Le sport féminin ? En pleine lucarne !

sport feminin
L’été dernier, les records d’audience de la Coupe du monde féminine de foot et quelques mois plus tôt du Championnat d'Europe de handball féminin à la télévision ont prouvé que le public se passionnait de plus en plus pour les compétitions féminines. Et les dernières études ne font que réaffirmer cette réelle tendance. Pour autant, les jeux ne sont pas faits. Décryptage.

Par Valérie Domain

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Et si l’essor du sport féminin à la télévision n’était qu’une histoire de bricolage  ?

« Tout est parti de choix éditoriaux liés à des contraintes, explique Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES (Centre de droit et d’économie du sport). Les petites chaînes gratuites ne pouvant s’offrir d’événements sportifs masculins, elles se sont tournées vers des pratiques féminines afin de pouvoir inscrire du sport dans leurs grilles. Elles ne prenaient pas un risque majeur, les droits étaient peu chers. Ça a fonctionné et on a vu d’autres chaînes comme C8 ou W9 s’y intéresser aussi. Aujourd’hui, c’est au tour de grandes chaînes nationales. On est donc passé de la chaîne câblée à la TNT puis en prime time sur France 2 pour l’Euro de foot féminine et sur TF1 qui a acheté les droits de diffusion de la Coupe du monde 2019 en France. On peut alors dire qu’il y a une évolution et qu’elle est positive. »

Jackpot !

Positive mais encore fragile. Certaines chaines tendent de plus en plus à défendre la parité dans leurs grilles, surtout convaincues par les sondages qu’elles surfent ainsi sur une réelle tendance.

L’un d’eux, signé Odoxa, effectué en 2019, révèle en effet que 80 % des Français aimeraient voir plus de sport féminin à la télévision, considérant majoritairement que le sport féminin est aussi spectaculaire et intéressant que son pendant masculin.

Déjà, il y a trois ans, une étude du CSA sur le thème «  Sport et télévision » , révélait qu’entre 2011 et 2015, quatre des dix meilleures audiences des chaînes de la TNT gratuite* étaient des compétitions sportives féminines.  Et qui dit bonnes audiences dit jackpot.

Ce fut notamment le cas en 2015 pour W9 lorsque la petite chaîne du groupe M6 diffusa le Mondial de foot féminin. Le public se passionna pour les Bleues jusqu’à l’apothéose : un quart de finale suivi par 4 millions de téléspectateurs (26,2 % du public), la plus forte audience jamais réalisée par une chaîne de la TNT.

Résultat : le montant publicitaire engrangé battit lui aussi tous les records.

Un cercle vertueux

Equipe de France foot feminine
Défenseure du PSG et internationale de football, la Française Ève Périsset

Quatre ans plus tard, on refait le match  : TF1 enregistre elle aussi l’une de ses meilleures audiences de l’année, grâce au quart de finale de la Coupe du monde féminine de foot 2019 (10,71 millions de téléspectateurs devant France-Etats-Unis).

 Une excellente affaire donc qui fait réfléchir le reste du Paf (paysage audiovisuel français). Qui commence enfin à entrevoir un intérêt à diffuser du sport féminin. Intérêt partagé par les sponsors et les autres médias.

Un cercle vertueux serait-il en train de s’enclencher ?

« Le sport féminin devient attractif et spectaculaire, relève Christophe Lepetit. Les femmes sont plus performantes que jamais mais elles sont aussi les nouvelles représentantes des valeurs du sport. Le sport masculin a connu de très nombreuses dérives qui ont terni son image et tout cela contribue à renforcer l’attractivité des compétitions féminines. »

Les réjouissances attendront

Un sport féminin qui a représenté en 2017 entre 16  % et 20  % du volume horaire de diffusion de retransmissions sportives, contre 14 % en 2014 et 7 % en 2012**.

Pour autant, il y a encore du chemin à faire. S’il y a évolution positive, il n’y a pas parité, loin de là, les réjouissances attendront encore un peu.  

« On peut noter une trajectoire de progression qui est très encourageante, relevait ainsi la secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, lors de la troisième édition de “Sport Féminin Toujours” en février dernier. On peut dire aussi que les femmes constituent 52 % de l’humanité et que donc demander 50 % des retransmissions c’est déjà un compromis. Finalement, on pourrait se mettre d’accord sur ce chiffre de 50-50. »

D’autant que les chiffres d’audience démontrent que « le sport féminin dispose d’un public à fidéliser et à développer et que les femmes sont potentiellement des consommatrices de sport dans les médias, il faut maintenant les conquérir  », note l’étude CDES 2017.

Les conquérir en effet car selon Odoxa, le sport au féminin est surtout applaudit par les hommes, ils sont 75  % à  scruter les prouesses des sportives, contre 52 % des femmes. Le sport féminin le plus suivi est le football (52 %), devant le handball (41 %), en progression de 15 points en six mois.

Enfin, soyons clairs, les avancées en matière de parité sportive, que ce soit dans les médias ou dans les priorités des sponsors, reposent sur les épaules des athlètes françaises elles-mêmes.

« Ce qui intéresse le public, c’est l’équipe de France, note Christophe Lepetit. Seul l’effet patriote est capable de booster significativement les audiences. »

Autrement dit : plus les filles sauront prouver ce qu’elles savent très bien faire, plus le sport au féminin fera parler de lui.

* Hors chaînes dites « historiques »

** Selon les études CSA et CDES pour FDJ (2017)

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