Emelie Forsberg et Kilian JornetLes amoureux fous du trail

Emelie Forsberg et Kilian Jornet
Pour les adeptes de courses extrêmes, ils sont quasiment des icônes. « Vivre et Courir » tel est le credo du couple star du trail-running, Kilian Jornet et Emelie Forsberg. Parents de deux petites filles -la première est déjà embarquée dans leurs excursions montagnardes, ces runners que rien n’arrête vivent une vie (presque) paisible dans leur ferme de Norvège. Mais, méfiez-vous du traileur qui dort…

Par Claire Bonnot

Publié le 18 mai 2021 à 15h26, mis à jour le 09 janvier 2026 à 17h22

Amoureux fous…de trail. Amoureux fous…tout court. La passion de la grimpe les unit et les anime. Ce couple pour qui le sac à dos est une maison, la marche une bouffée d’oxygène et les défis les plus dingues un art de vivre, partagent leurs foulées depuis 2015. Flashback.

La Suédoise Emelie Forsberg a grandi dans ses forêts natales, une prédisposition certaine pour se mettre à la grimpe : « Adolescente, j’ai passé beaucoup de temps à faire de l’escalade et du ski, ce qui m’a amenée dans les montagnes, et j’en suis tombée amoureuse, écrit-elle dans son autobiographie. Les montagnes m’ont emporté le cœur et depuis, j’aime y skier, courir ou grimper. À côté de ma passion pour les sommets, j’ai étudié la biologie, travaillé en montagne et couru autant que je le pouvais sur mon temps libre. »

Emelie Forsberg se lance donc dans tout ce qui offre grand air et dépassement de soi : courses d’orientation, trekking, escalade, ski. Elle débute d’ailleurs dans le sport de haut niveau en ski-alpinisme comme leader de l‘équipe suédoise en remportant plusieurs médailles en Coupe du monde.

Entre 15 et 20 ans, cette sportive acharnée se définit elle-même comme une « grimpeuse ». Et elle a raison : à 23 ans, en 2009, elle participe à sa première grande course, le Fjällmaraton (marathon d’une journée sur 43 km et 2000 m de dénivelé positif en Suède) et remporte l’épreuve haut la main, même après s’être arrêtée près de vingt minutes pour manger un gâteau au chocolat. Une athlète épicurienne !

Rebelote en 2011 où elle améliore son record. Dès 2012, l’intrépide miss Forsberg se classe parmi les meilleurs athlètes mondiaux en trail running, soit de la course à pied en pleine nature. Mais, pour Emelie Forsberg, la nature prend des proportions démesurées, à la hauteur des sommets parcourus all around the world

Elle est une athlète polyvalente, passant du skyrunning – littéralement « courir dans le ciel », sport extrême de course à pied en montagne se pratiquant à une altitude supérieure à 2000 mètres avec une pente supérieure à 30 % et une difficulté d’escalade ne dépassant pas le 2e degré – à l’utra-trail, une course à pied en milieu naturel sur très longue distance (supérieure à 42 kilomètres) sur un parcours généralement balisé.

À son palmarès d’exploits défiant les lois de la gravité ? Cinq victoires du circuit Skyrunner World Series, de 2011 à 2015, Championne d’Europe 2013 de skyrunning, Championne du monde Skymarathon Ultra 2014, deuxième du Grand Raid de la Réunion 2013, deuxième du marathon du Mont-Blanc en 2013, Championne de la Transvulcania en 2013 et 2015 ainsi que de la Ultra Pirineu en 2015.

C’est simple, sur pentes enneigées ou sentiers escarpés et autres sommets, Emelie Forsberg est comme un poisson dans l’eau : « Le meilleur moment est le temps passé dans les montagnes où l’horloge et le monde extérieur ne comptent pas, confie-t-elle. En été, je cours et en hiver, je skie. »

En 2018, elle parvient à établir le premier record féminin du Mont-Blanc, en aller-retour depuis Chamonix, en 7h 53 min et 12 secondes.

Pionnière un jour, pionnière toujours, Emelie Forsberg ouvre ainsi la voie à l’alpirunning féminin, souhaitant inspirer d’autres athlètes féminines : « Les records FKT (Fastest Know Time) ne sont pas seulement des records, explique-t-elle. Il s’agit de me défier dans un environnement que j’aime. Je vois que je peux repousser mes limites sur un sommet où je cours parce que je sais que c’est ce que j’aime vraiment. Et je me sens forte et capable de le faire dans un style alpin léger. Ce type de défis est rare dans le monde des femmes, et j’aimerais beaucoup aussi inspirer d’autres filles à surmonter leurs limites. »

Sa rencontre avec son alter-ego sportif au masculin était quasiment écrite… En 2015, elle tombe « raid » dingue de la star de l’ultra-trail, l’Espagnol Kilian Jornet, autre extrémiste du genre, d’ailleurs surnommé « l’ultraterrestre » : « Etre vivant, qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas être dans un fauteuil avec du coton autour, parce que ça, ça peut tuer la vie. Vivre, c’est sortir dehors, prendre des risques. Mais c’est comme en amour, il faut savoir prendre des risques », confie Kilian Jornet à l’AFP.

La montagne ? « Sa folie, sa passion », dira-t-il. Depuis toujours ! Physique filiforme, tempérament d’aventurier, Kilian Jornet est considéré comme l’un des plus grands coureurs à pied en montagne de tous les temps.

Ses spécialités ? Les verticales (1000 m de montée le plus rapidement possible) et les longues distances d’ultra-trail (160 à 200 km dans des parcours en montagne, en montant et descendant).

Né d’un père guide de haute-montagne, il gravit son premier sommet de 3000 mètres après sept heures de marche à l’âge de… 3 ans. Il vit en refuge à plus de 1900 mètres d’altitude jusqu’à l’âge de 12 ans et va à l’école en ski de fond sur quinze kilomètres.

Kilian Jornet débute sa carrière par le ski-alpinisme et décroche la Coupe du monde individuelle de la discipline en 2009, il a 22 ans et deviendra septuple champion du monde de ski-alpinisme.

Les autres disciplines, il se les met aussi dans la poche : il est triple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont Blanc, de la Western States 100 et du Grand Raid ainsi que quatre fois champion du monde de skyrunning.

Autre folie ? « The Summits of life », aventure dans laquelle il se lance en 2012, celle de monter et redescendre en sprint huit grands sommets du monde, en autonomie complète, sans oxygène et avec de simples chaussures de trail sans crampons ni piolet.

Kilian Jornet fait ainsi la traversée du Mont Blanc et les arêtes du Mont Blanc, l’Elbrouz, le Cervin, l’Aconcagua, le Denali et l’Everest, qu’il grimpe par deux fois en cinq jours et avec lequel il boucle sa boucle, en 2017.

Autre exploit ? En 2013, il bat le record de l’ascension à pied du mont Blanc, en réalisant l’aller-retour entre l’église de Chamonix et le sommet en 4 heures, 57 minutes et 34 secondes. « Je ne suis qu’un sportif qui met un pied devant l’autre, certes un peu plus rapidement qu’un autre gars, mais ce n’est pas terrible comme performance par rapport à ce que peut faire un docteur », dit-il, humble et dingue, au journal Le Dauphiné, en 2020.

Si le gaillard enchaîne les défis sans peur, mais avec conscience du risque, il n’hésite pas à construire ailleurs que sur les chemins escarpés : sa famille avec Emelie Forsberg. Le couple d’intrépides « skyrunners » a accueilli une deuxième fille, en avril dernier.

Kilian Jornet court aujourd’hui vers une nouvelle aventure, autour de l’Everest… et sa femme Emelie a repris l’entraînement pour voguer vers de nouveaux sommets de l’ultra-trail.

Leur monde ? Vivre dans la quiétude des hauteurs et la vie reculée en Norvège. La vie simple… à grand renfort d’exploits risqués sur les plus hauts sommets !

  • Si vous parvenez à courir derrière ces deux runners de l’extrême, direction leurs comptes Instagram : @tinaemelie et @kilianjornet

D'autres épisodes de "Running, après quoi courent les filles ?"

Vous aimerez aussi…

Domitille Kiger : « La seule façon de dépasser la peur quand tu fais du Freefly, c’est de… sauter. Une parfaite métaphore de la vie. »

Domitille Kiger : « Le Freefly est une métaphore de la vie : pour dépasser sa peur, il faut sauter. »

Rencontrer Domitille Kiger est une bouffée d’oxygène. La Française, championne du monde et recordwoman de freefly, cette discipline artistique technique du parachutisme, a décroché en novembre 2024, son dixième record mondial de saut en grande formation synchronisé. Engagée pour le freefly au féminin, cette aventurière insatiable partage avec gourmandise sa vie en l’air !

Lire plus »
Nutrition

Nutrition du sportif confiné : l’appel du frigo

Pas facile de savoir comment se nourrir en temps de confinement. Celui qui poursuit sa routine sportive tant bien que mal doit trouver un nouveau moyen de faire le plein d’énergie sans prendre de kilos indésirables. Pas impossible. Les conseils et 3 recettes maison de la diététicienne spécialisée dans la nutrition sportive Marion Lassagne.

Lire plus »
Flora Vautier, la para athlète de tennis de table inébranlable

Flora Vautier, la para athlète de tennis de table inébranlable

Son ambition ? Entrer dans le top 10 mondial. Flora Vautier, 19 ans, a trouvé dans le para tennis de table un outil de reconstruction après l’accident qui l’a rendue tétraplégique. Les Jeux Paralympiques sont pour elle bien plus qu’un événement sportif planétaire, c’est un moyen de prouver que « tout est possible. »

Lire plus »
Marie-Céline Bernard : « Avant 89, il n’était pas question pour la Fédé de Rugby de nous reconnaître, nous les femmes. »

Marie-Céline Bernard : « Avant 89, il n’était pas question pour la Fédé de Rugby de reconnaître les femmes. »

Elle a été la première femme entraîneur de rugby en France. Elle a également été la première coach des Bleues à une époque où le rugby féminin évoluait hors giron fédéral. À bientôt 80 ans, Marie-Céline Bernard a gardé la passion intacte. Toujours sur les terrains, cette ancienne professeure de sport a été l’une de ces pionnières qui ont défriché la voie pour les autres. Rencontre avec une dame qui a su transformer l’essai.

Lire plus »
Diana Nyad La nageuse qui s’est jouée des requins en chantant

Diana Nyad, la nageuse qui s’est jouée des requins en chantant

En 2013, elle reliait à la nage, sans aucune protection contre les requins, Cuba à Key West, en Floride. Elle avait 64 ans. L’Américaine Diana Nyad était alors surtout connue pour avoir été championne de squash dans les années 80. Mais son rêve, c’était de relever ce défi aquatique. She did it. Et elle se raconte dans cet épisode du podcast « Merci pour ce moment » signé Quentin Faure.

Lire plus »
Margot Chevrier

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des seniors gantées, le retour des VTT, une perchiste ambitieuse (Margot Chevrier sur notre photo), une réponse à une question musclée et l’ultra-trail qui se met au parfum ÀBLOCK!, c’est le meilleur de la semaine. Enjoy !

Lire plus »
Octavie Escure : « La danse a été ma thérapie pour surmonter les incidents de la vie. »

Octavie Escure : « La danse a été ma thérapie pour surmonter les incidents de la vie. »

Elle est une ballerine hors du commun. Élevée dans le tulle et l’organza, entre entrechats et gracieuses révérences, elle quittera l’univers feutré du classique pour devenir la danseuse du rockeur anglais Peter Doherty pendant dix ans. Avant de créer la méthode Fit’Ballet qui démocratise la danse classique. Elle vient de publier son livre qui mêle histoire de vie et routine sportive dans la toute nouvelle collection ÀBLOCK!

Lire plus »
Romane Miradoli, ce n'est que le début…

Romane Miradoli, ce n’est que le début…

Le futur du ski alpin français féminin s’annonce chargé. Romane Miradoli compte bien s’en assurer. Malgré les coups durs, la spécialiste du Super-G a prouvé qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleures. Et elle n’a pas fini de progresser…

Lire plus »
Flora Vautier

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des questionnaires sportifs en vidéo avec un boss du hand, une reine du roller et une autre de la piste, une Rencontre XXL avec une para-pongiste qui a affolé les Jeux Paralympiques (Flora Vautier sur notre photo), la conclusion de la fête du cinéma féminin de montagne, et une nouvelle chronique de notre marathonienne ÀBLOCK!… Bon rattrapage !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner