JO 1948 Fanny Blankers-Koen, « mère indigne » devenue star de la piste

Fanny Blankers-Koen
On la surnommait « La ménagère volante ». Spécialiste du sprint, elle est la seule à avoir décroché quatre médailles d’or en une seule édition. Un palmarès d’autant plus bluffant à une époque où les femmes n’étaient pas les bienvenues dans les compétitions, encore moins les mères de famille. Récit d’une femme au foyer devenue femme médaillée.

Par Valérie Domain

Publié le 25 mars 2021 à 16h46, mis à jour le 27 juillet 2021 à 17h18

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

2 août 1948, le coup de feu donne le départ du 100m féminin. Parmi les athlètes de ces JO de Londres se trouve une certaine Fanny Blankers-Koen. 11,9s plus tard, la Néerlandaise décroche l’or et signe un record de vitesse. So what ? Deux jours après, elle remet ça aux 80 mètres haies (11,2s).

Puis, le 6 août, elle repart à l’assaut de la piste et est couronnée sur le 200m (24,4s), nouveau record comme si de rien n’était : Fanny Blankers-Koen a presque le temps d’embrasser la fillette qui vient lui offrir des fleurs avant que ses adversaires n’atteignent la ligne d’arrivée. Le lendemain, elle s’attaque au 4 X 100m relais. Même pas peur.

La voilà avec une quatrième médaille d’or en poche après avoir survolé l’épreuve, avec l’équipe hollandaise, en 47,5s. Ce palmarès en or ? Une première dans l’histoire des Jeux !

Mais l’exploit est (presque) ailleurs. À Berlin, en 1936, alors âgée de 18 ans, bien qu’espoir de l’athlétisme néerlandais, détentrice de six records du monde, elle avait déçu et terminé très loin du podium en saut en hauteur et en relais 4 X 100 m.

Autant dire que, douze ans plus tard, à l’âge de 30 ans, Fanny Blankers-Koen ne fait rêver personne. Et, circonstances aggravantes, la dame a donné naissance. Par deux fois. Sa participation représente donc à elle seule un fait unique à une époque où nombreux étaient encore ceux qui n’approuvaient pas les femmes athlètes. Alors, les mères athlètes…

C’est pourtant lors des Jeux Olympiques de Londres qu’elle se révèle, elle la fille d’un lanceur de disque et de poids qui mit Fanny au sport alors qu’on préférait voir les demoiselles à la cuisine. Histoire peu banale que cette jeunette qui s’entiche d’un spécialiste du triple saut, Jan Blankers, olympien ayant participé à l’édition de 1928 et farouchement opposé à la participation des femmes aux compétitions d’athlétisme.

Mais le cœur a ses raisons, parfois plus fortes que les principes, et monsieur accepte de l’entraîner. Les aptitudes d’athlète de sa chère et tendre feront le reste : elle le bluffe et il l’encourage alors à ne pas se laisser déstabiliser par les remarques misogynes, encore moins par les lettres insultantes qu’elle reçoit lorsqu’elle annonce vouloir participer aux JO de Londres.

Ce sera donc une mère jugée « indigne » qui partipera à ces JO et ce sera la consécration. Onze courses en huit jours dont quatre médailles d’or qui firent de Fanny Blankers-Koen, une pionnière, changeant ainsi la façon dont le sport féminin est perçu et bousculant les mentalités. Pour preuve, l’accueil qu’elle reçoit à son retour en Hollande après sa performance.

Un agent des douanes lui demande : « Avez-vous quelque chose à déclarer  ? » Elle répond, le sourire jusqu’aux oreilles : « Oui, quatre médailles d’or ! » Et l’agent de lui lancer : « Elles sont seulement en or, mais elles devraient être en diamant ! »… Puis, la nouvelle star de la piste traversa une ville d’Amsterdam en liesse.

Peu après, lors d’une cérémonie, Fanny Blankers-Koen se vit offrir un vélo. Avec modestie, la coureuse remercia pour ce cadeau obtenu « pour avoir couru juste quelques mètres. »

En 1955, après plusieurs blessure et cinquante-huit titres nationaux, cinq titres européens, elle raccrocha les pointes.

En 1981 seront créés les Fanny Blankers-Koen Games, compétition d’athlétisme organisée chaque année aux Pays-Bas en son honneur et qui a vu l’établissement de cinq records du monde. En 1999, elle sera élue Meilleure athlète du XXe siècle par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF). Une statue à son effigie sera érigée en son honneur à Rotterdam.

Au cours des années qui suivirent son parcours singulier, il n’y eut que Carl Lewis pour l’égaler.

Fanny Blankers-Koen s’envola véritablement en 2004. Depuis, un prix annuel le « Fanny Blankers-Koen Award », est décerné au sportif qui a le plus contribué à l’amélioration du sport féminin. Respect.

D'autres épisodes de "Jeux Insolites"

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

D’autres actus en brèves…

1er août JO 1936 Berlin

1er août 1936 : les Jeux Olympiques s’ouvrent à Berlin

Ils vont vite prendre une signification très politique. Les Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, vont devenir le lieu idéal d’une propagande du parti nazi par le sport. Ce 1er aout, c’est donc dans une atmosphère festive, mais néanmoins tendue, que s’ouvrent ces Jeux de la XIe olympiade de l’ère moderne.

Lire plus »
Alice Modolo Best of

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des femmes à Tokyo ! Mais pas que… Une pongiste qui y croit, une femme jamais sans son canoë, une lanceuse de disque qui rêve d’or, une sprinteuse adepte de records, une hurdleuse qui avale les haies sont de la partie pour les Jeux. En bonus, un sauvetage dans le grand bassin des JO de 1960, un nouveau record de France pour la sirène de l’apnée (Alice Modolo sur notre photo) et une rencontre avec une femme qui borde ses voiles. Un peu de lecture pour boucler juillet !

Lire plus »
8 aout pekin

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Hey, Psssst, Les JO commencent, non ? Retrouvez une semaine complète sur les Jeux Olympiques avec ÀBLOCK!. À la clé, une demi-fondeuse qui veut sa revanche à Tokyo, de nouveaux sports qui vont twister les Jeux, la petite histoire des symboles olympiques en sept chapitres. Mais aussi, la désormais célèbre question qui tue et une initiative féminine aussi sportive que dilettante. De la (bonne) lecture, messieurs dames !

Lire plus »
Alice Modolo

Alice Modolo : 100 mètres, le rêve !

La divine descente en eaux troubles d’un poisson nommé Modolo. L’apneiste française vient de réaliser son rêve de toujours : plonger à plus de 100 mètres dans les profondeurs. Et, hop, un nouveau record de France !

Lire plus »
7 symboles olympiques

Jeux Olympiques, les 7 symboles capitaux

Ils sont le sel de cet événement sportif planétaire. Les valeurs olympiques, l’hymne, la devise, la flamme, le serment, les anneaux, la langue, 7 emblèmes qui régissent les Jeux Olympiques, certains depuis l’Antiquité, d’autres depuis les JO modernes. Petite leçon d’histoire pour bien comprendre l’esprit olympique.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Sophia Flörsch

24 Heures du Mans : les filles vont faire fumer l’asphalte !

Une (quasi) première dans l’histoire du sport automobile : un équipage 100 % féminin est sur la grille de départ de la mythique course d’endurance, en LMP2. Un seul précédent : le trio Lyn St. James, Desiré Wilson et Cathy Muller, en 1991, qui avaient finalement dû abandonner la course. Prouver que les femmes ont leur place dans le sport auto, trop souvent trusté par les hommes, est l’ambition clairement affichée par son sponsor, l’horloger Richard Mille. Entretien sans langue de bois avec sa directrice marketing, Amanda Mille.

Lire plus »
La question qui tue fitness

Moi, je veux seulement muscler mes fesses, c’est bien…non ?

Attention, voici venir la question qui tue sur les réseaux sociaux ! Sur Insta ou sur TikTok, les influenceuses au postérieur généreux se multiplient comme des petits squats. C’est devenu une tendance sportive : muscler (surtout) les fessiers. Mais si tu veux savoir rebondir en sport, est-ce vraiment ce qu’il faut fesse, euh, faire ? La réponse avisée de notre coach Nathalie Servais.

Lire plus »
Nouria Newman

Nouria Newman : « En kayak extrême, tu es seule face à toi-même. »

Baroudeuse kayakiste, elle maîtrise haut la main les rapides les plus dingues de la planète. À 28 ans, cette championne du monde de slalom en équipe et triple championne du monde de kayak extrême se fait désormais la main et la malle en kayak d’expédition aux conditions extrêmes. Accro à l’adrénaline, elle ne lâche jamais la pagaie. Un vent de fraîcheur sans langue de bois !

Lire plus »
Léa Labrousse

Le questionnaire sportif de…Léa Labrousse

Elle pourrait nous offrir ses plus belles figures à Tokyo, elle qui se prépare pour les prochains JO, en juillet. La trampoliniste Léa Labrousse, 6 médailles européennes en tumbling et trampoline et 2 pour la France, a atterri en douceur pour répondre à notre questionnaire Proustien.

Lire plus »
Jessy Trémoulière

Jessy Trémoulière : « Le rugby m’a fait grandir. »

Elle a à peine 30 ans, mais déjà une riche carrière derrière elle. L’Auvergnate Jessy Trémoulière, devenue une figure incontournable du paysage rugbystique international, vient d’être sacrée meilleure joueuse de la décennie, deux ans après avoir été élue meilleure joueuse du monde, rien que ça ! Rencontre avec une fille qui sait merveilleusement transformer l’essai.

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

GDPR cookie consents with Real Cookie Banner