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Rénelle Lamote « Je me suis servie du sport pour exister. »

Rénelle Lamote : 
« Je me suis servie du sport pour exister. »
Elle a vécu des très hauts. Et des très bas. Rénelle Lamote est un phœnix. Après des Jeux Olympiques de Rio cauchemardesques et une lente descente aux enfers, la protégée de Bruno Gajer s’est relancée à Montpellier. Désormais en paix avec elle-même, cette spécialiste du 800 mètres aborde l’avenir avec sérénité et ambition. Son rêve : décrocher une médaille mondiale.

Par Sophie Danger

Publié le 03 avril 2023 à 10h40, mis à jour le 25 avril 2023 à 1h30

Le choix de l’athlétisme s’est en quelque sorte imposé à toi. Tout a commencé au collège, tu fais du cross, ton professeur d’EPS te repère et te fais intégrer son club. On a la sensation que se sont tes prédispositions athlétiques qui ont tranché pour toi, que tu as fait de l’athlétisme malgré toi…

C’est complètement ça. J’ai un père qui a toujours rêvé qu’un de ses enfants fasse du sport à haut niveau. C’est en quelque sorte lui, en connivence avec mon professeur d’EPS, qui m’a forcée à faire de l’athlétisme

C’était un complot ?

Au départ, un peu. Mon père était très sportif. Jeune, il a fait du vélo et a toujours rêvé de faire carrière dans cette discipline. Malheureusement, quand il a été repéré par des équipes élite, il avait déjà 25 ans et c’était trop tard pour commencer une carrière.  

Ton frère et ta sœur n’ont pas suivi ce chemin ? 

Mon frère était très bon quand il était petit mais l’athlé, ça n’a jamais été son truc. Ma sœur, quant à elle, a arrêté l’année dernière. Elle faisait la même discipline que moi et elle aurait très bien pu faire carrière mais le chemin qu’elle a emprunté a fait que ça ne s’est malheureusement pas passé comme ça. 

Tu as commencé par quelles disciplines ?

Au début, j’ai touché à tout dans mon club mais j’étais vraiment nulle partout. Je n’avais aucun talent dans les autres disciplines tant et si bien qu’un coach m’a dit un jour : « Arrête tout et va courir » parce que c’était un carnage.

J’ai très vite compris que la course c’était mon truc. J’aimais le fait d’avoir du contrôle sur une épreuve même si je ne gagnais pas et j’adorais la confrontation.

Pour moi, en athlétisme, il n’y a pas plus clair qu’un résultat en course à pied. 

Le 800 mètres est une épreuve difficile, exigeante. Basculer sur double tour de piste très jeune ne t’a jamais rebutée ? 

Non, à aucun moment je me suis dit que ça allait être dur, je n’y ai jamais pensé. Je me suis juste dit que c’était plus cool que le cross, que l’effort était plus court et que ça allait plus vite que sur 1 000 mètres, distance que je pratiquais plus jeune. J’ai tout de suite aimé le 800 mètres. 

Tu n’as jamais été rattrapée par ce choix au cours de ta carrière ? 

Ce n’est que maintenant que je me dis que 800 mètres, c’est quand même long. Plus on progresse, plus on rentre dans des stades de douleur, plus on se dit que c’est horrible mais, finalement, c’est tellement agréable !

C’est un peu perché ce que je dis mais lorsque l’on fait du 800 mètres à haut niveau, on ressent des sensations assimilables à la transe. 

Le flow ? 

Ce n’est pas le flow, le flow c’est une course dans une carrière et j’ai l’impression que je n’ai toujours pas expérimenté cet état. Non, là, c’est plus cette sensation née du fait de poursuivre son effort malgré la douleur, dans la douleur. C’est ça, avant tout, que je trouve hyper addictif. 

Pour reprendre le fil de ton parcours, c’est ton professeur d’EPS, encore lui, qui va te permettre d’aller plus loin en te proposant de passer des tests pour entrer en sport-étude à Fontainebleau. Qu’est-ce qu’il avait repéré en toi pour baliser ta route de la sorte ?

Il a cru en moi direct, ce qui est totalement fou car je n’avais encore rien fait à ce moment-là. Pourtant, il m’a vue rater des courses, parfois il s’arrachait les cheveux car je ne me rendais pas compte de mon potentiel. Je faisais ça en dilettante quand lui me parlait de championnats de France.

Je me souviens d’une année d’ailleurs où je m’étais qualifiée pour les France et je ne m’y suis pas rendue parce que je suis partie skier ! À cette époque, je n’en avais rien à faire.

Je ne lui ai jamais demandé ce qu’il avait vu en moi mais, ce qui est sûr, c’est que c’est grâce à lui que j’en suis là aujourd’hui car il a cru en moi plus que n’importe qui à ce moment-là. 

T’orienter en sport-études t’avait déjà traversé l’esprit ? 

Moi, tout ce que je voulais, c’est avoir une vie hors du commun or la vie qui était la mienne chez mes parents, à la campagne, je savais que je n’en voulais pas. En arrivant en sport-étude, j’ai très vite compris que c’était une occasion pour moi de changer de milieu.

Je ne supportais pas l’école et j’ai vite compris que le sport pouvait être cette opportunité, pour moi, de vivre des choses hors du commun. 

Le sport n’était finalement qu’un prétexte pour toi… 

C’est ça. Je me suis avant tout servie du sport pour exister, pour me démarquer. J’avais besoin de ça.  

Quand as-tu commencé à aimer ça pour ce que c’est et non pour ce que ça représentait ? 

Au début, je n’étais pas du tout passionnée par le sport. Je me souviens des après-midi Tour de France à la télé ou des retransmissions d’athlé, ça nous saoulait avec mon frère !

Lorsque je suis arrivée en sport-étude, j’étais la seule fille admise cette année-là mais je n’ai pas eu de résultats. Lors de ma deuxième année, en 2010, une autre athlète est arrivée. Elle n’avait jamais fait d’athlé de sa vie et elle fait une médaille aux Championnats de France. Moi, je termine dernière de la finale.

Toute l’année, mes camarades m’avaient pourtant répété qu’elle allait être forte car elle s’entraînait beaucoup mais, moi, je n’y croyais pas car c’était une novice. La voir réussir, être dernière, tout ça m’a permis de comprendre qu’il fallait que je tente ma chance si je voulais arriver à quelque chose et que seul le travail pouvait me permettre de réussir.

J’ai demandé à mon coach s’il pensait que je pouvais espérer participer aux Jeux Olympiques quatre ans plus tard, il m’a répondu que c’était possible si je faisais tout ce qu’il me disait. Je me suis mise au boulot et les résultats sont arrivés. 

Cette course a été un révélateur pour toi ? 

Oui, elle a été l’élément déclencheur de tout. Ce résultat, cette dernière place, ça a été un crève-cœur. En plus, je venais ou j’allais me faire larguer par mon premier copain, c’était la loose. Mon estime de moi-même était à – 10 000.

C’est drôle parce que, à l’issue de cette finale, on m’a envoyé une photo avec cette pote, qui termine deuxième de ses premiers Championnats de France, et moi, dernière, qui pleure. Je crois que je l’ai encore.  

Cette contre-performance, tu l’expliques uniquement par le manque de travail ou aussi à cause de ce manque de confiance en toi qui ressort souvent dans tes propos ? 

Je pense que tout ça part d’en manque cruel de confiance en moi. Le sport m’a permis de gagner en confiance, le problème c’est que, dans ce domaine, la performance te valide, ce qui est un piège. Je sais que je ne suis pas une performance mais le chrono rassure, il donne confiance en soi. 

C’est paradoxal de douter de toi alors que les autres, ton prof d’EPS, ton coach …, croient en toi… Ça vient d’où selon toi ?

Je pense que ça vient de mon éducation. J’ai été élevée dans une famille qui avait ses codes et moi, je n’arrivais pas à entrer dans le moule : je n’avais pas de bonnes notes à l’école, j’étais un peu fofolle, je disais toujours des choses qui dérangeaient, j’étais constamment hors cadre.

Quand j’ai dit à mes parents que je voulais faire du sport de haut niveau, j’étais sûre de moi mais je pense qu’eux, au début, n’y croyaient pas. Moi, je voulais leur montrer que j’étais capable de faire de grandes choses, je voulais leur prouver que je pouvais faire quelque chose de bien de ma vie, ça, ça a été un de mes moteurs les plus forts.

En 2014, tu viens tout juste d’avoir 20 ans, et tu vas commencer à te faire un palmarès en élite avec un premier titre, celui de championne de France indoor. Tu parlais de performance et de validation plus haut, elle représentait quoi, pour toi, cette médaille ?

C’est ma première médaille chez les grands. Ceci étant, pour moi, ce n’est pas la médaille qui m’importait le plus. Moi, ce qui m’obsédait c’était le chrono, c’était faire partie des meilleures mondiales, c’était aller aux Jeux Olympiques.

Sans manquer une seconde de respect à mes adversaires, à l’époque, je me dis que si je veux faire partie du gratin mondial, il faut évidemment que je gagne chez moi. Cette médaille n’est, en ce sens, pas un objectif en soi, elle me permet juste de valider mes acquis. C’est ça le gros problème, avec ce raisonnement, ce n’est jamais assez.

Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que j’aurais dû plus profiter de mes médailles car c’est tellement difficile l’athlétisme. Malheureusement, je ne me rends compte de ça que maintenant. 

L’année suivante, tu montes en puissance avec ta première médaille internationale, l’or des Europe espoirs, et tu es retenue, par la suite, pour participer aux Championnats du monde, séniors cette fois, de Pékin. Cette récompense-là n’a, là encore, pas de réelle signification en soi pour toi à l’époque ?

C’est marrant, je ne me souvenais plus de cette médaille ! Là encore, c’est une médaille en jeune et moi, dans ma tête, je suis déjà dans les Championnats du monde et je veux y faire quelque chose.

Pourtant, c’est ma première médaille internationale et elle est importante. 

Tu es dure avec toi

Non, aujourd’hui encore, c’est viscéral, j’ai ce truc : je veux faire partie des meilleures mondiales, c’est mon objectif de vie

À Pékin, coup d’essai et coup de maître, tu participes à tes premiers Championnats du monde et tu te hisses en finale. J’imagine que tu n’étais donc pas satisfaite ?

C’est incroyable de passer en finale mais, sur le moment, moi je ne retiens que le fait de terminer 8e et dernière de cette finale. J’étais triste, dégoutée.

Aujourd’hui, huit ans après, ça me fait mal au cœur parce que je me dis que c’était extraordinaire mais je ne me rendais pas compte, je ne connaissais rien à l’athlé.

Je n’avais pas non plus pris conscience que cette finale pouvait être la dernière de ma carrière. C’est la puissance de l’insouciance, je n’avais qu’une envie, c’était gagner et c’était tout. Je courais pour m’amuser. 

En quoi cette expérience a pu malgré tout te servir pour la suite ? 

Ce que j’ai retenu, c’est à quel point il était important de prendre des risques. C’est comme ça que je suis allée chercher ma place en finale et c’est quelque chose que j’ai toujours gardé : on ne fait pas de belles performances sans sortir de sa zone de confort.

C’est la seule course de ma carrière où j’ai porté mes « cojones » et quand j’y repense, ça me paraît fou. 

La saison d’après, en juillet 2016, tu grimpes sur la deuxième marche du podium des Europe d’Amsterdam. Et puis, il va y avoir un moment de bascule pour toi : les Jeux Olympiques de Rio. 

J’avais une blessure sous le pied et je n’ai rien dit à personne. Même mon coach n’était pas au courant. C’était un cauchemar et Rio a été horrible.

Comme les Europe s’étaient plutôt bien passés, que j’avais la 7e perf mondiale à ce moment-là, on attendait beaucoup de moi, sauf que moi, je savais que ça n’allait pas du tout. Dans le staff médical aussi ils le sentaient. Ils ont essayé de me préserver mais ils savaient qu’on ne peut pas demander à un athlète qui va faire ses premiers Jeux Olympiques de renoncer.

Il fallait que je vive cette expérience mais ça a été hyper dur.  

Tenter ta chance était plus important que tout, quitte à te blesser plus encore ? Tu n’as jamais pensé que ça pouvait handicaper la suite de ta carrière ? 

Pas du tout. À ce moment-là, je ne cours même plus pour moi. À l’époque, j’avais un entraîneur qui avait coaché des athlètes d’équipes nationales mais jamais de l’équipe de France. Je savais que c’était super important pour lui et c’est pour cela que j’ai gardé ma blessure pour moi.

Je ne pouvais pas ne pas courir les JO pour lui, je me le suis interdit. Je souffrais tellement que j’aurais mieux fait de m’abstenir mais j’avais trop peur de le décevoir, de lui faire du mal. 

Comment on conjugue le fait de vivre la compétition ultime tout en sachant que l’on va passer à travers mais que personne ne le sait ? 

Je deviens dingue. Rio, c’était un calvaire, une catastrophe. À ce moment-là, un psychologue dans le staff m’aurait fait du bien. Je me souviens m’être dit, sur la ligne de départ, que je n’avais rien à faire là.

Quand j’ai terminé ma course, même si je l’ai ratée, j’étais soulagée : le cauchemar était terminé et j’allais pouvoir soigner ma blessure. 

Tu n’en gardes donc aucun bon souvenir ? 

Ah, non ! C’était un cauchemar de A à Z et ça m’a traumatisée. 

Ce rendez-vous manqué va être une déflagration pour toi. Il va y avoir un enchaînement de blessures (le tendon, le mollet…), une prise de poids, tu vas flirter avec la dépression, tu vas même songer à tout arrêter. C’est Rio le seul et unique responsable de cette période complexe qui va durer presque deux ans ?

Je pense que ce qui a beaucoup joué, c’est la réaction de mon entraîneur après les Jeux Olympiques. C’est quelque chose que je n’ai jamais évoqué jusqu’à présent. 

Qu’est-ce qui s’est passé ? 

Je me suis sentie abandonnée dans cet échec, je devais porter trop de responsabilités. C’était effectivement de ma faute, c’est moi qui avais raté mais j’avais caché ma blessure pour mon entraîneur, j’avais couru pour lui et il a eu une réaction de rejet après la course qui a été extrêmement marquante pour moi. 

Comment as-tu réagi ? 

Je suis de nature très fêtarde et, à l’époque, il ne me laissait pas énormément de plages de repos. Je me suis dit qu’après Rio, j’avais trois semaines de vacances et je me suis fait un programme avec des soirées tous les soirs pendant cette coupure.

Le problème, et je ne le savais pas, c’est que j’avais des troubles du comportement alimentaire : j’étais trop dans la restriction, mon corps a stocké le moindre milligramme de sucre et j’ai pris quinze kilos en un mois et demi ce qui a fait que, par la suite, j’ai enchaîné les blessures.

J’étais complètement déréglée et, psychologiquement, j’étais traumatisée. Quand mon coach m’a vue revenir à soixante-treize kilos, j’étais méconnaissable.

Avec mon agent de l’époque, il m’a obligée à voir une psychologue et ça a changé ma vie. C’est elle qui m’a sortie de cette galère. 

Tu expliques avoir compris, à terme, qu’il fallait plus t’écouter, être en accord avec toi pour réussir. Ça n’avait jamais été le cas jusqu’à Rio ? Tu n’avais jamais décidé pour toi ?

Il m’a fallu trois ans de travail psy pour me rendre compte de ce dont j’avais besoin, de comment je fonctionnais, de qui j’étais. Ça a été très progressif mais on a vraiment bien travaillé.

Aujourd’hui seulement, je pratique le sport que je veux faire. Avant, il y a eu des résultats mais ce n’est que maintenant que je suis vraiment moi, que je suis qui je veux. Maintenant, le sport, c’est mon projet.

Comment tu expliques t’être si longtemps oubliée ?

Mon ancien coach m’a appris beaucoup de choses mais il m’a appris sa manière de voir le sport et ce n’est pas la mienne. Je suis contente désormais parce que je fais les choses comme je les sens. Je suis devenue actrice de mon histoire.

Mon nouvel entraîneur a bien compris que j’avais besoin de liberté dans mes mouvements, dans mes choix. Il me dit tout le temps que je suis une artiste et j’aime bien sa sensibilité car il sait que j’ai besoin de ça. 

Avant de changer de structure, tu vas dérocher la médaille d’argent aux Europe de Berlin en 2018, celle des Europe en salle de Glasgow quelques mois plus tard. Ça ne t’a pas permis de te rassurer ?

Ces médailles ont été rassurantes dans le sens où elles ont marqué mon retour au très haut niveau. Après les Jeux Olympiques, j’ai galéré pendant deux ans et j’ai découvert les mauvais côtés du sport : j’ai vu que je n’existais plus.

Ce retour m’a fait du bien, j’ai compris que je n’étais pas finie. En fait, dans mon parcours, il y a un avant et un après Munich (les Championnats d’Europe de 2022 à l’issue desquels Rénelle Lamote décroche l’argent, Ndlr).

À Munich j’ai vécu le moment pour moi, à 1000 %. Je suis évidemment très reconnaissante envers mon staff mais, pour la première fois, j’ai eu l’impression que cette médaille me revenait à moi et rien qu’à moi.

Tu as d’ailleurs eu des mots très forts après la course en disant qu’à 28 ans, tu étais contente « d’être encore dans le game ». Durant cette parenthèse de doutes, tu as songé, à un moment, que ta carrière était peut-être derrière toi ? 

En 2019, j’ai dit à mon ancien entraîneur que j’allais partir et, deux semaines plus tard, j’habitais à Montpellier. J’avais compris, à ce moment-là, que je n’avais plus le temps, c’est pour ça que je suis partie du jour au lendemain.

À Fontainebleau, j’avais fait le tour d’une méthode de travail et j’ai pris conscience qu’il me fallait quelque chose de nouveau parce que mon temps au haut niveau était compté.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que je vis à fond. Est-ce que ce sont réellement mes dernières années dans l’élite ? Je ne sais pas. J’ai l’impression d’avoir 20 ans dans ma tête, pas 29, pareil pour mon corps même si je perçois de petits changements.

Pourquoi ne pas aller plus loin si tout va bien, on nous met tellement de limites après tout !

À Montpellier, tu découvres une autre méthode d’entraînement basée sur les sensations. Le No Pain, No Gain c’est de la mythologie finalement, il n’y a pas besoin de se faire mal, du moins de se faire violence pour progresser ?

C’est tellement caricatural ce no pain, no gain que ç’en est une catastrophe ! Moi, quand je suis à l’entraînement, je suis un animal, je vais toujours chercher la perf, le truc de fou, j’ai besoin de ce no pain, no gain, besoin de sortir de ma zone de confort, ce qui n’empêche pas d’avoir aussi besoin de soupapes.

J’ai besoin de voir mes copines, besoin de boire un verre de vin. J’ai parfois l’impression d’être un extra-terrestre quand je dis ça mais, le no pain, no gain H24, ce n’est pas possible. Ma mission c’est l’entraînement, le cumul des séances et je ne rigole pas avec ça, je suis sérieuse à 100 % mais, en dehors, il faut vivre !

La seule chose, c’est qu’il faut veiller à ne pas faire d’excès. J’ai trop renoncé à qui j’étais avant, j’ai trop renoncé à ma vie alors que c’était compatible avec le sport de haut niveau.

On est toujours compatible avec ce que l’on fait si on s’écoute. Il ne faut jamais aller à contre-courant de qui on est, sinon c’est le début de la fin.  

Tu dis que tu pratiques désormais l’athlé de tes rêves. À quoi ça ressemble ? 

À un groupe d’entraînement hyper bienveillant, avec une vraie volonté d’évoluer et de travailler ensemble.

À l’entraînement, j’ai l’impression d’être dans une bulle d’amour. L’ambiance est extrêmement saine, il n’y a pas de pression, le coach est hyper positif et nous répète tout le temps : « Du ciel bleu dans la tête ». Lui, ce qu’il veut, c’est que l’on s’exprime de la manière la plus libérée possible.

Pour lui, c’est dans le relâchement que l’on va chercher la performance et non dans le stress. C’est à la fois cool et très pro : on travaille dans le juste, sur le geste, pas sur la quantité, la fatigue, ce n’est pas ça qu’il recherche. 

Tu valides votre collaboration dès juillet 2021 en devenant la deuxième Française de l’Histoire à passer sous la barre des 1’58 à Monaco. Tu valides, dans le même temps, ton billet pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Entrer dans les annales de ta discipline était une belle revanche ? 

Non. Ça ne faisait pas très longtemps que je m’entraînais avec Bruno et je trouvais que ma course n’était pas top. Marquer l’Histoire et ce genre de choses, moi, je ne suis pas du tout dans ce trip. Au contraire.

J’ai l’impression de n’avoir rien fait jusqu’à présent. Il n’y a qu’une médaille mondiale qui pourra me faire devenir quelqu’un de marquant dans mon sport. C’est mon obsession. Tant que je n’y arriverai pas, je ne me sentirai pas légitime. 

C’est un travers du haut niveau de ne jamais réussir à se contenter d’une performance, d’un titre ?

Je ne sais pas. J’ai toujours dit que si je faisais une médaille mondiale, j’arrêterais sur le champ parce que c’est mon rêve et qu’après, ça ne pourrait être que moins bien.

J’en avais parlé à Pierre-Ambroise Bosse qui m’avait répondu que, le jour où l’on y goûte, on ne peut plus s’en passer, qu’on en veut toujours plus. 

Ton palmarès est pourtant tout sauf exempt de récompenses.  

Mon palmarès n’est pas nul mais, parfois, il y a des messages que j’aimerais faire passer or je m’abstiens parce que, au regard de ce palmarès, je ne me sens pas légitime pour le faire.

J’aimerais juste y arriver une fois, être la numéro 1, ce serait bien. Moi, ça fait dix ans que je m’accroche. 

Quels messages souhaites-tu faire passer ?

Je dis toujours aux athlètes qu’ils peuvent faire la fête, qu’ils peuvent manger des gâteaux, voir du monde et suivre un chemin différent que celui que l’on est habitué à voir dans la haute performance sauf que je n’ai pas la médaille qui me permettrait de leur prouver que c’est vraiment possible.

Ils doivent se dire, au contraire, que je n’ai pas une hygiène de vie optimale et que c’est pour ça que je n’ai pas de médaille mondiale.

Ce regard ne me handicape pas mais j’aimerais être la preuve vivante qu’il ne faut pas suivre les stéréotypes, qu’on ne doit pas être comme tout le monde tout le temps.

Sans rentrer dans les cases, tu vas pourtant décrocher ta place pour les Jeux de Tokyo en 2021. Tu t’arrêtes en demies mais on a la sensation que, même si le résultat n’est pas celui que tu escomptais, tu repars du Japon sereine car tu as pu t’exprimer, ce qui n’était pas le cas au Brésil. 

Je pense que Tokyo m’a fait du bien pour guérir ma blessure de Rio. Une fois encore, ma collaboration avec mon nouveau coach était trop fraîche, je me sentais un peu juste.

Ça aurait pu passer sur un malentendu, j’avais le niveau pour être en finale mais je ne l’avais pas encore conscientisé.

Tu sembles désormais apaisée, sereine. Est-ce que tu es prête à aborder les deux grosses échéances qui arrivent : les Monde de Budapest cet été et les Jeux Olympiques de Paris l’an prochain

Je me sens effectivement beaucoup plus calme, plus sereine. J’accepte désormais d’avoir des jours moins bien. Quand c’est comme ça, je cours quand même car il faut que je travaille et qu’on ne peut pas toujours être au top.

Je me prépare mieux, je sens que j’ai gagné en maturité, que j’ai confiance en moi maintenant. J’ai également démystifié la compétition en me présentant régulièrement à des Diamond League ce que je ne faisais jamais auparavant.

Je connais mieux mes adversaires et, pour la première fois de ma carrière, je verbalise vraiment mon envie de monter sur le podium aux Championnats du monde. Je sens que je suis prête, que si j’arrive à faire toute la planification que l’on a prévue avec Bruno et que je ne me blesse pas, c’est à ma portée.

Je sais que je ne suis plus très loin.

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