Raymonde de Laroche

Ou l’histoire de la baronne qui ne manque pas d’air

Baronne Raymonde de Laroche
Elle a, sans regret, délaissé les arts pour la mécanique. Élisa Léontine Deroche, dite Baronne Raymonde de Laroche, a été comédienne avant de tout quitter pour grimper dans un aéroplane. Première femme au monde à décrocher un brevet de pilote-aviateur, la Parisienne a marqué de son empreinte les débuts de l’aviation. Récit d’une actrice devenue casse-cou.

Par Sophie Danger

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

C’était il y a 111 ans. Quasi-jour pour jour. Le 8 mars 1910, Élisa Léontine Deroche, plus connue sous le pseudonyme de Baronne Raymonde de Laroche, devenait, à bientôt 28 ans, la première femme au monde à obtenir son brevet de pilote-aviateur.

Pionnière parmi les pionnières, rien ne prédestinait pourtant cette intrépide Parisienne à inscrire son nom, et encore moins son surnom, au panthéon de l’aviation.

Née le 22 août 1882, dans le quartier du Marais, la jeune Élisa Léontine Deroche, issue d’un foyer modeste, nourrit, très tôt, un penchant certain pour les arts. Si peinture et sculpture contribuent à son épanouissement, c’est sur les planches qu’elle se révèle.

En décembre 1903, elle est à l’affiche de « La Sorcière », une pièce de Victorien Sardou programmée au théâtre de la ville, anciennement théâtre Sarah Bernhardt. La prestation de la demoiselle, qui incarne le personnage de Doña Sérafine, ne passe pas inaperçue et Michel Carré ou encore Max Maurey, auteurs dramatiques réputés du XXe siècle, feront, par la suite, appel, eux aussi, à ses talents.

Promise à une brillante carrière de comédienne, la fantasque Élisa décide cependant, à l’orée des années 10, de changer radicalement de vues.

Éprise de sensations fortes, elle qui a déjà conduit une motocyclette et piloté une automobile – elle obtiendra son permis en 1902 – se prend de passion pour les aéroplanes. Intime des frères Voisin, précurseurs en la matière, elle apprend les rudiments du pilotage sur leur terrain d’essai de Mourmelon.

Installée à bord d’un de leurs biplans, elle est conseillée dans cette audacieuse entreprise par Édouard Château, autre aviateur de renom.

Le 22 octobre 1909, la demoiselle Deroche exécute son premier vol en solo. Quatre mois plus tard, elle met le cap sur l’Égypte pour le meeting d’Héliopolis. Elle validera, à cette occasion, son brevet de pilote-aviateur qui lui sera délivré trois semaines plus tard, le 8 mars 1910. Une première mondiale pour une femme.

Dès lors, la Française n’aura de cesse de multiplier les exhibitions. Et les exploits. En mai 1910, à Saint-Pétersbourg, elle s’envole à 100 mètres d’altitude avant de couper le moteur de son avion pour atterrir en vol plané. Nicolas II, tsar de toutes les Russies, venu en spectateur, lui aurait, selon la légende, offert un bijou impérial et le titre de baronne pour la récompenser.

De retour en France au cours de l’été, la téméraire néo-sommité va passer tout près de la catastrophe. Engagée à Reims, son biplan chute d’une cinquantaine de mètres. Extraite des débris de l’appareil, elle souffre de multiples fractures mais s’en tire miraculeusement.

Le 26 septembre 1912, autre accident, mais d’automobile cette fois. En virée sur les routes du Rhône en compagnie du cadet des frères Voisin, elle est projetée hors de l’habitacle. Charles, l’ami de toujours, est tué sur le coup. Rescapée, la baronne s’en sort, par chance, avec seulement quelques contusions.

Pour dramatiques qu’ils soient, ces évènements ne parviennent toutefois pas à doucher son bel enthousiasme. En novembre 1913, elle remporte la Coupe Fémina après avoir parcouru 323 kilomètres en circuit fermé en l’espace de 4 heures, un record !

Rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter si ce n’est la Grande Guerre qui va la contraindre, temporairement, à garder les pieds sur terre, une fois n’est pas coutume ! Privée de son avion, réquisitionné d’autorité, elle sera autorisée à rejouer les filles de l’air qu’après la signature de l’armistice.

Un retour aux affaires, certes tardif à son goût, mais néanmoins triomphal puisqu’en juin 1919, elle améliore, par deux fois, le record d’altitude, après s’être envolée, tour à tour, à 4 000 puis à 4 800 mètres.

Désormais, femme la plus haute du monde, la baronne Raymonde de Laroche, fidèle à ses habitudes, se plaît à voir encore plus loin et surtout toujours plus haut. Le destin en décidera, malheureusement, autrement.

En juillet 1919, elle rejoint son instructeur en Baie de Somme pour s’y entraîner. Le 18, c’est ce dernier qui est aux commandes quand son avion s’écrase. Elle n’en réchappera pas.

L’extravagante baronne, miraculée par deux fois, disparaît tragiquement à l’âge de 36 ans non sans avoir marqué de son empreinte l’histoire de l’aviation mondiale.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Vous aimerez aussi…

i'm sorry majolie mccann

« I’m sorry » ou le sarcastique cri des sportives

C’est l’histoire d’un clip engagé, créé par un couple de jeunes cinéastes au fin fond du Québec et qui devient viral. L’histoire d’une vidéo tournée à la demande d’un coach de soccer qui milite pour l’égalité des sexes dans le sport. C’est l’histoire d’une vidéo qui claque.

Lire plus »

Sport et Coronavirus : le vrai du faux

On dit (et on entend) souvent que le sport aide à lutter contre les virus. Mais est-ce la vérité ? Ne rien changer à sa routine sportive aide-t-il vraiment à lutter contre la maladie et plus particulièrement contre le Coronavirus COVID-19 ? Pourquoi faut-il continuer à pratiquer, mais dans quels cas faut-il impérativement mettre son corps en mode « pause » ? Éléments de réponse.

Lire plus »
Karolina Muchova

Karolina Muchova, c’est de la balle !

OK, elle vient de s’incliner face à Jennifer Brady, mais elle lui a donné du fil à retordre. Et nous, on l’aime bien cette tenniswoman, spécialiste des coups de théâtre. À l’Open d’Australie, Karolina Muchova, 27e mondiale au classement WTA, a réussi à mettre la N°1 mondiale, Ashleigh Barty, au tapis. Le monde du tennis est de plus en plus séduit par la Tchèque de 24 ans, elle qui s’est offert sa première demi-finale en Grand Chelem et sa deuxième victoire contre une joueuse du top 5. Portrait d’une fille qui nous a pris de court.

Lire plus »
Marion Joffle

Marion Joffle : « Quand je nage dans l’eau glacée, je suis comme dans une bulle. »

Elle a goûté à l’eau froide, il y a quatre ans. Depuis, Marion Joffle enchaîne les défis, établit de nouveaux records mondiaux et rafle toutes les médailles sur son passage, avec comme unique objectif de se dépasser. La nageuse surnommée « Le Pingouin », le prouvera encore, en septembre prochain, avec la traversée de la Manche. Nous l’avons suivie lors des Mondiaux en eau glacée, en Slovénie. Fraîche rencontre avec une fille joyeusement « givrée ».

Lire plus »
Amy Bond

Amy Bond, la Pole danseuse qui voulait se réconcilier avec son corps

Elle est l’une des « putains » d’héroïnes à avoir trouvé dans la barre de Pole Dance un exutoire, un réconfort, puis, une deuxième vie. Nous l’avons découverte dans le docu de Netflix « Pole Dance, Haut les corps ! ». Impossible, depuis, de la quitter des yeux ! Amy Bond s’envole, sens dessus-dessous, vertigineuse. Portrait d’une fille qui balance son corps comme elle se jetterait du haut d’une falaise.

Lire plus »
Martine Rolland

Martine Rolland : « Je suis une alpiniste avant d’être une femme. »

Elle fut la première femme guide de haute montagne en Europe. L’alpinisme, pour elle, c’est avant tout une histoire d’amour. Celle qui la lie à son mari, Jean-Jacques, qui l’a initiée à la montagne et l’a soutenue lorsqu’elle a voulu faire de sa passion son métier. Martine Rolland est une pionnière discrète, étonnante et captivante. Elle se raconte dans un livre* et sur ÀBLOCK!

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Retour en haut de page