Tia-Clair Toomey L’iconique crossfiteuse qui place la barre très haut…

Tia-Clair Toomey
Et de quatre ! Depuis 2017, pas une édition des CrossFit Games n'aura eu raison de sa hargne. Le 25 octobre dernier à Aromas, en Californie, Tia-Clair Toomey a de nouveau été sacrée « Femme la plus en forme sur Terre ». L’Australienne qui ne cesse de repousser ses limites marque ainsi de son empreinte musclée l’Histoire de sa discipline. Portrait d’une guerrière.

Par Sophie Danger

Publié le 13 novembre 2020 à 17h09, mis à jour le 29 juillet 2021 à 14h47

Compétitrice dans l’âme et sportive accomplie depuis toujours, rien ne prédestinait pourtant Tia-Clair Toomey à devenir cette exceptionnelle machine à gagner. Persuadée que son avenir rimerait, quoi qu’il advienne, avec sport, son cœur a pourtant longtemps penché côté piste plutôt que côté salle.

Bouleversée par la victoire de sa compatriote Cathy Freeman sur 400 mètres lors des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, la petite Australienne, âgée de 7 ans, n’a eu de cesse, dès lors, de se rêver un destin similaire. « Ce qu’elle venait de réussir était grand, se remémore Tia-Clair Toomey sur CrossFit.fr… J’avais la sensation, moi aussi, que je pouvais réaliser quelque chose. »

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook Tia-Clair Toomey

Portée par son ambition olympique, l’athlète en herbe partage alors son temps entre école et entraînements intensifs. Épaulée par son père, Brendan Toomey, elle jongle et enchaîne. Inlassablement.

Les journées se suivent et se ressemblent. Deux ou trois kilomètres de natation le matin pour se mettre en jambes et, une fois les cours terminés, un détour par la salle de sport pour travailler son explosivité.  

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Un investissement personnel énorme mais qui, malheureusement, ne suffira pas. Une carrière de sportive professionnelle a en effet un coût que la famille Toomey n’est pas en mesure de supporter.

En 2011, ses études secondaires terminées, la native du Queensland se voit donc contrainte de renoncer à ses ambitions sportives pour raisons financières.

Les pointes remisées au placard, elle commence une formation d’infirmière. « Courir juste pour faire de l’exercice dans le seul but de rester en forme est une chose que je n’avais jamais connu auparavant, confie Tia-Clair Toomey. J’ai toujours fait de la compétition, je m’entraînais pour quelque chose. C’était si différent quand je n’avais pas ça, ce n’était pas très agréable. »

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Sans but et éloignée de ses proches, Tia-Clair Toomey déprime. Six mois plus tard, en 2013, elle abandonne la faculté pour rejoindre Shane Orr, son petit ami, à Gladstone. Celui-là même qui deviendra plus tard l’un de ses entraîneurs de CrossFit.

Elle y trouve un travail d’assistante dentaire et, avec ses premiers revenus, s’offre une licence dans le club d’athlétisme local. L’aspirante sprinteuse renoue avec sa passion. Dans sa ligne de mire, l’espoir, de nouveau vivace, de participer aux Jeux Olympiques.

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Pressée de retrouver son niveau, l’Australienne se tourne alors vers ce sport complet qu’est le CrossFit. « Shane m’a convaincue de participer à une session avec lui mais, pour être honnête, je n’ai pas aimé, s’amuse-t-elle sur Reebok.com. Je pensais que ce n’était pas pour moi. »

Mais la perspective d’intégrer l’équipe nationale olympique conjuguée aux talents de persuasion de son fiancé auront finalement raison de ses réticences. « Plus j’y allais, plus je prenais du plaisir, poursuit Tia-Clair Toomey. J’en avais marre de m’entraîner seule, là il y avait une communauté. Lorsque j’ai réalisé que je pouvais pratiquer le CrossFit comme un sport à part entière, tout a rapidement changé. »

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Un mois plus tard, la petite Aussie – 1,63m pour 58 kg – s’inscrit au Reebok CrossFit Games Open. Malgré son peu d’expérience en gymnastique et en haltérophilie, elle termine au 403e rang national.

C’est à cette époque que Miles Wydall la repère. Le Britannique, entraîneur de l’équipe australienne d’haltérophilie, lui fait prendre conscience de son énorme potentiel et se propose de l’entraîner. Une rencontre décisive pour Tia-Clair Toomey qui tire un trait, définitif, sur sa carrière de sprinteuse sans renoncer, pour autant, à ses aspirations olympiques. « En quittant la salle le premier jour, se remémore-t-elle sur CrossFit.fr, je me suis dit : “Wow, je voulais tenter ma chance au sprint en vue des Jeux Olympiques, mais je vais la tenter pour l’haltérophilie.”»

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Fidèle à ses habitudes, Tia-Clair Toomey ne lésine ni sur le temps ni sur les efforts. Les sessions de CrossFit et d’haltérophilie rythment ses semaines, les compétitions ses week-ends.

En 2015, elle se qualifie pour la finale des CrossFit Games, sorte de championnats du monde de la discipline. Après seulement trois années de pratique, elle grimpe sur la deuxième marche du podium et est sacrée « Rookie of the year » (recrue de l’année). Le scénario se répète l’année suivante.

Tia-Clair Toomey
©DR/Facebook

Dans le même temps, l’endurante athlète décroche son ticket pour l’épreuve d’haltérophilie aux Jeux Olympiques de Rio. « Il n’y a pas de meilleure sensation que celle de porter les couleurs vert et or (les couleurs de l’Australie, ndlr) savoure Tia-Clair Toomey interrogée par Nocco.com. Notamment lors de la cérémonie d’ouverture, lorsque vous marchez épaule contre épaule avec les meilleurs athlètes de votre pays dans un stade bondé. C’est une expérience phénoménale. » Cinquième de son groupe, elle quitte Rio, une quatorzième place en poche.

Il faudra attendre un an de plus pour que la protégée de Shane Orr -devenu son mari en 2017, juste après sa première victoire aux Games- goûte, enfin, aux honneurs.

Engagée dans les CrossFit Games 2017, elle décroche le Graal. « Le jour où j’ai finalement terminé première était quelque chose dont j’avais toujours rêvé, confie-t-elle sur son site officiel. Lorsque j’ai entendu prononcer mon nom devant des milliers de fans qui m’acclamaient, je me suis sentie invincible, j’avais l’impression d’être au sommet du monde. C’était comme si tout ce qui s’était passé jusqu’à ce moment avait un sens. »

Tia-Clair Toomey et son coach et mari, Shane Orr
Tia-Clair Toomey et son coach et mari, Shane Orr...©DR/Facebook

Depuis, « la femme la plus en forme sur Terre », athlète hors-norme, continue inlassablement à truster les premières places.

En 2018, elle s’offrait l’or en haltérophile aux Jeux du Commonwealth. La même année, elle remportait de nouveau les CrossFit Games. Elle ajoutera ensuite, à son palmarès, les éditions de 2019 et 2020, dominant la discipline avec son pendant masculin, Mathew Fraser, ex-haltérophile olympique, empereur de ces championnats du monde de CrossFit depuis 2016. Et de devenir des athlètes « unstoppable » comme le titrait la presse au lendemain de leur nouvelle victoire.

Tia-Clair Toomey et Mathew Fraser...
Tia-Clair Toomey et Mathew Fraser...©DR/Facebook

De quoi continuer à nourrir les envies olympiques de l’iconique Tia-Clair Toomey avec l’échéance tokyoïte à venir ? Aucune certitude pour le moment ! L’Australienne a décidé, pour une fois, de prendre son temps et souhaite désormais « ne pas (se) projeter trop loin. » Car, dit-elle, « Je suis concentrée sur ce qui se passe ici et maintenant. » Zen, la guerrière…

Vous aimerez aussi…

Benoit Beaufils : « Quand j’ai commencé la natation artistique, on s’est bien foutu de ma gueule. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une militante ÀBLOCK! depuis toujours, une Parisienne en short à paillettes, un défi qui fait des vagues, un nageur artistique qui se jette à l’eau (Benoit Beaufils sur notre photo) et un portrait en 5 infos sur une skieuse de tous les records, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Marie Marvingt, la pionnière du Tour de France

Marie Marvingt, la pionnière du Tour de France

Si on bouclait la (grande) boucle ? Alors que le premier Tour de France Femmes vient de s’achever, place à celle qui a été la seule, en 1908, lorsque les femmes n’étaient pas autorisées à participer au Tour de France, à s’engager sur cette course avec les hommes. Marie Marvingt se passera de permission pour prendre le départ de la plus renommée des compétitions cyclistes. L’Auvergnate, 33 ans, fera partie des trente-sept coureurs à venir à bout des cinq-mille kilomètres du parcours. Sans que son nom ne soit inscrit au palmarès.

Lire plus »
Eileen Gu

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une motarde sur-vitaminée, une skieuse qui part en freestyle (Eileen Gu sur notre photo), une marathonienne qui se raconte ou encore un podcast qui s’invite dans les cours de récré, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! À vos tablettes !

Lire plus »
Catherine Louveau

Catherine Louveau : « Le monde du sport a beaucoup de mal avec les filles performantes, efficaces, musclées… »

Elle n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Elle affirme, qu’aujourd’hui encore, c’est : « aux hommes la performance et aux femmes l’apparence. » Sociologue, professeure émérite à l’Université de Paris-Sud, son champ de recherches concerne le sport et, plus précisément, les problématiques sexuées dans la sphère sportive. Catherine Louveau, forte de plus de trente ans d’expérience dans le domaine, met à mal les représentations traditionnelles dans le sport et analyse les raisons d’un clivage qui a la vie dure. Rencontre éclairante.

Lire plus »
Montres sportives au féminin : une révolution au poignet

Montres sportives au féminin : une révolution au poignet

Les montres sportives connectées sont devenues les alliées silencieuses d’une révolution féminine en mouvement. À chaque foulée, chaque battement, chaque cycle, elles traduisent les besoins, les ambitions et les réalités des femmes qui bougent, luttent et avancent.
Mais comment s’est faite cette (r)évolution qui écoute enfin les femmes ?

Lire plus »
Euro féminin de baseball, tous derrière les battes bleues !

Euro féminin de baseball, tous derrière les battes bleues !

Le championnat d’Europe féminin de baseball se joue à Montpellier jusqu’au 6 août. Et l’équipe de France, tenante du titre, compte bien récidiver l’exploit devant son public. L’occasion de développer le baseball féminin et de prendre rendez-vous pour le premier tour de la Coupe du monde, l’an prochain.

Lire plus »
Mylène Chavas, la gardienne qui touche au but

Mylène Chavas, la gardienne qui touche au but

Du haut de ses 24 ans, elle conserve toujours près d’elle son ballon…et son sang-froid. Gravir les échelons sans brûler les étapes, c’est la recette de la deuxième gardienne des Bleues. Cet Euro sera peut-être l’occasion de prouver qu’elle en a sous le gant.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner