Kon Hiyori

La "Little Miss Sumo" qui lutte pour la cause féminine

Kon Hiyori
Elle a été élue l’une des femmes les plus inspirantes et influentes de la planète par la BBC. Lutteuse de sumo japonaise, connue pour défendre le droit des femmes à concourir professionnellement au Japon, Kon Hiyori est une force de la nature, déterminée à faire bouger les solides traditions de cette discipline ancestrale. Portrait.

Par Valérie Domain

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Elle a 23 ans et rien ne semble lui faire peur. Kon Hiyori lutte aussi bien sur le dohyô que sur le terrain des droits des femmes.

Le dohyô, ce cercle de combat devenu son territoire depuis l’âge de six ans, est en effet pour elle le lieu de toutes les revendications féministes. Ou plutôt d’une seule, mais au Japon, ça veut dire beaucoup : obtenir que les femmes puissent participer à des compétitions professionnelles de sumo. À l’heure actuelle, elles sont seulement autorisées à pratiquer en amateurs.

Kon Hiyori

Celle qui fut baptisée « Little Miss Sumo » par le réalisateur britannique Matt Kay, qui filma Kon Hiyori en 2018 pour les besoins d’un documentaire multi primés dans le monde, est une sportive de poids.

Lorsque son frère l’emmena pour la première fois à un match de sumo, elle n’eut plus qu’une idée en tête : combattre. Et lorsqu’elle s’y essaya, le public fut bluffé par cette gamine au talent inné.

Lors de ses trois premières années de pratique, elle ne perdra pas un seul match, y compris lorsqu’il lui arrivera de combattre avec des garçons.

Les femmes, considérées comme « impures », ne peuvent toucher le dohyô…

Elle remportera sans faiblir le Championnat du monde junior féminin de sumo, catégorie poids lourd, en  2014 et 2015, puis décrochera la médaille d’argent aux Championnats du Monde en 2018 et 2019. Des championnats amateurs…

Car impossible pour elle de participer à des compétitions professionnelles  : les femmes n’y sont pas autorisées, une injustice que Kon Hiyori ne cesse de vouloir réparer.

Lire aussi : Rencontre avec la championne de MMA, Lucie Bertaud, jamais aussi libre que dans une  cage.

L’idée : faire évoluer les mentalités dans ce sport japonais qui interdit aux femmes d’entrer ou de toucher le dohyô car elles sont considérées comme « impures ».

Une bataille de longue haleine pour Kon Hiyori à l’heure où l’Association japonaise de sumo (JSA) considère qu’il serait déshonorant de modifier des règles érigées par les Anciens.

Kon Hiyori, la little miss Sumo

Mais Kon Hiyori y croit. À l’université de Ritsumeikan, à Kyoto, elle a étudié les théories du genre tout en pratiquant le sumo dans son club qui ne comptaient dans ses rangs que trois filles.

Peu à peu, elle est devenue non plus seulement une grande athlète, mais une figure du féminisme japonais.

« Il y a même eu un moment où je pensais que je n’étais pas digne d’être la représentante japonaise. »

Aujourd’hui, Kon Hiyori est la seule femme à faire partie de cette équipe de l’université Ritsumeikan, l’une des rares à accepter d’enseigner le sumo à une fille.  

«  C’est une jeune femme qui suit ses rêves mais elle est aussi drôle et timide, et d’une certaine manière assez confiante en elle-même… elle a une grande présence à l’écran  », explique le réalisateur Matt Kay.

Kon Hiyori

Mais elle est aussi d’une grande sensibilité. Lorsqu’elle perd aux Championnats du Monde en 2018 contre la Russe Anna Poliakova qui fait trois têtes de plus qu’elle, elle confie : « C’était vraiment difficile, il y a même eu un moment où je pensais que je n’étais pas digne d’être la représentante japonaise ».

Pour ensuite relativiser : « Il est vrai que les athlètes étrangers, contrairement aux athlètes japonais, ont souvent bénéficié de l’entraînement dans plusieurs arts martiaux. Ce que j’entends souvent, c’est qu’ils commencent le sumo comme passe-temps pour compléter leur entraînement de lutte, par exemple. Ainsi, ils utilisent une variété de techniques dans leurs combats, ce qui les rend très forts. »

Kon Hiyori

Pour autant, gagner en compétition n’est pas le but ultime de Kon Hiyori qui considère sa discipline comme une philosophie, un moyen de se faire comprendre, entendre, estimée   : «  Le sumo n’est pas seulement un sport, mais une forme d’expression », dit-elle.

Et de faire un parallèle avec la vie  : « Même si vous êtes confronté à quelqu’un qui est grand et fort, ce n’est pas quelque chose à fuir, vous devez vous engager, comme à la manière sumo. Il y a tellement de possibilités et de choses qui peuvent naître en vous grâce au sumo. C’est juste un sport merveilleux. »

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Vous aimerez aussi…

Margaux Hubeny

Margaux Hubeny : « Sur ma moto, je n’ai pas peur, je me sens vivre ! »

Équipements et moto rose, comme un étendard, elle tient à démontrer que, sur la piste, les femmes aussi font surchauffer le moteur ! En 2019, cette douanière de 23 ans rafle le titre de Championne de France 600cc lors de la Women’s Cup. Surnommée « l’extraterrestre », Margaux Hubeny est une autodidacte du deux roues. Cette victoire est le premier titre d’une longue série pour une prodige de la piste qui n’est pas prête d’en sortir. Accrochez-vous, ça va secouer !

Lire plus »
Monica Pereira

Monica Pereira, le sport pour sortir de l’ombre

Une jeunesse dans les quartiers difficiles, un parcours chaotique et…le sport. Monica est une survivante. Et c’est parce qu’elle s’est bougée, dans tous les sens du terme, qu’elle est aujourd’hui, à 43 ans, en phase avec elle-même. Depuis un an, elle épouse sa reconversion de coache sportive avec jubilation. Pas peu fière. Elle nous raconte ce qui la raccroche à la (belle) vie. Témoignage précieux.

Lire plus »

JO 1928 : Lina Radke, l’athlète trop “disgracieuse” pour courir

Elle s’appelait Karoline Radke-Batschauer dite Lina Radke. Pionnière de l’athlétisme, cette Allemande qui courait comme un lièvre fut la première médaillée d’or olympique au 800m, mais aussi la dernière jusqu’en…1960. Après sa victoire, l’épreuve fut tout bonnement supprimée. Miss Radke avait manqué de grâce en franchissant la ligne d’arrivée…

Lire plus »
Erica Wiebe

Erica Wiebe, la lutteuse qui envoie les clichés au tapis !

Une guerrière, une passionaria, une femme de tête. Championne olympique 2016 en lutte libre, la Canadienne remettra son titre en jeu sur le tapis des prochains JO, à Tokyo. Ambassadrice de la lutte féminine, Erica Wiebe se bat pour que les jeunes filles soient intégrées dans l’arène sportive. Go for showtime !

Lire plus »
Martina Hingis

Martina Hingis, la « Swiss Miss » qui jouait au tennis comme on joue aux échecs

Plus jeune N°1 mondiale de l’histoire du tennis, la Suissesse Martina Hingis est une championne qui marqua aussi les esprits par sa défaite tragique à Roland-Garros en 1999. Elle a remporté 25 tournois du Grand Chelem (en simple et en double) au cours de sa carrière mais seule la terre battue parisienne lui aura fait défaut, et par deux fois ! Retour sur une surdouée du tennis au jeu rare et au caractère bien trempé.

Lire plus »
Maud Fontenoy

Maud Fontenoy : 5 infos pour briller en mer

L’eau, c’est son élément ! Navigatrice aux multiples exploits, Maud Fontenoy est presque née en mer. Battante dans l’âme, elle est l’une des « premières ». Première femme à traverser l’Atlantique Nord et le Pacifique à la rame. Première Française à réaliser le tour du monde à contre-courant.
À travers sa fondation, elle se bat désormais pour la protection des eaux : sauver l’océan, c’est sauver l’homme.

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin