Greta Andersen

La nageuse qui a failli se noyer aux JO

Greta Andersen
Elle a appris à nager sur le tard, ce qu’il ne l’a pas empêché de marquer de son empreinte l’histoire de la natation mondiale. Greta Marie Andersen, bientôt 94 ans, a porté haut les couleurs du Danemark en bassins et en eau vive. Un parcours extraordinaire qui aurait pu connaître une issue dramatique lorsqu’elle manqua, de peu, se noyer lors des Jeux Olympiques de Londres, en 1948. Portrait d’une nageuse « à la coule ».

Par Sophie Danger

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Elle n’est pas encore centenaire qu’elle a déjà vécu mille vies. Greta Marie Andersen, 94 ans le 1er mai prochain, est une légende de la natation. Sprint ou marathon, au cours de sa longue et très prolifique carrière, la Danoise a su se jouer brillamment des distances comme des adversaires. Un parcours sans faute pour la native de Copenhague que rien, pourtant, ne prédestinait à briller dans les bassins.

C’est en 1943, en effet, que la jeune Greta apprend à nager. L’adolescente vient de fêter ses 16 ans et son père, Carl, décide qu’il est temps pour sa cadette de se mettre à l’eau.

Les débuts sont laborieux. « Mon père a essayé de m’apprendre, se souvient la nonagénaire dans les colonnes de wbur.org. Je portais une grosse chambre à air et il se moquait de moi parce que je ne voulais pas en sortir. »

Greta et son père prennent alors la direction de la piscine municipale. L’apprentie ondine s’apprête à y faire une rencontre qui bouleversera sa vie.

« À la piscine, il y avait un entraîneur qui s’appelait Else Jacobsen. Elle était l’une des meilleures nageuses que le Danemark ait jamais eues. Elle m’a fait nager 50 mètres. Je ne savais pas comment respirer, alors j’ai retenu mon souffle. À l’arrivée, elle m’a dit : “Tu as de bons poumons. Nous avons quelque chose sur quoi travailler.“ ».

Fort de cette entrée en matière, le duo Jacobsen-Andersen décide de se mettre au travail. Et les conseils de l’ancienne médaillée de bronze du 200 mètres brasse aux Jeux de Los Angeles (1932) portent rapidement leurs fruits.

Quelques semaines seulement après le début de leur collaboration, la néo-nageuse participe aux Championnats d’Europe de Monaco. Elle rentre au pays deux médailles autour du cou, le bronze du 100 mètres nage libre et l’or du relais 4×100 mètres.

« Parfois, on a un talent et on ne le sait pas avant de commencer à travailler dessus, reconnaît Greta Andersen à wburg.org. Un an après mes débuts, je faisais partie des trois meilleures nageuses du monde et puis je suis devenue la meilleure du monde. »

 Greta Andersen, dont le cœur penchait jusqu’alors entre natation et gymnastique – son père Carl avait décroché l’or par équipe lors des Jeux Intermédiaires de 1906 avant de s’offrir l’argent, par équipe également, aux Jeux de Londres en 1908 – abandonne définitivement les agrès.

Et commence à préparer les Jeux Olympiques de Londres qui doivent avoir lieu l’année suivante, en 1948.

La Danoise, qui figure désormais parmi les plus sérieuses prétendantes aux lauriers, va profiter de cette virée sur le sol britannique pour faire honneur à son tout nouveau statut.

Alignée sur 100 mètres nage libre, elle dame le pion à la redoutable Américaine Ann Curtis. Deux centièmes de seconde plus rapide, elle est sacrée championne olympique de la spécialité.

La nageuse scandinave ne compte cependant pas s’arrêter en si bon chemin.

L’argent du 4×100 mètres en poche, elle vise un deuxième sacre en solo, sur 400 mètres nage libre, cette fois. Seul problème pour la championne, elle craint d’être indisposée le jour de la course et s’en ouvre au médecin de l’équipe nationale.

« J’étais sûre de gagner. J’avais réalisé le temps de référence mondial durant les deux dernières années, personne ne pourrait me rattraper, martèle-t-elle sur wburg.org. Le médecin m’a dit : “Je vais te faire une injection pour retarder tes menstrues.“ Je pensais qu’il savait mieux que moi. »

Rassérénée, la Copenhagoise aborde, confiante, son dernier défi. Il va malheureusement rapidement virer au cauchemar.

En retard sur ses concurrentes, Greta sent très vite que ses jambes ne répondent plus. Dans la foulée, son estomac se contracte, ses poumons aussi. « Je coulais, je sombrais dans l’eau, explique-t-elle à wburg.org. J’ai perdu conscience et, après ça, je ne me souviens de rien. »

Concentrées, ses rivales ne se rendent compte de rien du drame qui est en train de se jouer. Greta Andersen ne devra la vie qu’à un joueur de l’équipe de water-polo hongrois, descendu des tribunes pour plonger à son secours. « Je sais qu’ils m’ont mise dans une pièce à côté de la piscine. Quand je me suis réveillée, j’ai dit : “Que s’est-il passé ?“. Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé. Quand j’y repense, c’est comme si c’était une autre vie. Mais tout ça a changé ma vie. »

Malgré cette terrible mésaventure, Greta Andersen, devenue « Greta The Great », ne renonce pas. Triple médaillée aux Europe de Vienne en 1950, elle est de nouveau de la partie lors des Jeux Olympiques d’Helsinki, deux ans plus tard. Pas encore tout à fait remise d’une opération à un genou, elle en repart bredouille.

En 1955, elle décide de tourner le dos aux bassins. La Danoise a 28 ans et quitte son pays natal pour s’installer à Long Beach, en Californie. Son ambition est simple : se tester sur les longues distances et briller en eau vive.

Une fois encore, le succès est au rendez-vous. En 1957 et 1958, elle remporte le marathon de la Manche avec, à la clé, deux records – France-Angleterre et Angleterre-France -.

 

Elle traversera le canal cinq fois au total, une performance inégalée. En 1958 toujours, elle devient la première femme victorieuse de la Traversée internationale du lac Saint-Jean, la première nageuse – hommes et femmes confondus – à boucler les 32 kilomètres séparant Los Angeles de l’ile Catalina (République Dominicaine) en aller-retour.

En 1962, elle survole la traversée Chicago-Kenosha, bouclant les 81 kilomètres séparant l’Illinois du Wisconsin en… 31 heures !

Entre deux exploits, « Greta the Great » trouve le temps de dispenser des cours de natation dans l’école qu’elle a ouverte, en 1960, à Los Alamitos dans le comté d’Orange avec son mari, Andre Veress. Et jusqu’à peu, la nonagénaire y passait encore une bonne partie de ses journées.

« Être dans l’eau me permet de rester jeune, confie Greta Andersen sur le site Openwaterswimming.com. Je suis en bonne santé, mes dents sont encore blanches et je pourrais encore faire la Manche si je le voulais, mais je ne veux pas… Toutes ces médailles, ces récompenses, ces gens que j’ai rencontrés, c’était une expérience merveilleuse, mais, dorénavant, c’est ici que je veux être. Pour enseigner aux enfants. »

Ouverture ©Jeff Gritchen
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