Cendrine Browne La skieuse qui respire à fond

Cendrine Browne
Elle a la glisse dans le sang. La canadienne Cendrine Browne est une fondue de ski. C’est le cas de le dire car elle, son truc, c’est le ski de fond, un sport qui la fait vibrer. Venue tardivement à la compét’, elle a découvert un espace d’expression et de liberté inattendu. Aujourd’hui, elle s’engage pour que les filles aient toute leur place dans le monde enneigé des sportifs.

Par Claire Bonnot

Publié le 02 juin 2021 à 19h24, mis à jour le 08 décembre 2021 à 18h26

« Skier me rend heureuse et me donne des ailes » dixit une athlète fonceuse, la canadienne Cendrine Browne, championne de ski de fond, maintes fois couronnée du haut de ses 27 printemps.

Cette jolie blonde au corps athlétique et gracieux glisse depuis ses 15 ans vers le succès… chaussée de skis de fond.

Mais elle ne plante pas ses skis une fois ses exploits réalisés. S’engageant dans le terrain glissant du sport féminin, la sportive ne lâche rien et profite de son expérience en créant « Féminaction », un programme provincial d’entraînement pour adolescentes. Une championne-modèle ! En piste.

La petite Cendrine Browne naît en 1993 pratiquement skis aux pieds. La voie était toute tracée : sa mère, Julie Bruneau, a fait partie de l’équipe nationale junior et a concouru aux Championnats du monde juniors.

La jeune Cendrine glisse alors dès son plus jeune âge. Avant de rencontrer son destin sportif à l’adolescence. Elle a alors 15 ans, et vient de participer à ses premiers Jeux du Québec : « J’avais tellement aimé la compétition et la sensation de glisse que procure le ski que j’avais supplié ma mère de m’inscrire dans le club local : les Fondeurs Laurentides. »

C’est à l’âge de 20 qu’elle réalise ses premiers exploits et entre dans l’équipe nationale junior. Mais, avant ça, Cendrine Browne connait la désillusion, la séparation de ses parents et sa mère emportant toute la petite famille avec elle. Pour vivre loin, vivre ailleurs. Un épisode profondément déstabilisant suivi d’une dépression.

Son antidote ? Le ski de fond : « J’ai vu que, malgré la situation, ma mère souriait et voyait le positif dans tout, alors je me suis dit que j’allais faire ça, moi aussi, parce que ça devait être encore plus difficile à vivre pour elle. Je suis sortie de mon trou puis j’ai été choisie au Centre national Pierre Harvey. Cette année-là, j’ai travaillé vraiment fort. Je suis arrivée 15e aux championnats mondiaux juniors et c’est là que ma carrière s’est lancée. »

Avec cette performance éclair, la skieuse est couronnée du prix de la meilleure skieuse nord-américaine et parvient, surtout, à intégrer l’équipe nationale senior : « Je me souviendrai toujours du moment où, à l’arrivée, je voyais les noms des coureuses défiler sur l’écran géant et que mon propre nom s’est arrêté, en même temps que mon cœur, à la 15e position. »

Les circonstances de la vie ont forgé la gagne de la jeune championne, résiliente et définitivement fonceuse. Sa devise ? « Il faut apprendre à danser sous la pluie ». « J’ai développé des outils pour la vie à travers tout ça, dit-elle. Quand tu tombes, il faut que tu te relèves. C’est sûr que ça fait mal, mais se relever te rend plus fort. Ça donne des outils pour avancer ».

La preuve ? La suite est épatante. Cendrine Browne semble voler sur la neige… Un Championnat du monde junior, deux Championnats du monde U-23, un Championnat du monde senior qui lui vaut une 26e place, une performance qui n’avait pas été faite depuis dix ans par une Canadienne et plus de quatre-vingt départs en Coupe du monde.

L’année phare pour elle ? L’année 2018 qui la voit atteindre une 27e place en Coupe du monde dans le Top 30 et devenir une olympienne. À PyeongChang, elle se classe, notamment, 33e à l’épreuve du skiathlon, 13e au relais 4 x 5 km et 43e au 30 km départ groupé.

Elle ne décroche pas les premières places, mais elle réalise son rêve d’olympiades : « Malgré ce que certains diront, je sais ce que je vaux. Je sais ce que j’ai accompli. Et ça, personne ne peut me l’enlever, ça m’appartient pour toujours », écrit-elle sur son compte Facebook.

Un rêve qui se réalise, donc, mais lui rappelle surtout que c’est la route tracée qui importe : « Être athlète olympique, c’est un titre de plus et je reste la même Cendrine. Ça aide pour la recherche de commanditaires et j’ai aussi de l’expérience grâce à la plus grosse compétition au monde, mais c’est tout le cheminement qui m’a menée aux Jeux Olympiques qui m’apporte le plus aujourd’hui. J’ai créé des outils et accumulé de l’expérience en cours de route. »

Un parcours éclair qu’elle attribue à son amour du sport et de la compétition.

En 2021, la championne est de nouveau sélectionnée dans l’équipe nationale de ski de fond pour la saison prochaine. Un défi relevé haut la main en travaillant toujours plus dur.

Cendrine Browne se concentre donc désormais sur son entraînement et sa préparation pour les qualifications pour les JO de 2022, à Pékin : « Pour une place à Pékin, il n’y a toutefois rien encore d’acquis pour moi. Je dois réussir de bonnes performances jusqu’en décembre pour être choisie, sans quoi il me faudra passer par les sélections nationales. Je prends ça une étape à la fois », confie-t-elle, philosophe.

Stéphane Barrette, le nouveau directeur-général de Nordiq Canada, la fédération canadienne du ski de fond et du ski paranordique au Canada, ne tarit pas d’éloges sur le talent de Cendrine Browne : « Je dirais que Cendrine est aujourd’hui parmi les 25 meilleures mondialement. Elle progresse encore à 27 ans : avant, le style patin était son meilleur mais, en 2021, son style classique est rendu aussi fort. Elle a une dizaine de secondes à gagner sur les épreuves de 10 km et je crois qu’il est réalisable de penser qu’elle puisse les combler. Plusieurs skieuses ont atteint leur pic de carrière au début de la trentaine ». Une skieuse de fond à suivre… à fond !

Côté sport féminin, Cendrine Browne n’oublie pas ses futures challengers, ces pratiquantes encore anonymes, non moins passionnées, qu’elle encourage. Ainsi, avec sa coéquipière en ski de fond, Laura Leclair, elle lance un programme d’entraînement pour adolescentes : le projet « Féminaction ».

Il a pour but de permettre aux jeunes filles de 13 à 15 ans de parfaire leurs connaissances et leurs entraînements, épaulées de deux connaisseuses du métier au mental d’acier : « Beaucoup de jeunes filles s’adonnent au ski de fond au Québec. Mais lorsque des difficultés surviennent à l’adolescence, plusieurs décrochent, même si elles ont un talent certain. Le but est de leur offrir tant notre expérience que des conseils techniques à l’entraînement, pour qu’elles poursuivent leur jeune carrière. Notre sport est fait comme ça, il y a beaucoup de barèmes. Si tu n’es pas arrivée, à un certain âge, à un standard rendu, c’est comme s’il n’y avait plus de place pour toi. On veut changer ça », explique la demoiselle.

Autre volet ? faire de la place aux entraîneurs au féminin parce qu’ « il y a un manque de présence féminine dans notre sport ». Une initiative 100 % ÀBLOCK ! On fonce…

Vous aimerez aussi…

Emeline Delanis

Emeline Delanis : « L’athlé, c’était juste un loisir, je n’imaginais pas où ça allait me mener ! »

C’est l’athlétisme qui l’a choisie et non l’inverse. Emeline Delanis s’est mise à courir parce qu’elle était douée. Tout simplement. La jeune Francilienne, 24 ans, est rapidement montée en puissance… et en distance. Passée du 800 mètres au 10 000 mètres avec succès, double championne de France espoir 3000m steeple et 5000m en 2017, 3e aux Championnats de France élite l’an dernier, elle ne compte pas s’arrêter là et lorgne désormais du côté de la course sur route, mais aussi du marathon avec, dans un coin de sa tête, les Jeux Olympiques. Rencontre avec une fille endurante !

Lire plus »
Garmin Triathlon Paris : nagez, pédalez, courez, mais libérez-vous !

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une Ironwoman, une outsider qui rêve de faire bouger les lignes, des Bleues à la poursuite du sommet de l’Europe et un triathlon dans la Ville Lumière, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!.

Lire plus »
La question qui tue

En sport, la récup, c’est obligé ?

On les adore ces séances où on pète la forme, où tous les exercices nous semblent easy, où on se dépasse en mode “même pas mal“. Forcément, ça donne envie de recommencer. Vite, trop vite. Et c’est là que la récupération joue son rôle. Pas convaincu ? Lis plutôt la réponse de notre coach, Nathalie Servais !

Lire plus »
Rikako Ikee

Rikako Ikee, la nageuse qui ne veut jamais perdre, même contre la maladie…

Elle a seulement 20 ans, mais entame déjà sa deuxième vie. Rikako Ikee, grand espoir de la natation japonaise, a bien failli ne pas participer aux prochains JO de Tokyo. Atteinte d’une leucémie diagnostiquée en février 2019, la sextuple médaillée d’or des Jeux Asiatiques de 2018 a dû batailler dix longs mois contre la maladie avant de revenir au premier plan. Portrait d’une battante.

Lire plus »
Jeux des jeunes

Jeux des jeunes, c’est (bien) parti !

Y a urgence. À l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) vient de lancer un programme de sensibilisation de la pratique du sport chez les jeunes. En partenariat avec l’UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire) et l’UGSEL (Fédération sportive éducative de l’enseignement catholique), il espère ainsi faire bouger une nouvelle génération de plus en plus sédentaire.

Lire plus »
Sonia Heckel, toujours un coup d’avance à la boccia

Sonia Heckel, toujours un coup d’avance à la boccia

Lorsqu’elle joue, elle oublie tout. Sonia Heckel, 35 ans, a déjà marqué l’histoire de son sport. Multi-titrée aux Mondiaux de boccia, celle qui se bat contre la myopathie s’apprête à participer à ses 2e Jeux Paralympiques. À Paris, à la maison, elle compte bien prendre la balle au bond.

Lire plus »
Le questionnaire sportif de… Aurélie Goubel

Le questionnaire sportif de… Aurélie Goubel

La saison 2024 a été sa dernière. La capitaine du Handball Plan-de-Cuques, Aurélie Goubel, a quitté les parquets pour reprendre à plein temps son métier de prof. Avant son départ, on lui a demandé de répondre à notre petit questionnaire de Proust à la sauce ÀBLOCK!

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner