Siraba Dembélé« Sur le terrain, mon moteur, c’est l’émotion. »

Siraba Dembélé
Posée, enthousiaste, passionnée, la numéro 17 de l’équipe de France de handball a tous les atouts du capitaine...de vaisseau sportif ! Siraba Dembélé, 34 ans, devenue mère l’an dernier, revient sur le devant de la scène avec plus de gagne que jamais. Une sportive à suivre pour les futurs JO de Tokyo !

Par Claire Bonnot

Publié le 16 novembre 2020 à 14h59, mis à jour le 13 janvier 2025 à 17h33

Tu es sélectionnée en équipe de France à l’âge de 20 ans, en 2006, et tu gravis rapidement les échelons avec, à la clé, un tableau de récompenses fabuleux : vice-championne olympique en 2016, championne du monde en 2017 puis championne d’Europe en 2018… Comment as-tu fait du handball ton sport-vocation ?

J’ai vraiment commencé le hand par hasard, je ne connaissais pas du tout ce sport, et rien du milieu sportif, en réalité. Ma sœur avait voulu s’inscrire dans un club de hand, à côté d’où l’on habitait. Je l’accompagnais à ses entraînements et j’ai fini par en faire avec elle.

Depuis, je n’ai jamais quitté les baskets. J’avais 11 ans et ça m’a tout de suite plu. Pour le côté sport collectif, l’interaction avec les copines sur le terrain et toute l’énergie qu’il fallait y mettre ! Je n’avais pas forcément envie de faire du haut-niveau ou d’être professionnelle, je crois surtout que je n’y pensais même pas, je me suis toujours laissée guider… Quand on me proposait des défis, je les relevais !

Siraba Dembélé-Pavlović : « J’arrête ma carrière et c’est sans regret.»
©FFHB

Qu’est-ce que ta carrière dans le handball te procure sur le plan personnel ?

Ça fait tellement longtemps que j’en fais – ça va faire quinze ans ! – que je pense que ça m’a construit en tant que personne. Déjà, à la base, j’étais quelqu’un de très introverti donc je suis certaine que ça m’a aidé à m’ouvrir. C’est tout l’aspect humain qui a permis cela : les rencontres qu’on peut faire au fur et à mesure qu’on change d’équipe et donc aussi la découverte d’autres pays, un véritable enrichissement culturel.

En jouant à l’étranger – aujourd’hui, Siraba Dembélé est dans l’équipe du CSM Bucarest, en Roumanie, après avoir joué pour le Danemark, la Macédoine, la Russie et Toulon pour la France, ndlr – j’ai pu apprendre d’autres langues, par exemple.

Le sport de haut-niveau offre de voir du monde et d’ouvrir l’esprit. C’est une belle école de la vie !

Siraba Dembélé
©FFHB

Tu es devenue maman de jumeaux en 2019, comment gères-tu ta vie personnelle et ton implication dans le handball à haut-niveau ?

Dans le handball, il faut prendre soin de son corps car plus on vieillit, plus notre corps change et on encaisse moins bien. Depuis que je suis maman, je fais encore plus attention à mon hygiène de vie, je suis plus pointilleuse pour rester pleine d’énergie. J’ai une vie à dix mille à l’heure, mais je fais tout pour prendre soin de ma famille tout en restant performante sur le terrain.

Après, le haut-niveau, ça se joue aussi sur le plan du mental. Quand tu commences, tu sais que tu pars sur plusieurs années, il faut être solide mentalement, savoir que tu vas avoir des hauts et des bas et devoir faire face aux défaites et aux contre-performances.

Je suis partie de chez moi assez jeune, par exemple, mais je prenais ça comme une superbe opportunité. C’est vrai, à ce stade, quand on atteint le haut-niveau, on a moins le temps de voir sa famille et ça manque bien sûr, mais j’aime ce que je fais donc je me dis que c’est une chance d’en être là !

Siraba Dembélé
©FFHB

Tu sembles totalement imprégnée de ton sport… qu’est-ce que tu ressens lorsque tu joues ?

Quand je suis sur le terrain, je ne sais pas jouer sans émotions ! Je ne sais pas jouer de façon robotisée : aller à mes entraînements, être payée et rentrer à la maison. Ce n’est pas du tout mon moteur. Moi, j’ai besoin qu’on se dirige toutes vers le même objectif, qu’on ait des interactions émotionnelles pendant les matchs, qu’il se passe quelque chose de fort entre nous toutes, l’équipe.

Siraba Dembélé
©FFHB

Tu es reconnue comme l’une des meilleures ailières gauches au monde… Si tu devais résumer ton style de jeu ?

Ma force, c’est surtout ma combativité, je ne lâche jamais rien, je suis une battante ! Je ne me suis jamais attachée à des modèles du monde sportif pour m’inspirer ou me motiver. Je crois que, dès le départ, j’avais une sorte d’insouciance, d’innocence de jeune qui m’a peut-être permis d’aller aussi loin.

Siraba Dembélé-Pavlović : « J’arrête ma carrière et c’est sans regret.»
©FFHB

Si tu devais te retourner sur ta carrière, quels sont les moments difficiles et les moments d’éclats qui ont forgé la sportive et la femme que tu es aujourd’hui ?

Quand on a perdu en quart de finale aux JO de Londres en 2012, ça a été très difficile. Parce qu’on ne méritait pas de perdre, il n’y avait pas de raison, on jouait très bien, on avait fait une belle compétition, un bon match… Ce n’est pas que l’autre équipe ne méritait pas de gagner, c’est tout simplement que c’est très dur à encaisser quand on sait qu’on a mis tous nos moyens en œuvre dans le jeu, qu’on avait les bonnes sensations et que ça n’a pas abouti.

J’ai mis longtemps à m’en relever, j’ai eu besoin de temps pour accepter.

Le moment de bonheur que je garde en mémoire, c’est en 2010, à Toulon, lorsqu’on a gagné le Championnat de France. C’était une issue géniale car, au départ, nous n’étions pas les favorites… Mais grâce à l’ambiance au sein de notre collectif, cette envie de partir à l’assaut, on a réussi.

C’est ça qui me plaît dans le handball : chaque victoire, chaque combat, sont guidés par quelque chose qui transcende la somme des individus qui y participent.

Siraba Dembélé

Comment gardes-tu l’envie de jouer après les moments de désillusion ?

Grâce à l’expérience… Tu apprends de plus en plus à faire face aux défaites et à accepter. Et au lieu de te prendre la tête, tu vas être dans l’analyse constructive : tu en tires des leçons !

Que penses-tu du manque de médiatisation du sport féminin ?

Pour nous, dans le handball féminin, on a clairement plus d’exposition quand on fait des résultats, quand on ramène des médailles. Au moins, on a cette chance-là. D’autres sports en catégorie féminine ne l’ont même pas !

Siraba Dembélé
©FFHB

Comment vis-tu ces périodes de confinement et d’arrêt des compétitions ?

Pour ma part, je l’ai très bien vécu parce que j’ai pu profiter de mes jumeaux nouveau-nés. J’étais vraiment contente d’avoir ce temps très rare pour un sportif de haut-niveau qui court sans cesse à droite, à gauche. C’est finalement bien tombé. Aujourd’hui, on a repris les entraînements et on joue normalement, donc tout est ok !

Quel est ton (plus grand) rêve sportif ?

Actuellement, ce serait de gagner la Champions League et, bien sûr, les Jeux Olympiques de 2021 à Tokyo !

Siraba Dembélé
©FFHB

Comment tu boosterais toutes celles qui n’osent pas se lancer sur le terrain du sport ?

Le sport, c’est la vitalité, quel que soit l’activité que tu pratiques. Il ne faut pas hésiter à se mettre à bouger, parce que quand tu fais du sport, quand tu te mets en mouvement, tu te sens revivre.

Vous aimerez aussi…

Betty Robinson, la course à un train d’enfer

Betty Robinson, la course à un train d’enfer

Elle est partie de rien et revenue de tout. Cinq mois après ses débuts en athlétisme, Élisabeth « Betty » Robinson est devenue la première championne olympique du 100 mètres de l’Histoire. Sacrée à Amsterdam en 1928, elle brillera également à Berlin, sept ans après qu’un accident d’avion ait manqué de peu lui ôter la vie.

Lire plus »
Clare Connor

Avec Clare Connor, le cricket féminin tient sa trajectoire

Figure féminine dirigeante rare dans le milieu du cricket, l’ancienne joueuse pro Clare Connor deviendra en 2021 la première femme présidente de l’histoire du Marylebone Cricket Club (MCC). Historique pour ce gardien des lois du cricket âgé de plus de 200 ans ! Portrait d’une cricket-girl qui n’hésite pas à lancer des balles fortes en faveur d’un milieu sportif plus inclusif.

Lire plus »
Manon Herbulot, les JO pour cible

Manon Herbulot, les JO pour cible

À seulement 17 ans, Manon Herbulot fait déjà ses armes aux Jeux Olympiques. Au tir à la carabine, elle affiche un parcours impressionnant et sa qualification aux JO de Paris se présente comme le couronnement d’un travail qui prouve sa maturité.

Lire plus »
La question qui tue

C’est grave si j’arrête de m’entraîner quelque temps ?  

Envie de se la couler douce en vacances, blessé ou victime d’un gros coup de mou ? Rien à faire, le sport passe à la trappe. Et tu culpabilises. Parce que, forcément, ce sera dur de reprendre, tu vas perdre ton niveau (ou du muscle), tu vas grossir… Mais, en vrai, abandonner (un peu) sa routine sportive, c’est grave ou ça passe ?

Lire plus »
Capucine : « Être entre filles nous permet d’oser nous lancer. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une pionnière de la planche, une fille de la glisse qui n’a peur de rien (Capucine avec ses copines les Shreddeuses sur notre photo), un récap’ de l’Euro de hand, une runneuse toujours ÀBLOCK! (même en diagonale) ou une Question qui tue spécial insomniaques… C’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!

Lire plus »
La question qui tue Le sport, ça met combien de temps pour faire effet ?

Le sport, ça met combien de temps pour faire effet ?

La taille affinée, les tablettes de chocolat, les muscles bombés… on est une ribambelle à se mettre au sport pour sculpter nos corps (que l’on trouve) imparfaits. Et nous voilà un peu frustrés quand, après trois séances, rien ne semble bouger. Mais combien de temps ça va donc prendre pour se réveiller ? T’impatiente pas, on t’explique tout !

Lire plus »
Kids

Terrains de jeux : la cours de récré, un labo de société (2e mi-temps)

Deuxième mi-temps de ce podcast consacré à l’égalité filles-garçons à l’école et plus précisément au sein même de la cour de récréation. Comment l’espace se définit-il, comment les filles trouvent leur place, comment cela peut avoir une incidence sur leur comportement d’adulte… La géographe du genre Edith Maruéjouls nous éclaire dans le podcast Papas Poules en partenariat avec ÀBLOCK! Instructif.

Lire plus »
Agathe Bessard

Agathe Bessard : « En skeleton, t’as pas le choix, il faut foncer ! »

Une fusée qui glisse comme elle respire, un sang-froid et une concentration inébranlables… Celle qui aime se surnommer « Fast & Curious » a une longueur d’avance : pionnière dans le skeleton féminin français, médaillée de bronze aux JO de La Jeunesse 2016, vice-championne d’Europe junior par deux fois et au bout du tunnel (de glace) : les JO d’hiver 2022. Rencontre tout schuss avec une reine de la luge.

Lire plus »
Manaé Feleu : « Quand t'es une fille et que tu dis que tu joues au rugby, on te répond que c’est un sport de brutes . »

Manae Feleu : « Quand je dis que je joue au rugby, on me répond que c’est un sport de brutes . »

Elle mène de front études de médecine et sport de haut niveau. Manae Feleu, 22 ans, a fait ses premières passes au ballon ovale à Futuna avant de tenter l’aventure sur le continent. La deuxième ligne des Amazones de Grenoble, cinq sélections en équipe de France A, n’a qu’un souhait : continuer à tout mener de front et être championne du monde de rugby en 2025. Rencontre.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner