Le sport féminin ? En pleine lucarne !

sport feminin
L’été dernier, les records d’audience de la Coupe du monde féminine de foot et quelques mois plus tôt du Championnat d'Europe de handball féminin à la télévision ont prouvé que le public se passionnait de plus en plus pour les compétitions féminines. Et les dernières études ne font que réaffirmer cette réelle tendance. Pour autant, les jeux ne sont pas faits. Décryptage.

Par Valérie Domain

Publié le 27 février 2020 à 11h20, mis à jour le 29 juin 2021 à 15h07

Et si l’essor du sport féminin à la télévision n’était qu’une histoire de bricolage  ?

« Tout est parti de choix éditoriaux liés à des contraintes, explique Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES (Centre de droit et d’économie du sport). Les petites chaînes gratuites ne pouvant s’offrir d’événements sportifs masculins, elles se sont tournées vers des pratiques féminines afin de pouvoir inscrire du sport dans leurs grilles. Elles ne prenaient pas un risque majeur, les droits étaient peu chers. Ça a fonctionné et on a vu d’autres chaînes comme C8 ou W9 s’y intéresser aussi. Aujourd’hui, c’est au tour de grandes chaînes nationales. On est donc passé de la chaîne câblée à la TNT puis en prime time sur France 2 pour l’Euro de foot féminine et sur TF1 qui a acheté les droits de diffusion de la Coupe du monde 2019 en France. On peut alors dire qu’il y a une évolution et qu’elle est positive. »

Jackpot !

Positive mais encore fragile. Certaines chaines tendent de plus en plus à défendre la parité dans leurs grilles, surtout convaincues par les sondages qu’elles surfent ainsi sur une réelle tendance.

L’un d’eux, signé Odoxa, effectué en 2019, révèle en effet que 80 % des Français aimeraient voir plus de sport féminin à la télévision, considérant majoritairement que le sport féminin est aussi spectaculaire et intéressant que son pendant masculin.

Déjà, il y a trois ans, une étude du CSA sur le thème «  Sport et télévision » , révélait qu’entre 2011 et 2015, quatre des dix meilleures audiences des chaînes de la TNT gratuite* étaient des compétitions sportives féminines.  Et qui dit bonnes audiences dit jackpot.

Ce fut notamment le cas en 2015 pour W9 lorsque la petite chaîne du groupe M6 diffusa le Mondial de foot féminin. Le public se passionna pour les Bleues jusqu’à l’apothéose : un quart de finale suivi par 4 millions de téléspectateurs (26,2 % du public), la plus forte audience jamais réalisée par une chaîne de la TNT.

Résultat : le montant publicitaire engrangé battit lui aussi tous les records.

Un cercle vertueux

Equipe de France foot feminine
Défenseure du PSG et internationale de football, la Française Ève Périsset

Quatre ans plus tard, on refait le match  : TF1 enregistre elle aussi l’une de ses meilleures audiences de l’année, grâce au quart de finale de la Coupe du monde féminine de foot 2019 (10,71 millions de téléspectateurs devant France-Etats-Unis).

 Une excellente affaire donc qui fait réfléchir le reste du Paf (paysage audiovisuel français). Qui commence enfin à entrevoir un intérêt à diffuser du sport féminin. Intérêt partagé par les sponsors et les autres médias.

Un cercle vertueux serait-il en train de s’enclencher ?

« Le sport féminin devient attractif et spectaculaire, relève Christophe Lepetit. Les femmes sont plus performantes que jamais mais elles sont aussi les nouvelles représentantes des valeurs du sport. Le sport masculin a connu de très nombreuses dérives qui ont terni son image et tout cela contribue à renforcer l’attractivité des compétitions féminines. »

Les réjouissances attendront

Un sport féminin qui a représenté en 2017 entre 16  % et 20  % du volume horaire de diffusion de retransmissions sportives, contre 14 % en 2014 et 7 % en 2012**.

Pour autant, il y a encore du chemin à faire. S’il y a évolution positive, il n’y a pas parité, loin de là, les réjouissances attendront encore un peu.  

« On peut noter une trajectoire de progression qui est très encourageante, relevait ainsi la secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, lors de la troisième édition de « Sport Féminin Toujours » en février dernier. On peut dire aussi que les femmes constituent 52 % de l’humanité et que donc demander 50 % des retransmissions c’est déjà un compromis. Finalement, on pourrait se mettre d’accord sur ce chiffre de 50-50. »

D’autant que les chiffres d’audience démontrent que « le sport féminin dispose d’un public à fidéliser et à développer et que les femmes sont potentiellement des consommatrices de sport dans les médias, il faut maintenant les conquérir  », note l’étude CDES 2017.

Les conquérir en effet car selon Odoxa, le sport au féminin est surtout applaudit par les hommes, ils sont 75  % à  scruter les prouesses des sportives, contre 52 % des femmes. Le sport féminin le plus suivi est le football (52 %), devant le handball (41 %), en progression de 15 points en six mois.

Enfin, soyons clairs, les avancées en matière de parité sportive, que ce soit dans les médias ou dans les priorités des sponsors, reposent sur les épaules des athlètes françaises elles-mêmes.

« Ce qui intéresse le public, c’est l’équipe de France, note Christophe Lepetit. Seul l’effet patriote est capable de booster significativement les audiences. »

Autrement dit : plus les filles sauront prouver ce qu’elles savent très bien faire, plus le sport au féminin fera parler de lui.

* Hors chaînes dites « historiques »

** Selon les études CSA et CDES pour FDJ (2017)

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Vous aimerez aussi…

Salomé Gilles

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

La semaine dernière, on fêtait les femmes. Et même si, sur ÀBLOCK!, le 8 mars, c’est toute l’année, on a fait fort : une ministre, deux sociologues, une arbitre, sans compter nos pratiquantes et championnes (comme l’aviatrice Salomé Gilles sur notre photo), les rencontres se sont succédé. Alors, on est aux anges, comme d’hab’. Allez, on vous partage tout !

Lire plus »

Angélique : « Éduquer par le sport, c’est aussi casser les clichés. »

Elle permet à tous d’accéder à une activité sportive. Angélique est éducatrice sportive en collectivité territoriale dans un milieu rural où les installations sportives peuvent venir à manquer. Elle apporte son savoir-faire, son matériel et son naturel généreux aux enfants qui découvrent alors une activité amusante et enrichissante en-dehors des heures d’école. Une belle école de la vie… sur des rollers ou dans une sacrée partie de hockey !

Lire plus »

Foot au féminin : le Real Madrid donne le coup d’envoi !

Il était temps ! Après plus d’un siècle d’existence le Real crée sa première équipe féminine professionnelle. Ce mercredi 1er juillet, le club madrilène a officialisé la nouvelle. Les joueuses fouleront pour la première fois les pelouses à la prochaine saison, lors du championnat espagnol.

Lire plus »
Le Slopestyle ? Cékoiça ?

Le slopestyle ? Cékoiça ?

Si vous n’êtes ni un spectateur assidu des JO d’hiver ni un fin connaisseur d’épreuves de ski ou de snowboard, vous avez peu de chance de connaître ce mot ou plutôt cette discipline. Alors, c’est quoi, à votre avis, le slopestyle ? Les sportifs et sportives, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Place à notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Changeons les règles

Les femmes et l’océan, vers de nouvelles « règles »

Un distributeur de protections périodiques éco-responsables pour les navigatrices, c’est l’initiative du jour. L’association Horizon Mixité de la navigatrice Isabelle Joschke et son partenaire le Club Nautique de Lorient (CNL) s’engagent pour les femmes et pour la protection de l’environnement. Prenons la vague.

Lire plus »
Martine Rolland

Martine Rolland : « Je suis une alpiniste avant d’être une femme. »

Elle fut la première femme guide de haute montagne en Europe. L’alpinisme, pour elle, c’est avant tout une histoire d’amour. Celle qui la lie à son mari, Jean-Jacques, qui l’a initiée à la montagne et l’a soutenue lorsqu’elle a voulu faire de sa passion son métier. Martine Rolland est une pionnière discrète, étonnante et captivante. Elle se raconte dans un livre* et sur ÀBLOCK!

Lire plus »
Fanny Blankers-Koen

JO 1948 : Fanny Blankers-Koen, « mère indigne » devenue star de la piste

On la surnommait « La ménagère volante ». Spécialiste du sprint, elle est la seule à avoir décroché quatre médailles d’or en une seule édition. Un palmarès d’autant plus bluffant à une époque où les femmes n’étaient pas les bienvenues dans les compétitions, encore moins les mères de famille. Récit d’une femme au foyer devenue femme médaillée.

Lire plus »
Léa Labrousse

Léa Labrousse : « En trampoline, voir un garçon aller plus haut que moi, ça me booste ! »

Pétillante, fraîche et aérienne, elle pourrait bien faire ses plus belles figures aux prochains JO de Tokyo. En attendant, Léa Labrousse, trampoliniste française, continue de prendre d’assaut la toile en compétitions internationales. Du haut de ses 23 ans, elle sait comme personne déchausser les baskets pour se propulser dans les airs avec une puissance et une précision dont elle seule a le secret. Rencontre avec une fille d’une autre dimension. En toute légèreté.

Lire plus »
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner