Cléopatre Darleux

« Le handball me donne l’impression d’être une wonderwoman ! »

Cléopatre Darleux
Un rempart à toute épreuve. Cléopatre Darleux est une icône de l’équipe de France de handball et une gardienne de but multi-distinguée dans les compétitions internationales. La championne du monde 2017, épanouie et jeune maman, donne de la voix pour que les joueuses professionnelles soient soutenues dans leur projet perso autant que sportif. Un match qu’elle relève (encore) haut la main !

Par Claire Bonnot

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Gardienne de but de l’équipe de France de Handball depuis 2008, championne du monde en 2017, sur la route des JO de Tokyo… Comment tout a commencé pour toi dans le sport et le handball ?

J’ai cinq frères et sœurs – on a tous un an d’écart – du coup, on était tout le temps en train de faire du sport ensemble ! On a vraiment fait de tout mais, moi, enfant, j’étais davantage dans les sports individuels comme la danse ou le judo.

C’est lorsque mes sœurs se sont mises au handball et mes frères au rugby que j’ai filé au hand. C’était plus simple d’être inscrites au même cours de sport. On a adoré jouer ensemble !

Tu commences en Pôle Espoir en 2003, à l’âge de 14 ans. C’était déjà ton rêve d’être une joueuse de handball pro ?

J’ai été détectée dans les équipes du comité départemental où je jouais avec ma sœur. On ne connaissait pas du tout le sport de haut niveau et ça nous paraissait impossible à l’époque d’y accéder. On n’y pensait pas du tout !

Quand j’ai été recrutée au Pôle Espoir, c’était fou, c’était le Graal pour moi ! J’ai ensuite découvert ce monde, étape par étape, en parallèle avec ma sœur qui était rentrée en centre de formation, un an avant moi.

C’est quand j’ai été recrutée au centre de formation de Besançon où j’ai pu m’entraîner avec les grandes que j’ai senti que ça débutait.

Je jouais en D2 au début et, après quelques matchs, j’ai pu jouer en D1. À 18 ans, je signais mon premier contrat professionnel avec le club Issy-les-Moulineaux Handball (de 2007 à 2009, ndlr).

En parallèle, j’ai été recrutée en Équipe de France. C’était en 2008.

Quelle sportive es-tu sur le terrain ?

J’ai un mental de compétitrice, j’ai tout le temps envie de gagner ! Et j’adore aussi le côté collectif, j’aime beaucoup partager des choses en équipe.

C’est vrai que le poste de gardienne est difficile, parfois, parce qu’on est seule et qu’on ne peut en vouloir qu’à soi-même si ça ne marche pas. Je suis le dernier rempart !

Mais je suis mieux dans les buts parce que j’étais trop bagarreuse sur le terrain. Les buts, ça m’apaise, je suis zen !

Comment as-tu atterri à ce poste stratégique et tactique de gardienne de but ?

Au début, au Pôle, à Strasbourg, je jouais sur deux tableaux, sur le terrain et dans les buts, mais j’ai dû ensuite faire un choix.

Ce qui m’a plu, c’est qu’en étant à ce poste dans l’équipe, je pouvais faire la différence toute seule tout en étant un peu dans ma bulle.

©Maïwen Gourvès

Tu a été élue, plusieurs fois, meilleure gardienne de but lors des divers championnats, quel est ton point fort à ce poste ?

Ma rapidité et ma souplesse. Pour être à ce poste, il faut s’entretenir et se renforcer pour ne pas se blesser, en faisant du cardio et de la muscu, par exemple.

Et puis, le mental joue beaucoup. J’essaye toujours de me mettre dans des conditions mentales de performance et de réussite de manière à être complètement ouverte aux situations qui arrivent.

Et les choses ont changé, dans le bon sens, depuis que je suis maman. Avant, j’avais tendance à m’énerver assez vite dans les situations d’échec. Aujourd’hui, j’arrive à prendre plus de recul, à prendre sur moi.

Je pense que je me rends compte que d’autres choses sont plus graves. Ce n’est pas que je prenne mon métier à la légère, j’y mets toujours autant d’envie, de hargne et de combativité, mais je suis juste plus posée, physiquement et mentalement.

Ça m’aide d’ailleurs à être plus performante. Je me sens, par exemple, beaucoup mieux sur le plan de la santé : j’ai beaucoup moins de problèmes articulaires qu’avant ma grossesse…

En devenant joueuse pro, tu as accumulé les belles victoires, au fur et à mesure des années. Tu intègres notamment l’équipe de France en 2008, à l’âge de 19 ans… et, outre des titres de Championnes de France et vice-championne d’Europe, tu es Championne du monde en 2017. Quelle étape a été déterminante dans ta carrière ?

Le titre de championne du monde, en 2017 ! J’ai fait de très belles années avant aussi. Comme vice-championne du monde, en 2009, et championne de France, en 2011 : j’ai été tout de suite plongée dans le (grand) bain ! En 2014, aussi, quand je suis partie à l’étranger jouer avec le club Viborg HK, au Danemark, avec lequel j’ai remporté la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe féminine.

Mais, avec l’équipe de France, c’était en peu en dents de scie… jusqu’à ce titre de Championnes du monde en 2017. Là, ça a été le début d’une nouvelle ère pour nous.

Depuis ce titre, je vis vraiment une belle carrière avec l’équipe de France. Ça nous a portées. Avant nous, c’était les filles de 2003 qui étaient des modèles pour moi, des pionnières : Valérie Nicolas, Stéphanie Cano…

Avoir fait la même chose était extraordinaire, unique ! Depuis, on ne fait que des résultats. La suite ? Décrocher l’or aux Jeux.

Quel match ou quel résultat a boosté ta carrière et, à l’inverse, a entraîné un coup d’arrêt, mais t’a permis de mieux te relever ?

Ce ne sont pas des matchs, ce sont des blessures. Elles n’étaient jamais énormes, mais douloureuses, avec un besoin de convalescence qui me tenait loin des terrains. Pour une entorse au genou, par exemple, j’ai eu trois mois d’arrêt.

À chaque fois, ce sont des moments difficiles mais, au final, ça m’a toujours apporté parce que j’ai pu faire autre chose : voir davantage ma famille, passer du temps avec mon mari. Ça m’a permis d’évoluer, de devenir plus forte.

Quels sont tes ressentis quand tu joues ?

Je ressens de l’adrénaline, ce sentiment de stress, surtout lors des matchs. Je ressens l’adrénaline quand je perds et quand je gagne. Ce sont vraiment des émotions qu’on ne vit pas dans la vie de tous les jours, c’est indescriptible, entre cette envie de gagne incroyable et ce partage vrai et pur avec les autres joueuses.

Et j’ai cette envie de gagner, je crois que c’est ça aussi qui m’aide quand un match est passé. Je pense toujours à la suite, au fait d’être à nouveau performante le lendemain.

J’aime travailler, je suis une bosseuse à l’entraînement. Et puis, être avec un groupe qui nous porte, c’est que du bonheur. C’est un bon combo entre le travail à l’entraînement et le fait de s’amuser sur le terrain, toutes ensembles.

As-tu un petit rituel ou un porte-bonheur pour tes matchs ?

Non, pas vraiment, parce que je n’ai jamais été trop superstitieuse. J’ai juste une petite routine d’avant-match : faire une sieste, des heures à respecter pour les repas par exemple.

J’essaye de ne pas m’arrêter à des gri-gri qui pourraient plus me déstabiliser qu’autre chose. Je préfère écouter de la musique et rigoler avec les filles !

Qu’est-ce que ce sport, ce milieu sportif et le haut niveau t’ont apporté dans ton développement personnel et dans ton rapport à ta féminité ?

Ça m’a permis d’avoir plus confiance en moi, d’avoir de l’assurance. Et physiquement aussi ! C’est une force d’être sportive de haut niveau. On se rend compte qu’on peut tout faire, qu’on a des capacités énormes.

Décrocher des médailles, être distinguée, m’a aussi offert une belle reconnaissance. C’est important quand on débute, quand on est jeune. Parce que j’avais peur de ne pas être assez bonne, de ne pas être à ma place.

Aujourd’hui, je sais que je peux performer sur le terrain et construire ma maison, bosser dans mon jardin. Le handball me donne le sentiment d’être une wonderwoman !

 

Tu partages énormément ton expérience pour faire avancer les choses pour les sportives, que dirais-tu justement à de jeunes athlètes féminines ou aspirantes athlètes qui se demandent comment vivre de cette vie de passion tout en ne tirant pas un trait sur leur vie personnelle ?

Je pense que le plus important, c’est d’être épanouie. Je crois qu’il faut avoir quelque chose à côté du sport pro, notamment pour avoir une porte de sortie après la carrière sportive et construire sa vie personnelle.

Je le vois pour moi, j’ai beaucoup voyagé dans mes jeunes années de sportive, j’ai changé de pays, c’était de très belles expériences, mais je suis dans le même club depuis 2016, le Brest Bretagne Handball, et je suis heureuse de pouvoir allier vie perso et vie sportive, de manière plus équilibrée.

 

Justement, tu es devenue maman en 2019. Comment as-tu géré cette grossesse et comment as-tu été soutenue – ou pas ?

À Brest, une autre joueuse était tombée enceinte avant moi et l’a annoncé en janvier 2019. Je suis moi-même tombée enceinte en février et je l’ai annoncé le 1er avril, et ce n’était pas une blague !

C’est toujours compliqué d’annoncer une grossesse dans un club de sport de haut niveau… On attend beaucoup de nous et, étant gardienne, je suis une joueuse clé. Le club n’était pas dans l’obligation de me soutenir financièrement, mais il l’a fait.

Concernant le maintien en forme pour la reprise sur les terrains, j’ai été suivie pendant toute ma grossesse et j’ai gardé un rythme sportif jusqu’à mon accouchement, en novembre 2019. J’ai repris la compétition en février 2020.

Une convention collective des handballeuses françaises (une première dans le sport féminin professionnel en France) a été mise en place le 21 mars dernier, notamment à propos du congé maternité des sportives (maintien du salaire pendant un an en cas de grossesse) : as-tu participé à ces avancées ?

Je n’ai pas milité directement pour, mais, en tant que joueuses, on est en constante relation avec le syndicat des joueuses. C’est vraiment une force et un soutien qui permet le dialogue : on fait remonter nos demandes et on peut vraiment faire bouger les lignes. Cette convention est le fruit d’un long travail de plusieurs années.

C’est vraiment super pour nous, les joueuses, parce que ça rassure. On sait que lorsqu’on est enceinte, on doit s’arrêter parce que c’est très risqué. Que cette question de la maternité soit enfin prise en compte pour les joueuses de haut niveau est une belle avancée.

Et c’est très motivant aussi de voir revenir ces femmes au niveau physiquement après leur grossesse. On a des témoignages de sportives qui nous disent que c’est faisable d’être mère et de revenir performer. Il faut se dire que le corps est très bien fait !

Et puis, cette convention ouvre la voie sur d’autres sujets primordiaux pour les femmes comme la revalorisation des salaires et les congés. On ne savait même pas que les hommes avaient sept semaines ! Nous en avions six, ce qui est incompréhensible. On est revenus à égalité.

Si on revient sur la place de l’athlète féminine dans le monde du sport… Depuis tes débuts, as-tu eu à faire face à des discriminations ou des inégalités de traitement ?

Il y a plein de combats à mener, oui. On travaille autant que les équipes masculines, mais en équipe nationale et en club, on n’a pas les mêmes salaires.

C’est une question économique et de médiatisation mais, nous, à Brest, notre Arena est toujours quasi pleine. Pour la médiatisation, plus on fait de beaux résultats, plus on est mises en avant. Les JO aussi sont une très belle opportunité pour la visibilité.

En équipe de France, on fait d’énormes résultats et c’est grâce à ça qu’on arrive à faire parler de nous et à aller vers plus d’égalité. C’est très important pour l’avenir du handball féminin que les jeunes filles puissent s’identifier à des joueuses.

Quel est ton plus grand rêve sportif ?

Avoir une médaille aux JO. Même si on n’a pas la médaille d’or, atteindre le podium serait déjà un Graal en soi…

Et après, quelle serait la suite ?

Après ma carrière sportive, le but est de trouver un métier. Je travaille sur ma reconversion professionnelle, mais je ne sais pas encore bien de quoi sera fait demain. J’aime beaucoup cuisinier et je suis propriétaire d’une pizzeria. Pourquoi pas là-dedans ? Je trouve qu’une carrière est réussie si la reconversion est, elle aussi, réussie !

Mais, prendre sa retraite sportive dépend de nos envies, du physique et de beaucoup d’autres choses. Personnellement, j’arrêterai quand je ne prendrais plus de plaisir à jouer, même si physiquement je me sens bien.

J’ai aussi envie d’avoir un équilibre de vie maintenant que j’ai une famille. Actuellement, c’est un peu la course, je ne suis pas souvent là, je suis en déplacement les deux tiers de l’année.

Donc, je sais que je ne jouerai pas jusqu’à 40 ans. Mais, je sais aussi que j’aurai 35 ans pour Paris 2024 et que je veux y être !

Actuellement, tu te prépares pour les JO de Tokyo. Comment ça se passe suite au bouleversement lié à la crise sanitaire ?

Dans le handball, on a eu de la chance, on a gardé une activité normale. On a juste vu des matchs annulés ou reportés à cause de joueuses touchées par le virus. On n’a pas eu beaucoup de cas à Brest, on a pu jouer deux matchs par semaine.

Avec l’équipe de France, on a été en compétition en décembre et on a décroché la médaille d’argent au Championnat d’Europe féminin de handball. Avec le club, on a atteint le Final Four de la Ligue des Champions.

Pour les JO, on commence la préparation le 10 juin, à Capbreton puis, on part aux alentours du 10 juillet au Japon. On a donc gardé un rythme soutenu, la période ne nous a pas pénalisées ! Tout est en place pour gagner !

Ouverture ©Ilan Dehe
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