avoir de licence, que je ne pouvais pas être reconnu comme sportif de haut niveau par l’État français et donc, que je ne pouvais pas gérer et mes études et mon activité sportive de manière contrôlée, avec des horaires aménagés, des financements (…) et ça pour la seule raison que j’étais un garçon. Je me suis dit que ce n’était pas normal et qu’il fallait que je trouve une solution.

©DR

Concrètement, la discrimination masculine en GR, elle consiste en quoi ?

C’est un manque d’accès à la pratique. Le problème, chez nous, c’est plus une histoire d’image. La GR masculine renvoie une image féminine de l’homme – même s’il faudrait définir ce qu’est la masculinité et la féminité, mais c’est encore un autre sujet – ce qui n’est pas très bien vu.

C’est pour ça, à mon sens, que les institutions font tout pour retarder l’entrée de la GR masculine, elle renvoie une image de l’homme qu’ils n’apprécient pas.

Quels sont, selon toi, les résultats les plus marquants de ces sept années de combat ?

Nous avons lancé un recours administratif contre la Fédération Française de Gymnastique et le Premier ministre car c’est lui qui régit le code du sport et, dans le code du sport, il y a certaines parties qui font que, de facto, un homme ne peut pas accéder au haut niveau.

Un autre résultat marquant est le fait que les médias s’intéressent beaucoup au sujet et parlent davantage de moi et de mon projet que de l’équipe nationale de GR.

Quels sont, concrètement, les obstacles à la pratique en France ? Il est possible de s’inscrire dans un club de GR lorsque l’on est un garçon et il y a également possibilité pour les licenciés de participer aux mêmes compétitions départementales, interdépartementales, régionales et nationales que les femmes…

Les Fédérations de gymnastique, en France, sont généralement des associations de 1901. Par définition, elles n’ont pas le droit de refuser des adhérents sur des critères de genre, de couleur de peau…

D’un point de vue juridique, ce n’est pas légal, dans notre pays, de dire à un garçon qu’il ne peut pas faire de GR, ce qui explique pourquoi la pratique est semi-ouverte aux gymnastes masculins. Malgré tout, il y a un plafond de verre en ce qui concerne la compétition : les gymnastes hommes n’ont en effet pas accès à toutes les compétitions.

Autre chose, les garçons ne peuvent pas pratiquer au niveau élite et c’est ce qui m’arrive. Je suis en National A et je ne pourrai jamais être en élite en France. Enfin, autre obstacle qui, à mon sens, est discriminatoire : en GR, les garçons n’ont pas la possibilité de concourir dans des catégories uniquement masculines.

Dans tous les sports olympiques individuels, il y a des catégories masculines, féminines et mixtes mais ça n’existe pas en gymnastique artistique, seule la GR féminine existe.

La GR masculine est pourtant une discipline reconnue dans d’autres pays comme le Japon, la Russie ou l’Espagne…

En ce qui concerne le Japon et la Russie, c’est un trompe-l’œil. Au Japon, ce que l’on appelle la GR est une discipline qui ressemble à la GR, mais qui n’en est absolument pas. Pour vous donner un exemple, l’une des spécificités de la GR est que les acrobaties y sont interdites or, au Japon, la GR masculine les valorise.

Au Japon, comme en Russie, la GR est une gymnastique qui renvoie à une image de la masculinité beaucoup plus appropriée. En revanche, nos voisins espagnols ont une catégorie féminine, une catégorie masculine, une catégorie mixte et une catégorie élite masculine, ce n’est donc pas quelque chose de compliqué à faire.

Qu’est ce qui explique, alors, que la GR masculine existe en Espagne et pas en France?

Lorsqu’un garçon s’inscrit dans un club en France, il n’a pas d’autre choix que de faire des compétitions contre les filles. C’est pour ça que, en général, les parents des petits garçons sont un peu réticents à les inscrire et ça créé un cercle vicieux. Ceci étant, à mon sens, le problème n’est pas une question de mentalité, c’est plus un problème institutionnel.

Les fédérations et les autres organisations compétentes ne font pas vraiment l’effort de travailler sur ce sujet-là. En résumé, le souci n’est pas que la discipline ne peut pas être pratiquée par les garçons en France, mais que les institutions ne font rien pour aider l’amélioration de la pratique.

©DR

Pour quelles raisons ?

La Fédération Française de Gymnastique dit qu’elle n’ouvre pas les catégories masculines parce que nous ne sommes pas suffisamment nombreux et qu’il n’y a, de fait, pas d’intérêt sportif. Pour autant, les Espagnols ont commencé la GR masculine avec 3 participants au championnat d’Espagne or, l’an passé, nous étions plus de 5 à prendre part aux Championnats de France !

L’autre argument avancé est que la Fédération Internationale de Gymnastique ne reconnaît pas la GR masculine, mais la Fédération Française de Gymnastique n’a pas la souveraineté sur les activités des Fédérations nationales. Les Espagnols, encore une fois, ont organisé des compétitions masculines.

De son côté, la Fédération Française de Gymnastique explique, dans un courrier, avoir essayé, à plusieurs reprises, de faire des sondages auprès des Fédérations nationales pour développer la GR masculine, mais que ces mêmes Fédérations nationales refusent. En somme, d’un côté, les Fédérations nationales disent que c’est à cause de la Fédération Internationale et de l’autre, la Fédération Française de Gymnastique dit que c’est parce que les Fédérations nationales ne veulent pas.

Où trouves-tu la motivation pour continuer à te battre malgré une situation qui semble, de l’extérieur, sans issue ?

Si moi je ne le fais pas, personne ne va le faire. J’ai l’impression que les gens n’ont pas d’espoir pour la GR masculine alors que moi, j’en ai beaucoup. De plus, quand on trouve une activité qui nous plaît, c’est difficile de laisser tomber. C’est peut-être la manière dont on est conditionné à la gym : quand on a un objectif, en général, on ne le lâche pas tant qu’il n’est pas réalisé.

Moi, je fais juste la même chose que plein d’autres gens, mais c’est peut-être plus intriguant parce que, en général, on traite le sujet de l’égalité hommes-femmes uniquement par le prisme du féminin.

Le but ultime, ce serait quoi pour toi ? La possibilité de prendre part à des compétitions internationales ou les Jeux Olympiques ?

C’est plus un objectif collectif qu’individuel. Je sais que ce que je fais aura un impact sur quelqu’un qui a le même rêve que moi et que ce quelqu’un sera en mesure de le réaliser même si moi je ne le peux pas.

Imaginons que moi, aujourd’hui, je n’arrive jamais aux Jeux Olympiques. Je le sais parce qu’on m’a prévenu depuis le début, mais je n’aimerais pas que, si mon fils ou ma fille, fait quelque chose qui lui plaît vraiment, on lui dise : « Tu t’arrêtes parce que tu es blanche, lesbienne ou petite… »

Même s’il y a plein de trucs pas cool qui se sont passés dans mon parcours, ce n’est pas la discipline en soi qui m’a fait mal, mais les gens qui la régissent.

©DR

La situation était également bloquée pour les hommes en natation synchronisée, or il y a maintenant des catégories mixtes. Tu as pris contact avec eux ?

La Fédération internationale de natation a en effet accepté de créer des catégories mixtes de duos. Malgré tout, aux Jeux de 2021 et de 2024, il n’y aura toujours pas de natation artistique avec des garçons. Ceci étant, la FINA a fait un effort pour l’intégration des hommes dans cette discipline. J’avais tenté de contacter l’une des entraîneurs de l’équipe de France, mais je n’ai pas eu de réponse.

©DR

Comment vois-tu les années à venir ? Est-ce que tu continueras à te battre pour la GR masculine après l’arrêt de ton parcours en qualité d’athlète ?

Je n’arrêterai pas la gym tant que je continuerai l’école. J’ai prévu de faire un doctorat sur le sujet du développement de la GR masculine et son impact sur l’écosystème de la gym et en dehors.

J’aimerais bien, également, créer un groupe d’entreprises dédié à la GR, une partie vêtements et une partie sport, afin d’avoir toujours le pied dans la discipline même quand je ne pratiquerai plus. Car je vous le dis : je n’ai aucune intention d’arrêter le combat ni de foutre la merde, même après avoir arrêté la gym !

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

S’inscrire à la newsletter mensuelle :

(Nous ne sommes pas prêteurs, nous garderons vos coordonnées bien au chaud chez nous…)

Vous aimerez aussi…

Chloé Anderson

Chloé Anderson, l’athlète transgenre qui bouscule les codes

Joueuse de volley transgenre, elle lutte contre un monde sportif trop peu inclusif. Chloé Anderson, née garçon, est l’une des premières à avoir intégré une équipe féminine universitaire de haut-niveau. Aujourd’hui, l’Américaine veut aider la communauté LGBT+ à investir les terrains. Tous les terrains. Être fier de qui l’on est, malgré les préjugés, voilà ce que défend miss Anderson. Portrait d’une fille pas comme les autres.

Lire plus »
Nita Ambani

Nita Ambani, la First Lady du sport en Inde

Première femme indienne membre du Comité International Olympique et copropriétaire de l’équipe star de cricket “Mumbai Indians”, Nita Ambani est une philanthrope qui compte dans le monde sportif. Portrait de l’une des leaders les plus influentes du sport en 2020.

Lire plus »
Maud Fontenoy

Maud Fontenoy : 5 infos pour briller en mer

L’eau, c’est son élément ! Navigatrice aux multiples exploits, Maud Fontenoy est presque née en mer. Battante dans l’âme, elle est l’une des « premières ». Première femme à traverser l’Atlantique Nord et le Pacifique à la rame. Première Française à réaliser le tour du monde à contre-courant.
À travers sa fondation, elle se bat désormais pour la protection des eaux : sauver l’océan, c’est sauver l’homme.

Lire plus »
Becky Hammon

Becky Hammon : la basketteuse qui s’offre une révolution de parquet

« Big shot Becky » est dans la place ! À 43 ans, Becky Hammon vient d’entrer dans l’histoire du basket nord-américain en devenant, le 30 décembre dernier, la première femme à coacher une équipe lors d’un match officiel de NBA. Malgré la défaite de son équipe des Spurs face aux Lakers, la double championne WNBA continue à marquer les parquets de son empreinte. Récit d’une fille qui sait prendre la balle au bond.

Lire plus »
FISE

Festival International des Sports Extrêmes (FISE) : les filles, prêtes à devenir des « rideuses » ?

Hervé André-Benoit organise le Festival International des Sports Extrêmes alias FISE depuis plus de vingt ans. Une compétition annuelle de sports urbains qui se déroule chaque année à Montpellier. COVID-19 oblige, ce passionné de BMX et de wakeboard, propose une édition 100 % digital dont le top départ vient d’avoir lieu. Rencontre avec un rider qui tente de convaincre les filles de truster des terrains de jeu traditionnellement masculins.

Lire plus »

Du yoga pour mieux vivre le confinement

Si le temps est à l’enfermement, si l’on se prive des autres, que l’on se coupe de l’extérieur, l’ouverture peut être intérieure. C’est ce que propose ce nouveau podcast via des séances guidées de yoga et réalisé par la yogi Isabelle Morin-Larbey. Un cadeau précieux.

Lire plus »
Sarah Hauser

Sarah Hauser : « Le windsurf, c’est un mélange de peur, de chaos mais aussi de beauté. »

Ce petit bout de femme n’a pas froid aux yeux, même au creux de la vague. La windsurfeuse Sarah Hauser vient de faire une entrée fracassante dans le Guinness Book des Records après avoir dompté une vague de presque 11 mètres, la plus grosse jamais prise par une femme. Une étape plus qu’un aboutissement dans le parcours singulier de cette Néo-Calédonienne dont l’ambition est d’inspirer les filles qui n’osent pas se mouiller.

Lire plus »

Le sport féminin est-il fait pour les hommes ?

Petite sélection de podcasts pré-Covid-19 qui demeurent une source de réflexion alors même que le sport féminin vit des jours difficiles suite à la crise sanitaire. Le « sport de demain » tel que débattu aujourd’hui par les experts ne semble pas intégrer la pratique féminine. Les avancées de l’avant crise seront-elles réduites à néant ? En attendant, écoutons ces échanges qui en disent long sur les stéréotypes de genre encore trop prégnants dans le sport et sur le chemin qu’il nous reste à parcourir pour parvenir à la mixité dans le sport.

Lire plus »