Juliette : « Je n'aurais jamais pensé tomber amoureuse de la pole dance ! »Pole danceuse, 29 ans, autrice de bande dessinée

Juliette Taka Pole dance
Juliette Taka dessine. Mais c’est aussi une accro de pole dance. Et c’est de sa pratique depuis plus de trois ans qu’elle s’inspire. Elle vient de publier sa BD “Pole Dance, ma vie en équilibre“. L’occasion d’initier les néophytes à son exigeante discipline, mais aussi de casser les préjugés qui y sont très (trop) souvent associés... Juliette, à la barre !

Propos recueillis par Lise Famelart

Publié le 10 mars 2021 à 17h09, mis à jour le 02 juin 2023 à 9h28

« Revenons trois ans en arrière : je viens de commencer à travailler, je ne fais plus de sport et je me sens un peu molle, mal dans ma peau… je me mets à la recherche d’un sport à pratiquer, de préférence qui tonifie le corps, tout en étant créatif et artistique. Je m’imagine mal me lancer dans la danse classique, j’ai pratiqué la gymnastique et j’ai trouvé ça nul… et puis une amie me parle de la pole dance.

Je vois tout de suite ça comme un défi personnel : parce que c’est un sport qui a une réputation sulfureuse, qui ne me correspond pas forcément. Mais aussi parce qu’en regardant des vidéos, je réalise que les figures sont impressionnantes : les pole-danceuses vont très haut, se retrouvent avec la tête en bas… moi j’ai le vertige et la douleur me fait très peur.

On aurait pu croire que la pole dance ne serait pas pour moi et, finalement, je tombe amoureuse de ce sport !

Mon premier cours se passe à merveille : un peu intimidée, je décide d’y traîner une amie qui a déjà fait de la pole dance, pour être plus en confiance. Quand on arrive dans la salle, nous sommes accueillies par une prof très gentille qui nous met tout de suite à l’aise. Elle est en pleine démonstration et réalise un impressionnant grand écart sur la barre. Je me dis : c’est exactement ça que je veux faire !

Bon… cela dit, c’est une figure que je ne sais toujours pas faire aujourd’hui ! Dès le premier cours, on apprend à réaliser trois figures et à la fin je n’ai plus qu’une envie, c’est de revenir. Et c’est comme ça que tout commence.

Peu à peu, la pole dance occupe une très grande partie de ma vie. Je ne vise pas la compétition ou les spectacles, parce que j’ai un trac épouvantable et que je ne suis pas du genre compétitrice. Mais même sans ces objectifs, je deviens addict à ce sport.

C’est peut-être grâce à cette satisfaction de réussir une figure, cette envie d’aller encore plus loin. Entre la chorégraphie, les cours techniques, les cours plus simples pour consolider les bases, je m’entraîne entre six et huit heures par semaine.

Sans compter que je prends d’autres cours qui sont utiles pour la pole dance : des cours de souplesse, de barres au sol, de renforcement musculaire, de yoga…

En un sens, ma pratique de ce sport est un peu addictive : la courbe d’apprentissage est très satisfaisante puisqu’on maîtrise les figures un petit peu mieux à chaque cours. Le fait de se voir réussir, mais aussi de voir son corps changer et évoluer, ça donne envie d’aller toujours plus loin dans la pratique.

Si cette façon de défier la gravité me faisait peur au début, je surpasse très vite ces craintes en apprenant pas à pas. Il m’arrive de souffrir, c’est sûr, mais je parviens à réaliser des figures dont je n’aurais jamais pensé être capable.

Au fil de ma découverte de la pole dance, je m’amuse à raconter tout ça dans de petites BD. Raconter ma vie en dessin est quelque chose que j’ai toujours aimé faire, et la pole dance est de mon point de vue un sujet incontournable.

Un jour, une personne de chez Glénat me propose d’en faire un album complet. Je décide de me lancer dans cette aventure, et mon livre « Pole Dance, ma vie en équilibre »* paraît finalement en juin 2020.

Mon but avec cet album, c’est d’initier les gens à la pole dance, de leur faire découvrir ce sport qu’on associe souvent à la sexualité, à quelque chose d’interdit. La bande dessinée, c’est quelque chose qui passe de main en main, qui se prête, qui s’offre… c’est l’occasion de présenter mon sport à des personnes qui ne le connaissent pas du tout.

Il y a des pages narratives qui racontent ma vie de façon un peu romancée, et des fiches techniques qui détaillent quelques notions essentielles de ce sport.

La publication de cet album est finalement une super expérience : des initiées me contactent pour me dire qu’elles sont contentes de lire un livre sur la pole dance qui s’écarte des clichés. Pas mal de lectrices me confient aussi que l’album leur a donné envie de se mettre à ce sport… ou même de s’y remettre !

Aujourd’hui, la pratique de mon sport est vraiment compliquée : avec la fermeture des salles, je ne peux plus faire de pole-dance dans des studios. Il existe des barres qu’on peut installer dans son appartement, on peut même choisir des modèles sur mesure en fonction de sa morphologie, de son niveau… malheureusement mon appartement est tout simplement trop petit pour y placer une barre.

Alors, pour compenser, je pratique la souplesse et je travaille ma force, histoire d’être prête pour la réouverture des salles. Mais c’est difficile, je ne peux pas, par exemple, faire de posture tête en bas et je perds un peu l’habitude de la pratique.

Il n’empêche que je ne regrette pas d’avoir fait entrer ce sport dans ma vie. Physiquement, mon corps est beaucoup plus tonifié, je suis plus souple, je dors aussi beaucoup mieux.

Côté confiance en moi, c’est aussi le jour et la nuit : quand on sait que tous les soirs on fait des figures de folie, on se dit qu’on vaut quelque chose !

La pole dance a changé ma vie à plein de niveaux, ça a changé ma façon de manger aussi : il faut s’arranger pour ne jamais avoir trop faim et éviter de se gaver pour garder la nourriture dans le ventre quand on fait des figures tête en bas !

À toutes les femmes qui sont intéressées par la pole dance, je leur conseillerais de ne pas hésiter à se lancer dans un premier cours : l’idéal est, comme moi, d’y aller avec un ou une amie. Les hommes sont aussi les bienvenus dans cette pratique, même s’il y en a peu.

Les débutantes se questionnent souvent sur la tenue : il y a des figures qui nécessitent en effet d’être en brassière par exemple, pour que la peau puisse être en contact avec la barre.

Mais c’est tout à fait possible de pratiquer en short et en tee-shirt, même à haut niveau, et de remonter le tee-shirt pour certaines figures.

Il y a beaucoup de clichés sur la pole dance en France, c’est aussi pour ça que j’ai décidé d’en parler en BD. Mais, dans l’ensemble, l’ambiance est vraiment bienveillante, et même si à l’issue d’un cours d’introduction vous ne décidez pas d’en faire votre sport, vous aurez quand même passé un bon moment ! »

  • *“Pole Dance, ma vie en équilibre“, aux éditions Glénat

Elles aussi sont inspirantes...

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j'ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j’ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Formée à Harvard et par le théâtre, elle a plusieurs cordes à son art. Guila Clara Kessous, entrepreneure diplomatique, s’engage depuis plus de quinze ans pour les droits des femmes. Et voilà que le sport entre dans la danse en un geste politico-artistique : grimper à la corde. Une ascension symbolique, une allégorie de la difficulté des femmes à s’élever dans la société. Prenons de la hauteur.

Lire plus »
Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Avec sa sœur Éva, elle truste les premières places depuis 2015 en Ultimate. Membre essentiel de l’équipe de France, Lison Bornot est Championne d’Europe outdoor 2023 et championne du monde d’Ultimate sur sable 2023. La voici maintenant en piste pour les World Games, l’antichambre des JO, qui se déroulent en Chine, du 7 au 17 août 2025. Témoignage d’une fille pétillante devenue l’une des ambassadrices françaises d’un sport trop peu connu.

Lire plus »
Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

En à peine trois ans, cette passionnée de vélo a décroché un podium sur 500 kilomètres et bouclé sa première course d’ultra, la fameuse BikingMan, en tant que première féminine. Carburant aux défis, pédalant sans relâche, surmontant tous les obstacles grâce à un mental d’acier, la Savoyarde n’a pas fini d’enfiler les kilomètres dans ce sport de l’extrême. En piste !

Lire plus »
Emelyne Heluin: « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Emelyne Heluin : « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Gymnaste jusqu’à son adolescence, Emelyne Heluin a dû raccrocher le justaucorps après une prise de poids inexpliquée et d’autres symptômes invalidants. Diagnostiquée d’une maladie endocrinienne chronique et évolutive, le SOPK, à l’âge de 17 ans, elle erre pendant des années entre perte de confiance en elle et détresse psychologique avant de retrouver le chemin du sport comme outil de santé. Ce sera la marche, puis la course à pied jusqu’à se lancer sur des marathons.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Laurent Bonadei, l’homme qui murmure à l’oreille des Bleues

Laurent Bonadei, l’homme qui murmure à l’oreille des Bleues

Le foot féminin en France, aujourd’hui, c’est lui. Surtout à l’approche de l’Euro 2025 où il mettra à l’épreuve cette machine qu’il huile en coulisses depuis son accession au fauteuil de sélectionneur : avec lui, nos tricolores sauront-elles reprendre goût à la victoire ? Il semblerait que Laurent Bonadei a ce rôle de rassembleur-gagneur très à coeur. Portrait d’un patron sur mesure.

Lire plus »
Melina Robert Michon Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Elle a été de toutes les campagnes olympiques depuis les Jeux du millénaire à Sydney, en 2000. Mélina Robert-Michon, médaillée d’argent au disque aux Jeux Olympiques de Rio, participe, à 42 ans, aux sixièmes JO de sa carrière et avait pour seule et unique ambition de décrocher le Graal à Tokyo. Elle a échoué, mais nous donne rendez-vous à Paris 2024. Retour sur le parcours d’une athlète inoxydable.

Lire plus »
Mary Davis

Mary Davis, la femme qui ouvre le monde du sport aux handicapés mentaux

À la tête de l’organisation des jeux mondiaux Special Olympics pour les athlètes ayant un handicap mental, Mary Davis emploie son énergie à supprimer les barrières de l’accès au sport. Sa mission ? Favoriser une plus grande inclusion, afin de changer des vies et de faire évoluer les mentalités. Portrait de l’une des dirigeantes sportives les plus influentes en 2020.

Lire plus »
Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Pour sa première participation aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, elle vise le podium. Tout simplement. Depuis des années, Lucie Hautière, 24 printemps, tape la balle par passion, elle qui s’entraîne sans relâche pour que le para tennis de table français vibre au son de la Marseille.

Lire plus »
Isabeau Courdurier : « Retrouver du plaisir en VTT m’a permis de sortir de mes comportements destructeurs. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Du ski, du rugby, du VTT (Isabeau Courdurier sur notre photo), de la breakdance… Des héroïnes, des légendes, des championnes, la semaine a été riche encore une fois sur ÀBLOCK! Séance de rattrapage pour ne rien manquer du sport féminin qui fait bouger les lignes. Bonne lecture !

Lire plus »
une Grande Traversée VTT

De grandes traversées en VTT ? Ça roule !

Faire découvrir les régions en sillonnant, à vélo, les plus beaux sentiers du territoire, c’est l’ambition de la Fédération Française de Cyclisme. À partir du 22 mai, elle nous invite à rouler sur les itinéraires des Grandes Traversées VTT. En selle !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner