Marlène Harnois« Le sport, c’est une langue qui rassemble tout le monde. »

Marlène Harnois
Elle a gagné sur toutes les scènes. Médaillée de bronze de taekwondo aux Jeux de Londres en 2012 et aux Championnats du monde un an plus tôt, mais aussi double championne d’Europe, Marlène Harnois a mis un terme à sa riche carrière sportive en 2013. Depuis, la taekwondiste franco-canadienne milite pour la paix à travers le sport. Rencontre avec une sportive engagée.

Par Sophie Danger

Publié le 17 novembre 2020 à 13h55, mis à jour le 19 novembre 2025 à 11h05

À l’issue de ta carrière de sportive de haut-niveau, tu as décidé de partager ton expérience et ton expertise pour promouvoir la paix dans le monde via le sport. Comment est né ton engagement ?

J’ai toujours eu envie de m’engager. Depuis que je suis jeune, j’ai toujours rêvé de participer à une action humanitaire. Durant ma carrière, j’étais impliquée dans une association qui s’appelle « Un maillot pour la vie » et qui vise à donner de l’espoir à de jeunes enfants hospitalisés.

Tu es très engagée pour promouvoir le sport et ses valeurs en Afrique. Qu’est-ce qui a motivé ton choix ?

Au cours de ma carrière, j’ai voyagé partout à travers le monde mais je n’étais jamais allée en Afrique subsaharienne.  J’ai côtoyé beaucoup d’athlètes qui venaient de pays africains francophones et l’Afrique est un continent où le taekwondo est très développé. Toutes ces raisons ont fait que je me suis dit : « Pourquoi pas ? ».

Marlène Harnois

Quelles ont été les premières actions que tu as menées ?

Je suis partie à Dakar faire des tournées dans les écoles afin de contribuer au développement de la pratique sportive. Dans la foulée, je suis allée en Côte d’Ivoire. Lorsque je suis arrivée à Abidjan, j’ai rencontré Cheick Cissé et Ruth Gbagbi, deux prodiges de 18 et 19 ans qui s’entrainaient sur le parking d’une école, sans moyen matériel. J’ai été frappée par leur talent. Pour moi, ils avaient le potentiel pour être champions olympiques.

J’ai décidé de rester à Abidjan et j’ai mis en place une fondation « Heart Angel » afin de les soutenir et les accompagner dans l’aventure olympique. Aux Jeux de Rio, en 2016, Cheick est devenu le premier champion olympique de l’Histoire de la Côte d’Ivoire et Ruth, la première femme médaillée olympique du pays.

Marlène Harnois

Toi qui as gagné le bronze olympique à Londres en 2012, qu’as-tu ressenti lorsque tu les as vu monter sur le podium ?

C’était magique. Pour moi, ce 19 août 2016 est un des plus beaux jours de ma vie et un des plus puissants. Quand ils gagnent leur médaille, c’est tellement riche de sens ! C’est, non seulement une performance sportive, mais aussi une aventure humaine extraordinaire. Ce qui fait la force de cette médaille, c’est la synergie de toutes nos compétences. Eux avaient un talent physique, stratégique et tactique et moi, j’ai pu leur amener mon expérience. La combinaison de nos forces a rendu la suite possible.

Par la suite, tu t’es engagée aux côtés de « Peace and Sport », une organisation internationale dont l’objectif est d’utiliser le sport et ses valeurs comme instrument de paix à travers le monde…

Après ça, je me suis demandé comment redéfinir mon engagement. Je connaissais l’action de « Peace and Sport », j’ai donc pris contact avec eux et je suis devenue ambassadrice pour intégrer le collectif des Champions de la paix.

Marlène Harnois Peace and Sport

Quel est le rôle d’un Champion de la paix ?

C’est, en premier lieu, un engagement sur le terrain à travers des actions. Par exemple, j’ai participé aux Jeux de l’Amitié au Burundi, des Jeux qui réunissaient des jeunes venus du Congo, du Rwanda et du Burundi.

J’ai également mené la caravane de la paix au Sénégal et au Mali et nous avons, entre autres, inauguré des fontaines d’eau potable à proximité des terrains sportifs.

Être Champion de la paix, c’est aussi des prises de parole. J’ai mené une action pour la paix au European Youth Olympic Winter Festival de Sarajevo ou lors d’un World Summit organisé, cet été, par une agence des Nations Unies.

Marlène Harnois

Que souhaites-tu transmettre à travers cet engagement ?

Être championne, à mon sens, c’est aussi des devoirs et des responsabilités envers la jeunesse. Je crois énormément aux valeurs de l’olympisme comme la solidarité, le respect, le courage, l’excellence. Lorsque j’ai arrêté ma carrière, je n’avais pas forcément des moyens financiers ou matériels à partager mais j’avais une expertise, des valeurs et il était très important, pour moi de les transmettre et de les promouvoir auprès des générations futures.

Je dis souvent à ces jeunes que l’important est de trouver une voie et de s’investir. Pour moi, ça a été le sport, mais ce qui est primordial, c’est d’avoir un rêve et de tout faire pour le réaliser.

Marlène Harnois

En quoi le sport est-il un vecteur important pour promouvoir la paix ?

Nelson Mandela disait que le sport avait le pouvoir de faire changer le monde. Le sport, c’est une langue qui rassemble tout le monde, c’est le meilleur moyen de communication.

Lorsque je vais au Mali ou au Sénégal, je me retrouve souvent avec des gens qui parlent wolof, bambara ou des langues ethniques. Parfois, nous n’arrivons pas du tout à communiquer par la langue mais, dès que l’on est dans une séance de sport, on se comprend parfaitement.

Le sport fédère, unit, peu importe notre ethnie, notre religion, notre culture. À travers le sport, on partage les mêmes codes, les mêmes valeurs et c’est plus fort que nos différences.

Marlène Harnois

Tous les pays que tu visites en qualité d’ambassadrice sont-ils aussi réceptifs à ton message ?

Nous sommes très écoutés à tous les niveaux : par la jeunesse, par les acteurs politiques qui souhaitent, de plus en plus, travailler sur des politiques de développement via le sport, mais aussi par les acteurs de la société civile. Tout le monde est très réceptif et de plus en plus d’athlètes veulent se mobiliser, s’impliquer, ce qui fait d’autant plus de voix pour véhiculer et promouvoir ce discours.

Durant ta carrière, tu as été victime de harcèlement moral et cette situation t’a conduit à mettre un terme prématuré à ton parcours de sportive de haut-niveau. N’as-tu pas eu envie de t’investir également sur ce terrain ?

J’ai été contactée plusieurs fois pour communiquer sur ce thème, mais ce n’est pas forcément ma cause. C’était un problème entre deux individus – un athlète et son entraîneur – et je n’ai pas envie d’en faire une généralité.

Dans mon sport, à l’époque, il n’y avait pas de critères de sélection. C’était à l’entière discrétion de l’entraîneur, ce qui menait a beaucoup de dysfonctionnements, de dérives. Depuis, la fédération a été entièrement restructurée. Il y a un nouveau DTN, Patrick Rosso, qui fait un travail formidable.

Des critères de sélection ont été mis en place, tout est encadré ce qui fait que, aujourd’hui, dans mon sport, il n’y a plus de sujet car la situation est extrêmement bien gérée.

Marlène Harnois

Et la place des femmes dans le sport ? Est-ce une thématique qui fait écho chez toi ou bien le taekwondo est-il un sport plutôt paritaire ?

En taekwondo, on est plutôt sur une pratique mixte. Il y a énormément de licenciées femmes, presque 50 %. C’est vraiment un sport équitable, un sport inclusif : lorsqu’on est le plus haut gradé, il est de notre responsabilité, peu importe le sexe, d’encadrer les débutants et de leur permettre d’évoluer vers le plus haut niveau.

Il n’y a pas de concurrence entre hommes et femmes, ni dans la pratique loisir ni à haut niveau. À l’INSEP, par exemple, il y a des entraînements mixtes. C’est presque culturel dans notre sport de promouvoir cette égalité des genres.

Marlène Harnois

Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

« Peace and Sport » a lancé une application mobile. Elle nous permet d’avoir un meilleur suivi des jeunes, d’avoir du contenu pour former les éducateurs de paix qui vont encadrer la pratique et, in fine, de promouvoir la paix par le sport. Aujourd’hui, par exemple, ce programme est développé dans le camp de réfugiés à Zaatari en Jordanie.

Je continue donc de me concentrer sur mes missions, avec l’ambition d’aller toujours plus loin. Et cette digitalisation va le permettre. Nos actions auront un plus grand impact, un impact mondial.

Vous aimerez aussi…

Pauline Ferrand Prevot

Cyclisme : 5 championnes qui tiennent la route

Riche, pleine de promesses, l’histoire du cyclisme français féminin est pourtant assez peu connue. Pourtant, de nombreuses coureuses se sont illustrées tout au long du XXe siècle et continuent d’inspirer la nouvelle génération qui tente aujourd’hui d’entretenir cet héritage. Revenons sur l’histoire de cinq championnes du passé au présent, au parcours différent, mais toujours lumineux.

Lire plus »
Aude Biannic, celle qui pédale pour les autres

Aude Biannic, celle qui pédale pour les autres

On met très souvent en avant les leaders de chaque formation, mais qui sont-ils sans leurs équipiers ? En fin de carrière, Aude Biannic reste une coéquipière de luxe pour sa leadeuse Annemiek van Vleuten. Portrait d’une Bretonne qui est d’une aide précieuse pour la suprématie de son équipe.

Lire plus »
Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Julia : « Faire le Tour de France un jour avant les hommes était l’occasion de vivre une aventure à la fois humaine et sportive. »

Elle s’est engagée dans un marathon à vélo de vingt-et-un jours et plus de 3 300 kilomètres ! Julia Favresse fait partie des neuf cyclistes retenues par l’association « Donnons des elles au vélo J-1 » pour parcourir les étapes du Tour de France un jour avant le peloton hommes. Un défi sportif XXL pour la Beauvaisienne dont l’ambition, à terme, est de développer le sport féminin dans les Hauts-de-France.

Lire plus »
Fanny Horta : « Depuis les Jeux, j’ai coupé avec le rugby, j’en avais besoin. »

Fanny Horta : « Depuis les Jeux, j’ai coupé avec le rugby, j’en avais besoin. »

Elle a mis un terme à sa carrière à l’issue des JO de Tokyo. Fanny Horta, vice-championne olympique de rugby à 7, en a terminé avec la compétition mais pas avec le terrain. Engagée dans la commission des athlètes pour Paris 2024, elle ambitionne, à l’avenir, d’accompagner, à son tour, des groupes sur le chemin de la performance et de la réalisation de soi. Rencontre avec une fille qui sort de la mêlée.

Lire plus »
Mélanie et Guillaume Touzot

Wasani, l’appli qui veut faire bouger le sport

Rassembler les amateurs et acteurs du sport, soutenir les fédérations, c’est l’ambition de Wasani. Cette application, lancée il y a trois ans, souhaite faciliter la pratique sportive et permettre à tous de partager des valeurs et des moments inoubliables. Tout simplement.

Lire plus »
Quand je fais du sport, je m’hydrate quand ? La question qui tue

Quand je fais du sport, je m’hydrate quand ?

Il parait que « l’hydratation, c’est la clé », mais la clé de quoi ? On nous dit de ne pas boire pendant l’effort, on nous dit de ne pas trop boire avant l’entraînement… mais moi, le sport, ça me donne soif ! Du coup, on fait comment ? Pose cette gourde, ABLOCK! t’explique tout.

Lire plus »
Nantenin Keïta, la fusée française du tour de piste

Nantenin Keïta, la fusée française du tour de piste

Elle est une incontournable du para athlétisme. Trois fois championne du monde du 200 et 400m, championne paralympique du 400m aux Jeux de Rio 2016, Nantenin Keïta, 36 ans, ultra-déterminée avec un mental de lionne, s’est élancée pour la finale du 400m T13 femmes ce samedi après avoir terminé première de sa série pour les qualifications. Son objectif ? Aller chercher une médaille, peu importe la couleur.

Lire plus »
Coralie Lassource

Coralie Lassource : « Tokyo, je veux en profiter et kiffer ! »

Rio lui avait échappé en raison d’une blessure. Elle ne laissera pas passer Tokyo. Coralie Lassource, 29 ans, s’apprête à disputer les premiers Jeux Olympiques de sa carrière de handballeuse, au Japon, du 23 juillet au 8 août. L’ailière gauche de Brest, toute récente finaliste de la Ligue des Champions, endossera, pour l’occasion, le rôle de capitaine de l’équipe de France. Rencontre avec une championne qui va droit au but.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner