Lise Billon : « L’alpinisme est un vaste terrain de jeu où exprimer nos libertés. »

Lise Billon
Elle est une conquérante qui n’a pas froid aux yeux, une aventureuse qui grimpe sur les plus hauts sommets du monde et transmet sa passion avec bonheur. Guide de haute montagne, coach des futures alpinistes confirmées et aspirantes guides, quelques minutes avec elle et la montagne vous gagne ! De quoi emmener une belle cordée de femmes alpinistes dans son sillon…
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  • 10 métiers du sport, 10 femmes, 10 témoignages. À l’occasion de l’opération « Sport Féminin Toujours » lancée par le ministère des Sports et le CSA, ÀBLOCK! s’associe à Femix’Sports avec pour mission de promouvoir le sport au féminin. Ensemble, nous avons choisi de mettre en lumière les métiers de la sphère sportive, ces métiers à féminiser d’urgence pour davantage d’équité et d’équilibre dans cet univers encore trop masculin.

 

« Mon papa était guide de haute montagne et même s’il n’a jamais vraiment travaillé en tant que tel car nous habitions dans la Drôme, ça a irrigué mon imaginaire. Je n’ai pourtant commencé la haute montagne que bien plus tard, lorsque j’étais étudiante à la fac. Auparavant, le sport en extérieur était tout de même déjà une passion avec l’escalade notamment.

Et puis les grands espaces m’attirent… J’ai vraiment commencé la haute montagne grâce à la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade, ndlr) et ses comités départementaux, régionaux et nationaux. Je suis passée par chacune de ces équipes et étapes avant de moi-même devenir la monitrice qui encadre les futures alpinistes.

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En alpinisme, il n’y a pas de compétitions et donc pas d’alpinistes professionnels à proprement parler. On pratique « en amateur », mais on peut arriver à en vivre en partie, grâce à des marques, des sponsors.

En dehors de mon activité professionnelle de guide justement, j’ai fait beaucoup de sommets (Lise est l’une des rares femmes alpinistes à avoir reçu le Piolet d’or. C’était en 2016 pour l’ouverture du pilier nord-est, haut de 1000 mètres, du Cerro Riso Patron (2550 m), ndlr)

Toutes ces ascensions forment, donnent un bagage technique, de l’expérience. Celles qui ont beaucoup comptées pour moi ont été en Patagonie. C’est très formateur parce que c’est un endroit où il n’y a pas de secours, où on n’a pas toutes les infos météorologiques, par exemple, donc l’engagement est réel et total. On part dans l’inconnu !

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Pour moi, l’alpinisme c’est vraiment un terrain de jeu, une activité et un territoire assez vaste pour exprimer nos libertés. J’en parlais avec les copains, récemment, et on se disait que, oui, c’était futile d’une certaine façon et que ça ne servait à rien comme le dit si bien l’alpiniste Lionel Terray dans son livre, Les conquérants de l’inutile (1961).

Et justement, c’est comme l’art et c’est fondamental ! Surtout dans un monde où on va vers toujours plus de sécuritaire, avec la haute montagne, on est libres d’engager notre propre vie, c’est notre responsabilité, nos choix, nos actions. C’est vraiment une très belle activité !

Guide de haute montagne, c’est travailler sur plusieurs versants : j’exerce le travail de guide traditionnel à la Compagnie des Guides de Chamonix pour différents clients, allant du débutant au confirmé, et je suis aussi coach de l’équipe nationale d’alpinisme féminin de la FFME, l’ENAF (Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine). J’accompagne et j’entraîne des jeunes femmes de 18 à 30 ans. Je travaille aussi avec des marques de l’outdoor pour ma pratique perso.

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L’alpinisme français est un sport réglementé par la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade) et la FFCAM (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne). Ces deux fédérations ont des équipes nationales qui sont des cursus de trois ans sur lesquels on sélectionne une partie des jeunes pour les emmener vers le haut niveau en alpinisme. Ils ont déjà un bon niveau mais on est là, en tant que coach des équipes nationales, pour les faire progresser, aller au sommet de leur pratique !

Pour devenir Guide de haute montagne, il n’y a qu’un seul diplôme à obtenir et qui est reconnu internationalement, c’est celui de l’ENSA (l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme) que j’ai obtenu et, avant ça, j’ai passé un brevet d’État d’escalade qui m’a permis de travailler en amont.

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Ce que j’insuffle à mes apprenties alpinistes et aspirantes guides ? L’autonomie et l’envie d’y aller !  Et, plus largement, à booster leur mental car, lorsqu’on s’aventure en montagne, il faut être bien dans ses baskets et savoir qu’on ne sera pas un super héros tous les jours. Ce que je leur dis toujours, c’est que si le mental ne suit pas, même si les conditions climatiques sont réunies, on doit réussir à mettre son ego de côté et à passer son tour pour cette fois-ci.

La difficulté de ce métier, c’est que les risques sont toujours présents : il peut y avoir des conditions difficiles comme des avalanches, des risques objectifs comme les séracs ou les crevasses, les chutes de pierres, donc on prend de grosses responsabilités pour soi-même et pour nos clients. C’est pour ça qu’il faut réussir à prendre les bonnes décisions.

Je n’ai pas peur sauf lorsque je prends de mauvaises décisions. Si on veut perdurer dans ce métier, il faut toujours se remettre en question, toujours être dans l’observation et savoir faire preuve d’adaptabilité.

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L’été dernier, pour une course avec des clients au Mont Blanc, j’avais des éléments qui me disaient de ne pas y aller, pourtant on a fait le sommet, c’était génial ! Mais il y a eu d’énormes chutes de pierre sur le passage. On n’a rien eu, mais on n’aurait pas dû y être !

C’est vrai qu’il y a encore moins de femmes que d’hommes dans ce sport. Pour les Piolets d’or, seulement deux femmes, ont été récompensées depuis la création du prix en 2009. Et on n’est qu’une petite quarantaine de femmes guides en France et ce, depuis la création du diplôme aux alentours de 1820. La première femme guide de haute montagne, c’était en 1983… Heureusement, on est en plein boom, l’alpinisme féminin se défend bien aujourd’hui !

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Le nombre de femmes à intégrer le milieu de l’alpinisme a explosé ces dernières années. Si, dans les années 1990, les femmes pouvaient être attendues au tournant même si la formation est exactement la même, ce n’est plus le cas aujourd’hui et c’est même un argument de vente auprès des sponsors. On est plus recherchées parce qu’on est peu nombreuses et donc plus attractives par rapport aux alpinistes masculins.

Moi, par exemple, je ne me suis jamais sentie limitée parce que j’étais une fille, ça doit venir de mon éducation non genrée. Je suis complètement contre cette idée du macho et du mythe du guide grincheux dans le milieu de la haute montagne. Il faut recontextualiser, ce n’est pas le milieu qui est macho, c’est la société et, au-delà de ça, c’est un milieu très ouvert aux femmes. Guide est l’un des rares métiers en France où, à responsabilités égales, les femmes sont aussi bien payées.

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Parfois, les clients demandent expressément à avoir des guides femmes et notamment les femmes elles-mêmes : ça leur fait moins peur, ça leur donne confiance. Dans tous les cas, c’est positif, même si les clients ne s’attendent pas à avoir une guide femme. De prime abord, ils peuvent être surpris et ils finissent la journée, impressionnés !

Comment je donne envie de faire ce métier ? J’envoie la vue que j’aie tous les jours sous les yeux depuis mon bureau et mon bureau, c’est la montagne ! Être Guide, c’est être tous les jours dehors, dans un cadre exceptionnel. C’est une chance inouïe ! »

©DR

  • Devenir Guide de haute montagne 

 

En résumé, le guide de haute montagne est un alpiniste de haut niveau qui conduit et accompagne des personnes dans des excursions ou des ascensions.

Quelle formation ? Pour devenir guide de haute montagne, il faut obtenir le Diplôme d’Etat d’alpinisme-guide de haute montagne délivré par l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme (Ensa). La formation s’effectue sur près de 4 ans en alternance. Elle comprend différentes étapes et est accessible après un examen probatoire ouvert sans condition de diplôme. Il est composé d’épreuves orales et techniques. Pour se présenter à l’examen, les candidats doivent fournir une liste des courses et escalades réalisées, dont certaines courses obligatoires apparaissant sur la liste fixée et communiquée par l’École Nationale des Sports de Montagne. Les candidats doivent être âgés de dix-huit ans révolus au 1er janvier de l’année de l’examen. Tous les 6 ans, un stage de recyclage est obligatoire.

Pour en savoir + sur les emplois et métiers autour du sport, direction le site du ministère des Sports

Le témoignage de Lise a été recueilli dans le cadre de notre opération visant à féminiser les métiers du sport. En partenariat avec Femix’Sports, l’association qui accompagne le développement et la promotion du sport au féminin et en mixité.

Femix'Sports

Sur les réseaux sociaux, utilisez #SportFemininToujours et #PlusDeSportAuFeminin

©Illustration Lisa Lugrin
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