Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »Pilote moto, ex-pharmacienne, 42 ans

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
Elle s’appelle Aurélie Hoffmann alias Lil’Viber. Mais sur les circuits, on l’appelle aussi « Wonder Lili ». Elle, c’est une super héroïne de la bécane qui se déguise comme ça lui chante pourvu que ce soit haut en couleur. Cette nana qui affole les chronos casse les codes à toute berzingue. Ultra féminine, elle est une motarde jusqu’au bout des ongles. Faites de la place !

Propos recueillis par Valérie Domain

Publié le 11 décembre 2022 à 11h53

« J’ai toujours aimé les sensations fortes et je me suis toujours sentie comme quelqu’un d’atypique. Mon père était passionné de voitures, mais c’est avec mon chéri, fou de motos, que j’ai commencé à rouler. J’ai d’abord été « sac de sable » sur sa moto, entendez par là : sa passagère. Puis, à 30 ans, j’ai passé mon permis et découvert la piste, cette fois derrière un guidon.

Ça m’a tout de suite plu, cette adrénaline et ce côté challenge, surtout là où on ne m’attend pas. Parce que c’est encore un univers de garçons, mais surtout parce que je suis un petit gabarit, 1,56m pour 47 kg. En plus, je pilote des grosses cylindrées, comme des Ducati Panigale V4, considérées comme des motos “de bonhommes”.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Delarue Photographie

Au début, on faisait deux grandes sorties par an, en mode amateurs. Aujourd’hui, j’ai un staff, une équipe, c’est devenu mon métier.

Et même le fait d’avoir eu un fils en 2013, ne m’a pas freinée. Paradoxalement, j’ai eu envie de faire de plus en plus de moto. Notre gamin, à trois semaines, je l’emmenais dans les paddocks, c’est aussi une école de la vie ! Ce n’est pas parce que tu es mère que tu es obligée de tout plaquer. Au contraire, on vit cette passion en famille.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Facebook Lil'Viber

Trois ans plus tard, j’ai créé mon blog pour partager mes aventures. Et j’ai démarré la compétition par la Women’s Cup lors d’une manche en ouverture des 24 Heures Motos du Mans. C’était sous la pluie, ce fut un coup de foudre, un déclic.

Je me suis lancée à fond dans la compétition avec dans l’idée de dégommer le cliché de la motarde garçon manqué. Je suis ultra-féminine dans la vie et je ne vois pas pourquoi je changerais une fois sur une moto ! Je suis maquillée, j’ai les ongles peints, une panoplie de Wonder Woman… on m’appelle Wonder Lili ! J’aime la symbolique de la femme amazone, libre, indépendante.

Du coup, j’ai toute la déco : moto, équipements, combinaisons, casque. Et je fais évoluer le personnage tous les ans en fonction de mes envies.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Instagram Lil'Viber

Mais si je me la joue girly, je ne suis pas là pour faire de la figuration, je suis une compétitrice. Et rien ne m’arrête.

Lors du Bol d’Argent, en 2017, j’ai subi un gros crash : 60 mètres de glissade avec ma moto de 300 kg. J’ai laissé une partie de ma cuisse sur le bitume, passé cinq mois chez les grands brûlés, subi des tentatives de greffes, des curetages, et j’ai aujourd’hui une belle cicatrice.

C’est le genre d’accident qui peut te calmer, mais j’ai plutôt fait l’inverse. J’avais perdu ma maman peu de temps auparavant, tout ça m’a fait réfléchir sur la vie, sur mes envies.  

Résultat : j’ai vendu ma pharmacie et je suis remontée en selle.

Lil'ViberLil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Facebook Lil'Viber

Outre la reprise de la compétition, j’ai suivi une formation pour pouvoir encadrer, coacher, dans le cadre de l’initiation à la moto sur piste.

J’organise aussi des événements avec des filles. Je ne suis pas pour ghettoïser la discipline, fille ou garçon, sous le casque, on s’en fout -d’autant que je progresse et m’amuse davantage avec les gars, mais rouler entre femmes permet de mettre le pied à l’étrier à des filles qui n’osent pas démarrer sur piste sous le regard des hommes, c’est une bonne façon de casser les appréhensions.

Je participe avec mon moto club à des roulages, des entraînements sur piste, avec des groupes de tous niveaux. Il y a quelques années, certains garçons adoraient venir me donner des conseils, ce qui est plutôt sympa aujourd’hui, c’est que les rôles se sont inversés. Le chrono ne ment pas, j’ai fait mes preuves sur la piste et fille ou pas, les félicitations se font entre pilotes, pas entre hommes et femmes.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Instagram Lil'Viber

Nous, les filles, on a des côtés scolaires, bonne élève, et je considère ça comme un atout. On me dit un truc, je l’applique. J’écoute le coach qui est un bon pilote et à partir du moment où j’ai compris, j’y vais et je progresse forcément. On dit de moi que j’ai un joli style, je roule propre, je me donne à fond.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Instagram Lil'Viber

Au début, avec mon image haute en couleur, on ne me prenait pas au sérieux. Ça peut être dangereux de se positionner avec cette représentation très girly, mais c’est ce que je suis dans la vie, je veux rester fidèle à moi-même.

Alors, c’est vrai, je ne me fonds pas dans le paysage, mais je suis respectée : ce qui se passe sur la piste est plus important qu’un look. Aujourd’hui, c’est devenu une vraie force car j’ai fait mes preuves. Cette image fun n’est plus un frein.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Guillaume Bournisien

J’ai envie de montrer dans le milieu de la moto, et même en dehors du sport, qu’on peut être une fille ultra-féminine et y arriver ; j’ai à cœur de bousculer les codes et les idées préconçues.

Pour moi, demander l’égalité des sexes, c’est demander à ce qu’on ne fasse pas de différences entre les hommes et les femmes.

Le machisme dans l’univers de la moto, je connais, mais il y en a partout et comme partout, il y a aussi de la bienveillance. La moto est un sport dangereux, cela exige de la discipline donc du respect. C’est rare que je sois tombée sur des machos agressifs, c’est davantage des idiots avec des réflexions à la con.  

Quand je suis face à la bêtise machiste, j’utilise l’humour et l’autodérision. Plus on va me challenger ou me coller une étiquette, plus je vais provoquer, aller vers l’ultra-féminité et leur clouer le bec sur la piste.

Lil' Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »
©Instagram Lil' Viber

Lors des essais du Bol d’Or Classic cette année -qui malheureusement a été annulé, on était une quarantaine à aller rouler et peu de filles. J’attendais avant de retourner sur la piste, un mec se pointe et me dit quelque chose du genre : « Excuse-moi, mais tout à l’heure, je ne t’ai pas fait peur lorsque je t’ai doublée dans le virage ? » J’ai refermé ma visière, je me suis dit : « Tiens, ça faisait longtemps… le cliché du mec qui voit en la femme une fille fragile ! »

On repart et au bout de la ligne droite, je le vois qui me double. J’accélère, je le dépasse et dans ma tête, je suis en mode : « J’espère que je ne t’ai pas fait peur en te doublant ! ». Le mec a dû avoir un petit moment de solitude. Il faut savoir s’imposer. »

Elles aussi sont inspirantes...

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j'ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j’ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Formée à Harvard et par le théâtre, elle a plusieurs cordes à son art. Guila Clara Kessous, entrepreneure diplomatique, s’engage depuis plus de quinze ans pour les droits des femmes. Et voilà que le sport entre dans la danse en un geste politico-artistique : grimper à la corde. Une ascension symbolique, une allégorie de la difficulté des femmes à s’élever dans la société. Prenons de la hauteur.

Lire plus »
Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Avec sa sœur Éva, elle truste les premières places depuis 2015 en Ultimate. Membre essentiel de l’équipe de France, Lison Bornot est Championne d’Europe outdoor 2023 et championne du monde d’Ultimate sur sable 2023. La voici maintenant en piste pour les World Games, l’antichambre des JO, qui se déroulent en Chine, du 7 au 17 août 2025. Témoignage d’une fille pétillante devenue l’une des ambassadrices françaises d’un sport trop peu connu.

Lire plus »
Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

En à peine trois ans, cette passionnée de vélo a décroché un podium sur 500 kilomètres et bouclé sa première course d’ultra, la fameuse BikingMan, en tant que première féminine. Carburant aux défis, pédalant sans relâche, surmontant tous les obstacles grâce à un mental d’acier, la Savoyarde n’a pas fini d’enfiler les kilomètres dans ce sport de l’extrême. En piste !

Lire plus »
Emelyne Heluin: « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Emelyne Heluin : « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Gymnaste jusqu’à son adolescence, Emelyne Heluin a dû raccrocher le justaucorps après une prise de poids inexpliquée et d’autres symptômes invalidants. Diagnostiquée d’une maladie endocrinienne chronique et évolutive, le SOPK, à l’âge de 17 ans, elle erre pendant des années entre perte de confiance en elle et détresse psychologique avant de retrouver le chemin du sport comme outil de santé. Ce sera la marche, puis la course à pied jusqu’à se lancer sur des marathons.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Wilma Rudolph

Wilma Rudolph, la « Gazelle Noire » du ghetto devenue athlète de légende

Une antilope semble courir sur la piste des JO de Rome, en 1960. Des jambes élancées au tonus impressionnant, une course d’une vitesse époustouflante alliée à une grâce d’exécution sans pareille. Cette tornade délicate, c’est Wilma Rudolph, ancienne infirme devenue athlète à 20 ans. Elle remportera trois médailles d’or au sprint. Surnommée la « Gazelle Noire », elle s’est bâti une destinée de légende à la force de ses jambes et de son mental d’acier.

Lire plus »
Claire la sirène

Sport de sirène : enquête sur une vague déferlante

Dans la famille natation, je demande le dernier-né palmé : le “mermaiding“ ou comment nager comme une sirène. Désormais reconnu comme une activité sportive, à l’enseignement encadré, il prend dans ses filets de plus en plus d’adeptes heureux de plonger dans leurs rêves d’enfant. Immersion toute !

Lire plus »
Laura Gauché, l'étoile bleue qui grimpe…

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Attention, froid devant ! Pour cette semaine des mondiaux de ski, ÀBLOCK! est en mode compet’ : décryptage des championnats, découverte en détails de trois skieuses tricolores qui s’en donnent à cœur joie devant leur public (dont Laura Gauché sur notre photo), c’est le Best-of ÀBLOCK! de la semaine !

Lire plus »
Sarah Baum

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une génie tactique, une surfeuse en vogue (Sarah Baum sur notre photo), une pilote historique, une dame attachée au ballon rond ou encore notre ambassadrice qui parle cross, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Kirsty Coventry La sirène qui fait chavirer le CIO

Kirsty Coventry, la sirène qui fait chavirer le CIO

L’Olympe a parlé. À 41 ans, c’est la double championne olympique de natation zimbabwéenne, Kirsty Coventry, qui devient la 10e président(e) du Comité International Olympique. C’est donc une femme qui prend les rênes de l’instance suprême du sport mondial chargée d’organiser les Jeux Olympiques. Une première depuis la création du CIO par Pierre de Coubertin en 1894.

Lire plus »
Jessy Trémoulière : « Je n’aurais jamais penser faire autant dans le rugby, j’ai juste envie de dire merci.  »

Jessy Trémoulière : « Je n’aurais jamais pensé faire autant dans le rugby, j’ai juste envie de dire merci.  »

Ça y est, c’est fini… Après des années à tout donner pour le maillot bleu, Jessy Trémoulière raccroche les crampons en équipe de France. Elle veut, désormais, se consacrer à sa ferme et retrouver le rugby sans la pression. Dernière chance d’admirer cette grande dame du XV : ce samedi pour la finale du Tournoi des Six Nations 2023, face aux Anglaises, sur la pelouse mythique de Twickenham. Il ne manque que la victoire pour partir en apothéose !

Lire plus »

La Covid, ennemi des sportives ?

30 minutes. Le dernier baromètre établi par la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV) démontre que, depuis la crise sanitaire, les femmes ont perdu une demi-heure de pratique en un an, se laissant distancer par les hommes qui bougent 48 minutes de plus qu’elles. Une mauvaise nouvelle alors qu’elles étaient en passe d’exploser les scores…

Lire plus »
Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Pour sa première participation aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, elle vise le podium. Tout simplement. Depuis des années, Lucie Hautière, 24 printemps, tape la balle par passion, elle qui s’entraîne sans relâche pour que le para tennis de table français vibre au son de la Marseille.

Lire plus »
David Rochefort « Monica Seles ne voulait qu’une chose, être la meilleure. »

David Rochefort : « Monica Seles ne voulait qu’une chose, être la meilleure. »

C’était il y a tout juste trente ans. Le 30 avril 1993, Monica Seles est victime d’une agression au couteau alors qu’elle dispute un match de tennis en Allemagne. Le coupable s’appelle Günter Parche, chômeur de l’ex-RDA, amoureux fou de Steffi Graf, grande rivale de la jeune Serbe. Un évènement dramatique dont David Rochefort s’est emparé pour écrire « Le prix fort », roman passionnant dans lequel il reconstitue les faits qui ont amené à cette journée dramatique.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner